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Fin d'année

Publié le par modimodi

Clap de fin comme au cinéma avec arrêt sur image ! Mais une seule ne suffira pas pour conclure l'année. Sauf si vous êtes mort de fin !

Les optimistes vont s'en donner à cœur joie en pensant : tout est bien qui finit bien. Les pessimistes vont se lamenter en débitant les petits tracas et les grandes inquiétudes qui leur ont fait craindre d'atteindre la dernière extrémité, bien avant l'heure. Pourtant si 2020 ne fut pas une année de vaches grasses, avec le coronavirus, ce fut une généreuse année de cornes d'abondance !

Mais ce soir, personne ne doit se laisser aller à la morosité ambiante. Après l'an foiré, où votre poubelle est sortie plus souvent que vous, fêtez le départ de 2020 dans la gaieté et l'espoir ! Bien avant Noël, vous avez eu les boules, vous vous êtes faits enguirlander, ce soir, restez dans l'ambiance, lavez-vous en les mains avant de lancer cotillons et serpentins ! Mais il est interdit de vous mettre en pétard.

Soufflez sans postillonner dans la sarbacane mais ne soyez pas à bout de souffle ! L'année est finissante, pas vous ! Les années se suivent sans se ressembler. Bonne nouvelle ! Il y a des vaccins pour la Covid. Le pire est donc derrière vous, parole de mutant ! Vous mourrez tous un jour mais vous mourrez guéris !

Il ne reste plus qu'à trouver une solution de continuité du bonheur comme de la santé et une reprise de l'économie en général. Puisque le virus ne semble pas avoir déclaré la fin d'activité, combattez-le sur son propre terrain. Vous n'agissez pas en vain. Ne suspendez pas vos efforts quotidiens, n'abandonnez pas les précautions et 2021 sera un grand millésime.

La fin justifie les moyens appropriés. Eh bien, dansez maintenant ! Entrez dans la farandole et gardez vos distances pour la chenille. Ne laissez pas votre masque au placard si vous ne voulez pas que la Covid redémarre.

Ce soir, tout est prudemment permis. L'année se taille, vous pouvez aussi couper court aux mauvais souvenirs et rabattre les épis des contrariétés en vous amusant. Le destin ne s'est pas payé votre tête, il vous a pris en grippe pour vous faire votre fête, bien avant les fêtes.

2021 vous la fera tourner. Aux douze coups de minuit, votre chant de liesse n'est pas un chant du cygne. Il n'est pas dit que St Sylvestre a plus de pin sur la planche et qu'il se déchêne davantage.

A la fin du compte à rebours, avant les joyeux "Bonne année ! Belle année ! Heureuse année et beaux nénés !", vous êtes loin de vivre votre dernier quart d'heure. Vous atteignez le terme de l'année, cette ultime échéance n'est pas une extinction, juste le déclin des jours annuels au calendrier perpétuel.

"Quand c'est fini, n, i , i , ni, ça recommence !" Il ne s'agit pas d'un point final de non-retour mais juste, d'un point à la ligne de 2020 pour ouvrir un nouveau paragraphe et compléter un des chapitres de votre existence. Ne laissez pas tomber les traits d'union, pour raccrocher les douze wagons du nouvel an. La fin de l'année est un événement festif sur la courbe du temps infini, en aucune façon une fin programmée ou une finalité. A vous de fignoler les finitions !

D'ailleurs, tout est question de moral et d'interprétation. Préférez parler du bout de l'an que de la fin de l'année. Un bout laisse entendre qu'il ne s'agit qu'une partie du tout, un morceau n'est pas le dernier bout. L'année nouvelle rajoute un autre bout qui ne se confond pas avec la dernière extrémité. Ainsi le bout du tunnel laisse entrevoir la lumière et vous tenez le bon bout. Le virus vous a mis à bout, 2021 y met fin. Dès le premier janvier, vous savez par quel bout la prendre et vous entrez dans l'année entière avec l'espoir d'en voir les deux bouts. Vous n'avez pas atteint le bout du bout. Ce n'est donc pas la fin ni le bout du chemin ! Touchez du bois, vous tenez le bout et le bout de vos peines !

Pas de terminus même pour l'austère minus qui rêve de grandeurs sans limites. La fête continue ! Pas de barrière à la joie ! Plus on est de fous, plus on rit. Sans se donner un mal fou, c'est la fête à Neuneu et aux neuneus, le grand saut pour les so-sots ! Vive les fous rires et le grand soir ! Le virus vous a déjà coiffé, du chapeau pointu !

Champagne ou Champony pour de menus plaisirs ! Vous ne voulez peut-être pas qu'on vous prenne pour une truffe ! En application stricte du couvre-feu, vous renoncez à réveillonner, presque rien, juste un bout. Vous vous coucherez plus tôt comme les poules qui ne semblent pas être atteintes par l'épidémie. Au gui l'an neuf, Covid va te faire cuire un œuf !

Au fond de votre lit, vous ne discuterez pas le bout de gras. Vous pourrez, avant de compter les moutons, former des vœux sans masque, afin de parvenir sans encombre à vos fins, avant la fin de l'année prochaine ! Vous êtes comme nous tous ! Nous souhaitons une fin heureuse pour au moins 107 ans !

 

 

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Nos mots

Publié le par modimodi

Chaque jour, nous nous étonnons que de nos doigts courant sur le clavier naissent des contes ou des récits, des pensées ou des poésies.

Les mots de notre vocabulaire, ceux qui sommeillent dans les dictionnaires, ceux qui viennent à notre rencontre sont un trésor inépuisable pour écrire, parler, imager nos émotions tissées de l'alphabet du cœur, aux lettres enluminées.

Comme V. Hugo, le révolutionnaire de la langue française, nous pouvons mettre un bonnet rouge au dictionnaire. Nous sommes riches de lettres et de sons gravés et sculptés dans notre mémoire du cœur, aériens et azurés pour l'envol de nos rêves.

Les mots sont à la fois, les témoins du réel des choses et des êtres et à la fois, les veilleurs de notre inconscient. Ils nous permettent de nommer, décrire et énoncer comme de nous connecter à ceux qui les lisent ou les entendent. Le style doit être soigné pour décrire en phrases ciselées tout autant l'insignifiant que l'important.

Les mots comme des papillons s'envolent de la page ou comme des fleurs éclosent sur les bouches. C'est alors qu'en vibrant, ils nous échappent déjà et se réinventent dans une polyphonie de sonorités musicales et d'images multicolores.

