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Sucre d'orge et circenses !

Publié le par modimodi

Comme dit la sagesse populaire : " Il faut bien que jeunesse se passe ! " Demain, c'est les vacances, le temps des jeux et des loisirs.

Jeux de plein air, jeux d'intérieur ou jeux d'éveil, les maisons d'édition et les grands magasins accumulent leurs catalogues de vente et de production en "design-ant" incessamment de nouveaux modèles.

Le jeu est partout, à la maison et à l'école ! On l'a pensé profondément, on l'a dit doctement, on l'a écrit dans de longues théories psychopédagogiques : " Le jeu fait partie intégrante de l'Education et de la culture de nos enfants. "

Cette affirmation n'est bien sûr pas gratuite, car il nous en coûte d'offrir à nos petits comme à nos grands, les joies saines de la grimpette et des randos en montagne, l'apprentissage de la notion du vide, de l'agilité et du risque en parcours accrobranches ou le plaisir de la glisse, en skis, en skate, en luge.

Dès l'école maternelle, c'est sucre d'orge et bientôt circenses pour Boucle d'or et les super héros en culottes courtes. Heureux temps ! La princesse a attendu le prince chevalier en son château sécurisé. L'enfance est vainqueur, le pouce est levé. Hélas ! Demain, ce sera le doigt d'honneur !

Des structures modulaires, polymorphes, multifonctionnelles et colorées aiguisent leur imagination, leur créativité et leur esthétisme. Quantité de jeux et d'agrès permettent aux acrobates de développer leur adresse, leur motricité, leur équilibre, de stabiliser au mieux leur personnalité comme de faciliter leur socialisation.

La détente, le bonheur et l'aventure attendent parents et éducateurs, sur la pelouse de la résidence, dans la cour de récréation ou le jardin public, au bas de l'échelle ou du portique, sous le tepee, derrière la cabane, dans le bac à sable, la piscine espace-mousse ou sur le pont de cordes.

Démodés les balançoires et les tourniquets, rangés les cordes à sauter, les cerceaux et les yoyos, oubliés les billes, les dadas et les dominos, envolés les devinettes, les bouts rimés, effacées les marelles à la craie, plus d'enfer ou de paradis.

Demeurent encore ballons, poupées et peluches, camions de pompiers, vélos, skates et trottinettes ! Mais désormais pour favoriser l'éclosion du génie de notre progéniture, il faut des "escaglisses, des aquasites sur pilotis, des pyramides thermolaquées modulables en chaluts lasérifiés et même des vibrateurs rotatifs à impulsions sonores et musicales"... 

Il faut des buggys et des quads qui rivalisent encore avec des circuits-voitures téléguidées. Un peu de calme demeure possible avec des maquettes-légo ou les figurines des dragons ou héros transformers. Mais attention à ne pas oublier les tablettes, les portables, les caméras, les consoles de jeux, playStations multi versions, les drones radiocommandés et les casques virtuels.

Ne nous étonnons pas de rester d'éternels enfants ! D'ailleurs pourquoi voudrions-nous que jeunesse se passe ? L'âge importe peu, c'est l'esprit !

Les poupées marchent, parlent, pleurent, chantent, dansent et nos poupons et galopins s'éduquent et se socialisent en oubliant les parties de cache-cache et de chat perché. Un, deux, trois, soleil ! Il fait toujours beau dans l'enfance !

Dans le béton des villes, Robinson ne construit plus sa cabane, Tarzan ne pousse plus son cri. Ivanhoé a rangé son épée et Zorro a perdu sa panoplie. Seuls, quelques nouveaux exterminators masqués et armés, derniers humanoïdes bizarroïdes et survivants d'un troisième millénaire hantent encore quelques squares, quand la télé familiale est en panne.

Caricatural, dépassé, rétrograde et ringard, le rédacteur de ce texte ! Sans doute ! Mais fort heureusement, l'enfant reprend toujours ses droits et son naturel. D'instinct sur la plage, il aligne ses pâtés de sable et construit ses châteaux-forts que la marée emporte plus tard jusqu'en Espagne !

Bien sûr, le temps et les modes changent, alors pourquoi pas les jouets et les jeux ? Évidences indiscutables. Nos bébés explorent, nos bambins accommodent et imitent, nos apprentis sorciers transforment le réel et assimilent.

Nos petits monstres jouent et se jouent de nous tout en continuant, quel que soit le support, à rêver et chevaucher la Chimère. Ainsi, les mêmes mythes et légendes, les mêmes symboles, les mêmes fantasmes originaires, les mêmes êtres surnaturels surgis de langages imaginaires assurent la mémoire éternelle de l'enfance.

Notre inconscient se reflète dans le miroir de nos peurs et de nos enchantements. Notre pensée épouse la morphologie et le pouvoir des êtres fabuleux. L'identification permet de donner de l'assurance à notre vie et de dépasser nos angoisses à travers tous les jeux subtils de notre imaginaire.

Chacun est à son tour roi et chevalier, prince et princesse. Le réel prend forme peu à peu. Peut-être que l'éducation au premier devoir envers nos grands-parents débute dans la visite du "Petit Chaperon Rouge" à sa grand-mère. Peut-être que le loup incarne pour toujours le danger caché, la trompeuse séduction et la peur d'être dévoré par ce grand méchant. Plus tard, chacun en rira en disant que le petit chaperon a rougi en voyant le loup et apprendra à hurler avec les loups !

Temps primordial et fabuleux des commencements ! Magie du premier matin ! Une île danse dans un coquillage !... Qu'importe, saisons et années, notre vie continue de paresser et de rêver. Chacun s'accroche à la lune, aux étoiles. Nous sommes tous invités à un éternel voyage intérieur pour retrouver les oiseaux qui colorent les nuages, dénouer les cheveux d'ange des comètes, déchiffrer sur un galet l'écriture bleue de la mer.

Chaque jeu est un sortilège en action et le signe innocent de la rêverie du monde. Il nous reste toujours à habiter en mortel un espace potentiel où l'on ne peut vivre qu'en jouant. Car "le génie, disait Baudelaire, est l'enfance retrouvée à volonté."

Mes amis, c'est l'été ! Je ferme mon encrier, je pose ma plume et je prends mon petit seau et ma pelle ! Mon enfance est retrouvée dans l'éternité poétique de "la mer allée avec le soleil".

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