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Le porte-manteau

Publié le par modimodi

Dans le jeu des expressions, les objets ont la force de décrire les attitudes ou les tempéraments humains. Si celui-ci est raide comme un passe-lacets, celui-là pourrait-être accrocheur comme un porte-manteau.

J'avais un ami élancé, hyper contrôlé, solidement campé sur pieds, guindé. Un vrai porte-manteau du style de ceux qu'on trouve dans les halls d'entrée : bêtement en attente, bras levés pour la ola des chapeaux et des manteaux, toujours disponible et se croyant utile... dans le sens de susceptible de servir à quelque chose et de remplir une fonction !

Longtemps, il se porta comme un charme mais sa femme qu'il avait portée aux nues, finit par porter la culotte et lui porter la guigne. Alors, l'existence cessa de lui être favorable, elle lui tailla un costard sur mesure et le malheureux finit sa carrière par une mise au placard.

Quant à l'origine supposée ou exacte du vrai porte-manteau, le mystère demeure ? Un facétieux internaute attribue l'idée créatrice de l'objet à la forme des cornes de mammouth qui éperonnaient, soulevaient et embrochaient nos ancêtres... Plus poétiquement admissible, la belle qui se baignait nue dans l'eau de la claire fontaine avait pu abandonner son vêtement à la branche d'un arbre !... La salle des banquets où ripaillent les quatre-vingts chasseurs a su un jour, convertir les trophées d'andouillers de cerfs pour fusils et cartouchières...

" Ô temps, suspends à ton tour, ton vol ! ", au grand porte-manteau de l'histoire !... Rien n'est absolument certain mais dès 1850, on a trouvé trace d'accrochages des uniformes ecclésiastiques et militaires. En bois, en fer, en plastique, fixes ou pliables, uniformes ou colorés, design et figuratifs, ces objets utilitaires ont suivi les évolutions des mœurs et des voyages. Chaque époque a eu besoin de porte-croix et de porte-étendard pour transporter les foules. Certains, je les comprends ont préféré la discrétion et l'emportement des dentelles et des porte-jarretelles.

Comme les porte-torchères étaient des esclaves nubiens, porteurs de flambeaux chargés d'éclairer les allées et les demeures, le porte-manteau était aussi un officier chargé de porter le manteau du roi, du prince, des notables. Personne ne nous dit si le préposé était un valet en livrée ou une armoire à glace aux épaules de déménageur. Peut-être, était-ce quelque volontaire qui rêvait de se faire la malle ou un repenti dont le destin avait capoté le jour où il avait retourné sa veste. Le bon saint Éloi lui-même portait-il la culotte du roi Dagobert ou vivait-il à ses crochets ?

Dans la fashion religion des défilés, entre deux navets nouveaux et trois patères, les vêtements s'accrochent aux humeurs de la mode. Le ridicule ne tue pas toujours, il fait tordre de rire et cintrer, même le mâle à barre ! Mais le quidam arqué, arrondi, cambré et bombé n'est pas assuré de garder sa forme comme le ferait pour le vêtement, un crochet ou un porte-manteau. La chance lui évitera peut-être d'avoir à porter un lourd fardeau sur ses épaules en lui offrant le léger et grand cadeau de porter le bonheur en son cœur.

Suspendre n'est pas pendouiller, le cintre n'a pas besoin de porte-à-faux. Le bien portant qui veut porter beau ne doit pas avancer bras ballant et ventre à terre. Sa courbe qui le boudine a moins de charme que celles de sa belle. D'ailleurs, il a d'autant plus besoin de support, d'équilibre et de cœur bien accroché, s'il porte déjà pas mal de bouteilles. Car l'âge ne manquera pas de lui porter, assez tôt, l'estocade et ses préjudices en les cassant et les vidant toutes, jusqu'au dernier cadavre.

La vie qui nous porte et que l'on supporte, un jour, nous emporte en nous tirant à bout portant. Au porte-manteau de l'existence, il n'y a pas de vêtement de rechange, rien qu'un justaucorps ou un déshabillé.

Loin d'espérer être porté au pinacle, le poète se noiera, lui aussi dans sa bouteille à l'encre, avant d'avoir pu revêtir la pourpre royale promise au "prince des nuées". Plus il a d'étoffe, plus son manteau risque de prendre des accrocs de style, de se râper sur des rimes rugueuses et de piquer de vers perçants et déchirants, sa poésie mitée ! Au bout de l'horizon noyé de brume évanescente, sur le porte-manteau des songes diaphanes, le destin lui réserve son grand manteau de nuit piquée d'étoiles éternelles.

Homme de passage, moi, je vous appelle au porte-voix. Me voyez-vous attaché comme un "porte-paroles" à mes mots, comme un "porte-feuilles" à mes livres et comme un "porte-plume" à mon habit d'écrivain ?

Mon statut exige de ne pas vous porter sur les nerfs. J'ai le devoir de me mettre à votre portée afin de ne pas porter le chapeau. Nulle envie de devoir aller me faire pendre ailleurs où l'on croise des chats noirs !... Mais par chance, vous êtes mon porte-bonheur !

 

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Bricoleur 2/2

Publié le par modimodi

 

T'es un adroit manuel.

Ton esprit est actuel

Bien mieux qu'l'intellectuel

Qui'a inventé l'minitel !

 

T'as pas besoin de bretelles !

Créer te donne des ailes,

Faut plus attendre l'dégel

Toi, tu fais des étincelles !

 

Sans perdre une seul'rondelle

T'as assemblé les poutrelles,

Boulonné la tour Eiffel,

Construit la Tour de Babel !

