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Lettre à mon instituteur

Publié le par modimodi

Merci, monsieur l'instituteur pour les leçons, les devoirs et la transmission du savoir ! Votre exigence et votre patience m'ont permis de m'élever et de rester debout comme un citoyen éclairé et responsable. J'ai appris à réfléchir, à raisonner, à croire et à douter, à exercer mon sens critique. La vie est un champ d'analyses et d'expériences.

A l'école, l'écolier en apprenti sage et tissage doit adroitement éviter de faire des sacs de nœuds avec les connaissances pour éviter de filer un mauvais coton scolaire. J'ai brodé grâce à vous, instituteurs et professeurs, le canevas de ma vie, sans jamais vivre au crochet de personne ou attendre vainement en faisant tapisserie.

Vous avez fait progresser ma pensée avec des notions et des démonstrations, enrichies de mots et d'expressions. J'ai eu bons points et  images quand j'étais bon élève et enfant sage. Sinon, c'est parfois à la férule que j'ai appris les règles pour vous les réciter sur le bout des doigts.

Vous m'avez transmis, la rigueur et le sens de l'effort dans la recherche de la vérité. Au tableau noir, vous avez affiché les valeurs de la morale et m'avez ainsi permis d'apprécier les plaisirs honnêtes et sincères de la camaraderie. Vous avez accentué mes découvertes sociales pour un bien vivre ensemble.

Je sais qu'il est vulgaire d'apostropher et inamical de mettre en parenthèses son condisciple. J'ai découvert que l'amitié comme l'amour est l'auxiliaire de la vie qui permet d'être sans se faire avoir. Plus tard, j'ai ainsi cherché à rester un fort en t'aime !

En calcul, j'ai eu nombre de problèmes. Au total, souvent mon compte était bon ! Je comprenais le dixième ! J'avais beau additionner concentration et application, je multipliais les erreurs et restais nul en sommes, entre le zéro et l'infini.

Vous vous êtes mis en quatre et votre pédagogie m'a apporté logique et déduction. Aujourd'hui, j'arrive à compter les moutons. Je ne me soustrais plus aux difficultés sans demander mon reste et grâce à la géométrie, j'ai le compas dans l’œil, ce qu'apprécie particulièrement le cercle de mes amis.

La géographie m'a fait faire de fabuleux voyages et donné le goût de l'aventure sans jamais perdre la boussole. Je n'ai pas découvert l'Amérique, ni crié après moi, le déluge ou c'est Byzance ou c'est le Pérou ! Mais j'ai toujours plein de rêves dans les cales de ma caravelle.

En histoire, les grands hommes m'ont donné le goût des conquêtes et de l'art. J'ai accompli un travail de romain pour retenir, dates, époques et hauts faits. J'ai évité la mégalomanie en ne me prenant jamais pour César, Alexandre, Louis XIV ou Napoléon. Je n'ai jamais eu non plus de victoire à la Pyrrhus. Le roi ne fut jamais mon cousin et mes guerres furent toujours de tendres guerres.

Au contact des grands savants, j'ai appris la joie des découvertes, la méthode et l'humilité. Je sais que si le progrès est continu, la vérité est toujours provisoire. J'ai même, grâce à Einstein, rapidement compris que je n'étais pas une lumière et Ampère m'a mis au courant. Pythagore m'a mis la tête au carré de l’hypoténuse, Archimède m'a plongé dans le bain des sciences. Moi, le terre à terre des platitudes, quand ça ne tournait plus rond, je fus heureusement décentré par Copernic et Galilée. C'est Newton qui a évité à ma pomme de tout laisser tomber et d'abandonner mes études.

En musique, flûte, je suis tombé sur un bec ! Quant au chant, je n'ai su que me casser la voix et les oreilles de mes camarades. Aujourd’hui, c'est pourtant d'un ton juste que je prends voix au chapitre ou que je pousse la sérénade aux belles.

En sport, j'ai appris l'endurance, utile pour le marathon des jours ainsi que la résistance aux contacts pour me lancer dans la mêlée. Même à la brasse, je n'ai jamais coulé et au tennis, en prenant chaque balle au bond, je n'ai jamais pris ma volée !

Rien ne sert de courir, il faut écrire à point. J'ai généreusement jeté l'encre en me mettant à la tâche. J'ai goûté au pied de la lettre, au fil des pages, le plaisir majuscule de la belle écriture en minuscules efforts. Vous avez gravé mon caractère et aidé à corriger et enluminer mes épreuves. Grâce à vous, je fais toujours bonne impression.

Vous avez ponctué l'apprentissage du français de mises au point, d'interrogations et d'exclamations. J'y fais régulièrement référence. Elles résonnent en moi encore aujourd'hui dans mes rapports aux autres, tantôt agréables, tantôt abrupts et composent la syntaxe de ma vie en société.   L'entente cordiale dans la vie de tous les jours, c'est au fond comme la grammaire, une affaire d'accord.

Sans faire du genre, il est d'ailleurs difficile de trouver l'accord parfait entre le masculin et le féminin. Je pense désormais que faire l'amour avec un grand A est préférable à faire l'amour avec un petit tas et ce, pour des tas de raisons. Les fleurs que j'offre aux belles sont toujours des fleurs de rhétorique.

Au jardin des lettres, j'ai découvert les grands auteurs. Si je prends mon pied à écrire, je n'arrive toutefois pas à leur cheville. Ronsard m'a conduit à préférer les roses sauvages aux roses trop sages. L'émotion est à jamais dans mon cœur le terreau de l'innocence et de l'amour. La poésie m'a embarqué sur son voilier pour un grand voyage à la lumière de mes songes étoilés.

Avec mes parents, vous avez fait de moi un Homme. Vous m'avez enseigné le monde, la vie, l'amour et l'amour de la vie. Aujourd'hui, je sais que l'existence, c'est comme la déclinaison des temps. Le futur est toujours conditionnel et le présent déjà composé de passé simple. La conjugaison de l'amour reste d'ailleurs l'exercice le plus agréable.

Au jeu de l'amour et du hasard, l'existence n'est qu'un fragile château de cartes. Il faut être l'as des as pour jouer avec patience à la bataille. Pour les réussites, une bonne pioche et un joker sont souvent nécessaires. C'est vous qui m'avez offert la première martingale du bonheur.

Vous avez fait de moi un humain, empli ma tête autant que mon cœur et forgé mon caractère. Vous avez donné de la gravité et de la légèreté à ma vie en m'inculquant les certitudes essentielles et la beauté de l'éphémère. Que l'inconnu qui vous a accueilli vous porte ma gratitude éternelle.

 

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