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Lettre à ma fugueuse inspiration : Attentes ! 1/2

Publié le par modimodi

Ô muse ! J'attends ! Je t'attends !"

Que de fois, ai-je prononcé ces mots, disait un matelassier en plumes ébouriffées, un besogneux rimeur, un barde faiseur de vers, un strophes-trotteur, un roule-ta-plume au vent, un rêveur rimailleur toujours contraint d'aller porter ses rimes ailleurs !

J'attends ! Je t'attends !

Toi, ma fugueuse inspiration ! Toi, qui détales et te dérobes quand mon imagination part en escapade ! Toi, fille de l'air, du vent et des nuages ! Toi, farfadet bondissant dans la ronde des fées de mon logis ! Toi, petite plume, duvet et soie sauvage dans l'envol de mon esprit !

Toi, ma pressentie, imaginée, dessinée, effleurée, caressée ! Toi, ma chérie, mon aimée, ma vénérée, mon adorée, ma pensée imagée ! Toi, l'expression idéale, azurée, séraphique, étoilée qui remplira l'espace de ma page et le ciel de ton cœur !

Toi, loup blanc de mes rêves, en fuite dans ces trop longues nuits d'hiver où mon corps gourd frissonne devant le feu éteint ! Toi isatis, renard bleu, tapi dans l'antre de mon cœur glacé. Toi, perdrix des neiges, quand mes sentiments courent en débandade sur les interminables pages blanches de l'insomnie. Toi, qui m'attends figée comme une proie dans l'ombre !

Toi, sur qui, sans calcul, j'ai eu tort de compter ! Toi, à qui j'ai tout donné, sans regarder à la dépense de mes idées, à la débauche de mes pensées ! Toi, ma gabegie de fantaisie beaucoup trop escomptée dans la surabondance de mes néologismes ! Toi, mon reste d'humour épuisé de boutades banales ! Après toi, derrière toi, je me traîne terne et désemparé. S'il te restait au moins une fioriture !

Ai-je eu tort de t'attendre, toi, ma laborantine d'officine des belles lettres ? Je croyais que tu avais la science infuse, que tu me concocterais des tisanes macérées aux fleurs de rhétorique, quand bien même desséchées et des emplâtres à appliquer sur les plaies infectées de mes fautes d'orthographe et de style. Au total, je n'ai pu soigner ma sinistrose latente et ma bouffonnerie aiguë ni redresser ou rétablir mes platitudes. J'ai juste évité la surinfection.

Ma déesse inspirée, de toi, ma sérieuse petite fille d'Hygie, je n'ai pas reçu la frivolité en transfusion ni de remède euphorisant. Tu m'as offert des contraceptifs mais je n'ai pas évité l'emphatique. Ton tonique était un sédatif, mon cerveau était en léthargie créative. J'ai gardé mon asthénie spirituelle. Je suis resté souffreteux de pensées et encombré de miasmes scripturaires baveux. Sans respect d'aucune prescription, j'ai quand même eu ton compte... d'apothicaire ! C'est payé bien cher pour quelques placebos de formules homéopathiques délivrés au compte-gouttes. En fait d'inspiration, tu avais le souffle court et tu te gargarisais de pouvoir améliorer ma respiration oppressée de tant d'efforts fournis.

Je t'attends toujours, toi, mon hésitation, ma valse lente de réserves et d'indécisions. Toi, petit caprice tourbillonnant d'une vie d'artiste imaginée ! Toi, doux vertige, toi, mon étourdie ! Toi, mon rêve de perfection académique, toi, ma meneuse de revue, toi, qui m'a rappelé, quand je me rétalais, que la prose est un enchaînement d'arabesques stylistiques, de pirouettes expressives et de grâce légère, sans faux pas ni contretemps.

Oh ! Tu as bien tenté de corriger mes mauvaises postures, en pas chassés derrière tous mes néologismes, d'éviter mes glissades stylistiques en d'innombrables retouches de mes positions pompeuses et redondantes, en m'imposant des piqués de pensées et des développés d'idées. J'ai suivi ta chorégraphie et tes reformulations en pointes et fouettés. J'ai recouru aux ratures des figures en grands jetés pour enfin trouver la cadence, le mot juste et l'intacte émotion dans l'ultime saut de l'ange ! Toi, ma contredanse, toi, mon cancan aux expressions retroussées, toi, mon grand écart à l'orthodoxie lexicale et syntaxique ! Je suis resté gauche dans ma révérence !

Toi, ma paralysante déception, ma tétanisante désillusion ! Avec toi, je me suis souvent retrouvé dans l'impotence de l'écriture. J'ai dû affronter le chahut des idées à la manque et le désordre des intentions embrouillées. J'ai été mille fois, frustré de ne pouvoir atteindre l'uniforme harmonie des écrits et des certitudes !

Toi, diable d'exaspération qui, après m'avoir fait mariner, prends encore plaisir à me faire mijoter, à tous petits feux ! Toi, infernal esprit enflammé de critiques, qui me mets sur le gril et des charbons ardents ! Et pourtant ! Je sais bien qu'Enfer et damnation éternelle sont l'alchimique creuset de Baudelaire et Rimbaud ! Mais hélas, avec toi, ce n'est jamais du tout cuit dans le bec verseur de l'encrier ! Je mets du noir sur blanc et suis noir comme un four !

Je t'attends, toi, qui tardes à venir ! Toi, que j'appelle ! Ô succès, ô reconnaissance, ô estime ou admiration ! Toi, que j'espère depuis... 107 ans et plus, égaré dans la Légende des siècles ! Toi, que je veux et à qui je fais humblement et assidûment tes trente-six volontés ! C'est quand tu veux, oui, c'est quand vous voulez, réussite, renommée ou gloire couronnée de lauriers ! Pour l'instant, ils trempent à toutes les sauces et je ne sais toujours pas à laquelle, je serai finalement mangé.

Je t'attends ! Toi, mon heure alanguie dans le murmure des plaintes et du morne silence ! Toi, ma douce heure, ma nonchalance ! Toi, ma belle occasion à saisir comme la providence ! Toi, l'envol de ma vie plus léger que ma plume ! Toi, ma patience et ma lente heure assoupie de soupirs ! Toi, mon silence confus d'oublis. Toi, ma fugitive chance, au petit ou au grand bonheur !

Je t'attends ! Toi, que je suis en vaines traces, à en perdre patience et haleine dans la file des promesses littéraires ! Toi, qui m'as laissé en attente, de réponses, de perspectives et de signes ! Toi, qui penses résister et subsister à mes côtés, en me laissant dans cette interminable durée ! Toi, qui voudrais me faire croire que c'est ainsi qu'on devient immortel ! Mais en fait de Coupole, ce n'est que tempête sous mon crâne !

