Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Lettre à mon dentiste

Publié le par modimodi

Docteur, depuis hier, j'ai la gencive qui me chatouille. Ouille ! Ouille ! Ouille ! Ma langue détecte un gonflement douloureux à chaque passage ! Je ressens une hyper sensibilité au moindre effleurement. La douleur est nettement localisée, elle pulse avec insistance pour marquer sa présence.

Ordinairement, je boursoufle et j'enfle de l'égo mais pas de la bouche ! Avec une bonne hygiène buccodentaire, je me passe de vos services. Nul besoin de docteur en fatuité pour guérir de l'hypertrophie du moi et nul besoin de dentiste pour confirmer mon appétit de vivre ou constater qu'avec mes dents du bonheur, me voilà armé jusqu'aux dents.

Je vous ai donc téléphoné pour connaître votre avis d'expert. A ma grande surprise, vous m'avez demandé si j'avais mes dents de sagesse. Ah docteur ! Je ne savais pas que la sagesse poussait avec les dents, qu'elle se montrerait ainsi menaçante en me montrant les crocs et qu'il faudrait l'arracher avant même qu'elle ne se déchausse pour franchir le seuil de mon existence. Pourtant, toute ma vie, je l'ai espérée et cherchée joyeusement, le pied léger et la fleur aux dents.

A ressentir cette grosseur en fond de bouche, je me dis que si je n'ai pas eu la bosse des maths, notamment lors de l'extraction des racines carrées, j'ai sur un tard, obtenu la bosse de la sagesse ! Avec cette sensation douloureuse d'oreillon, je sens son rappel à l'ordre. La sagesse impatiente et sur les dents vient brutalement me tirer l'oreille.

Quand je me souris dans la glace, j'ai toujours, maxi l'air de croquer la vie à pleines dents. Oh ! Je ne me souviens pas de la percée de ma première dent de lait ni de celles que j'ai laissées sous mon oreiller pour la petite souris. Mais je peux constater comme l'humoriste, un nombre relatif de 30 dedans et deux dehors d'une dentition aux dents encore blanches et à l'haleine presque fraîche.

D'ailleurs, mieux vaut sans doute ne pas m'avoir dans le nez car même si je n'ai jamais eu de dent contre personne, je suis capable d'avoir la dent dure. Ah ! Mais je constate que la sagesse ne fait guère mieux que moi. Si elle croit qu'en me frappant la joue gauche, je vais lui tendre la droite, elle peut attendre jusqu'au jour où les poules auront des dents.

En effet docteur, je ne voudrais pas non plus avoir besoin de vos services. Comme j'ai toujours eu les dents longues, est-il nécessaire de me les limer ? A la rigueur, je veux bien être couronné mais je ne veux pas aujourd'hui desserrer les dents pour me laisser plomber, prendre le mors, ronger mon frein et finir, ô rage, par mordre la poussière en claquant de mes dernières dents. Seule une sage-femme pourrait accoucher ma raison et me résigner à votre intervention en me promettant de croquer la pomme des plaisirs charnels et charnus, afin d'obtenir un futur mal de dents, un exquis mal d'amour.

Peut-être m'avez-vous menti comme un arracheur de dents et ne s'agit-il que d'une inflammation passagère de ma dent creuse ? Allez donc ramener votre fraise ailleurs ! Si vous insistez, je crains fort que vous ne vous cassiez les dents sur mon refus car j'ai peut-être un mol air, mais je ne vous crains pas.

Et même faute de dents de sagesse, j'ai, vous le savez les dents du bonheur et de la chance. Je n'ai jamais le moral en dents de scie et je ne chicote pas avec la vie. Je mâche avec bonheur, les tendres fleurs de trèfle et je ne ris pas du bout des dents... Je ne suis pas près de les laisser tomber.

Sachez que demain, je prendrai encore la lune avec les dents.

Commenter cet article