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Que vois-je ?

Publié le par modimodi

Un homme, une ombre, un inconnu

Longtemps parti puis revenu ?

Un poète ou un philosophe

Un des trois frères Karamazov ?

Que viendrait-il faire, c'est absurde

On a tué le dernier Kurde !

 

Personne ne vient plus chez nous, on a brûlé toutes les cartes, désaiguillé toutes les boussoles, effacé le moindre chemin, soufflé du vent sur les nuages. 

 

Tous les oiseaux se sont perdus

Le printemps n'a pas survécu.

Que fait en approche, cette barque

Est-ce le grand retour de Bismarck ?

Grand-père, m'a pourtant dit, c'est moche

Qu'on avait tué l'dernier Boche !

 

Aucun ami, aucun ennemi ! Aucun mot, aucune nouvelle, aucun murmure fraternel ! Mes souvenirs emportent le silence des étoiles, seules voix muettes en ma mémoire.

 

Mes yeux, paupières clouées

Sont fatigués d'avoir veiller.

Je voulais juste m'accrocher

Au fantôme d'un égaré.

Mais impossible, je le savais

On a tué les étrangers !

 

Il n'y a plus rien au fond de l'eau, plus de chimère, plus de sirène, même plus d'étoile de mer. Il n'y a plus rien dans le ciel, plus rien sur terre, dans les sillages ou les abîmes.

Plus rien à voir, que mon reflet dans le miroir. Est-ce lui, ce dernier étranger, auquel je peux m'accrocher?

 

 

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 Escapade de poète

 

A quoi bon partir en voyage?

J'ai enfermé tous les mirages

Dans un collier de coquillages.

J'ai fait prisonnier la lumière

Pour amalgamer au désert

Rose de sable et cœur de pierre.

 

Le ciel est assoiffé. Le sable a englouti les traces de la dernière caravane. Elle va l'amble au feu d'or des étoiles. Je marche lentement au rythme pesant des pas d'un forçat errant. La nuit a bu le lait cru de la lune, si blanc qu'on dirait de la neige.

Je frissonne, j'ai froid. Il reste un feu oublié dans la grotte, au pied de la montagne. Je dois le retrouver, affronter le danger. Je suis à la merci d'un volcan de dune vomissant ses laves. Je rampe, elles vont me dévorer. Je vais me minéraliser, mon cœur de pierre roule, glisse et s'enfonce dans les sables des songes.

Doucement chamelier, retiens ton pas, je dors transfiguré dans la rose de sable. Laisse-moi reposer, mêler mes chants d'amour aux douces voix des djinns. 

Ah ! Aime-moi enfin, ô Muse migratrice, toi, la justification finale de ma course aux étoiles, je t'offre moi aussi, ma rose de papier.

 

 

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Nocturne

 

Seule la nuit est à venir avec son feu noir et d'oubli.

Elle viendra la nuit avec ses vides blancs du passé en absence, avec ses ombres déchirées au silence de nos adieux.

Seule la nuit est à venir avec ses temps contractés dans le marbre froid de l'éternité.

Elle viendra la nuit avec les échos inutiles des victoires claironnées par tous ces pauvres cœurs, insignifiants d'amour. Moi aussi, j'aurais honte de mes élégies, de mes émois tremblants et des paroles que je n'ai jamais dites.

Seule la nuit est à venir avec quelques plumes arrachées à l'oiseau de la Liberté.

Je l'attends ! Qu'elle vienne déposer en ma page blanche, gonflée comme une voile, des mots de feu, des mots de joie, des cris de vie hissés jusqu'au ciel de ma poésie, en gerbes de fleurs et d'étoiles !

Je veux traverser les ténèbres . Je veux happer la lumière figée dans le sang des astres roses. Je veux enflammer les silences des pensées qui se dérobent.

Je veux au matin, courtiser le hasard, l'appeler Inspiration, baiser sa chair, prendre sa langue et tordre sa bouche menteuse. Je veux désarmer la beauté, peindre des roses sur l'armure et m'affronter à l'absolu.

Que les oiseaux viennent bruire et lancer leurs trilles aux musiques célestes ! Que la grâce ruisselle de la clématite de mes chants ! Que le printemps donne sa vigueur à mon langage, noueux cassant comme un bois sec ! Que le feu éclate ses sonorités dans les brindilles de mes rimes et ranime les cendres au sein de mes ratures !

La nuit peut venir, je l'attends avec ses promesses chuchotées. Le futur est son clandestin échappé des barbelés du temps. Il va me rendre visite, faire tourner sur ses gonds la lourde porte de mes poncifs uniformes, aux couleurs craquelées. Je pousserai les verrous pour le laisser entrer. 

Je peux fermer les yeux et m'endormir. Aux croisées d'ogives des étoiles, je croque l'hostie noire de la nuit. La poésie est un art sacré.

 

 

 

 

 

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