Je t'attends ! Toi, plume inspirée, dont je n'attends plus rien ! Toi, mon indigente et pauvre de moi ! Toi, si modeste d'espérances, jamais lassée de tant d'attentes vaines ! Toi, mon éternel doute ! Toi, mon indécise, ma douceur incertaine qui me laisses en souffrance ! Toi, drapée de brume et de grisaille, mon chagrin et ma peine de cœur !

Je t'attends encore et toujours, mais t'attendre, en vaut-il la peine ?...

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Bretelles et ceinture 2/2

Publié le par archibald_06

Tu l'as écrit en bas de la page

Pour rester unis en ménage,

Pas le plus petit badinage,

Pas le moindre marivaudage,

Ni de regard dans les corsages.

 

Au moindre doute, tonne l'orage

Et j'ai droit au grand déballage.

Alors, promis, je serai sage

Et j'aurai droit à tes images,

D'oiseaux libres mais pas volages !

 

Pour éviter les p'tites cassures,

Je dois t'rassurer, à coup sûr !

Pas de faux pas, ni d'aventures !

Pas de doigts dans la confiture !

Impec sur toutes les coutures !

 

Pas d'écarts et pas de faux pas,

Pas de coup d'canif dans le contrat

Ou je passe, de vie à trépas

Et je me retrouv' dans d'beaux draps

Comme une momie pour l'au-delà !

 

Jurer allégeance, sous serment,

C'est l'devoir de tous les amants.

Celui qui aime, faut qu'il le jure

A cors et à cris, à murmures !

"Pour la vie, oui, je te l'assure !"

 

Pas de doutes, pas de clair-obscur !

Toi et moi, dansons sous l'azur,

Sans risquer la moindre foulure.

Pas de coups et pas de blessures,

Pas un seul défaut dans l'armure.

 

Il n'y'a pas de tourment qui dure !

L'amour n'est pas une torture.

Ma foi en toi est pure et dure !

Pas d'intempérie, ni froidure,

La passion est sous couverture.

 

Tu m'as donné la procédure :

Du certifié sous signature,

Sans un pâté et sans rature !

Pour que notre couple perdure,

Tu exiges, bretelles et ceinture !

 

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Ordre et désordre 1/3

Publié le par modimodi

Ah la vie ! Quel méli-mélo, dis ! Est-ce déjà l'heure d'alimenter la rubrique familière du : "sans queue ni tête" ? Car c'est à peu près ainsi chaque matin ! Aux prises avec le désordre de ses cheveux et de ses idées, l'Homme s'interroge et se dit : quel est l'ordre du jour ?

A bien y réfléchir, quelle bizarre expression ! Comme s'il pouvait ordonner le temps, organiser le présent, jouer avec les moments et les instants, bouleverser leur durée, en interrompre leur continuité. Pourrait-il seulement, une fraction de seconde s'immiscer dans une fracture de l'espace-temps, se glisser dans un intervalle ? Qui aurait le pouvoir de prendre du temps passé pour le ressusciter en présent ou de saisir le présent pour le transformer en devenir ? Qui pourrait s'affranchir du phénomène psychologique de la durée ?

Pourquoi d'ailleurs, cet a priori de petit bureaucrate et préférer l'ordre du jour à l'ordre de la nuit ? L'un et l'autre ne s'enchaînent-ils pas puisque une même journée les contient tous deux ! A moins d'avoir la tête dans les nuages, l'ordre du jour s'impose dans les variations de la lumière. D'ailleurs,  depuis la nuit des temps, qui dort à la belle étoile connaît la distinction entre nuit blanche et nuit noire. Quelqu'un qui Trenet par-là a dit "que le soleil a rendez-vous avec la lune, mais que la lune ne le sait pas et que le soleil l'attend !"

L'humain n'a pas toujours les pieds sur terre. Il chemine, parfois la tête en l'air et le nez au vent... Mais généralement, pour être efficace, celui qui a la tête sur les épaules, pressent l'ordre cosmique. Il a besoin dans sa vie de méthode et de programmation.

A l'ère de la réunionite et des débats télévisés, la maîtrise des horaires et des sujets oblige le journaliste à prioriser et structurer les thèmes, à distribuer la parole et à planifier. Il faut de l'ordre et de la méticulosité pour passer en revue les problèmes !

Douce illusion parfois ! Pur formalisme souvent ! Désillusion soudaine ! L'animateur a précisément aménagé l'espace pour les échanges. Il a coordonné l'ordre de passage et les interventions. Il croit avoir tout prévu ! Tout, sauf la suite dans les idées. Car autour de la table et sur le plateau, on discourt et on parle à qui mieux mieux pour ne rien dire.

Il a supposé avoir réuni des têtes pensantes bien faites, aux pensées ordonnées et logiques. Mais ici, l'esprit est à la traîne, la compréhension se prend les pieds dans les pédales, les arguments s'entrechoquent sans airbag ni warning, les marottes se mettent en travers de la voie du dialogue, elles bloquent la circulation des idées et le bon sens est en file d'attente.

Joyeux désordre cacophonique ! Bataille d'incongruités, démonstrations broussailleuses, raisonnements inextricables, empoignades indescriptibles ! Chacun n'écoute que lui-même dans ce pêle-mêle. Le modérateur a beau rappelé le mot d'ordre, il est dépassé et bousculé, il vitupère et s'empêtre dans d'infructueux rappels d'orchestration : "chacun son tour", "cette idée a déjà été débattue", "laissez parler votre consœur", "respectez l'ordre de passage", "plus personne ne peut vous comprendre !"...

Le malheureux animateur est désorienté. Il n'arrive plus à mettre bon ordre au tour de table. Il s'enchevêtre dans les controverses sauvages, il se débat dans le sac de nœuds d'idées sens dessus dessous, il cafouille dans les embrouilles, il se dépêtre du roncier des réflexions confuses. Car il a tout organisé sauf les dispositions mentales, les capacités intellectuelles et la bonne foi des débatteurs.

L'ordre est un principe intangible de la bonne organisation sociale et spatiale. Chaque chose a sa place. Une place pour chaque chose. Qu'importe la quantité ou la taille, l'ordre est une loi d'efficacité du bon fonctionnement. A l'armée, elle ne fait pas dans le détail ni ne se perd dans les principes. Elle s'exécute sans discussion en serrant les rangs.

Au fil des jours, l'ordre des actions et des pensées garantit la cohérence de notre existence et fait date dans nos souvenirs ! Elle quadrille le présent et sème des indices dans le passé. Seul l'avenir est un espoir de l'aléatoire, le triomphe du désordre à l'état latent.