 

T'as recollé la pair'd'ailes

De l'archange Gabriel,

T'as aidé Cadet Rousselle

A loger les hirondelles !

 

Pour la joie des jouvencelles,

Dans leurs jupons en dentelles,

T'as fait tourner l'carrousel

D'un seul coup de manivelle !

 

Bâtir est ta ritournelle,

Tu veux toucher l'arc-en-ciel,

Tu fais chanter les truelles,

Sur l'air de Papa Noël !

 

Jamais l'temps d'faire le lézard !

Ou tu poses ou tu répares,

Le lustre, le lit, le placard,

Aussitôt et sans retard.

 

T'es parfois un peu vantard,

T'as construit phares et remparts,

T'aurais mêm' percé le brouillard !

On t'pardonne, t'es débrouillard !

 

Du genre, plutôt casanier,

Comme ton clou, tu es planté

Mais pas devant la télé !

Sur tes r'vues spécialisées.

 

Toi, tu ne pars en voyage

Qu'au salon du bricolage !

Ta vie est une réussite,

T'as monté l'bonheur en kit.

 

Tu n'crains pas les avaries,

T'as toujours ta panoplie

Et ton équipement d'survie

Dans ta grand' boite à outils.

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Lettre d'un philosophe à sa libre amie : Liberté, chérie ! 4

Publié le par Modimodi

Entends-tu chérie, je ne renoncerai jamais à ma liberté chérie !

Tu y es heureusement, toi aussi, attachée. Pour mieux l'exercer, nous aplanissons les obstacles du quotidien, autant par notre volonté en actes que par les preuves de notre amour.

Pour y goûter, nous sommes attentifs à débloquer nos malentendus comme à dénouer nos dissensions. Je suis ton Houdini, tu es ma Pénélope !

En nous, l'esprit de liberté passe par la libération de nos entraves forgées dans nos hésitations, nos mesquineries, nos égoïsmes provoquant le désordre dans nos sentiments. La lutte est permanente et l'exigence est de chaque instant pour que nos cœurs aimants puissent se soulager des poids inutiles des doutes et des rancœurs.

Oh oui ! Nous sommes nos propres prisonniers ma belle geôlière ! Il n'y a guère que pour nos corps à corps que nous n'hésitons pas à nous jeter l'un contre l'autre et à nous écrouer sans chercher à nous libérer. Nous en perdons la tête au grand bonheur des oubliettes !

Au quotidien, nous fréquentons l'école supérieure de la discipline et les cours du soir du plaisir. Nous pratiquons assidument même s'il faut bien avouer les dissipations de quelques jours buissonniers, mais bizarrement, jamais en soirées !

Mon doux bonheur inespéré, pour garantir notre tranquillité, nous évitons aussi les lâches renoncements. Dans la discussion, il est aisé et parfois tentant de laisser l'autre l’emporter pour ne pas avoir à exprimer son avis ou à discuter ses arguments. Entre nous : pas de "bien faire" à sa guise et de "laisser dire" à loisir, sa chère moitié qui vous parle mais dans le vide. Car la résignation est un refus de liberté. Quelle belle arnaque de ceux qui vous disent que "le silence est d'or" !

La liberté kantienne que nous vivons, est guidée par notre raison qui fait la part distinctive entre nos intentions et nos actes. Ainsi nous garantit-elle la joie d'être et d'agir ensemble dans les joyeux mouvements de la vie. Le régal, c'est de faire durer le plaisir.

Dans toutes ses nuances philosophiques, la liberté que nous avons unifiée en nous, est notre mobile. Ô toi, ma fille de l'air, ma sylphide, mon oiseau bleu, ma colombe de la paix, la préserver et la garantir est de notre responsabilité. Oui ! Nous voulons conserver, dans la durée, la qualité de notre bel amour !

Nous ne vivons pas en vase clos, tu t'y dessècherais ma tendre fleur de délices. Rien n'est figé en nous ou autour de nous. Nous sommes ouverts l'un à l'autre et au monde. Nous employons notre temps libre aux plaisirs de l'étude comme à des loisirs sains et authentiques, sans oublier les subtiles jouissances de la passion et l'extase de nos offrandes.

Nous avons su désencombrer nos vies des importuns et dégager du temps de respiration et de jachère, pour réfléchir, approfondir et explorer la nature et les arts. C'est libres d'aimer que nous prenons le temps d'aimer et l'heureux temps de nous aimer. Nous échappons à l'usure des sentiments et à l'inconstance des instants trop vite enfuis, en sortant de notre petit nuage rose pour nous jeter dans la lumière.

L'étonnement est la première qualité du philosophe. Le savoir et la connaissance participent du principe émancipateur de la liberté. Celle-ci n'est pas vacuité ni vide de l'esprit. Nous sommes toujours disponibles, l'un pour l'autre mais également pour la nouveauté et l'apprentissage. Nous vivons en suspension entre sursauts et surprises.

Nous veillons à demeurer accessibles l'un à l'autre, parce que nous avons compris que la liberté est un enjeu de chaque jour. Nous avons la chance d'avoir, toi et moi, un bon capital santé. Nous y prenons garde, en vivant sainement, car comme l'a dit Leriche, la liberté, c'est "la vie dans le silence des organes". La maladie asservit l'homme et le limite dans son activité.

Nous vivons libres, parce que nous ne vivons pas dans une révolte permanente. Nous n'avons pas choisi nos parents, notre capital génétique, nos dons et nos capacités. Mais nous savons que même, en nombre limité, nous avons en nous, des virtualités, un potentiel que nous devons révéler...