Il est impossible de mesurer leur intime effet. En eux comme en nous, sur le terreau de notre culture, ils germent, ouvrent leurs bourgeons et nous irriguent de sève séminale. Mots rouge cerise suspendus à l'arbre de la Liberté ! Oui ! "Les fruits passeront la promesse des fleurs."... Pour vivre et pour aimer !

Dans les surprenants mystères de nos destins individuels, ils nous construisent et nous élèvent au sommet de la cathédrale lexicale, dans une mosaïque chatoyante de termes et de couleurs. Ils se propagent en ondes concentriques dans le labyrinthe des expressions, au centre de la nef linguistique. Ils sont motifs sur des lambeaux de fresques aux notions tombées en désuétude. En les découvrant, notre esprit et notre imagination chamarrent au cœur de la rosace des significations et des métaphores.

Nous nous réinventons. Nous sommes une partie de chaque écrivain et de chaque poète qui nous ont nourris de leurs écrits et que nous exhumons dans la lumière et la poussière du temps. C'est un peu de leur sang qui coule dans nos veines. Chacun par son talent unique balise le chemin de nos vies, célèbre des instants intimes, exprime nos interrogations existentielles et les transfigure dans le surréalisme de nos songes et de nos désirs.

Leur voie intérieure croise la nôtre. Ils sont des référents qui valident nos doutes, nos peurs, nos joies, nos peines et nos amours. Leur legs est collectif. Dans la verte prairie de la littérature, ils nous prennent parfois la main pour danser avec eux la ronde des vocables, la pavane du langage. Dans cette apparente légèreté, ils nous émeuvent et nous mettent face à nous-même.

Ainsi, les mots fouillent notre chair et notre mémoire et nous font rencontrer les autres, nos semblables, qui avec des mots identiques expriment et ressentent des sensations différentes. Quelle que soit notre langue, personne ne peut prétendre avoir le monopole du sens premier, de ses origines étymologiques, de sa richesse d'interprétations.

Nous nous promenons dans les œuvres avec des colliers de mots accrochés à notre cou. Chacun reçoit et interprète leurs parfums et leurs couleurs comme il l'entend et en perçoit l'écho en lui. Les mots sont là comme chez Eluard pour "Donner à voir". Ainsi, le simple terme de pluie peut évoquer les différentes sortes d'ondées déjà subies mais le poète saura seul, faire sentir l'odeur de la pluie et écouter son chant. Le souffle des mots fait entendre leur respiration à travers les éclats des voix écrite, parlée ou déclamée.

Nul besoin d'être obscur, savant, alambiqué. Francis Ponge embellit nos existences en évoquant les objets les plus usuels de notre quotidien avec les mots les plus simples. Quelques effets poétiques peuvent encore être obtenus par la maladresse feinte. Ainsi la répétition ou l'allitération des consonnes et des sons, des voyelles et des rimes embellissent les mots.

Comme dans la caverne de Platon, le cerveau et le cœur appréhendent la réalité à travers le prisme des ombres et des lueurs mouvantes projetées sur les parois de la sensibilité et de l'imaginaire. Au kaléidoscope des émois, les mots ont une polysémie étourdissante de signifiants et de signifiés. Eluard peut écrire : "Tu es le grand soleil qui me monte à la tête."

En cherchant le mot juste, nous appréhendons l’éphémère et la fugacité du temps et de la beauté. "L'étreinte poétique comme l'étreinte de chair, tant qu'elle dure, défend toute échappée sur la misère du monde", disait André Breton. Si les mots ne sont pas éternels, ils ont le privilège de nous faire toucher l'éternité de mille grâces légères.

Pour nos vies, la prose en dévoilant ses charmes s'habille de poésie. Les instants et les impressions se superposent sans s'effacer. Le même mot en faisant sens en nous a l'étrange pouvoir de l'évocation et du frémissement retrouvé. "Nevermore" pour un "oui" murmuré ou "Harmonie du soir" pour "la fleur vibrant sur la tige" d'un seul mot ! Sa nudité nous rend unique.

Nous pourrions à l'infini écrire sur le pouvoir invisible des mots, déjà au moins aimons-les. La sagesse de l'écrivain, c'est de se souvenir des leçons de mots appris dans l'enfance et de se réjouir de la leçon quotidienne d'écriture que lui offrent les mots. Comme chez Rimbaud, l'écrivain peut poétiquement "être et se faire voyant" pour provoquer en l'autre "un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens."

Il lui revient de célébrer les noces blanches et lilas de l'exactitude et de l'émotion, du profane et du sacré. Il doit ouvrir le regard vers l'ailleurs, au plus loin de lui-même et transporter vers l'au-delà de l'être. Il doit donner à penser et à goûter, il doit libérer et ne pas enfermer. Oui ! "Je est un autre." Il doit faire percevoir la grâce infinie des mots et leur symphonie stellaire. Il doit reconnaître le don que l'autre lui accorde en le faisant magicien. Il doit lever la tête vers le ciel et lancer ses mots au sein des étoiles.

 

 

 

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Défauts et qualités

Publié le par modimodi

La boîte à malices est ouverte ! Chacun dispose d'un référentiel intuitif qui lui permet d'apprécier ses relations et de caractériser ses interlocuteurs comme ses proches.

Mais chaque jugement est une illusion à facettes, comme la tasse que vous voyez avec l'anse à gauche, alors que d'une simple manipulation, elle passe à droite.

Tout dépend du contexte, de votre état émotionnel, de votre rôle social, de votre expérience et des a priori dans lesquels vous vous trouvez.

Si la timidité est une faiblesse pour un entretien d'embauche, surtout si vous bafouillez et rougissez, elle peut être délicieuse si la demoiselle rosit, si le jouvenceau bégaye d'émotion.

Si la curiosité est un vilain défaut, apparentée au mêle-tout, au fouille-tiroir, elle est précieuse à l'esprit scientifique en recherche de causes. Elle l'est également aux chercheurs en ouverture d'esprit et en disponibilité d'expériences pour découvrir et savoir. Elle est indispensable aux aventuriers étonnés et émerveillés de tout, courant pleins d'espoir vers l'inconnu. Mais si vous êtes simplement curieux de savoir ce que l'autre fait, vous pouvez être déçu de constater qu'il ne fait rien !

Si vous êtes ambitieux, ne le montrez pas trop en tant que postulant au poste de directeur général adjoint d'entreprise. Le directeur général en poste pourrait voir en vous, un concurrent aux dents longues. Convainquez le jury, en exprimant votre ambition pour l'expansion de l'entreprise, la diversification de ses services, son audience, l'excellence de sa qualité et le bien-être de ses salariés. Mais attention ! Si vous êtes interrogé par une femme, ne lui évoquez pas l'égalité hommes-femmes, car pour elle, l'accepter, c'est manquer d'ambition !