Oui ! L'ordre trop strict, au point d'en devenir obsessionnel est une entrave à la fantaisie et un obstacle à l'imprévu ! Mieux vaut un désordre vivant qu'un ordre mort ! "C'est un grand agrément que la diversité... L'ennui naquit un jour de l'uniformité" (Antoine Houdar de la Motte). Mieux vaut une maison débordante de présences et d'activités qu'un musée assoupi, mieux vaut un bureau encombré d'écrits et de livres qu'un bureau vide...

" Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin

De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;

Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espère ;

Elle entrait, et disait : Bonjour, mon petit père ;

Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s'asseyait

Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,

Puis soudain s'en allait comme un oiseau qui passe."

Il faut ainsi attendre dans la fièvre ou l'émoi, Léopoldine ou le passage de la Muse ! Ce n'est pas, notre grand poète national qui nous contredirait !...

Mieux vaut une tête bien pleine et débordante qu'une tête bien faite de quelques idées bien rangées, toujours les mêmes, dans le même sens, fût-il le bon ! Il est parfois salutaire de sortir des sentiers battus et de déranger l'ordre établi de ses pensées et de son cœur.

 

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Bof ! Beauf ! 1/2

Publié le par modimodi

 

On te remarque, un peu partout,

Tu bats des bras, t'as du bagout.

Si on t'écoute... Pas, ces voyous !

La France, tu la sauves, sur le coup !

Son problème ! Toi, tu le résous,

Suffit d'le prendr' par le bon bout.

 

La Sécu, tu peux boucher le trou...

Suffit d'renvoyer ces grippe-sous

Prier St Antoine de Padoue !

Y'en a qui l'ont fait à genoux

Et qui ont r'trouvé leur toutou

Sur la route de Tombouctou !

 

Pour le pays, ben, c'est itou.

On va tous "rentrer dans nos sous !"

T'as la solution passe-partout,

T'as des formul' de marabout :

"Tête de clou, patte de loup"...

C'est efficace à tous les coups !

 

Hop ! La crise, toi, tu la dénoues,

Le mauvais sort, tu le déjoues...

Après quatre apéros, surtout ! 

T'as rien compris, t'es hors du coup !

Tu t'es laissé bourrer le mou,

T'as confondu carotte et chou !

 

Il n'y pas d'sujet tabou !

Les riches, les pauvres, tous des voyous

Qui ont des bagnoles d'un prix fou.

Assez d'télé, d'ces "moi, j'sais tout"

Mais qui ne tiendraient pas debout

Devant Rambo, au premier coup !

 

Bof ! Après tout, t'es qu'un mêle-tout.

Tu t'es fait remonter l'burnous !

"Trop d'étrangers : On est chez nous !

En plus, ils n'mangent pas comme nous !"

Ton pit-bull n'a pas les mêmes goûts,

Lui, c'est bio, ou rien du tout !

 

Toi, t'affiches ton côté relou.

Oh ! Pas d'bling-bling, ni de bijoux.

Comme on est à l’âge du tatou

T'en as plein l'corps, un peu partout.

Mais faut vite arrêter l'saindoux

Si tu veux encore voir tes genoux !

 

On t'entend à un kilomètre,

T'es populaire et fier de l'être,

Le modèle-type, du gros pépère.

Tu soutiens le club de Mézières,

T'as le maillot des supporters,

Banderole, drapeau et caisse claire.

 

Tu parles à tort et à travers,

Tu fais du tort à la grammaire

Et des entorses au dictionnaire :

"Au ministère, ils nous pompent l'air,

Tous ces foireux, ces pète en l'air,

Ces bons à rien de fonctionnaires.

 

Comme si ça s'rait pas une misère,

De nous augmenter l'prix d'la bière,

Qu'on n'pourrait plus boire un verre

Au bar PMU, là-derrière,

Surtout que j'connais la dernière,

A se taper le cul, par terre !

 

 

 

 

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Lettre aux écrivains : Charabia ! 3/3

Publié le par archibald_06

Droits d'auteurs !

Oyez gens de lettres, prosateurs et poètes, voici le dernier plat de résistance littéraire ! Il y a du rab à la table des matières.

Pour la potée auvergnate, on ne repasse pas le plat refroidi ! Donc, amis écrivains, nous ne servirons pas à nos avides de lecture, un second service d'idées confuses et bourratives. Invitons-les à un joyeux claque-sabots pour danser la bourrée !

Pas de fade platée au supplément gélatineux ni de lourd et vilain charabia, plus rudimentaire qu'alimentaire ! C'est un peu comme de la chorba, de la bonne soupe populaire, mi potage et bouillon, mi ragoût et légumes, étymologiquement, du dialecte arabe pour berbère. Autrement dit, aussi bien de l'hébreu pour le mur des lamentations ou du galimatias pour le bas latin de cuisine !

Si par nos écrits, nous donnons à boire et à manger, nous faisons bonne œuvre et belle action pour mettre l'eau à la bouche des bouquinovores ! Mais attention ! Trop de salaison assèche la qualité de la promesse littéraire ! Le salmis se gâte. Surtout... Quand il devient con, "dis m'man" ! C'est alors un affreux salmigondis aux propos crus et salés pour glouton assoiffé, lecteur affamé ou esprit gaulois et paillard ! Un peu trop de sel, et voilà, une sale heure pour le sale ami et le sot piqué ! Le salace doit dessaler. S'il convient d'y laisser le lard, il ne convient pas de laisser l'art littéraire au saloir !

Dans nos écrits ou nos discours, n'employons pas non plus de jargon, il est réservé à la grande Marie de France ! D'ailleurs, son langage des oiseaux ayant trop gazouillé a fini par jouer les monte-en-l'air. Au fil des siècles, le voilà devenu un langage crypté et codé pour alchimistes ou malfaiteurs. Incompréhensible, hormis pour quelques initiés férus d'ésotérisme ou des malandrins, gens de sac de nœuds et de corde raide.

Nous recourrons nous-mêmes à ce genre de procédé, quand nous jouons avec les sonorités ou les allitérations, quand volontairement ou inconsciemment, nous faisons naître des évocations. Certains mots contiennent des sens cachés qui laissent entendre des idées et des significations différentes. Comment ressentez-vous l'expression : "Je veux que tu me tutoies !" Vous affole-t-elle ou vous effraie-t-elle ? Quel sentiment sage ou coquin éprouvez-vous dans la prononciation entière ou syllabique de "Concupiscent" ou "Je suis paniqué". Je suis certain que vous en avez bien d'autres en mémoire.

Rares sont les confrères commentateurs, qui, pour faire savant et cosmopolite, jargonnent en compilant dans les dialogues, des expressions, en arabe, en anglais, en italien, en espagnol, les langues maternelles de leurs héros. Certains compareraient plutôt ces dialectes particuliers à du sabir. A ne pas confondre avec la tradition orale, poétique et contée des griots et encore moins avec l'appellation bannie de "petit nègre" dans lequel excellent encore quelques gribouilleurs de pages noires ! Des employés aux écritures, des "nègres" rétribués pour de faux écrivains. " Ça craint sa race de l'évoquer !"