Et une vie, c'est bien court ! Alors nous vivons pleinement ce cadeau providentiel. Mais nous n'avons pas non plus le choix, notre destin est déjà tracé. Un jour de pénombre, nous mourrons. Nos cœurs lourds ou légers, nos esprits lumineux et nos âmes confiantes, migreront vers l'Orient éternel pour un séjour espéré de claire lumière.

Pour être libres, nous savons qu'il nous faut accepter l'inéluctable sort, ces impondérables de la vie, constitutifs de notre existence. Ainsi, l'homme libre commence par accepter sa propre histoire avant d'approuver l'histoire du monde, les événements et les faits. Bien sûr que c'est difficile à vivre !

La liberté a toujours un poids d'origine, léger d'insouciance comme une plume d'oisillon puis lentement alourdi d'espoirs, de concessions, de renoncements, ces petites tares de la conscience. C'est à partir de cette introspection que se dégage l'inévitable constat. Alors, notre raison et notre volonté d'adultes nous permettent d'agir sur notre vie.

Chaque fois que nous restons englués dans notre passé, prisonniers de nos peurs, de nos contraintes et de nos regrets, nous ne sommes pas libres et nous ne pouvons pas le devenir. Nous nous libérons de ce poids par les joies, les plaisirs et les rêves. Nous composons avec nos désirs sans les transformer en impérieux besoins.

Ma tendre amie, nous avons pris place peu à peu dans le monde où nous agissons. Nous avons tenu à donner sens à la philosophie de l'action. On nous a enseignés que c'est à partir de ses engagements que l'homme devient et vit en être libre. Encore convient-il qu'il parvienne à se réaliser, à travers les faits de l'actualité et de son époque.

Il est actif, il éclaire son propre destin, en s'adaptant à l'évolution de son environnement, dans lequel il prend part, et ce, même modestement mais pourvu qu'il y affirme sa pleine responsabilité. Nous construisons ainsi les conditions de fonctionnement de notre union et le bonheur de notre libre amour.

Amour constant, merveilleux don du ciel, ainsi réalisons-nous, au mieux l'idéal dans le réel. Notre liberté est comme un papillon, elle est toujours agitée et fugace, de passage et virevoltante, insaisissable et éphémère comme nos multiples faits et gestes, dans la précarité de l'instant et la fuite incessante du temps. Elle doit se réinventer et se reconquérir en permanence comme toi et moi. Nous le prouvons en nous employant à l'émancipation de notre amour, comme l'univers, toujours en expansion.

Chérie, la liberté, notre chère liberté est dans le pouvoir d'agir et dans le pouvoir de penser. En effet, agir, être utile, travailler, produire et partager sont les conditions sociales de l'exercice de la liberté de l'homme. Celui qui a faim ou soif comme le miséreux ne peut avoir la sensation d'être libre. Notre confort quotidien facilite nos efforts.

De même, les velléitaires qui ne font que vouloir vouloir, sont des chimériques, comme le disait ce cher Voltaire dans "Le philosophe ignorant". Mais ce ne sont pas non plus des êtres libres, au sens plénier du terme ! En effet, ils ne peuvent pas se déterminer par eux-mêmes, donc être autonomes.

Mais, si notre liberté fait de nous des sujets de pensée et d'action, des êtres responsables, ce sont aussi, si nous n'y prenions garde, nos besoins, nos désirs et nos passions qui nous transformeraient, en objets sociaux et en esclaves. Ils nous entraîneraient irrémédiablement en abandon de liberté.

Nous résistons tant bien que mal aux tentations dérisoires ou frivoles. Nous aimons donner du sens et de la sensualité à cette pensée biblique : "L'esprit est vif mais la chair est faible". Nous aimons trop nos défaillances !

Nous prenons garde et prêtons attention à la vie girouette, aux séductions faciles, aux plaisirs immédiats des cœurs à découvert. Notre amour ne doit suivre que la rose mais pas celle des quatre vents. Autant qu'en emporte le vent, l'amour nous emporte dans la liberté des zéphyrs et des alizées. C'est là, dans la volupté des envols et de nos charnels abandons, que notre amour s'effeuille.

S'il faut laisser s'exprimer spontanément nos tendances et nos préférences, nous n'oublions pas, toi et moi, les enseignements de Platon : "Nous n'avons pas conscience d'être libres, quand nous succombons aux passions". Bien sûr, ma petite coquine, quand nous nous lâchons un peu, nous offrons avec de grands plaisirs, des moments de relâche à notre liberté ! Oh oui ! Comme c'est bon d'être au spectacle de l'amour libre et polisson et mieux encore d'y être deux acteurs inspirés et expressifs !

Toutefois, comme le dirait "le Père la morale" : "Attention à toi, à nous, mon Ève, ma tentatrice, ma pomme de Paradis éternel !" En effet, dans la course à l'abîme, celle du paraître et de la consommation effrénée, nous courons grand risque de nous assujettir à la futilité et de nous asservir à la tyrannie de la satisfaction immédiate. Trop de nos contemporains vivent ainsi ouvertement, sans choisir, enchaînés à leurs pulsions et à leurs envies.

Heureusement, nous savons toi et moi, nous conformer, sans être de parfaits conformistes. Nous tentons au maximum de nous "déformater". Car si nous sommes libres de penser, nous avons acquis la certitude qu'il est difficile de garder des pensées libres et originales, personnelles, singulières et dégagées des influences de l'air du temps.

Pour aimer et pour penser vraiment, il faut assurément, rester des oiseaux d'envergure. Nous sommes deux albatros, empêtrés et maladroits sur le plancher de l'existence mais toujours volontaires pour nous envoler et libres d'élans pour nous élever dans les tourbillons de la vie et de l'amour !