Ne vous alarmez pas. Il n'y a pas de qualité qui ne soit ou ne devienne également un défaut. Tout est presque relatif. Les mots péjoratifs sont en eux-mêmes dépréciatifs, mais ils sont plus ou moins qualificatifs, suivant leur emploi dans l'expression : un fieffé coquin, des plaisirs coquins ou coquin de sort !

La témérité est une qualité chez un soldat mais un défaut chez le général. La franchise est préférable à la fourberie mais lorsque quelqu'un vous avoue qu'il est capable du meilleur comme du pire, vérifiez que ce n'est pas dans le pire qu'il est le meilleur.

La fierté que vous manifestez dans la réussite de vos enfants ou dans le résultat d'une bonne action prouve la qualité de votre éducation ou de votre générosité. Mais elle n'est que défaut si elle devient orgueilleusement tapageuse, ostentatoire ou dédaigneuse.

Le plus beau cocorico du réveille matin est la fierté du poulailler comme la gêne du citadin devenu campagnard. L'envie de montrer ses qualités peut à l'excès devenir un défaut. H.G. Wells nous livre une pensée proverbiale : "On a toujours les défauts de ses qualités, rarement les qualités de ses défauts."

L'interprétation et les jugements des autres vous attribuent sans cesse, mérites et imperfections. Vous les trouvez souvent injustes, parce qu'il vous est plus rassurant de vous trouver des qualités que des défauts. Mais vos détracteurs ne s'accrochent qu'à vos défauts car ils se voient de près, tandis que vos qualités ne se voient que de loin. Le secret du bonheur illusoire : choisissez des amis myopes plutôt que des presbytes.

Certains cachent leur jeu pour faire illusion ! Le paraître leur sert d'être, sauf d'être authentiques. Qu'ils prennent garde, au-delà de paraître ridicules, Horace les prévient : "En voulant éviter un défaut, les sots se jettent dans le défaut contraire."

Si vous ne pouvez empêcher les gens de vous critiquer, vous pouvez cesser de les écouter ! La surdité est une affliction et dans ce cas, un soulagement ! Mais la louange peut à l'inverse être tromperie ou le bénéfice secondaire d'un esprit indulgent et positif.

Avant de colporter une nouvelle touchant aux habitudes d'un individu n'oubliez pas d'appliquer les trois filtres de Socrate : "Est-ce vrai ? Est-ce quelque chose de bien ? Est-ce utile ?... Si ce que tu as à me raconter n'est ni vrai, ni bien, ni utile, pourquoi vouloir me le dire ?"

Et l'amour ? Que faut-il en penser ? Est-ce une qualité ou un défaut ? Vous avez sûrement un avis !... L'amour du prochain ou l'amour de la prochaine ? Vaste question en son genre ! Mieux vaut le faire qu'en parler.

L'amour de la patrie, de sa famille du bien et du beau sont des preuves de qualité d'action et de cœur. L'amour du jeu devenu passion dévorante est un chemin de ruine et de désolation, l'amour fasciné pour la mort est une obsession maladive, l'amour de l'argent attire l'avarice, l'amour tendresse si attentionné en devient étouffant, tous n'ont que de néfastes effets. La perfection demeure un idéal.

Alors, le bel amour rend-t-il heureux ? Bien sûr, que dans un couple s'aimer, c'est aimer les qualités de l'autre mais aimer ses défauts n'est-ce pas une vraie et plus grande preuve d'amour ? Préférez la modestie des petits mots affectueux aux grands maux cuisants des promesses oubliées.

Si les torts sont souvent partagés entre les moitiés, le plus grand défaut de la femme, ne le cherchez pas, c'est son mari ! André Chénier a écrit : "Plus une femme aime son mari, plus elle le corrige de ses défauts ; plus un mari aime sa femme, plus il risque d'augmenter ses défauts."

Entendez-vous les viriles protestations masculines ? Un conseil à leur encontre : Le mot rêver qu'on l'écrive à l'endroit ou à l'envers reste le mot rêver !

Les jugements sont des miroirs dans lesquels les défauts inversent leur images en qualités et vice et versa. Prenez une épine, si elle incarne la rose elle figure aussi les ronces. Les défauts font toujours ressortir les qualités. Un défaut dans la pensée peut être une qualité dans l'action. L'enfer ne se comprend que dans l'idéal du paradis ! Les amants sont des aimants où les contraires s'attirent.

Les exemples peuvent ainsi se multiplier à l'infini et s'envisager au prisme du sexe fort et du sexe faible. Lâchez prise et ne râlez pas ! L'humour comble aisément l'amour. Accrochez-vous sans vous disputer. Dans les discussions qui virent bruyamment aux désaccords, sachez que l'obstination est vaine, c'est l'écho qui aura le dernier mot.

Alors, l'équilibre entre défauts et qualités est-il un idéal ? Les magnifie-t-on en les transformant en vices et vertus ? Le silence s'impose... Que préférez-vous, messieurs, les grandes ou les petites vertus ? Que choisirez-vous mesdames, un lion ou un mouton, un macho ou un chameau ? S'il ne se perd pas en chemin, un jour votre prince viendra !

Y réfléchir est une qualité universelle !

 

 

 

 

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Nez à nez

Publié le par modimodi

Certaines stars aujourd'hui qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, ont parfois recours à la chirurgie esthétique pour se faire rectifier le nez afin d’améliorer leur face ou leur profil. Le résultat est garanti, si par malchance l'opération a échoué, ça se verra comme le nez au milieu de la figure !

"Néanmoins", n'a-t-elle pas eu raison, la belle Cléopâtre de montrer à César le bout de son nez ? Puisque par amour, sans se faire mener par le bout du nez, il la fera reine unique d’Égypte. Ah ! Bon sang de bois qui ne saurait mentir ! Il a sans doute eu moins de nez, notre brave Pinocchio de se présenter au nez et à la barbe de Gepetto, pour aboutir à son établi, sous son maillet créatif ?

Quoique ? N'est-il pas devenu par son nez qui s'allonge, un héros légendaire ? Et, n'est-il pas plaisant de penser que, grâce à lui, la vérité peut désormais se découvrir nez à nez et même s'apercevoir à plein nez ? Ne rougissez pas, ne vous trémoussez pas, si votre nez remue, vous vous êtes trahi et vous êtes démasqué !

