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Qui es-tu ?

Publié le par modimodi

Qui es-tu 

Pour échapper comme un rire

Porté par le vent

A l'incohérence de ma vie ?

Qui es-tu 

Pour traquer comme un oiseau de proie

L'espace absurde de ma peur ?

 

J'ai peur du vide et de tomber

Comme une torche dans l’abîme,

Peur de te perdre

Comme une vague sans marée,

Comme un cri hurlé dans la nuit.

 

Je ne veux pas survivre,

Bouche ouverte et muet,

Les mains nouées et froides

Sur mon cœur triste et nu.

 

Je n'existerai plus,

Ne serai plus personne

Qu'un rêve inachevé

Dans l'aube pâlissante,

Qu'une cible clouée

Sur l'arbre de l'oubli.

 

Reviens amour, reviens,

Je ne t'ai pas vu grandir,

Nous ne nous sommes pas vu vieillir !

Je t'appelle depuis toujours.

Je t'implore mon tout petit

Mon ciel, mon nid, mon ange.

 

Je te prends comme une enfant,

A peine descendue du manège

Où carousselle ton enfance.

Je te prends comme l'alouette,

À peine échappée des nuages,

Du ciel bleu de l'imaginaire.

 

Je te prends comme un coquillage,

À peine sortie de l'océan.

Je me glisse dans tes dessins naïfs,

Je vacille avec tes voiliers blancs

Qui dansent sur les vagues.

 

Je me soumets à toi, ma reine,

Couronnée des étoiles de mer,

Des colliers scintillants,

Aux cous d'or des sirènes.

 

Reviens amour,

Ne te lasse pas de jouer

Avec mon cœur, avec mon corps.

Toi, ma poupée rose

Aux songes de soie et de dentelles,

Presse-moi contre toi,

Dansons la ronde des vertiges

Sur les ailes des phalènes.

Offrons aux anges des ténèbres,

Tous les feux follets de la nuit.

 

Avec toi contre moi,

Je veillerai jusqu'à l'aube...

J'attendrai jusqu'à l'envol

De la dernière étoile !

 

Qui es-tu pour m'abandonner

Comme un bulbe de vie,

En promesse de fleur,

Comme un bourgeon du temps,

En regain de printemps ?

 

Tu m'as oublié dans la terre froide de l'hiver

Et mon cœur craque comme une écorce,

Privée de feu et de ta fièvre

Privée de force, vidée de sève !

 

Je me tourne vers le ciel,

Sombre comme ce pain noir

Dans l'amère prison

Où mon cœur désespère.

 

Je me souviens des jours

De murmures et de brise,

Du chant des feuilles,

Des noces des saisons,

Des arbres déployés,

Des échelles du ciel.

 

Je nous revois nous envoler,

Libres comme des oiseaux,

Transpercer toutes les murailles

Du ciel et du vent, de l'eau et du feu.

 

Qui es-tu,

Pour te cacher dans la nuit,

Tisser l'oubli, te fondre

Et me perdre aussitôt ?

Qui es-tu,

Pour ne plus me parler

Qu'à travers les barreaux,

Dans la rouille du temps ?

Ô mon cruel geôlier !

 

Assez ! Assez !

Ne me laisse pas au milieu de moi-même !

Je déserte mon corps.

Il en va de moi, il en va de nous

Comme de ces fantômes perdus,

Comme de ces ombres pendues

Sur la toile peinte des nuages.

 

Arrête ta course,

Attends-moi !

Je viens ardent à toi !

 

Ô toi, qui es-tu,

Pour venir écrire en mon cœur

A la craie rouge de tes mots,

Le premier texte de ta désobéissance ?

 

Je ne suis pas un tableau noir du passé,

Ni une page blanche du quotidien.

Je suis un cri du silence,

Je crisse sur l’ardoise des jours.

 

Qui es-tu 

Pour m'ôter le goût

De sauter et de voler,

D'aimer et de rire

Comme un oiseau,

Comme un enfant ?

