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Au doigt et à l’œil

Publié le par modimodi

Mon petit trèfle à quatre feuilles,

En deux œillades, quatre clins d’œil,

Tu as su me taper dans l’œil,

Mettre mon cœur en portefeuille !

 

Avec tous mes sens en émoi,

Des coups de chaud et plus d’sang-froid,

A genoux et les bras en croix,

Je t'ai promis la bague au doigt !

 

Ce que n'm’a pas dit mon p'tit doigt,

C'est que le loup était dans l'bois,

Et qu'une fois franchi le seuil,

Je march'rai au doigt et à l’œil !

 

J’n’ai pas l'temps d'demander ta main,

Tu m'as aussitôt pris en mains !

A l'école, ma belle maîtresse,

Plus aucun temps pour la paresse.

 

J'apprends à t'aimer feuille à feuille.

Sur ton love book, je me recueille.

Tu as l’parfum des chèvrefeuilles

Et tu me fais tourner de l’œil.

 

Mais quand j'ai voulu qu'tu t'effeuilles,

J'ai reçu pour tout bon accueil,

Dent pour dent et œil pour œil,

La giroflée de tes cinq feuilles !

 

Eros narquois est aux abois,

Il fait sortir le loup du bois

Et m’donn' l'amour à contre-emploi !

Épines aux roses, griffes aux doigts !

 

J’suis paralysé devant toi,

Je n'ose plus bouger l'p'tit doigt !

A tes pieds, comme un chihuahua,

Je voudrais sauter dans tes bras !

 

De mes petits yeux langoureux,

Je t'adore en battant d'la queue !

Ah ! T'bibiser de haut en bas,

Je m'en lèche d'avance, les doigts !

 

Je te fais mes grands yeux, si doux.

Mais je n'avais plus, je l'avoue,

Les deux yeux en face des trous

J’ai perdu la vue sur le coup !

 

J'ai filé droit comme un toutou,

Sans voir l'ombre de tes froufrous,

Sans la soie d'un de tes dessous !

J’ai dû garder tous mes bisous !

 

Pour autant, j’n’étais pas battu !

J'étais mordicus, résolu.

Je frissonnais, tout éperdu,

Je n’avais plus de retenue.

 

Oh ! Je voulais l’manger tout cru,

Ce trop tentant fruit défendu !

Mais tu n'en as pas démordu

Et c'est tous mes doigts, qu'j'ai mordus !

 

Mon trèfle, ma bête à bon dieu,

Je joins les doigts, lève les yeux,

Je fais la neuvaine aux cents vœux

Pour n’avoir pas à t'dire : adieu !

 

 

Je suis si pieux, béni des dieux,

Qu'avec toi, j'vais toucher les cieux !

Des pluies d'étoiles, au fond des yeux,

Éblouis-moi ! Sauve-qui-peut !

 

J'serai ton toutou sur la carpette.

Tu m'en jetteras plein les mirettes,

J'pourrai t'aimer à l'aveuglette.

Oui ! Je te trouve vraiment chouette !

 

Mais le temps n’est plus à la fête !

Finies les belles galipettes,

Moins d’amour, plus que des miettes

Je sens que j'passe aux oubliettes !

 

Y'en a plus que pour ta binette !

Trop occupée par tes frisettes,

Par tes caprices de jeune coquette,

V'là qu'tu n'aim's plus mes yeux noisette.

 

Tu me reproches mes croquettes,

Mes nœuds-nœuds roses, mes houppettes,

Les bains moussants pour ma toilette

Qui te coûtent les yeux de la tête !

 

Toi, tu me détestes, à vue d’œil !

L'amour n'est plus qu'un tape-à-l’œil !

J’avais bon pied, j’avais bon œil,

Désormais, tu me tiens à l’œil !

 

J'n'avais pas vu l'compas dans l’œil !

Enfoncé bien droit, jusqu'au coude !

J'n'ai plus d'honneur, rien qu'un baroud

Et pour un comble, c'est toi qui m'boudes !

 

L'amour n'était qu'un trompe-l’œil.

J’n’ai pas dû donner l’bon coup d’œil !

J'devais avoir l'alarme à l’œil

Et me méfier du mauvais œil !

 

N’joue pas ta marquis' de Merteuil,

N’fais pas ta poulard' demi-deuil !

Non ! Je ne vais pas fermer l’œil

Pour faire le mort dans ce cercueil !

 

Notre union a bien trop d’écueils !

Tu m'as mis les bois du chevreuil.

Je peux ravaler mon orgueil,

De ton amour porter le deuil !

 

Mon petit trèfle à quatre feuilles,

Tu m'as mis le cœur en mille-feuille !

Notre rose, peu à peu s'effeuille

Se ride et fane comme un cerfeuil !

 

Mon cœur n'est plus qu'une déroute !

Ton amour se donne au compte-gouttes

Malheureusement, je n'y vois goutte

Et c’est bien ça qui me dégoûte !

 

A un petit doigt près, d’ailleurs,

Notre passion était majeure !

Il ne lui rest' qu'un doigt d'honneur,

Dressé au ciel, en cris vengeurs !

 

Faut-il y voir le doigt de Dieu

Qui nous met à l'index, aux cieux,

Roulant devant nous ses gros yeux,

En nous fixant dans l'blanc des yeux ?

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