Si nous étions soumis à ce verdict nasal, nous connaissons plus d'un séducteur, bonimenteur qui en embrassant sur la bouche mettrait aussitôt le nez dans l’œil ! Ne pas s'étonner que désormais les occasions lui passent sous le nez, qu'on l'ait définitivement dans le nez, qu'on lui claque la porte et qu'on lui raccroche au nez !

Apparemment dans l'existence, pour donner prise à la réalité, il faut pouvoir se manifester et donner une preuve matérielle et tangible de sa présence. Il faut que l'autre se casse le nez dessus. Accordons une spéciale indulgence plénière à l'incrédule Saint Thomas qui "ne croit qu'à ce qu'il voit" et à ce qu'il touche.

Plus d'un mauvais apôtre tâtonnant dans sa foi libertine procédait ainsi. Aujourd'hui, il n'a plus le temps de balancer d'un pied sur l'autre, il est aussitôt balancé dans la soue des pourceaux. Plus de dévotions iconoclastes avec une sainte Nitouche !

D'ailleurs, il ne suffit pas de ressusciter, d'apparaître puis de disparaître pour créer la preuve de l'existence et du miracle, pensait par un heureux hasard, un hagard à la gare St Lazare.

Il faut a minima créer une impression même de déjà-vu ! Fourrer son nez, n'est pas un vilain défaut de curiosité, réservé au mêle-tout. Recueillir le témoignage de ceux qui étaient sur place est un travail d'enquêteur ou le luxe d'annales historiques... "Élémentaire mon cher Watson, nécessaire mon cher Froissard !" Mieux vaut tout de même avoir la tête de l'emploi, le nez fin ou le nez creux !

Et sait-on jamais ! Des revenants pourraient en abuser. Le marché locatif des grottes pourrait être en pleine expansion ! Il est facile d'imaginer la Lourdes promotion et la multiplication des encarts publicitaires sur les routes béarnaises. "Profitez de nos locations saisonnières pour vos apparitions mariales ! Tarifs préférentiels pour les vierges sur le retour !"

Du nez, de la patience, de l'observation, de l'imagination, de la déduction et des références scientifiques, il en faut aux paléontologues ou archéologues pour, en fouillant faire parler un silex, un os, une dent, un bouton, une pièce, un tesson de poterie et trouver l'âge de Pierre ! Dater à vue de nez la période, relève de l'exploit, car à part la Belle Époque préhystérique, que d'épiques époques opaques !

Gloire aux célèbres appendices nasaux ! Vive la petite musaraigne, l’oryctérope, le tamanoir, le grand fourmilier et le rhinoféroce ! Gloire à Cyrano dont E. Rostand a su tirer les vers du nez !

"Moi, Monsieur, si j'avais un tel pif / Je m'ferais sur le champ, tasteur de beaujolpif ", déclamait un rimailleur nasillard, s'essayant à quelques pieds de nez après s'être piqué le nez à boire de la piquette !

Certains sans mettre le nez dehors, se donnent l'air d'être au courant. D'autres qui pensent être dans le vent sont comme les morveux au nez qui coule. Ils se croient intelligents et plein d'idées, ils n'ont parfois pour preuve que la chance d'un rhume de cerveau.

Avant que vous ne piquiez du nez sous mon nez ou que vous vous vouliez me le bouffer parce que je vous sors par les trous de nez, j'ai deux bonnes nouvelles. Sachez qu'un nez puissant est promesse de vigueur, sachez qu'un nez camus peut vous faire écrivain ! Vous qui êtes à beaux nez, absents, ne doutez pas que la vie vous réserve des faveurs, si vous avez du nez pour les flairer.

Je ne connais pas beaucoup d'artistes, au nez en trompette qui savent jouer du saxo, les doigts dans le nez. Ceux-là peuvent être fiers et aller nez au vent, partout, jusqu'au port d’Amsterdam, où "les marins se mouchent dans les étoiles !"

 

 

 

 

 

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Avant de dormir

Publié le par modimodi

Dans les derniers reflets du jour, nous nous tenons face à face, mains liées à nos serments, doigts noués et délacés aux rythmes lents de nos frissons. Sans le moindre bruit de ressac, chaque vague dénoue la mer en ondes douces de tendresse.

Nous nous désirons comme des statues de pierre dans la crispation du temps. Nous nous tendons comme la corde sous la menace de l'archet. Nous voudrions nous enlacer avant que le sommeil vienne nous prendre et nous renverser sur le lit de la nuit.

A travers les rideaux du soir, les silhouettes tremblantes de nos corps portent nos attentes et nos rêves. L'amour est là, mêlé aux flammes du crépuscule, dans les ondes de la lumière, filant comme un ruisseau vers des lisières inconnues.

Dans notre maison d'algues et de fougères, les battements du temps se glissent à pas de lune dans la durée et ses sanglots. Demain est déjà là, sur la pointe de ses pieds nus. Le loup d'hiver hurle aux nuages noirs de tenir allumée la lampe jusqu'à l'aube. La nuit béante qui s'en vient sera longue.

Dans la course sombre du jour, les rapides des instants enfuis tourbillonnent en rafales dans les gifles du vent et les griffes des branches cognant contre les vitres. Les feuilles s'y collent comme des papillons affolés au halo des réverbères de la ville. Au loin, la lumière crue des néons ensanglantent les ombres du ciel. Tu en es sa rose rouge.

Les voiles dans la chambre s'agitent en bruissant. Près de moi, tu t'allonges. J’effleure ton épaule, j'entre dans la nuit, les mains nues. Nos peaux en serpentant, se glissent et se frôlent dans le froissement du satin. Nos lèvres et nos voix se font douces, nous murmurons dans le silence, des mots d'amour qui montent en gerbes moissonner le champ des étoiles. Nous sommes lisses de délices.

Nous frémissons et glanons des émois nocturnes dans nos mains agitées de poignées de caresses. Des frissons impatients palpitent dans le feuillage de nos soupirs tremblants et s'agitent comme des ailes d'oiseaux dans l'arceau de nos bras. Nos secrets n'ont plus de piège.

Sur le champ de bataille de la nuit, nos corps sont des glaives qui s'aiguisent aux pierres tranchantes de nos désirs. Nous roulons jusqu'à l'abîme avant de déposer les armes dans l'ultime étreinte d'un mourant baiser. Nous happons le vide de l'espace dans une plainte d'abandon.

