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Tristounet

Publié le par modimodi

Pas besoin d'avoir un ciel gris,

Des nuages bas, de la pluie

Pour lui donner mélancolie

Et le faire mourir d'ennui !

 

De chez lui, le bonheur a fui.

Demain sera comme aujourd'hui,

Un jour de deuil, un jour de suie.

Le ciel a son bonnet de nuit.

 

« Changez bien vite de trottoir,

Fuyez ce Monsieur idées noires,

Sa grise mine de brouillard,

Si vous voulez garder l'espoir ! »

 

Il suffit de croiser son r'gard,

Pour vous refiler le cafard.

Vous pouvez sortir vos mouchoirs

Et vous mettre à broyer du noir !

 

D'une tristesse sidérale,

Dans une déprime abyssale

Et des soupirs de pierr' tombale,

Il va vous briser le moral.

 

Avec un entrain sépulcral,

Vous vous jetterez au canal.

Ne lui faites pas donner la soupe,

Il démoraliserait la troupe !

 

Sa p'tite bouille tristounette

Sonn' déjà l'heure de la défaite !

Ne l'invitez pas à la fête

Il vous jouera les trouble-fête !

 

Il a bien la gueul' de l'emploi,

Celle du roi des rabat-joie,

Des rembrunis et des pisse-froid.

Des pleins pots d'colle, de glu, de poix !

 

Rejetez-le ! Quand il s'amène

Avec son stress et sa migraine,

C'n’est pas distribution d'étrennes,

Il vous apporte son âme en peine.

 

Et ne soyez pas trop ému,

Ne devenez pas triste, abattu,

Compatissant et morfondu

Par son p'tit air de chien battu.

 

Tête rentrée comme une tortue,

Ne lui demandez pas : Qu’as-tu ?

N'étant jamais sûr du lend'main,

Il s’prendra la tête à deux mains.

Pour donner ses d'vises en refrain :

 

« Chaque jour est un jour crachin !

Du pain, du vin et t'auras faim !

Araignée du matin, chagrin !

Y'a pas de pomme sans pépins !

Quand ça cloche, c'est pour le tocsin

Et le glas du vendredi saint ! »

 

Tristounet ne fait qu’dans le mélo !

Des gémissements et des sanglots,

Une élégie, un lamento !

Il va, il vient mais le cœur gros,

Plus abattu que les impôts.

Du chagrin, gratis pro deo !

 

De partout, il est accablé,

Ses maigres espoirs sont ruinés,

Sa joie est au mont de piété.

Depuis qu'il est un nouveau-né

A chacun, il s'est présenté

En enfant d'Marie éploré.

Génération désenchantée !

 

Quand il vous dit qu'il est tout gai

C'est d'un air piteux et navré !

Son rire est une jérémiade,

Son sourire prend un ton maussade.

Rien n'vaut une bonne prière,

Un ave, un pater noster

Pour supporter cett' vie austère.

 

Oui ! Pour traverser ces ténèbres

Il a appris la march' funèbre !

Chevalier de triste figure,

S'il a du goût pour la peinture,

C'est pour le style en clair-obscur !

Comm' l'avenir est sinistre et terne,

Il a crêpé son cœur en berne.

 

L'amour n'est pas un bouquet d'roses,

Mais une gerb' de mots moroses,

Un don d'épines et d'amaurose !

Il aime pourtant sa p’tite Myriem !

Pour lui déclamer ses je t'aime

Avec sa bell' face de carême,

Pas de roses ni de poèmes,

Il a choisi les chrysanthèmes.

 

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