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Addict 1/2

Publié le par modimodi

J'ai dû trop écouter Thiéfaine,

J'ai l'effet hallucinogène !

Ô mon bien cher Hubert Félix !

J'ai le moral au grand beau fixe !

Je viens de demander la main

De "la fille du coupeur de joints" !

 

C'est ma joie et ma fantaisie,

Ma petite perle d'ecstasy,

Mon mirage, mon amour fétiche,

Et mon méridien de Greenwich !

J'ai perdu l'nord et la boussole

Et j'ai du plomb dans les guibolles !

 

Oui ! J'ai fait une sortie d'route,

Quand je t'ai prise dans un grand shoot !

T'es mon délice, mon ciel, ma came.

Moi, je t'aime jusqu'au moindre gramme !

T'es à l'endroit, j'suis à l'envers

T'es mon paradis, mon enfer !

 

Mon grigri, mon amour fétiche,

Mes idées danse' comme un derviche !

T'es mon TGV et mon speed.

Parfois, je m'sens extralucide,

Parfois, j'ai ma tête qui se vide

Et l'temps s'engouffre comme un bolide.

 

J'ai l'esprit qui se met en pose.

Je vois des p'tits éléphants roses,

J'entends des voix ! Mais qui me cause ?

Est-ce toi, en moi qui se glisses,

Mon coqu'licot, ma fleur-de-lis,

Mon pavot, mon myosotis ?

 

Mon petit plan de cannabis,

J'perds les boulons, j'prends tes délices.

T'es ma dope, mon herbe, ma boulette !

Tu es ma dose, j'en perds la tête,

J'suis dans l'brouillard et la fumette.

J'prends ton herbette et mon air bête !

 

T'es ma passion, mon illicite,

Je suis raide-dingue, je suis addict

T'es mon paradis vert, mon shit,

Tu m'enflammes et tu m'excites !

J'étais mort, tu me ressuscites,

Je ne sais même plus où j'habite !

 

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Ordre et désordre 3/3

Publié le par modimodi

Mes amis, tout est ordre ou désordre dans le monde, en nos esprits ou nos cœurs !

Depuis la grande omelette cosmique jusqu'à nous-mêmes, nous avons fait la découverte et l'apprentissage de l'ordre et du désordre. Nous savons qu'en cassant des œufs, nous en brisons l’unité et l'homogénéité. Et pourtant ! ... C'est en les battant qu'il est possible de leur donner une nouvelle homogénéité et d'atteindre aux délices des œufs brouillés ! "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme." Lavoisier reprenant le philosophe grec Anaxagore a raison ! " Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau." La matière se conserve et le désordre engendre l'ordre. "Ordo ab chao", bien plus qu'un symbole...

Dès l'école, nous avons appris la logique et la suite des nombres. Nous avons admis sans pouvoir nous y soustraire, le principe des combinaisons opératoires ! Nous savons que nos vies sont des équations aux multiples inconnues. La logique mathématique nous a constitué les enchaînements de notre structure mentale. Elle a imprégné la physique et notre compréhension de l'univers. Elle en a donné l'esprit des lois.

Elle a offert et imposé même une morale à la classe sociale. Elle nous a préparés à tenir notre rang ! De l'ordinal aux vertus cardinales, elle a distribué des ordres de grandeur à nos actions et nos valeurs.

Comme d'instinct, nous avons su rêver, il a fallu donner un cadre logique à notre imagination. Nous avons appris à penser pour agir. Le sens de l'ordre et de la méthode nous a été donné pour organiser nos jours, quadriller nos années, organiser nos vies et géométriser à la manière pascalienne nos probabilités.

Le préférant à l'anarchie, le monde aime l'ordre, il en a grand besoin pour se maintenir. De la simple demande à l'injonction, l'ordre s'impose. Et Oui ! Commander, c'est bien, mais être obéi, c'est mieux !... "Oui, Chef, Monsieur, Maîtresse, à vos ordres !" A l'école ou à l'armée, pour faire ses classes, il faut des règles et du règlement, de la rigueur et de la discipline dans un système bien structuré.

Alors, le troufion suit le mot d'ordre. Il s'exécute sur le champ, qui n'est pas encore son champ d'honneur. Il est prêt à passer avec la troupe, en revue et à défiler au pas, poitrine gonflée de sentiments patriotiques, aux éclats cuivrés de la musique militaire et de son hymne national. Et pourtant bien souvent, jusqu'à nouvel ordre : "avant d'exécuter l'ordre, il lui faut attendre le contre ordre."

Ainsi parfois nos dépits sentimentaux ! "Souvent femme varie, mal habil qui s'y fie.", aurait gravé François 1er sur la fenêtre de sa chambre. Victor Hugo avait presque reprise mot à mot cette sentance et l'avait complétée de : "Une femme souvent n'est qu'une plume au vent." Réalisme amoureux ou déçu, cette misogynie n'était en fait que la projection du désordre des aventures et des amours de leurs auteurs.

En voulant organiser nos existences, réguler nos sentiments, prendre influence sur la sphère de l'intime, aucun système, aucun pouvoir n'ont réussi à éliminer l'incertain et supprimer l'incertitude. L'application méthodique de la raison n'empêche pas l'expression des différents degrés de violence personnelle ou sociale. Les révolutions se sont nourries de ces tensions humaines et contradictoires entre l'ordre imposé et le désordre provoqué.

Heureusement, cette plume est douce et légère afin que les idées effleurent le lecteur et que les expressions caressent chaque page. Ses sentiments et ses impressions font le reste. Elles atomisent son esprit d'affinités avec son cœur. Elles lui permettent de voir plus loin qu'avec ses yeux en lui offrant une vision intérieure.