Je me coordonne à ton souffle. Tu soupires dans le silence, je te contemple assoupie. Sur ta blanche nudité, un feu dansant de flammes chatoyantes s'est allumé aux rayons de la lune d'argent. Tu as déployé la corolle scintillante des astres d'or et laissé flotter l'écharpe aux cheveux d'ange des comètes. Tu t'éthères lentement dans l'envol de l'amour et dans l'oubli du temps.

Tu montes dans la barque de Nyx pour toi rejoindre le sommeil. Tu te donnes en offrande au ciel gris bleu de cette nuit de plomb. Tu as aboli l'horizon et ses limites, repoussé. Tu plonges dans l'azur invisible des songes étoilés... Aux voûtes de tes paupières, tes yeux d'ardoise jettent aux noctuelles des ténèbres, des lueurs moirées. Ta beauté flamboie dans les gémissements de la nuit.

Dans l'obscurité, je te distingue à peine ma libre odalisque endormie. Je pose ma tête contre ton cœur, je te rejoins dans l'infini.

 

 

 

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Réveillon masqué et magie de Noël.

Publié le par modimodi

Musique maestro ! "Décalétacan, décalétacan, ohé, ohé" ! A répéter quatre fois comme la Compagnie Créole le fait en intro de sa chanson. Qui ne connaît pas le célèbre tub des pistes de danse ? " Au bal, au bal masqué, ohé, ohé, elle danse, elle danse, elle ne peut pas s'arrêter de danser, danser, danser..." et, vous d'arrêter de fredonner l'air qui vous trotte dans la tête !

Ne faites pas la sourde oreille ou la fine bouche car après le bal masqué, vous êtes invité, cette année, au réveillon masqué. Mais l'ambiance a terriblement changé.

Oubliez vite les paroles : "Aujourd'hui, je fais ce qui me plaît, me plait !" Non ! Non ! Plus question, mon ami ! Vous n'êtes plus à la fête, vous êtes en état d'urgence sanitaire ! 

"Aujourd'hui tout est permis, permis" ! Non ! Sûrement pas, c'est bien trop dangereux ! Respect absolu du nouveau permis de conduite en société. Stoppez sur le champ de bataille sanitaire, l'entêtante rengaine : "Derrière mon loup, j'embrasse qui je veux, je veux !"

Pas question ! Vous devez respecter les consignes et appliquer les gestes barrière. Pas de bisous à personne en entrant, ni au Père Noël, ni après déballage, en remerciements des cadeaux déposés au pied du sapin ! Embrassez-vous en vidéo. Et n'oubliez pas de vous laver les mains aussitôt ! L'ennemi invisible ne prend pas de gant pour vous serrer dans ses bras !

Dès que vous arrivez, comptez ! Le nombre d'invités est limité à 6 adultes à table ! Car le septième, est déjà là ! C'est l'invité surprise, c'est la Covid ! Alors pas de rapprochements, seul le pied sous la table est autorisé. S'il avait vécu à notre époque, G Verdi, dans le Bal Masqué, l'aurait sûrement envisagé pour Ricardo et Amélia. Mais surtout son opéra "La Traviata" aurait fait de Violetta, une tragique victime de l'épidémie, époumonée dans l'agonie de son chant d'amour.

Cette année, au réveillon, pour s'épargner de telles conséquences et tenir la distance les jours prochains, un plan de table bien pensé n'aura pas oublié la bonne distance à respecter, de deux mètres au moins entre les convives. Retour aux temps anciens où roi et reine se tenaient face à face pour festoyer, à une longueur telle que les nombreux mets refroidissaient en passant de l'un à l'autre. Ce soir, on sera loin du collé-serré des dancings, car c'est la Covid qui ouvre le bal et mène la danse.

Le port du masque est recommandé entre les plats. Le meilleur service a d'ailleurs prévu des parts individuelles et un dîner vite expédié. Oubliez les Noëls gourmets et gourmands avec foie gras, boudin blanc, saumon fumé, huitres, escargots, etc ! C'est la soirée dinde, une cuisse et vite au lit ! Quant à la bûche, ne soyez pas un bellâtre, évitez de la prendre pour ne pas être marron et farci par la Covid !

Plus de coude à coude mais vous pouvez encore lever le coude. L'ivresse de l'amour familial ne vous fera pas tituber. Toutefois, vous n'avez le droit que de caresser la tête de la bouteille de vin ou de champagne. La consommation d'alcool doit rester modérée mais pas celle du gel hydroalcoolique, à verser, jusqu'à plus soif ! La Covid elle-même se frotte les mains, dès qu'elle vous frôle !

Évitez d'exprimer bruyamment votre satisfaction ou votre bonheur ! Cachez votre joie et parlez à bas bruit. Vous avez le droit de penser que votre petite fille, est votre portrait tout craché mais ne postillonnez pas sur elle, en vous exclamant !

Sustentez-vous, régalez-vous mais n'alimentez pas la conversation d'un lamento plaintif sur les contraintes de la Covid ! C'est ainsi ! Vous êtes passé en une mascarade, de convive à contaminant.

Ne vous plaignez pas ! Vous n'êtes pas obligé de vous passer de rassemblements familiaux comme en Italie. En Corée, il est interdit de recevoir quelqu'un chez soi. En Belgique, un seul invité et pas de danse mais contredanse assurée en cas de non-respect. Les Wallons sont en liberté surveillée par des drones !

Par contre à table, vous pouvez raisonnablement vous échauffer pour compléter les bienfaits de votre petite laine. Ce soir, le mouton est de circonstance et la doudoune et la chancelière sont des cadeaux très appréciés !

Après la douche froide des restrictions, la tendance est de fêter Noël au balcon ou au jardin. A condition que votre crèche offre ce confort comme de disposer de parasol chauffant pour compléter la chaleur humaine.

D'ailleurs chaque foyer ne porte plus l'appellation de foyer, que de nom, lorsqu'on évoque la contamination. Car si on applique le couvre-feu, on l'éteint et on grelotte. On gèle et l'on n'est pas loin d'atteindre la température de conservation du vaccin !

Dans la pièce de réception, il est recommandé d'aérer dix minutes par heure. Brrr ! Brrr ! Attention aux personnes vulnérables ! Soyez chaleureux avec elles et ne laissez pas mamie, dans le courant d'air, si vous ne voulez pas que ce soit son dernier Noël ! Déjà, la Covid trop affectueuse ne pense probablement, en traitresse, qu'à lui sauter dessus, pour la refroidir.