Ainsi donc, gens de plumes, pas de patois pour pavoiser, ni de charabia pour blablater ! C'est de l'embrouillamini d'images déjà brumeuses. C'est de l'énigmatique langage obscur pour de nuageux plumassiers... 

C'est du baragouin de BZH, des expressions envolées comme des crêpes, mal retournées et tombées à plat, des mots répétés au vent de la lande, restées incompréhensibles aux coiffes comme aux chapeaux ronds ! C'est du pain et du vin pour le Pardon, du far bourratif et du cidre bourru pour le fest-noz, la vraie grand-messe bretonne ! C'est, dans une nuit noire d'encre, du crachin têtu sur la lande immobile.

Excusez mon franc parler, amis, mais certains poètes ombreux qui perdent leur temps à compter les voyelles de la métrique grecque, en ont fait leur marque créative. Ils croient qu'il leur suffit d'être férus de statuaire antique, calligraphes des pensées aux références hellénistiques, d'avoir un style hermétique et ésotérique pour être poétiques en vers et contre toutes rimes ou raison prosodique. C'est voyez-vous, l'approche du genre amphigourique maniéré des précieuses ridicules ou l'emphatique grandiloquent des mégalos hyperboliques !

D'autres scribes ayant troqué le calame pour la plume, de longueurs périphrastiques, en circonvolutions d'arguties, parlent et écrivent pour ne rien dire ! Dans le psittacisme agaçant des formules rabâchées, ils revendiquent, à tort, leur droit d'auteur. Ils ne sont souvent que de maladroits plagiaires, mal inspirés, abonnés à l'errance grammaticale et syntaxique, pataugeant dans l'impropriété des non-sens et des faux-sens, des barbarismes et des solécismes. C'est bête à dire, mais infatigables et inaptes, ils produisent de l'inepte avec un talent fou !

Vous le savez ! Le romancier doit être subtil et sa romance, comme un parfum, volatile, semblable aux volages amours. Écrire est un vrai métier ! Il ne suffit pas de broder des ornements pour faire un beau canevas ! Il ne suffit pas de compiler les poncifs pour élever l'écriture au sommet de l'art ! Au faîte, la bêtise n'a pas besoin de mettre le point sur le i pour être à son point culminant ! Ceux, qui se montent le bourrichon, ne monteront pas pour autant au Pinacle !

Que de difficultés pour parvenir à l'apogée de l'art littéraire ! Je semble, ici, vous donner la leçon, alors que je suis moi-même le plus verbeux et le plus plâtreux d'entre vous, un généreux bourratif, indigeste, trivial et licencieux ! Quelle prétention exaspérante ! Quelle inconscience affichée ! Et pourtant, je persévère comme tant d'autres, dans la déraison orgueilleuse de l'écriture obstinée !...

Nous tentons tous, un jour ou l'autre, l'aventure du texte en l'espérant original. Mais en fait d'écrits, nous ne barbouillons au plus que des écriteaux, des poteaux indicateurs qui désorientent ceux qui nous lisent et ne les mènent que dans l'impasse des talents en-cul-de-sac. Nous ne serons pas couronnés de lauriers mais sûrement coiffés sur le poteau !

Dans le fatras et le fouillis des genres et des pensées, trop souvent, nous déconcertons les lecteurs. S'il en reste encore, surtout quand un texte mérite une deuxième lecture attentive pour en saisir tous les sens. C'est hélas ainsi ! Qui veut écrire d'une plume d'ange, fait souvent la bête pascalienne ! L'idiot du village s'accroche à son idiome local comme le bedeau à sa cloche et le plumitif à son style !

Bienheureux l'obscur pisse-copie désencombré de tout calcul, le chantre du mystère aux textes énigmatiques, l'épique épistolaire aux épopées opaques, le maître incontesté de l'inconcevable ! Bienheureux tous les niaiseux, les stupides stupéfiants, le gratin des créatifs crétins, le ravi de la crèche des auteurs sur la paille ! Longue vie à mes vénérables frères et sœurs, tous ces grandioses talents en miniatures, ces cacographes comme moi, tous ces faiseurs d'écrits vains et de textes sans queue ni tête !

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Bretelles et ceinture 1/2

Publié le par modimodi

Pour être heureux, vite aux abris !

Évitons les intempéries !

Notre amour doit garder le nid

Pas d'prises de bec, que des cui-cui,

Des roucoulades, toute la nuit !

 

Pour sans crainte le préserver

J'te fais d'mon corps, un bouclier !

Prudence est mère de sûreté,

Pas d'épingle ! Elle est bien bouclée,

La ceinture de sécurité.

 

Tu n'as qu'un désir à l'esprit :

Ta tranquillité à tout prix !

Tu m'exiges des garanties,

Des assurances, sans souci :

Du tout risque, sans brouillamini.

 

Pas d'pépins, ni de parapluie !

Nous n'vivrons pas en Normandie

Sous un ciel Lacryma Christi !

Faut du grand bleu au ciel de lit,

Des preuves de tendresse infinie !

 

Cupidon n'est pas un Brutus

Qui fait des promesses au roi d'Prusse !

Aux accrochages, toi, tu dis : "Sus !

Les anicroches : Au terminus !"

Mais t'as l'droit d'habeas corpus.

 

Tu m'l'as imposé mordicus :

"Pas de malus !" Que du bonus

Pour avoir droit à ton quitus !

Ou je peux t'apporter des gages

Ou sans hésiter, tu m'dégages !

 

Pour me bloquer en cas d'tangage

J'ai besoin d'un solide ancrage.

J'ai renforcé mon arrimage

Avec bretelles au bastingage

Et une ceinture en gros cordages.

 

Je suis au bord du dérapage,

Je suis à deux doigts du naufrage.

Pour ne pas risquer le largage,

Pour éviter le décrochage,

Je m'raccroche à tes avantages.

 

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L'entonnoir 2/2

Publié le par modimodi

Par Notre Dame ! Vive les entonnoirs et les gargouilles ! Vive le vin de messes païennes et les paillardes ! Voilà bien longtemps, que devant les menaces et les réformes sans queue ni tête de l’Éducation Nationale, mes amis latinistes ont appris à avaler et à laisser couler dans l'entonnoir de la résignation.

D'ailleurs, n'aurait-on pas dû, il y a quelques années, en attribuer un d'honneur à une certaine ministre de l’Éducation Nationale, la belle Najat au turlututu, chapeau pointu, qui voulait faire disparaître le latin ?... En ce temps-là qui aurait pu lui ôter sa pierre de folie ? A cause d'elle, à l'époque, nous avons fortement craint qu'il ne nous restât plus que le latin de cuisine de la langue Lucullus !