 

Je ne veux pas que tu abandonnes,

Nos secrets enrubannés,

Nos couronnes d'enfances,

Nos cornes de licornes

Tressées de roses et de racines.

 

Reviens, reviens !

Aurais-tu oublié

Nos émois adolescents,

Les herbes que l'on froissait,

Nos lèvres que l'on pressait

Quand nos corps s'épousaient,

Maladroits, empressés

Contre la grille aux gonds rouillés,

Dans l'odeur doucement sucrée

Des chèvrefeuilles enlacés ?

 

Reviens amour,

Tes grands yeux bleus

D'anémones et de bleuets

Suffisent à mes rêveries,

Tentations buissonnières.

 

Garde-toi mon amour,

Des ombres trompeuses,

De ces fleurs mauves piquées

Dans la coupe des cieux noirs.

 

Dans l'agonie du jour,

Ne tranche pas nos pensées

Aux aciers violets

Des ailes des corbeaux.

 

J'ai peur, tu le sais,

D'enliser nos aveux

Dans les marais croupis

Des horizons en fuite.

 

Qui es-tu donc, rebelle,

Pour te croire émouvante,

Comme un sourire d'enfant

Donne à la bouche

L'éclat framboisé de la chair.

 

Ô trompeuse promesse

Hélas aussitôt envolée

Dans l'éphémère d'un baiser !

Ô lumière mouvante

Des flammes du brasier,

Cendres ensanglantées

Dans ce cœur calciné.

 

Qui es-tu pour croire

Que tu peux faire la course

Avec le temps et la lumière ?

Que tu peux dérober le feu

Gardé au creux de mes mains ?

Je brûle encore comme nos soleils de juillet !

Reviens ! Reviens !

 

Qui es-tu,

Toi, qui t'enfuis

Comme les saisons en ma vie ?

Pourquoi, m'abandonnes-tu

Comme un soleil d'hiver

Derrière la colline ?

 

Ô mon amour ?

J'ai déjà vécu ce que tu cherches.

Il m'est resté la plume noire

Dans l'encrier sec de la nuit,

Fumées et larmes glacées,

Croix de pierre et routes perdues,

Vaines escapades de vide,

Doubles de temps et d'espaces

De réalité et de songes.

 

Je sais encore des mots d'hier

Aux ruses clandestines,

Quand je perdais ma vie

Dans les vallées profondes

Des brûlures du destin,

Laissant creuser comme des rides

Ma raison et mes certitudes.

 

Vois les ravines de mon cœur,

Charriant leurs tourments,

En fleurs flétries d'amour.

Ne t'enlise pas comme moi,

Dans les sables boueux

Des laisses de ta mémoire.

Un jour, il est trop tard...

S'il ne l'est déjà !...

Las !

 

Reviens, ma tendre, ma douce,

Mon enfant !

Reviens-moi au silence

D'un pétale de neige.

Je saurai te bercer

Dans la caresse du matin,

Poser mes mains sur ton front

Et garder tes secrets !

 

Ne me dis rien de tes errances,

J'ai encore mes semelles usées !

Je sais déjà la douleur,

Et l'oubli que tu ignores !

Le sang ne sèche plus

Au fond des cicatrices

Qui ourlent mes tristesses.

 

Reviens, reviens !

Tu brilles comme un fanal,

Un flambeau dans la nuit,

De lueurs boréales.

Le désir t'auréole...

Je gémis comme le vent du nord.

Je m'enfonce et je fonds

Dans le glacier des illusions

Et la confusion des étoiles !

 

Tu me trouveras qui t’attend

Au bout de ma jeunesse.

Je ne suis que le fuyard

De ton amour qui se dérobe.

Je te désire encore

Comme un papillon, la lumière,

Comme la flamme de la chandelle,

Résolue et tremblante

Se hisse vers l'étoile.

 

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