Ayez bonne mine, faites pourquoi pas bombance mais pas la bombe ! La bête à picots a de nouvelles souches mutantes. Le traditionnel Christmas pudding qui a réussi à passer la frontière, n'est plus recommandé après la messe de minuit, prévue désormais à 19 heures trente !

Pauvre petit paroissien placé un siège sur trois et un banc sur deux, tu ne pourras plus donner le liturgique baiser de paix, à moins d'avoir le bras long. A minuit, heure solennelle, il y a quelque chose qui cloche ! Plus d'avoine dans le râtelier et les auberges sont fermées. Le petit Jésus est né mais il crèche sur la paille comme nombre de bons chrétiens pris pour des poires et qui ne croient plus au Père Noël.

F. Villon nous balladait quand il disait : "Tant crie-t-on Noël qu'il vient !" Certes, dans un cri du cœur, il vient pour nous, faire la fête mais surtout, il nous voit venir avec nos visages masqués, nos bandeaux sur les yeux et nos mines défaites.

Réveillonnez ami, sans réveiller la Covid. Vous êtes blanc comme neige ! Innocent comme un nouveau né ! Croyez à votre bonne étoile. Mais attention ! Elle est peut-être filante !

Soyez donc prudent, pas inconscient et toujours optimiste ! Moi j'ai les images de mon enfance où la féerie de Noël lui donnait le mystère enchanté d'un conte. Je me souviens de l'attente de ce jour, de l'ambiance fiévreuse et festive qui le précédaient : l'achat et la décoration du sapin avec les guirlandes et les fragiles boules multicolores et surtout l'instant magique de l'étoile qu'on plaçait en dernier à son sommet. Sans doute, que déjà je pressentais son pouvoir bénéfique et que je savais qu'il me faudrait vivre en levant la tête plus haut, toujours plus haut.

Je participais aussi à la construction de la crèche : des figurines, Marie en manteau bleu, penchée avec Joseph sur le rudimentaire berceau vide, couvert de paille, en attente comme moi de la venue du petit Jésus. J'aidais ma sœur à placer les bergers avec leur canne, les différents moutons blancs et frisés, trois rois mages couronnés portant un coffret, un bœuf et un âne gris. J'entends encore le froissement du papier imitant le rocher qui serait l'abri de la sainte famille jusqu'à la Nativité.

Je ressens également les émotions lors de l'ouverture des cadeaux mais je perçois en plus un mélange d'odeurs douces et sucrées : le parfum d'orange et de coquille qu'on me distribuait à l'école et que je rapportais triomphant à la maison. Ah ! L'arôme entêtant et suave des mandarines ou de la brioche trempée dans le chocolat chaud qu'on dégustait en rentrant de la messe de Minuit. L'enfant Jésus sur la nappe, nous nous regardions les yeux luisant de joies et d'émotions liées. La voix de mon père chantant le difficile "minuit chrétien, c'est l'heure solennelle" emplit encore de sa vibrante nostalgie, mon oreille tendue vers les échos de l'au-delà.

Ami, à chaque âge, chaque époque laisse son empreinte dans les cœurs. Le plus important, c'est de ne pas vous laisser influencer par la morosité ambiante et de garder votre capacité d'émerveillement. Appréciez et partagez votre plein bonheur !

Vous avez une immense et extraordinaire responsabilité ! Vous n'êtes pas des rois mages mais vous possédez le pouvoir magique de mettre de l'or dans les yeux des enfants ! Ce soir, cette nuit, demain et tous les autres jours, soyez empli de gaieté, de sourires et de rires, pour eux comme pour vous et ceux que vous aimez. Que la joie soit dans les cœurs ! Joyeux Noël !

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Paupières closes

Publié le par modimodi

Comme les pétales de rose

Veillent sur les amours encloses,

Je garde mes paupières closes

Sur ta beauté à peine éclose.

 

Aphrodite qui a pris la pause

A ton corps se métamorphose

Et pour ton doux amant dépose

Une couronne de lauriers-roses.

 

A ton côté, je me réveille,

Tu es encore dans le sommeil.

A travers les volets, merveille !

Sur ta peau nue joue le soleil.

 

Je ne connais rien de pareil !

Les palis vermeils de la treille,

La chanson douce des abeilles,

Qui murmurent à mon oreille,

 

A ta beauté sont en osmose.

Mais sans émois, toi, tu reposes,

Alanguie en troublantes poses.

Mes désirs contre toi explosent.

 

L'amour en mon cœur se dépose,

Le comblant de charmes grandioses.

Pour conserver l'apothéose,

Je garde les paupières closes.

 

 

 

 

 

 

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Lettre à mon instituteur

Publié le par modimodi

Merci, monsieur l'instituteur pour les leçons, les devoirs et la transmission du savoir ! Votre exigence et votre patience m'ont permis de m'élever et de rester debout comme un citoyen éclairé et responsable. J'ai appris à réfléchir, à raisonner, à croire et à douter, à exercer mon sens critique. La vie est un champ d'analyses et d'expériences.

A l'école, l'écolier en apprenti sage et tissage doit adroitement éviter de faire des sacs de nœuds avec les connaissances pour éviter de filer un mauvais coton scolaire. J'ai brodé grâce à vous, instituteurs et professeurs, le canevas de ma vie, sans jamais vivre au crochet de personne ou attendre vainement en faisant tapisserie.

Vous avez fait progresser ma pensée avec des notions et des démonstrations, enrichies de mots et d'expressions. J'ai eu bons points et  images quand j'étais bon élève et enfant sage. Sinon, c'est parfois à la férule que j'ai appris les règles pour vous les réciter sur le bout des doigts.

Vous m'avez transmis, la rigueur et le sens de l'effort dans la recherche de la vérité. Au tableau noir, vous avez affiché les valeurs de la morale et m'avez ainsi permis d'apprécier les plaisirs honnêtes et sincères de la camaraderie. Vous avez accentué mes découvertes sociales pour un bien vivre ensemble.

Je sais qu'il est vulgaire d'apostropher et inamical de mettre en parenthèses son condisciple. J'ai découvert que l'amitié comme l'amour est l'auxiliaire de la vie qui permet d'être sans se faire avoir. Plus tard, j'ai ainsi cherché à rester un fort en t'aime !

En calcul, j'ai eu nombre de problèmes. Au total, souvent mon compte était bon ! Je comprenais le dixième ! J'avais beau additionner concentration et application, je multipliais les erreurs et restais nul en sommes, entre le zéro et l'infini.

