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Mon truc en plumes ! Lettre à ma muse 3/4

Publié le par modimodi

 

Ô Muse, belle Muse,

Avec toi, je veux encore et toujours avoir 20 ans de panache et de plume pour pondre des poulets parfois bien ampoulés. 20 ans de plume de geai, de premier jet. Vains temps de plumes de corbeau à feindre l'anonymat. Vingt ans de blancs de justification et de lignes pleines, vingt ans d'ornements ondulés, tremblés et azurés.

20 ans d'oiseau rare pour passer dans l'entrefilet. 20 ans de : Bon à tirer ! Pan sur le bec ou coup dans l'aile ! 20 ans de plumes acier à travailler et prendre de la penne. 20 ans de porte-plumes, empesées de corrections ! Il me faut avec toi sans cesse retoucher pour t'effleurer et te toucher.

L’œuvre d'amour n'est jamais achevée. Je ne regrette pas ces vingt temps où nous filions le parfait amour avec les mots, au rouet du Français que certains aujourd'hui voudraient privilégier et sauvegarder en l'appelant made in France. Un comble !

Quand bien même, c'est coton de ne pas trouer à n'en plus finir, comme l'a fait Pénélope, la trame du récit, je totalise déjà vingt ans de canevas et de vie à tes crochets. Vingt temps à broder et à filer la métaphore, sans le faire à l'anglaise, malgré tous les nœuds et les spams que j'ai appelés pourriels.

20 ans de vague à l'âme, à garder la côte en évitant les écueils. 20 ans pathétiques de naufrage évité dans le récit fleuve de tant de fadaises. 20 ans à verser dans la facilité en croyant versifier mes élégies amoureuses. Mais je faisais rimer, rimaille avec limailles, semailles avec pagaille, prémices avec abysses dans lesquelles je sombrais.

L'oiseau lyre n'était pas souvent lyrique. En fait de plumes, c'était souvent l'illusion féerique de la revue emplumée des Bluebell Girls et des Lido Boys ! Je pouvais bien te fredonner comme au temps de Zizi Jeanmaire : " Mon truc en plumes ! ", mes idées et mes rimes descendaient en se cassant le talon, l'escalier du succès.

Du vent et du ballet ! Notre histoire d'amour littéraire ne méritait pas une chorégraphie de music-hall aux plumes multicolores. Elle était plutôt un épique roman à épisodes romantiques, une idylle entre prose et poésie burlesque.

J'ai passé 20 ans à pester ma mauvaise foi ! 20 ans à jurer comme un charretier païen ! Vains temps d'idées tronquées, mais je ne pouvais pas toutes les traiter de cônes chaque fois qu'elles me laissaient en plan ou que l'imagination décidait de prendre la tangente ! Vingt temps à marner, à interroger les signes antédiluviens de mes pensées archaïques, à chercher des points de vue crétins du crétacé supérieur, de sacrées couches pour mes idées quelconques !

Ah ! Ces vains temps des motifs, des points de vue squelettiques, faméliques, plumés et déplumés. Vingt ans rasoirs de barbe et de barbules ! Vingt temps perdus pour des surcharges, des réflexions pesantes et encombrées.

Bien sûr, 20 ans sans panoplie de talents pour le sentier de la gloire ! Bien sûr, pas de place ni de chance pour un petit poids plumes s'il s'imagine, un jour, passer à la postérité du Parnasse !

Mais avec toi, mon immaculée conception, ma belle inspirée, mon génie créatif, j'ai 20 ans et plus de petits papiers et de billets doux car nous sommes vélin pour l'autre. Nous avons 20 ans de feux d'artifices de notre passion. Nous comptons 20 ans sur le bout de nos doigts à tenter de rester loin des ratés et des ratures de nos sentiments. 20 ans d'amitié entre le plumassier et ses lecteurs et 20 ans d'amour entre toi et moi, ton vaillant et persévérant plumitif.

Vingt temps inutiles à craindre les vains temps. 20 ans de plumes et de bonheur. Alors, si tu le veux, ma Muse, pour aujourd'hui et pour 100 ans, l'esprit et le génie peuvent encore être de la revue littéraire, en mille grâces légères comme nos plumes au vent !

 

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