Paul Claudel a dit : " Si l'ordre est le plaisir de la raison, le désordre est le délice de l'imagination." J'ai moi-même ce goût du fatras des idées et des mots ! Quand chacun s'évertue à ne pas perdre le sens commun, moi j'évite par tous mes sens emportés et figurés d'être commun ! Les dérèglements intellectuels de certains de mes écrits prouvent l'instabilité rationnelle quoique volontairement méthodique de l'auteur et sa jouissance imaginative !...

Celui qui "délire", par anagramme est en train de "délier" ce qui l'entrave : ses obsessions, ses incohérences, ses carcans du réel, ses rêves hallucinés. L'illuminé fuit la lucidité, ébloui peut-être par trop de lumière. Celui qui divague se débat dans la houle agitée de ses contradictions, dans les déferlantes ou les ressacs de ses intuitions tourmentées, dans les remous déchaînés de la tempête d'idées écumantes, sous son crâne. Peut-être parce que la raison qu'on croit acquise, procède elle aussi du désordre des fausses convictions !

Pour ne pas devenir une croyance figée, la foi doit-elle rester inébranlable et hermétique face aux preuves de la science ? Ne convient-il pas de bouleverser ou au moins de déranger ses propres certitudes ? Examiner n'est pas renoncer... A quoi peut bien servir d'être fidèle à sa parole si on ignore à qui on l'a donnée ? Pourquoi promettre et s'obliger si on ne sait envers qui on s'engage ?

Devant le désordre des incertitudes et le silence glacé de la réponse, ne reste-t-il qu'à confirmer sa foi par l'abandon du questionnement ? Croire n'est-ce pas finalement accepter dans la joie, le mystère par-delà les doutes ?

Salutaire introspection et merveilleux problème épistémologique et philosophique à cogiter sans fin, au hasard des études comme des pensées fugaces ! A. Rodin a donné forme humaine et dimension universelle au Penseur. Si l'esprit est libre, l'Homme se débat entre l'ordre et le désordre de ses pensées, de sa raison et de son cœur.

 

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Bricoleur 1/2

Publié le par archibald_06

Avec rien, tu t'dépatouilles !

T'es l'champion de la débrouille,

Tu arranges et tu bidouilles.

Avec toi, jamais d'embrouilles.

 

T'es le roi de la combine,

Brevetée au concours Lépine.

Avec un lacet de bottine,

T'as r'démarré la machine !

 

T'es un as de la bricole,

Tu répares, tu rafistoles,

Tu rebouches, tu soudes, tu colles.

Et jamais rien ne t'affole !

 

Pas de panique ! En cas d'panne,

C'est Mac Gyver qui dépanne !

T'as d'l'or, dans les doigts, dans l'crâne

Et t'as toujours la banane !

 

Jamais d'os ni de cactus,

T'as la malice, les astuces,

Tu connais les processus,

Du p'tit professeur Nimbus !

 

T'es de la race des castors,

Faut sans cess' que tu restaures,

Faut toujours que t'améliores !

Faut dir' qu't'as des doigts en or !

 

Ta maison est un chantier :

Entre les b'soins ménagers,

Les rêves de ta moitié,

Tu s'ras toujours occupé !

 

Par chance, tu aimes bosser,

Arranger et fignoler,

Goupiller et agencer.

Au logis, c'est toi la fée !

 

Tu ne manques pas de zèle !

T'es un super manuel,

T'as du plomb dans la cervelle,

Et t'as l'fil ! C'est officiel !

 

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Lettre à ma fugueuse inspiration : Attentes ! 2/2

Publié le par modimodi

J'attends ! Je t'attends ! Que de fois, ai-je prononcé ces mots !

A toi, mon heure dans le temps suspendue, toi, ma bonne heure de douceur absolue ! Ma muse inspirée ! A toi, mon égérie, mon amour de toujours ! A toi, mon idée créatrice, la lyre de mes chants !

A toi, mon supplice, ma roue des angoisses, mon tourment et mon crève-cœur ! A toi, la torture de la croix sur toutes mes idées ! A toi, ma condamnation, l'interminable attente du châtiment, tant notre séparation, de quelques heures, un jour, un intervalle, semble une éternité !

A toi ma promesse et ma promise ! A toi, ma conception immaculée du désir ! A toi, ma symbolique intellection, mon esprit fécondé de germinations créatrices ! A toi, pensée si pure, apparue fugacement, en mon innocent cœur d'enfant comme la Vierge Marie dans le creux du rocher et dans le don de Dieu ! A toi, vers qui je lève les yeux et hisse ma plume, au ciel !

Je t'attends, toi, mon tout espoir, toi, ma persévérante illusion ! Toi, mon refuge, mon abri, je me blottis en toi et me serre contre toi au sein de mon récit. Je t'exhorte toujours et contre toute attente, je grave des sons, des signes sur la cire de ton cœur ! Nul écho ! Rien qu'un silence ému en place d'impression !

Je t'attends, toi, qui probablement, m'as cyniquement pris pour ce bon Diogène ! Toi, ma lumière vacillante d'imagination, toi, qui me fais lanterner en promesses de feu ! Toi, ma veilleuse dans la nuit de l'esprit, ma lueur de fanal, mon phare éteint dans le brouillard de mes pensées. Toi, qui me jauges et m'envoies tes foudres et qui penses que mes idées sont du même tonneau !