Si l'entonnoir, pointe dirigée vers le bas, représente depuis le Moyen-Age la transmission du savoir pour faire "des têtes bien pleines et bien faites", chères à Montaigne, la pointe vers le haut évoque la fuite des idées, vers le ciel.

Coiffant la tête, chez Jérôme Bosch, il représente le plus souvent le charlatanisme des médecins des malades mentaux qui leur ouvraient le crâne pour leur ôter leur pierre de folie puis il est devenu l'emblème des fous !

Que dans la basse-cour officielle, les dindons actuels, glouglouteurs de la bien pensance ravalent leurs leçons de piquette vaccinale et pardonnent plutôt aux joyeux de la bien pansance, qui préféraient être piqués des verres ! Nous n'avons en plus, nul besoin de nous les farcir !

Mais aujourd'hui, même si le virus rend fou, plus d'inquiétude ! Nous sommes rassurés. Entre deux haussements de menton et quelques coups de sourcil, nous avons notre devise officielle : Lex dura lex, sed Castex !

Oui ! L'entonnoir est toujours à la mode. Il en a la forme, la grande forme : une politique de cône ! Les ministres en sont tous coiffés ! Ils sont en vases communicants, ils se transvasent mais il doit y avoir des fuites ! Ils se vident, ils se co-vident pour faire écho aux comorbides !

Je ne résiste pas au plaisir de décerner le Grand Prix de l'Entonnoir au gouvernement pour la gestion improvisée de la pandémie. Certains avaient pourtant espéré, il y a quelques années que le retour du bon sens serait "en marche" !

Le pays avait même choisi son chef de parti pour en faire son Président. Et depuis, c'est la longue marche pour ne faire que du sur place. Ah ! Pour être en marche, le gouvernement est en marche avant puis en constante marche avant-arrière, avant-arrière... ! Perpetuum mobile !

Pour donner l'exemple, il ne s'arrête jamais, notre Papa Culbuto ! A tour de bras, il gesticule ou bat des bras, il se tient à distance respectable, on appelle cela les gestes barrières ! Il vend sa soupe sanitaire salée à la dette économique, dans laquelle, il fait la grimace mais ça ne se voit pas derrière le masque !

Il ne postillonne pas, il riposte. Il se préoccupe de la santé de chacun, il est au-dessus des conseils scientifiques, car il est omniscient. Ce n'est pas Jupiter, c'est Dieu en personne, l'Être à la sauce suprême après avoir été à la sauce Bercy !

Il connaît ce qui est bon pour toi ! Chaque apparition apporte son lot d'annonces et son déluge de mesures et d'autorisations. Il compte sur ton sens civique et ta responsabilité citoyenne. Alors ne change rien, poursuis silencieusement tes efforts et ne tombe pas dans la théorie du complot aux explications farfelues et incohérentes. Même si tu es dedans jusqu'au cou, dé-fake ! Attends en silence et détermination la sortie de crise, c'est bientôt la fin du rouleau !

N'attends pas le dégel, passe tes mains au gel hydroalcoolique et désinfecte-toi ! Éternue dans ton coude, ça va le huiler et tu pourras mieux travailler. Si tu as les jambes en coton, il t'en a réservé une grande tige. Tu l'auras dans le nez ou l'auras-tu dans l'c... Avant de cracher tes poumons, on va te présenter un tube à essai. Juré, craché c'est la nouvelle méthode !

Tu dois être en alerte, guetter le moindre signe, le virus risque de te faire passer le goût du pain. Alors, applique les triptyques de la stratégie : Tester-Tracer- Isoler puis Tester-alerter-protéger, c'est la solution provisoire et in fine, la solution con-finé !

Sans conteste, tu es un patient Covid en puissance. Alors c'est ta patience à attendre au laboratoire et ton obéissance aux mesures qu'on teste inlassablement. Garde l'espoir ! Vive le retour des jours heureux ! Tout ira mieux demain ! Tout va rouvrir ! Quand ? En mars, puis en avril, puis en mai ou en juin. Plus l'épidémie avance plus le calendrier recule !

Mes chers compatriotes, nous vaincrons ! Grâce à vous, le pays va s'en sortir... Ce sera, à l'été 2O21 et ainsi de suite durant l'année... La suite ? Au prochain numéro ! En attendant, c'est toi qu'on suit à la trace et qu'on isole chez toi, en quarantaine. Tu es pisté alors fais-toi dépister ou pratique l'autotest.

Au quotidien, tu commerces déjà avec le virus alors, contente-toi de l'essentiel ! Sois rassuré, tu peux encore t'acheter un entonnoir, c'est officiellement un produit de première nécessité ! Les médias te gavent comme une oie de statistiques comparatives et t'entubent de prévisions alarmistes.

Ne cherche pas à comprendre. Souvent virus varie, bien fol est qui s'y fie ! L'ennemi avance masqué, adapte-toi vite aux mesures chirurgicales adaptées : des pseudo confinements locaux avec certaines mesures généralisées au pays. Il n'y a pas de logique sanitaire mais il existe, sous-jacente une bonne logique économique !

Cher con-citoyen, il faut être solidaire et se serrer les coudes. Ainsi, tu peux t'entasser dans les transports en commun pour aller au taf mais pas dans les musées, les théâtres, les salles de concert et les églises où l'on sanctifie la distanciation physique. Mets ta vie sociale et culturelle entre parenthèses. Renonce à ton plaisir ! Pas de convivialité ni de culture ! Fais-toi ton propre cinéma ! Les films à passer et repasser, c'est "Le jour le plus long", La crise" ou "Le sale air de la peur."

Attention aux brassages avec des cas contacts ! Il vaut mieux être seul que mal accompagné par un faux négatif ! Comme la gouvernance du pays est à la six-quatre-deux, tu ne dois pas tenir de réunion à plus de six, chien, chat et canari non compris ! Tant pis pour les petits gueuletons des familles nombreuses. Vive les BBQ et les pique-nique à la couche d'ozone !...

Tu vois déjà la Cène ! Doux Jésus ! Pas plus de six à table, ça porte malheur ! Finie la belle vie, tu peux faire une croix dessus ! Ce n'est qu'un mauvais Passage à passer. Si tu ne veux pas rester confiné, il faut savoir ressusciter ! Il ne suffit pas de paraître, il faut réapparaître. Si tu ne crois pas en Dieu, il te reste le père Noël !

Pour ralentir la course du virus, il est obligatoire de télétravailler ou de strictement garder ses distances dans l'entreprise. Pourtant, au déjeuner, on entasse tes mômes dans les cantines et on instruit les ados dans des classes de lycée à plus de trente. Ceux qui regardent l'école de loin et sèchent les cours sont déjà dans le distanciel !

