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Googlito

Publié le par modimodi

Espérant lauriers et laïus,

Auréole et gloire de Phébus,

Cela fait des jours, tant et plus

Que je s'coue mes puces sur G+...

Je dédie, ce billet cactus

Aux Romulus et aux Rémus

Qui ont fondé l'réseau++,

Aux dix milliards d'Olibrius,

Qui se prennent pour Confucius !

Je viens célébrer les Vénus,

Les Nimbus et les Marius,

Tous les gogols de Google+.

 

A toi, insignifiant gugusse,

A toi, ô glorieux minus

Qui poste orbi et omnibus,

Je tire ma langu' Lucullus !

 

Le principal, c'est d'apparaître,

D'être toujours dans le paraître

Et de sans cesse reparaître

Pour recycler, faire compost

De potins, à longueur de posts !

Celui-là croit qu'il poétise,

Hélas ! Hélas ! Il prosaïse !

Il gorge chaude, il gargarise 

Et s'ébahit d'une queue d'cerise,

D'la queue du chat qui électrise,

Du penchant pour la tour de Pise !

Lui, dédicace et pindarise,

Clame ses stances à la Marquise,

En espérant qu'elle vocalise

Quand il la prendra par surprise.

L'autre, courtise et Rousseauise

Sa Julie, Nouvelle Héloïse !

 

Sur G+, on idéalise,

On se fait miel et mignardises,

On est complices, on sympathise,

Avec Lulu, Lise et Élise,

Les girls, les miss et les ladies !

Amie, ami, on fraternise !

On remercie, on s'fait la bise !

On pédantise, on latinise

On bêtifie, on ringardise

On trouve géniale, la sottise,

On commente, on hyperbolise, 

On flatte un peu, on Ronsardise !

On se fait sucre et friandises,

On roucoule ! Pigeons à Venise

Pour fair' rêver, la douce exquise

Et finir comme cul et chemise !

 

Y'a plus d'une astuc' sur G+

Pour rechercher le consensus :

Eviter les sujets cactus,

Ne pas faire d'honneur, au médius.

Adoucir les mœurs de Brutus :

Un chorus : le "Christus, Agnus",

Un Mozart : "Clémence de Titus",

Un Racine : le "Brittanicus"  

Représenté sans un lapsus

Dans une version biélorusse !

Tu peux même espérer en su :

Le son d'un stradivarius,

Un zoom su'l'sabot-de-Vénus,

Un ciel bleu d'altocumulus,

Un smile enivrant de Bacchus,

L'embarquement pour Uranus,

En fumant de l'eucalyptus ! 

 

Tu peux écrire, tu peux crier,

Tes cris, écrits sont étouffés

Dans les portugaises ensablées

Des overblogueurs aveuglés.

Dans un incessant défilé, 

G+ t'enverra promener,

De posts en posts, pied à pied,

Dans un désordre échevelé :

Vlà, un souvenir du temps passé

D'un vieux romantique esseulé,

Un chat, une fleur, une poupée,

Un' têt d'oiseau ébouriffée,

Des chats, des chiens dans un panier

Qui s'animent, au doigt appuyé,

Un pigeon, deux cygn' enlacés.

La mer toujours recommencée, 

Le bonheur en train de filer

Avec tes textes délaissés,

Ta prose et tes vers ignorés.

 

Ô symphonie inachevée !

V'là un aria, un andante,

Pour tes mots, tes petits voiliers,

Qui rêvent sous les alizés

D'enfin rencontrer le succès.

Tiens ! Pour toi sur ton blog, penché

Vlà ! Un banc, un chien, un muret,

Une girouette, un clocher,

Une citation illustrée,

Un proverbe dédicacé.

Des tournesols Van Gogh-lisés,

Illusions, miroirs et reflets :

La définition d'la beauté ! ...

Des commentaires, à la volée

Et des platitudes, par flopée ! ...

Des ratons laveurs, un baiser,

L'inventair' de Prévert entier !

 

Du bon sentiment étalé,

A toute heure de la journée !

Du "good morning" à "bonne soirée" :

Des "merci, amis !", rabâchés

Des "bisous, bisous" par milliers

De tous pays, du monde entier !...

Arrête, arrête d'espérer,

Ô laborieux écrivassier

Tu ne peux pas être prisé,

Tes textes sont trop compliqués,

Y'a trop d'idées, trop de pensées

A réfléchir, à déchiffrer !

 

Sur l'écran, les yeux explosés,

Googlito, le cerveau bloqué,

N'a plus d'suite dans les idées !

Sur le Web, il s'est échoué,

Débranché et déconnecté !

 

A quoi bon, donc se lamenter,

Me disait un jeun' Facebooké !

On cherche tous à se montrer,

A troller ou à podcaster

Par procuration, s'afficher.

Mais sur les réseaux, prisonnier,

De la grande toile d'araignée,

On est peinard, on est planqué,

On peut faire discret ou kéké,

Avoir l'impression d'exister,

D'avoir de l'esprit, de penser,

De pouvoir aimer, être aimé,

D'être actif, toujours occupé,

D'avoir des amis par milliers

Et de vivr' comme un naufragé,

Comme un oiseau emmazouté,

Dans le virtuel englué.

 

Cess' de taper sur ton clavier, 

D'écrire comme un acharné,

De caler, touches enfoncées,

De te croire seul, abandonné,

De jouer les désespérés.

Sur le net, faut te connecter,

Rejoindre les communautés.

A l'univers, tous reliés, 

Tous inconnus mais réseautés,

Sur le mêm' pied d'égalité.

Tu vas pouvoir les retrouver....

Petit écrivain raté,

Démodé, aigri, isolé,

Inspiré, réac, exalté,

Tu seras enfin apprécié

Si t'es branché et Googlisé !

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