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Mon truc en plumes ! Lettre à ma muse 2/4

Publié le par modimodi

 

Ô Muse, ma Muse, je fête nos 20 ans.

20 ans d'apprentissage, de classes et de grande classe, de tableaux noirs en tableaux d'honneur. 20 ans accumulés à te solliciter depuis mes premières petites rédactions jusqu'aux grandes dissertations. 20 ans, de l'âge des bêtises naïves et enfantines jusqu'aux douces folies à en perdre mes facultés.

20 ans bien occupés, de cours d'école en cour ardente auprès de toi pour que tu m'inspires davantage. Vains temps d'essais brouillons et de ratures ! Vains temps d'articles contractés et prosaïques, sans rime mais de raison. 20 ans d'accords et d'accolades, de subordination aux figures, aux corps, aux caractères. 20 ans d'amour des formes possessives et des conjonctions copulatives.

Vingt temps de verbe aimer au conditionnel du lecteur ! Vingt temps de concordance à ses attentes. Vains temps à tenter d'être plus que parfait. Oh ! Mais pour être édité, j'ai appris que les temps sont durs de la feuille ! Vains temps de manchettes et de crochets, de plomb et d'épreuve. Vingt temps de tirage, toujours à la presse. Allez rouler !

20 ans de calculs et de probabilités, de nouvelles sensationnelles prises pour des idées géniales. 20 ans d'hypothèses et d'opérations quatre à quatre, d'amours algébriquement scripturaires où l'autre est l'inconnu mais jamais l'étranger ! Vingt temps de soustraction à la facilité, d'efforts additionnés et multipliés pour trouver le dénominateur commun au thème et au style. Vains temps de quadrature du cercle fermé pendant lesquels, tu as souvent pris plaisir à me faire tourner en rond avec mes pauvres idées fixes.

20 ans de sujets sans objets directs, juste juxtaposés. 20 ans de verbes réfléchis ou actifs, d'accents toniques ou graves. Vains temps de mauvais ou bons caractères ! 20 ans de lettres coulées et moulées, d'écriture penchée au penchant affirmé pour nos correspondances. Vingt temps de pleins et de déliés pour des liaisons pleines de sens, de licences et d'harmonie. Oh oui ! J'ai rêvé bien des fois d'une calligraphe généreusement callipyge mais cette tête de linotte était linotypiste !

J'ai pris 20 ans pour en baver sur des sujets terre à terre du baveux. Vains temps d'imagination limace, de coquilles et de feuilles de chou ! 20 ans d'idées cornues et bis-cornues. 20 ans de cagouilles et d'idées qui tire-bouchonnent encore dans les circonvolutions de ma tête de limaçon.

Ô ma Muse, je n'en finis pas, encore aujourd'hui, d'espérer le souffle de ton inspiration pour mobiliser mes calamiteuses pensées, encalminées ! J'ai cru en la jeunesse créatrice de nos 20 ans. Nous avions l'âge des équipées sauvages, des prouesses et du succès. Nous avions la fraîcheur des quadrilles et la vigueur des cancans mais pas des chahuts et des couacs. Pourtant ma prose épileptique avait parfois le coin coin dansant d'un delirium tremens.

Il est vrai qu'en vingt ans, j'ai eu suffisamment le temps d'accumuler 20 ans de faits divers qui ont jeté un froid de canard. Je me souviens, tu m'avais alors déserté. Je te cherchais quand j'étais à sec et que mon calame gelait dans l'encrier, incapable de graver mes pensées, soit pâteuses, soit argileuses.

J'ai pris avec toi, vingt ans de coups de griffes sur mes papiers de verre, 20 ans de petits coups de poinçons à rayer des idées rouillées que je croyais neuves. 20 ans durant lesquels, j'ai abrasé mon expression. J'en ai poncé la forme pour obtenir une esthétique aux formes lisses. Je t'ai suivie et j'ai écouté N. Boileau : " Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage : / Polissez-le sans cesse et le repolissez ; / Ajoutez quelquefois, et souvent effacer... "

Je l'ai fait consciencieusement, sans rechigner, pour ton plaisir, jusqu'à m'effacer à mon tour ! Et toi seule es restée en affirmant ton caractère. Oui ! Ma grande et belle Muse, j'ai 20 ans de ciel infini et je t'aime, mon petit ange à la plume céleste !

 

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