Toi, Muse de caprices, intransigeante vertueuse, la vraie rebelle d'entre nous deux ! Je te suis pourtant, fidèle en idées fixes comme un chien à sa maîtresse ! Mais à quoi bon ! Toi, si tu es loyale, ce n'est que pour me prouver ton fort attachement et ton assiduité dans la constance des abandons comme dans l'inconstance de ma volage inspiration.

Je t'espère pourtant, toi, qui m'as sûrement pris pour Sir Charles quand je me croyais un darwiniste homme de plumes, dans l'espoir insensé d'être sélectionné pour l'avenir littéraire ! En l'espèce, j'avais au microscope de ma vision étroite, constaté ton existence et anticipé tout naturellement ta venue.

Je t'avais conceptualisée. Mais tu m'as laissé spontanément sans progrès, dans l'antichambre de l'évolution et de la vie de l'esprit ! Je subis la sélection naturelle de ta complexion et de tes goûts ! Mes écrits restent fades et stériles de la moindre trouvaille. L'amélioration est un vain espoir de métamorphose.

Je t'espère encore, malgré tout, toi, mon atavique expectative du grand amour des belles lettres ! Toi, muse callipyge, génie du Parnasse, hérédité plastique de la forme parfaite, métamorphose des sentiments, sublimée en la beauté d'un cri ou un jet de la plume ! Toi, ma timide tendresse romantique et mon exaltation, toi, ma passion déchaînée dans l'impatience du terme juste !

Je désespère obstinément dans le champ de ma rusticité stylistique ! Toi, Muse rebelle, qui mélanges mes aveux et mes rudimentaires mots d'amour comme on confondrait betteraves et navets ! Toi, qui me fais passer du plan de poireau au pied de grue ! Toi, qui me mets les gros sabots pour labourer mes pensées de glaiseux populaire ! Toi, qui embourbes mes chants d'amour dans des ritournelles terre à terre.

Je désespère de toi, ma cruelle, ma persévérance romanesque aux doigts crochus. Toi, ma tordeuse de vers, aux pieds fourchus de mes poèmes, ma rebouteuse d'entorses prosodiques ! Ô toi, qui as donné la fermeté à tous mes pas perdus et la malédiction à mon enfer pavé de tant de bonnes intentions stylistiques !

Je t'ai pourtant choisie, toi, à qui je me suis accroché et comme un lierre attaché à la muraille de mes défauts fortifiés ! Toi, qui m'a fait prendre racine, à mon arbre généalogique en attendant le nouveau Messie, le dernier génie littéraire !

Mais tu devrais mieux me connaître ! Je ne crois plus au Père Noël, à ce snob et ce mondain d'un seul jour ! Loin de moi, ce bonimenteur, ce conteur amateur, ce prometteur de bons mots enveloppés dans du papier-cadeau !

Je persiste dans l'aveugle confiance. Oui ! Je te veux, toi qui t'incarnes dans mon manque d'ardeur, d'audace et d'enthousiasme ! Je te veux toi, ma nostalgie romantique et mes regrets d'amour ! Toi, ma mélancolie passagère, mon vague à l’âme vagabonde ! Toi, ma reine de l'absurde en mes textes ineptes !

Je suis obstinément tout à toi, ma reine des préjugés ! Toi, ma résistance au changement par peur de tes lubies ! Toi, à qui j'offre mon fatalisme navré devant tes humeurs réactionnaires et à qui je fais don de mon conservatisme apeuré devant tes délires rétrogrades. Toi, qui me laisses, mesquin, borné, progressiste déchu, dans l'ambivalence de l'esprit critique et de la foi en toi ! Je t'espérais classique, académique, surréaliste, tu te donnes, satirique, tragique et prosaïque !

Ô muse, tu muses, tu t'amuses, tu abuses ! J'attends ! Je t'attends ! Je t'attends !... Entends ma mélopée ! Entends !... Je te veux ! Sois inédite ! Prends-moi et surprends-moi !... Calligraphie et enlumine mes pensées, donne-leur l'accolade ! Inspire mes billets doux, donne-leur du volume ! Mets ton auteur d'écrits vains à la hauteur de l'ambition de l'écrivain...

Ô Enfin ! Enfin ! Ô grand et immense Bonheur ! Je n'ai plus à t'attendre, à psalmodier ces lancinantes litanies, à prononcer ces mots obsédés et exaspérés ! Tu es enfin apparue pour éclairer ma route d'essayiste et embellir thèmes et sujets au lexique de chaque jour. Tu es venue te blottir cette nuit dans le fond de mon encrier, te jeter dans les bras des idées ! Je peux crier merci !

Ô toi, ma fleur de modestie ! Ô toi, que je croyais avoir perdue, toi, mon petit myosotis en fleur de rhétorique, toi, la simple délaissée dans l'inconstance de ma mémoire. Toi, que j'avais trop vite mise en gerbe de souvenirs symboliques, au mémorial des oublis et du temps passé ! Toi, mon cœur régénéré d'émois et de soupirs ! Oui ! Toi, Muse enfin triomphante, porteuse de nouvelles et d'inventions ! Oui ! Toi qui rayonnes en mon esprit étincelant d'intuitions et qui sous ma plume, en chaque page vient étoiler l'azur.

A toi, tout entier je me donne ! Tu embellis et parfumes ma vie de ton florilège ! Ma primevère, mon impatience, ma fleur de jeunesse et de vaillance littéraire ! Toi, ma fleur de l'âge, ma marguerite effeuillée de délices et de déraison anthologique ! Toi, ma petite fleur céleste, couronne d'immortelles pour mes écrits posthumes !