Vous vous êtes mis en quatre et votre pédagogie m'a apporté logique et déduction. Aujourd'hui, j'arrive à compter les moutons. Je ne me soustrais plus aux difficultés sans demander mon reste et grâce à la géométrie, j'ai le compas dans l’œil, ce qu'apprécie particulièrement le cercle de mes amis.

La géographie m'a fait faire de fabuleux voyages et donné le goût de l'aventure sans jamais perdre la boussole. Je n'ai pas découvert l'Amérique, ni crié après moi, le déluge ou c'est Byzance ou c'est le Pérou ! Mais j'ai toujours plein de rêves dans les cales de ma caravelle.

En histoire, les grands hommes m'ont donné le goût des conquêtes et de l'art. J'ai accompli un travail de romain pour retenir, dates, époques et hauts faits. J'ai évité la mégalomanie en ne me prenant jamais pour César, Alexandre, Louis XIV ou Napoléon. Je n'ai jamais eu non plus de victoire à la Pyrrhus. Le roi ne fut jamais mon cousin et mes guerres furent toujours de tendres guerres.

Au contact des grands savants, j'ai appris la joie des découvertes, la méthode et l'humilité. Je sais que si le progrès est continu, la vérité est toujours provisoire. J'ai même, grâce à Einstein, rapidement compris que je n'étais pas une lumière et Ampère m'a mis au courant. Pythagore m'a mis la tête au carré de l’hypoténuse, Archimède m'a plongé dans le bain des sciences. Moi, le terre à terre des platitudes, quand ça ne tournait plus rond, je fus heureusement décentré par Copernic et Galilée. C'est Newton qui a évité à ma pomme de tout laisser tomber et d'abandonner mes études.

En musique, flûte, je suis tombé sur un bec ! Quant au chant, je n'ai su que me casser la voix et les oreilles de mes camarades. Aujourd’hui, c'est pourtant d'un ton juste que je prends voix au chapitre ou que je pousse la sérénade aux belles.

En sport, j'ai appris l'endurance, utile pour le marathon des jours ainsi que la résistance aux contacts pour me lancer dans la mêlée. Même à la brasse, je n'ai jamais coulé et au tennis, en prenant chaque balle au bond, je n'ai jamais pris ma volée !

Rien ne sert de courir, il faut écrire à point. J'ai généreusement jeté l'encre en me mettant à la tâche. J'ai goûté au pied de la lettre, au fil des pages, le plaisir majuscule de la belle écriture en minuscules efforts. Vous avez gravé mon caractère et aidé à corriger et enluminer mes épreuves. Grâce à vous, je fais toujours bonne impression.

Vous avez ponctué l'apprentissage du français de mises au point, d'interrogations et d'exclamations. J'y fais régulièrement référence. Elles résonnent en moi encore aujourd'hui dans mes rapports aux autres, tantôt agréables, tantôt abrupts et composent la syntaxe de ma vie en société.   L'entente cordiale dans la vie de tous les jours, c'est au fond comme la grammaire, une affaire d'accord.

Sans faire du genre, il est d'ailleurs difficile de trouver l'accord parfait entre le masculin et le féminin. Je pense désormais que faire l'amour avec un grand A est préférable à faire l'amour avec un petit tas et ce, pour des tas de raisons. Les fleurs que j'offre aux belles sont toujours des fleurs de rhétorique.

Au jardin des lettres, j'ai découvert les grands auteurs. Si je prends mon pied à écrire, je n'arrive toutefois pas à leur cheville. Ronsard m'a conduit à préférer les roses sauvages aux roses trop sages. L'émotion est à jamais dans mon cœur le terreau de l'innocence et de l'amour. La poésie m'a embarqué sur son voilier pour un grand voyage à la lumière de mes songes étoilés.

Avec mes parents, vous avez fait de moi un Homme. Vous m'avez enseigné le monde, la vie, l'amour et l'amour de la vie. Aujourd'hui, je sais que l'existence, c'est comme la déclinaison des temps. Le futur est toujours conditionnel et le présent déjà composé de passé simple. La conjugaison de l'amour reste d'ailleurs l'exercice le plus agréable.

Au jeu de l'amour et du hasard, l'existence n'est qu'un fragile château de cartes. Il faut être l'as des as pour jouer avec patience à la bataille. Pour les réussites, une bonne pioche et un joker sont souvent nécessaires. C'est vous qui m'avez offert la première martingale du bonheur.

Vous avez fait de moi un humain, empli ma tête autant que mon cœur et forgé mon caractère. Vous avez donné de la gravité et de la légèreté à ma vie en m'inculquant les certitudes essentielles et la beauté de l'éphémère. Que l'inconnu qui vous a accueilli vous porte ma gratitude éternelle.

 

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Lettre à une coiffeuse

Publié le par modimodi

Je n'ai pas pour habitude de couper les cheveux en quatre, mais là, je dois m'exclamer trop, c'est trop ! Voilà quelques arguments au poil pour une coiffeuse !

Sur ses conseils, j'avais décidé de me laisser pousser la barbe. Paraît-il qu'elle correspondait mieux à mon profil hugolien d'écrivain. Hélas ! J'en compris ultérieurement l'amère référence.

Si elle me vieillissait de quelques années, elle présentait aussi d'indéniables avantages : un aspect sérieux et respectable, une estompe douce des ingratitudes du visage, un gain de temps à la toilette matinale.

J'avais donc accepté votre proposition avec la promesse que vous en assureriez la taille régulière. Or, voilà que sur une décision soudaine, vous m'annoncez sèchement la fin de ce service, au motif qu'il n'entrait plus dans vos prestations.

François Ier avait raison de graver ses deux vers sur la fenêtre de sa chambre à Chambord : "Souvent femme varie, bien fol est qui s'y fie !" Victor Hugo (le revoilà) a repris la phrase dans "le Roi s'amuse". Il faut admettre que l'un et l'autre s'y connaissaient en conquêtes féminines et en effets de barbe coquine !

Si je n'étais pas contrarié par le reniement de votre parole donnée, j'aurais été prêt à chantonner l'air du duc de Mantoue dans l'opéra Rigoletto de G. Verdi : "la donna è mobile, qual pluma al vento, muta d'accento e di pensiero". "Telle une plume au vent, la femme change de ton et d'idée." Vous en êtes la parfaite démonstration.

Moi, si j'en avais les moyens, je vous volerais bien dans les plumes pour vous faire changer d'intonation et d'avis, petite dame oiselle ! Car enfin, votre salon pour attirer trois pelés et un tondu, affiche bien " coiffure mixte". Il aurait fallu, en plus préciser : tout soin sauf la barbe !