Ronge ton stylo et mange ton chapeau ! Si tu mets le nez dehors, ne jette pas le masque et ne t'éloigne pas de chez toi. Exerce ton droit de retrait afin de reporter pour la troisième fois tes réservations de vacances. Tu n'as pas pas besoin d'aller aux Contamines Montjoie pour te contaminer.

Tu n'es pas confiné pour la troisième fois, on a simplement adapté les mesures de restrictions. A part les banlieues qui s'échauffent et les gilets jaunes chauds bouillants, toi, tu n'as plus la flamme. Ça tombe bien ! Tu dois déjà rentrer. C'est l'heure du couvre-feu, à moins que tu ne doives promener Médor pour les besoins de la cause !

Ne va surtout pas penser que là-haut, ils sont perchés et piqués. Ils sont majeurs et vaccinés aux ravages de l'emballement épidémique. Eux cherchent des mesures de freinage. Ce qu'ils veulent, c'est que tu sois piqué au vif et vacciné après avoir dansé devant le congélo ou le frigo. Tu espères  en avoir pleinement ta dose et même une double dose, jusqu'à la dernière goutte ! Astra Zeneca, c'est comme Orangina. Secouez-moi ! Secouez-moi !

Ce qui tendrait à nous mettre en confiance, c'est la constance officielle. Nos gouvernants restent royaux dans leurs paradoxes comme depuis le début de la crise. Moins il y a de vaccins livrés et disponibles, plus ils augmentent les vaccinateurs et les centres de vaccinations... N'aie pas peur, tu as de la veine, les vaccins sont tous bons pour toi ! Ne va pas nous faire un coup de sang !

La politique est à la va comme je te pousse. Je te le dis ami ! Après la chanson de l'entonnoir, prépare-toi à entonner la nouvelle chanson, celle du suppositoire. Car, après t'avoir promis le bout du tunnel, on te pousse au noir, profondément au désespoir.

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L'entonnoir 1/2

Publié le par modimodi

La politique a des cycles qu'elle exprime dans des domaines qui frappent l'opinion ! Les mœurs, l'éducation, l'enseignement, la santé sont des thèmes récurrents pour enflammer les esprits et les conversations.

Hier, la question des langues vivantes et mortes comme aujourd'hui, celle du méchant virus est un beau sujet d'expression populaire pour les repas de familles et les empoignades au café du Commerce.

Bien sûr, j'évoque ici ce temps béni, où nous pouvions nous fréquenter, nous réunir, aller et venir librement un peu partout. Une époque sans circulation de la Covid, où bars, brasseries et restaurants étaient encore ouverts.

Avec des statistiques approximatives et des chiffres jamais exacts, les improvisations gouvernementales se transforment en injonctions officielles pour imposer d'incessantes mesures contradictoires. On en perd son latin. Les conseils des ministres exceptionnels, les cellules de crise décrètent au fil du temps, l'urgence sanitaire : confinement, déconfinement, attestations à présenter, achats essentiels, mais pas tous en même temps !

Plus de bisous, plus d'apéros avec les potes ! Attention ! Pauvre peuple latin, tu te contamines au forum, aux terrasses des tavernes quand tu bois, parles et te réjouis, surtout après 21 h, alors on te ferme les restaurants, les bars et les boutiques ! Les rassemblements sont interdits... "Et ça continue, encore et encore, c'est que le début, d'accord, d'accord ?"

Ici ou là, vous faites triste mine, vous faites même la gueule, mais ça se voit à peine. Vous avez le masque, ça tombe bien. On vous a obligés à le mettre après vous avoir dit qu'il était inutile... Faut dire qu'on les avait brûlés, le stock était insuffisant ! L'imprévision était nationale mais le désespoir et l'espoir étaient assénés chaque soir dans le jugement de Salomon.

Au fur et à mesure que l'épidémie progresse, les hôpitaux sont saturés. Vous n'avez plus le choix. Suivez les recommandations, vous êtes observés, en vigilance renforcée, ce matin, animés et ce soir, réanimés.

Impossible de prendre la tangente, les interdits à géométrie variable sont quotidiens comme les déplacements officiels des clowns à roulettes. Il faut sans cesse se méfier de l'autre, se compter, regarder la couleur de son département, mesurer les distances, jauger ou regarder sa montre.

Le sport n'est plus possible en salle. Y'a plus que les politiciens qui surfent sur les vagues successives de la pandémie, sa reprise et ses pics de l'épidémie. Vous ne pouvez même plus aller où bon vous semble et changer de région. Si vous n'êtes pas d'accord, on vous envoie promener mais vous n'irez pas vous faire voir chez les Grecs ni aboyer en latin avec les oies du Capitole ! Dans l'arène  du grand cirque pandémique, le citoyen gladiateur doit affronter la Covid avec un moral de vainqueur : Vincere Covidam aut mori !

Tout le monde en perd son latin, sauf pour le mot virus, repris dans tous les médias et sur toutes les lèvres. Chacun parle de ce poison, de cette infection comme d'un venin contagieux et toxique. Cet ennemi invisible et actif court les rues, accélère et feinte pour offrir des variants de tous pays. "Ah mortel !" est l'expression à la mode qui vous donne l'impression d'être dans l'actualité. "Ave Caesar, morituri te salutant !"

Les Diafoirus du gouvernement, les docteurs en pandémie veulent vous mettre au régime sec et apaiser vos craintes en vous faisant perdre votre latin... Jean-Pierre, Georges, Bernard, mes chers condisciples, souvenez-vous ! Certains autrefois avaient même prévu de l'interdire ! C'était la marotte officielle d'un gouvernement qui ne faisait que décliner : rosa, rosa, rosam... !

A l'époque, le ministère voulait chasser son apprentissage de nos chères humanités ! Oh oui ! Je me rappelle, notre moral buvait la tasse ! Hélas ! Compagnons de tablées et de pupitres, il ne nous restait plus alors, que les souvenirs des paillardes pour pratiquer à grands coups de langue vivante, notre chère langue morte et à grand coups de langue sèche et râpeuse le temps des beuveries estudiantines !

Heureuse époque où nous pratiquions un latin, jusqu'à plus soif. Amis lecteurs, vous connaissez sûrement le : "De profondis, morpionibus" ou cette autre chanson à boire intitulée : "De frontibus" où, après avoir levé son verre sans le renverser, le gai compagnon de libation est appelé à le porter : "au frontibus, au nasibus, au mentibus, au ventribus, au sexibus...", avant que toute l'assemblée entonne l'entraînant et populaire refrain : "Et glou et glou et glou... Il est des nôtres, il a bu son verre comme les autres ! C'est un ivrogne, ça se voit rien qu'à sa trogne."