A toi, je m'abandonne ! Toi, ma goutte de sang sur l'épine de l'amour constant ! Toi, mon amour confiant, don absolument pur de charme, de fascination et d'extase. Ô Toi, tu es à jamais la fleur et la grâce de l'Au-Delà, au-delà de toute attente ! Je peux respirer sans soupirer, je peux expirer, tu m'inspires.

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Usure

Publié le par modimodi

Comme un voile aux jours bien faits,

Notre amour fait des trouées

Dans nos sentiments mités !

Nous nous sommes écharpés !

Drôle de drame, amours froissés,

Drôle de trame, cœurs rapiécés !

 

Souvenirs effilochés,

Fils retors des jours mauvais,

Quand l'aiguille casse au rouet !

Nœuds rompus des corps noués,

Encordés, trop étirés,

Mal étreints et trop serrés.

 

Tu veux vivre à mes crochets,

Mais nous sommes mal aiguillés.

Les points se sont ramassés,

Je ne sais pas tricoter !

Les soies se sont ennouées,

Méli-mélo dévidé.

 

Nos natures sont hérissées,

Deux coqs tout ébouriffés !

Nos cœurs ont des barbelés.

Nous nous sommes accrochés,

Nous nous sommes égratignés.

Amour fléché, transpercé !

 

La passion s'est démaillée :

Amourette mal brodée,

Mots tendres mal faufilés,

Des vers à rafistoler,

Rimes aux sons usagés.

Poésie à ravauder.

 

Scénario mal bobiné

A nos promesses effrangées.

Nos amours sont élimés,

Nos aveux tout éraillés.

Nous voulons tout réparer,

Vite nous rabibocher !

 

Ton haut, tes bas ont glissé,

Nous nous sommes enfiévrés.

Ongles cassés, corps griffés,

Nous nous sommes lacérés,

Nous nous sommes déchirés,

Nous voilà deux balafrés !

 

Notre amour s'est détissé,

L'étoffe en est toute usée.

Nos serments sont reprisés,

Plus rien à raccommoder !

L'amour peut se rhabiller !

Ne reste plus qu'à filer !

 

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Ordre et désordre 2/3

Publié le par modimodi

L'art nous offre des œuvres dont la beauté est issue du hasard ou du désordre organisé. Qui peut dire comment naissent les créations ?

Selon Hésiode, au commencement était le Chaos qui a donné naissance au Ciel et à la Terre. Leur union a engendré Chronos, le monstre du Temps ! L'histoire du monde se confond donc avec l'histoire des dieux. Au choix de chacun, les mythes ou les religions !

Hormis ceux qui attribuent au hasard, sans l'intervention d'un démiurge, la grande architecture de l’univers, dans la Genèse, le tohu-bohu et le chaos ont permis au souffle de l'Esprit d'ordonner la Création, en passant de la nature astrologique, botanique, zoologique à la Vie et à la création anthropologique de l'Homme !

Du désordre à l'ordre érigé en beauté, il y aurait peut-être une intention, une intervention pour structurer et mettre en forme !... "L'intelligence" primitive en serait la cause, nous en serions les conséquences faites de qualités et de défauts, des avatars de la perfection ! Mais peut-on dire alors que le désordre est informel ?

Souvent est cataloguée de désordonnée par ses pourfendeurs, une œuvre jugée incompréhensible, pas forcément irrationnelle. Les contemplateurs et les critiques recherchent l'originalité, la surprise, la transcendance, l'inédit, un au-delà d'eux-mêmes. Mais le créateur n'obéit pas aux mêmes lois ou critères que le spectateur qui examine postérieurement sa production.

Les compositions par l'aléatoire ou la dissymétrie, les réalismes crus, moches, choquants ou volontairement dérangeants, les faux désordres conjugués aux pluri chromismes peuvent exercer une beauté inattendue ! Le désordre est un effet de l'art. Les sons apparemment anarchiques de composition de musique sérielle, la précision des détails dans les tableaux de Bosch ou de Bruegel, les chronomes d'Opalka, les noirs de Soulages en sont une illustration parmi tant d'autres.

L'énigme émotionnelle réside peut-être dans le passage de l'ordre au désordre et vice-versa, que nous exerçons volontairement ou qui nous bouleverse inconsciemment. Perception et sensibilité nous sont à la fois impénétrables à l'explication immédiate et spécifiques à chacun.

Dans le fond, c'est l'analyse orientée de l’œuvre qui cherche un ordre esthétique en dégageant des lignes, des techniques et des logiques rationnelles pour en reconstruire le réel. L'attitude est la même en art qu'en sciences ! Mais la dissection enlève le charme à l'anatomie.

Sans vouloir être présomptueux et se comparer à l'hermétisme novateur et l'intensité poétique d'un génial S. Mallarmé, quelques "écrits en liberté" entrent même malgré eux, dans une très lointaine approche de cette catégorie.

La nouveauté sémantique d'expressions détournées, les équivoques sonores des mots, les facétieux néologismes bouleversent la synesthésie comme l'ordre préétabli de l'écriture normalisée ou de la tradition poétique. Elle ouvre sur un possible lexical et littéraire en devenir. Elle nous dépasse dans notre conception d'humain confronté à la tradition classique.

Les anachronismes ou les audaces néo langagières et narratives nous bouleversent face à notre  propre logique, à celle du temps et de notre propre fin. Car malgré tout, nous aspirons à comprendre tout en rêvant toujours d'un ailleurs voire de l'infini.

L'intuition est une illumination, un flash éphémère, un bouleversement d'avant la raison, un désordre illuminatif. Elle est l'élan brut de l'intériorité, le souffle vital de la création. Elle est puissance à révéler. Qui peut ici expliquer comment la tempête sous le crâne, le désordre des idées, le fatras des mots, les figures tordues du style, les expressions boiteuses peuvent trouver un sens ?

