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Entre les gouttes

Publié le par modimodi

Lecteur assidu ou de passage, ne me cherchez plus ! Je suis là ! Je suis dans mes nuages. J'y joue au professeur Nimbus.

Sachez que l'écrivaillon ne craint jamais l'eau ! Il se croit capable de faire la pluie et le beau temps ! D'ailleurs, quand la pensée rouille d'humidité, qu'alors l'idée bégaye, que le mot juste ânonne, que la solution ne coule pas de source, il n'hésite pas un seul instant, il se jette à l'eau, disons plutôt, à l'encre.

Hélas ! Trois fois hélas ! Comme je n'ai moi-même inventé, ni l'eau chaude, ni l'eau tiède, ni l'encre sympathique, souvent je n'y vois goutte. Je reste les yeux dans le vague, mi terrestre, mi céleste, pénétré jusqu'au tréfonds d'une idée fixe. Je m'abrutis à répéter que ce n'est quand même pas la dernière goutte de ma veine asséchée qui fera déborder le vague de mon âme, en manque d'inspiration !

Hors de question de me noyer dans une goutte d'eau et de donner raison à cette expression dépassée : "La goutte qui fait déborder le vase !" déjà plein de mes mots… D'ailleurs, à moins d'être pris pour une cruche, l'affirmation apparaît bien trop évasive pour me faire perdre contenance.

Au contraire ! Je remue l'eau dormante de mes pensées, j'en filtre les impuretés afin de couler des phrases claires comme de l'eau de roche. Qu'elle soit un filet d'eau ou un torrent de mots, j'évite soigneusement de me répandre. Je prends soin à ne pas m'épancher pour ne noyer personne sous un déluge d'idées éparpillées.

Comme certains sont parfois imperméables, je ne cherche pas à pénétrer leur esprit par quelques averses de propos ou un déluge de textes. Je préfère glisser doucement en eux, voilà pourquoi, je garde toujours pour chacun, une goutte d'huile essentielle, une perle de bon sens et de culture…

Mais comme je n'y vois pas toujours clairement goutte, le souffle a tendance à s'envoler et quand le talent s'évente, je sèche au fond de l'écritoire. Mon inspiration crève comme un nuage mais pas la moindre gouttelette.

A ce moment -à, j'apprécie vos larmes qui ruissellent de rire ou de désespoir tandis que je me dissipe dans la brume de ma pensée et la bruine de mes idées. Car, c'est alors que je peux me disperser avec vous, chers lecteurs, passagers de la pluie, dans la fine pluie de vos petits reproches ! C'est l'eau tiède du printemps qui arrose mes fleurs de rhétorique. J'écris pour les oiseaux qui s'abritent sous mes feuilles.

Par chance, l'eau des soucis stylistiques glisse sur moi comme sur les plumes du canard. Mieux encore, comme un poisson dans l'eau, je tourne calmement et silencieusement en rond dans mon petit bocal, répétant avec force bulles, la métaphore aquatique, dans l'espoir insensé de vous rendre bouche bée… J'ai tout mon temps… L'aquarium ne risque pas de déborder pour une petite queue de poisson dans ma vie littéraire !

Je ne vais pas non plus, par dépit, crier : "La coupe est pleine !" Je prends d'ailleurs grand soin de m'en éloigner. La coupe de fiel peut devenir un fatal bouillon d'onze heures si la goutte est de poison. Ainsi, Socrate qui ne philosophait pas au compte-goutte, y a laissé son âme, goutte-à-goutte, jusqu'à la dernière de l'élixir de vie !

Pour autant, n'allez pas croire, que je vive à l'épargne, en rétention de cette belle eau jaillissante de l'esprit et du cœur !... Non ! Je vous offre toutes mes libations d'une eau-de-vie, distillée dans l'alambic du bonheur. D'ailleurs, une petite goutte d'excès, si elle est d'optimisme ne fera pas déborder le vase du bon sens. De même, la goutte d'eau bénite tombée du Haut des Cieux ne va pas noyer la grenouille du bénitier de "la Cathédrale" de Huysmans ni mouiller la poule d'eau du "Lac" de Lamartine ! 

Sans tout laisser filer à vau-l'eau, je suis plutôt comme la couleur du temps, "à la coule", afin de suivre allègrement le fil de l'existence. Vous pouvez donc, sans crainte boire à la rosée des jours perlant de mes feuilles quotidiennes et passer confiants entre leurs gouttes de pluie, loin de vos ennuis crachins ou averses d'orages. Le souffle emportant la brise de mes mots séchera vos larmes, je vous ferai venir l'eau à la bouche.

Au fil de mes pages, venez vous désaltérer à mon eau vive, à mon eau courante. Dégustez jusqu'à la dernière goutte, ma belle eau de jouvence. Vous ne tarderez pas à constater que vos petits tracas ne sont plus que des gouttes d'eau dans l'océan de ma tranquillité littéraire.

 

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