Votre résolution, tombée comme un cheveu sur la soupe et présentée en coup de vent m'a défrisé et complètement décoiffé. Je m'insurge et suis prêt sur le champ à vous crêper le chignon. J'ai l'humeur ébouriffée, le poil hirsute et en bataille. Vous m'avez dit d'aller me brosser, j'en ai les cheveux qui se dressent sur la tête.

Cette brutale décision semble plus tirée par les poils de barbe que par les cheveux. Il est évident que vous vous êtes, dans tous les sens du terme, payé ma tête ! Vous m'avez pris pour un blaireau, pris dans le sens du poil et m'avez fait mousser avec l'illustre référence au grand Victor. En fait, j'ai reçu un shampoing en plus d'une douche froide et sans me coiffer sur votre poteau d'exécution, vous m'avez séché.

Je ne vais pas pour autant baisser la tête et je ne permettrai plus désormais que vous me cherchiez des poux dans la tonsure. Impossible de traiter le mal à la racine. Je ne vais donc pas rester à ciseaux tirés avec vous et me transformer en barbouze. Inutile de vous dénigrer, vous faites très bien vous-même les dégradés. Au fond, vous êtes peut-être une frustrée, car vous ne serez jamais célèbre. Qui se souvient du coiffeur des hommes illustres ?

Nul doute que cette contrariété qui m'égratigne comme un barbelé va me donner davantage de cheveux blancs, mais je ne vais pas me les arracher par poignées pour autant. Avec le temps, plus dure sera la chute ! Chauve qui peut !

Non ! Je ne vous décevrai pas non plus ! Je serai désormais rasoir lors de chaque nouvelle coupe. Je sais que vous êtes la parfaite illustration de la tête bien faite plutôt que bien pleine. Avec vous, seule la coupe est pleine ! Vous êtes à un poil d'avoir de l'esprit. Heureusement que l'on peut fermer les yeux et que le sèche-cheveux évite de temps en temps de vous entendre. Enfin mon malheur eut été bien plus grand, si vous aviez eu en plus un cheveu sur la langue !

Faute de pouvoir vous faire une tête au carré, je vais rester de mauvais poil. Je vous avais élevée au rang de Madame Figaro, mais vous n'êtes au fond que Joséphine la barbante barbière de Napoléon et Marie-Antoinette, la tondeuse de moutons, la bergère à Louis. Vous constaterez aisément que j'arrive encore au quart de poil, à rire dans ma barbe !

Une chose est sûre désormais. Petite ébarbeuse, vous m'avez bien rasé ! Je n'ai plus qu'à reprendre du poil de la bête. Dès demain, je me cherche un merlan barbier ou je reste imberbe, voire me fait une boule à zéro !... D'ailleurs, si permanente raseuse, vous me tenez par la barbichette, sachez que moi, je ne serai jamais de mèche avec vous. Ni frisettes, ni risettes ! A chaque rendez-vous, je saisirai la moindre occasion aux cheveux et mettrai un point d'honneur, à votre nez et à votre barbe, pour ponctuer mes conversations, de sonores exclamations : Ah ! Quel toupet ! Ah ! La barbe !

 

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Noir

Publié le par modimodi

Toi, tu as tous les pouvoirs les plus éclatants et les plus occultes. En ce matin pâle de décembre, je me réveille à ton côté. Ta chevelure ébène est comme ma nuit d'écorce brûlée et les tisons éteints de mes rêves calcinés.

Je te distingue à peine, tant tu fais corps avec l'obscurité. Le demi-jour s'est acharné à déchirer les tentures de la nuit, des lambeaux de lumière ne me permettent pas de distinguer les détails de ta beauté informelle. Ma vision tente de te dessiner avec le charbon des ténèbres sur le damier de nos draps blancs.

Dans les halos bleutés et violacés de la nuit qui s'en va et des fumées du jour ardoise qui s'en vient, tu t'insinues d'abord en courbes et en stries noires plissant la surface inerte du lit. Comme dans un tableau de Soulages, chaque ondulation en souples symétries, accroche de crêtes en sillons des lueurs moirées qui sur ta peau d'ivoire contrastent avec tes yeux de feu et d'obsidienne. Tu es "l'outrenoir" qui sature sa peinture de "noir lumière" et envahit mon esprit.

Tu es pour le temps de ma mémoire, l'origine du clair-obscur, le vitrail de la rosace dans la cathédrale de ma nuit. Tu es la symbolique de mon écriture, la vie ressuscitée triomphant de la mort. Tu absorbes et réfléchis l'encre de mes désirs qui griseront tantôt ma neuve page blanche.

Aux teintes sombres de mes pensées, tu apporteras la transparente hésitation des clartés de l'aurore. Tu ôteras l'opacité à la matière mate de mes rêves nocturnes et je capterai tes mystères dans les jaillissements d'éclats de ta lumière.

Toi seule va hachurer les croquis cendreux des ombres de cette nuit évanescente. Toi seule va me laisser la trace des griffes incertaines de l'aube balbutiante. Tu es son pavot noir. Le sortilège de ton premier mot tisse sa soie et m'emprisonne dans ses mailles, ses ondes et ses vibrations lumineuses.

A jamais, tu seras mon œuvre au noir. Rimbaud offrira l'alchimie de ses voyelles : "A, noir corset velu des mouches éclatantes qui bombinent autour des puanteurs cruelles." Je te retrouverai, le teint grisâtre mais joyeux dans les arcanes de la poésie et nous danserons ensemble la danse macabre sur "les cadavres exquis".

La chrysalide de ta beauté a déployé peu à peu son champ céleste. Des ailes bleuies du corbeau menaçant, du voile de la nuit fantastique et des étoiles noires a surgi l'azur constellé qui te délivre et te nimbe de lumière.

Tu n'es plus blême, mourante et triste comme la blanche Ophélie. Tu m'offres en ce matin irisé, un bouquet de fleurs d'espoir, une palette de couleurs, rose à tes joues, rouge à tes lèvres, bleu à l'acier de ton regard, or à la lame qui me fauche comme un épi.

Je vais renaître entre tes bras jusqu'au prochain couchant où tu te réincarneras en soleil noir pour enflammer la nuit. Je n'ai plus peur de l'inconnu et de l'invisible. Je peux marcher sur le pavé mosaïque de mes nuits blanches.

Pour nos noces de lumière, je vais composer avec toi, une gerbe de tulipes, de lys et de glaïeuls cueillis au jardin parfumé de notre clair amour.

 

 

 

 

 

 

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