Surprenant désordre, à vrai dire volontaire dans son dessein d'écriture ! Car bien sûr, les brouillons chargés de ratures enlèvent un peu de naïveté à la composition sauvage ! Il y aurait donc de l'ordre caché dans le désordre apparent et de l'éblouissement dans l'agencement des mots ? La nuit criblée d'étoiles a éraillé le ciel...

L'individu perçoit le monde par sa sensibilité et le démontre parfois par un étonnant débordement de ses émotions ! La complexité humaine est associée souvent au plaisir de la découverte. Comte et Bachelard ont exposé comment l'ordre engendre des lois et comment le désordre n'est au fond composé que d'apparences à hiérarchiser !

Du désordre des éléments, à la structuration des expériences, la science progresse par essais et tâtonnements successifs. Elle structure et définit des principes, une chronologie, des enchaînements. Elle met de l'ordre et organise des éléments, des classes, des familles, des atomes, de l'infiniment grand à l'infiniment petit... Le progrès trace son chemin, dès qu'il sort du microscope ou du laser pour s'appliquer, à la nature, à l'homme et à l'univers. Il est sans cesse en marche.

De l'incompréhension naît le sublime, la beauté n'en est qu'un accident, une formulation humaine. L'ordre ou le désordre de la cosmogonie, l'immensité incalculable des astres crée l'impénétrable splendeur de la voûte étoilée.

Nous ne sommes pas programmés avec exactitude. Nous ne sommes pas une mécanique huilée, une horloge précise à l'abri des dérèglements. Ce sont nos grains de sable qui remplissent le sablier du temps. Notre sablier ! Nous sommes toujours des vivants provisoires, des passants transitoires, nous existons dans le désordre des instants intempestifs ! Nos actions temporisent notre durée de vie. Nous prenons la pause pour éviter l'arrêt ! Nous sommes des lampions dans la nuit, des passagers en transit vers les étoiles du temps sidéral !

Des petits mouvements propices à notre cœur nous emballent parfois et nous exaltent les sens. Une rencontre peut nous troubler ou nous bouleverser et déclencher notre sensibilité. A la manière de l'enthousiasme du spectateur quand il trouve l’œuvre en conformité à ses attentes ! L'émoi qui le trouble est une croisée du cœur entrouverte, une porte ouverte en lui. Son cœur est au hublot et ses larmes ont le goût de sel de l'émotion qui le submerge. Elle est la contemporanéité et la synchronie du rendez-vous avec lui-même ! Saura-t-on jamais si l'expérience est alors momentanée ou définitive ?

Des causes multiples sont la source de la satisfaction. L'éventail peut aller de la simplicité subitement dévoilée par la compréhension de l’œuvre jusqu'à la pure séduction du mystère ! Tout comme les mythes portent les rêves du monde, chacun de nous porte ses secrets dans la contemplation intense et mystérieuse du réel.

La tête nous tourne. Chacun de nous ignore le sens caché de sa vie. Ce qu'il perçoit comme le désordre de ses pensées et de ses intentions suit l'ordre secret de sa destinée. Il n'y a jamais de non-sens, il n'y a que du sens mal perçu.

Le sens commun comme le bon sens, censés être largement partagés se heurtent déjà aux limites de notre capacité à les intégrer. Ils ne s'enseignent pas. Alors le sens le plus essentiel de notre existence reste à jamais ce secret qu'on croit garder, alors qu'il nous échappe. Voltaire nous l'a suggéré : "Dire le secret d'autrui est une trahison, dire le sien est une sottise." (L'indiscret)

 

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Bof ! Beauf ! 2/2

Publié le par modimodi

Tu as les abdos Kronenbourg,

T'appell' ça, les poignées d'amour !

L'été, c'est barbecue, moules-frites,

Dans ton caleçon fluo, moule-bite,

Au camping de Ste Marguerite !

 

Tu n'bois pas que de l'eau bénite !

L'apéro, le midi, le soir :

"R'prends un p'tit jaune, fais pas d'histoire !

Mais, si t'vois double, crie pas victoire

Quand tu iras à l'urinoir !"

 

Tu fais toujours ton maximum.

Tu triomph' sur les boulodromes,

T'as gagné l'concours de la Drôme,

Pris le plus gros brochet d'la Somme.

C'était ton tout premier diplôme !

 

Que du bonheur, rien ne te manque,

Les potes, Ginette et la pétanque !

Dans ton marcel, tes shoes bulgomme,

Tu port'd'la marque, t'es au summum,

Plein d'after-shave, toi, tu embaumes,

 

Déco-plastique et géraniums,

Tout doit briller dans ton royaume.

Tu briques l'inox, t'astiques les chromes.

T'es le beau beauf, roi du custom

Et t'as l'plus beau des mobile-home !

 

A la soirée, disco et mousse,

Tu te déhanches, tu te trémousses.

Au karaoké, toi, tu pousses :

L'air du "petit bonhomme en mousse."

Tout le camping est à la fête,

C'est l'festival de l'andouillette !

 

Les bell' Ginett' sont en goguette !

Chemises Hawaï, strass et paillettes,

Sono, sunlight, boule à facettes,

Y'a d'l'émoi chez les midinettes,

Du swing, du rock dans les baskets

Et dans l'air, des p'tites amourettes !

 

Tu auras encor' la vedette !

Tu feras l'buzz à la trompette,

Tu vas faire tourner les têtes

Et tournoyer les serviettes.

Tu as atteint ta plénitude,

T'es le roi de la beaufitude !

 

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