C'est ainsi que l'intronisation du récipiendaire au divin nectar était actée et Bacchus ressuscité, chaque jour de la St Vincent ! C'est ainsi que nous retenions le mieux ce cher latin. Mais c'est ainsi aussi qu'en fin de fête, le taste-vin de la confrérie des chevaliers était parfois lourdement chargé ! Dans les vignes du Seigneur, après dégustation des cuvées, quatre-vingts chasseurs venaient se joindre à la chorale et les chants séraphiques faisaient alors place aux borborygmes tonitruants, aux gueulantes avinées des chants bachiques !

Cette chanson latine et imagée aurait pu s'appeler "la chanson de l'Entonnoir". En effet, elle reproduit le bruit d'un liquide s'échappant d'une bouteille et descendant dans la gorge de la personne qui boit. Car le cône évasé qui pénètre dans le goulot d'un flacon et déverse son liquide fait un bruit similaire et saccadé à celui ingurgité par un gosier.

Des éviers qui se débouchent quand on enlève brutalement la bonde, des trop-pleins qui débordent ont les sons de l'onomatopée des déglutitions de ceux qui coincent la bulle d'air. Symphonie glougloutante du transvasement et du passage du vide au plein ! Les collets montés qui se poussent du col et les soiffards qui n'ont pas le goulot d'étranglement mais plutôt la dalle en pente donnent encore plus d'élan à la descente et plus de force au concert !

Fils spirituel et spiritueux de Rabelais, j'ai à mon tour plaisir à célébrer l'entonnoir : "Chantons, buvons, un motet entonnons. - Où est mon entonnoir ? - Quoi ! Je ne bois que par procuration !"

Ma famille généalogique, plus spiritueuse que spirituelle, s'origine sûrement de la descendance de Grandgousier, mari de Gargamelle et père de Gargantua. Moi, le brave latiniste, j'ai même pris le pseudonyme de Frère Jean-Michel des Entommeures ! : "Seigneur Dieu, da mihi potum ! ... Jamais homme noble ne hait le bon vin, c'est un apophtegme monacal."

Bien sûr, mis à part quelques-uns aujourd'hui, qui ont le gosier sec, premier symptôme de la Covid,  je n'ai nul besoin de me battre pour convaincre mes condisciples au bec verseur qui ont comme moi l'esprit de chapelles. Nos mémoires d'outre-tombe sont celles des caveaux ! Vive les carafons, les tonneaux et les entonnoirs !

Ne manquez pas la suite de ce texte, à déguster dès demain, jusqu'à la dernière goutte !

 

 

 

 

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Arracheur de dents

Publié le par modimodi

Personn' ne peut tenir le coup,

On en a marre de ton bagout !

Tu ne sais que nous bourrer l'mou

D'tes histoires, à dormir debout !

Arrête un peu tes boniments

Ou postule au gouvernement !

C'est incroyable, on sait qu'tu mens

Comme un vieil arracheur de dents !

 

T'as une verve sans pareille.

T'as mêm' bouché l'port de Marseille.

Com' t'avais inventé l'hameçon

Qui empêch' de noyer l'poisson,

Tu nous as menés en bateau

Pour l'vérifier au fond de l'eau.

Peuchère, c'était des bobards

On n'a pas vu le moindre bar !

 

Comm' Tartarin de Tarascon,

Ce qu'tu dis, c'est que du bidon.

En guise de chasse au lion,

C'était Belfort en excursion.

Tu fabules comme un mytho,

Ton nez s'allong' com' Pinocchio !

Tu nous racontes des salades,

T'es le roi de la galéjade.

 

Lorsque tu débites tes blagues !

Tout le mond' pens' que tu divagues.

Personne ne t'a vraiment cru,

Quand t'as dit qu't'avais aperçu

La sœur du soldat inconnu,

Au bras du grand-pèr' Lustucru !

 

Tu ne racontes que des craques !

En amour, tu dis qu't'es un crack

Mais en fait, c'est l'sommier qui craque !

Tu surpass' en tout ton prochain.

T'es un gros dur, oui, c'est certain !

Un dur à réveiller l'matin !

 

T'es dans la triche et l'faux semblant,

Tes récits sont cousus d'fil blanc.

Tu nous y embobines dedans,

Tu t'y empêtres tout le temps

Et quand tu nous bourres le crâne,

Tu le fais avec la banane !

 

Tu nous trompes, avec joyeuseté.

T'es un menteur de tout'beauté.

Pour nous berner, nous balader.

Tu n'as pas de difficultés.

Une seul' te reste à surmonter :

Nous dir' nos quatre vérités !

 

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Poisson d'avril, mon vieil ami !

Publié le par modimodi

Mon cher Didier, en ce premier avril, je t'ai réservé une surprise épistolaire ! Je viens évoquer avec toi quelques souvenirs, en vieux camarades de classe que nous étions. J'espère que tu as gardé ton esprit espiègle et que tu retrouveras dans ce papier, quelques-uns de nos joyeux moments !

Si hier, gentil petit garçon, je faisais risette à maman Lisette, aujourd'hui dans la tête, j'ai l'impression d'avoir toujours 10 ans ! Je n'ai pas vraiment grandi. J'ai toujours envie de faire des facéties ou de gentilles surprises. Gamin, adolescent, adulte, l'esprit de fantaisie ne m'a jamais quitté.

En est-il de même pour toi, dans ton sérieux métier de commissaire aux comptes ? Peux-tu encore compter sur l'inattendu de la joie et quelques plaisanteries pour te soustraire à l'austérité des chiffres et divertir ton existence ? As-tu conservé ton capital d'inventivité et de drôleries ?

Le 1er avril, c'est notre fête de gaieté symbolique, la fête de notre enfance de ris, de jeux et de papier froissé. C'est la nouvelle année de joie, la prime journée pour de nouveaux caprices ! Pour les faces de carême prenant, j'ai un slogan : Au poisson, l'an neuf ! Alors, comme au temps de Charles IX, je te dis : "Bonne année de farces et de blagues" ! Laisse-toi prendre à l'amorce du plaisir.

Te souviens-tu, ami, de l'heureux temps de notre école ? Revois-tu la cour de récréation où nous jouions à attraper les couettes et les bonnets des filles et où nous déchirions déjà nos cœurs et nos blousons ? Chaque jour, nous inventions de nouveaux jeux pour les taquiner ou leur plaire.

Te souviens-tu des découpages de feuilles, arrachées à nos cahiers et des reproches convenus du maître ? Les retrouves-tu, ces poissons aux écailles bleues, aux arêtes grises et aux yeux rouges et jaunes qu'on accrochait, en douce, au dos de nos camarades ?

Les entends-tu ces triomphants "poissons d'avril !", quand on avait réussi à les surprendre ? Quel plaisir de les voir étonnés, désignés du doigt et moqués par leurs congénères ! Quelle rigolade à les regarder se contorsionner pour décrocher l'intrus. Exercice d'autant plus délicat, si on avait réussi, comme tu y excellais, à le coller, bien haut, entre les deux omoplates, au moyen d'une grande tape amicale et d'un tonitruant : "Salut, mon pote !"

Moi, j'ai gardé mon âme d'enfance, je te l'assure ! Mais hélas, dans la vie, on n'échappe pas aux jugements des autres ! Dans le courant des jours, j'en ai connu des gens sérieux, importants, souriants mais à la dérive dans les eaux stagnantes de leur fatuité. J'ai subi leurs regards désapprobateurs ! Si un jour, il est dit que tous les petits poissons deviendront grands, tous n'ont pas mordu à l’hameçon de ma drôlerie.

J'ai frayé et parfois ressenti leur condescendance dans leurs sourires pincés ! J'ai connu les remous de leur dérision et gobé leurs quolibets enfarinés. Je me suis débattu au fond de l'épuisette et j'ai été, couronné d'algues vertes, la risée du festival de cannes à pêche !

Pour les convaincre et ne pas perdre la face, j'ai peut-être parfois poussé un peu loin le bouchon en leur disant que la vie est une farce qui cherche à vous faire mordre à l’appât puis à noyer le poisson. Hélas ! Certains n'étaient que des poissons plats et de passage qui cherchaient à jouer les anguilles sous roche, ils se sont bouchés les ouïes.

Ah ! J'en ai connu des espèces de toutes sortes : De casse-pieds poissons scie, de joyeux poissons volants et même des poissons-chats qui frétillaient de la queue. De drôles d'oiseaux, des hirondelles de mer. Des poissons-lunes qui prenaient leurs vessies natatoires pour des lanternes. Des anges de mer, des blondinettes et des roussettes qui se prenaient pour des sirènes.

J'ai bien sûr fait quelques touches mais il n'a jamais été question de venir me taquiner le goujon ou de me tendre la perche. J'ai évité de courir les bars afin de ne pas fréquenter les églefins, les maquereaux, les merlans frits, les thons, les grosses plies et les morues. Je n'ai jamais aimé non plus les harengères et les belles poissonnières qui vous promettent l'amour et vous font mariner.

Dans le vivier de ma mémoire, dans mes souvenirs en boîte ou du même tonneau, s'ils se pressent comme des sardines et des harengs en caque, ils restent frais comme des gardons.

Je n'ai jamais perdu le moral ni le sens de la facétie. Au contraire, en croisant les brèmes ou les tanches, les muets comme des carpes, les lieus communs, les têtes de brochet ébréchées, je les ai plaints d'avoir perdu la gaieté, la malice, la vivacité et la légèreté d'esprit.

Moi, je suis resté joyeux et heureux comme un poisson dans l'eau ou curieux, bouche ronde et ouverte comme un poisson dans l'aquarium. Je suis toujours un cabot nerveux sur les planches du quai d'embarquement de la curiosité et je vis au bonheur de la truite arc-en-ciel.

Alors toi, mon ami des premiers jours. Toi, qui n'as jamais fait la moue de dédain devant mes foucades ou mes outrances, je t'ouvre mon cœur et te dédie, en ce beau jour, ce joyeux billet de bons mots iodés, cette lettre-carte postale enluminée de ma fantasque amitié. Je n'ai pas cessé d'aller à la pêche aux bons mots et toi, tu sais que ce ne sont que des mots pour rire.

Chez moi, nulle malveillance, juste un peu de folie d'un fou de joie qui cherche à donner des fous rires à toi et à ma matelote. Être foufou ce n'est pas être fou, c'est être un poisson clown, un amuseur pour le menu fretin et la galerie, un pitre avec voix au chapitre ! C'est avoir le privilège d'être un poisson de roche, spécial bouillabaisse vendue, sur le Vieux port.

Je suis immanquablement de la grande famille des pêcheurs qui se fendent la pêche ! Je fais partie des branquignols, un peu cinoques, un peu loufoques. Je suis un artiste cocasse au cirque de la vie ! Déjanté peut-être, mais seulement dans ma tête ! Je sais rouler sur mon petit vélo et tenir ma ligne droite en évitant les queues de poisson.

Dans mon enfance, je n'ai pas pris de coup sur la cafetière, je ne suis donc pas fêlé, frappé, marteau ou à la masse, encore moins requin-marteau ou dans la nasse, tête de bourrique et de bourriche.

Je suis sûrement un peu cloche mais pas sonné, cultivé mais pas ravagé, débordant mais pas siphonné, droit dans mes hautes bottes de pêche et pas tordu, sauf de rire. J'ai plein le filet poissonneux, de chimères à vendre à la criée ou à saler avant de les congeler.

Mais rassure-toi, je ne suis pas pour autant givré du citron et encore moins toc-toc car je te fais aussitôt des réparties du tac-au-tac ! Si tu te laisses appâter, je te harponne et te mets le grappin. D'ailleurs, je serais prêt à te ferrer si tu ne faisais pas gaffe !

Je revendique le droit de rire et de plaisanter, de chiner et de taquiner comme de pêcher par optimisme. Je me jette à l'eau car je travaille sans filet mais pas sans provisions. Je me réfère à La Farce de Maître Pathelin, à son esprit espiègle et satirique, retors, rusé mais toujours comique !

Tu le sais ! Un éclat de rire est moins blessant qu'un éclat d'obus ou qu'une vicieuse arête en travers du gosier. En dehors de la bouillabaisse et de la poutargue, une pinte de bon sang vaut également un bon bifteck sans compromettre ta ligne. Mais en ce jour privilégié du 1er avril, tu as raison et bien sûr, le droit de préférer le poisson ! J'ai d'ailleurs mis toute la sauce !

Si je t'ai agacé par ces petites taquineries, je réclame un droit de repêchage. et tu peux toi aussi, te déboutonner et rire à gorge déployée ! Tu peux être défrisé et te poiler comme une barbue ! Tu peux en avoir pour ton argent et te fendre la tirelire comme une raie ! Tu peux toi aussi rire comme un bossu qui en aurait plein le dos des écailles de mon mauvais humour. En ce jour jubilatoire, tu pourrais même rire comme une baleine, qui trouve un banc de poissons d'avril !

Salut, ami ! Ne sois pas lamproie au doute. Je ne te quitte pas en mettant le turbot ou en te faisant une ultime queue de sirène. Je ne voudrais ni te laisser à ton saur, ni te mettre à la traîne ou pêcher davantage, en te montant en bateau. Ne prends pas la mouche de mes touches d'humour.

Au final, sache que j'ai gardé la légèreté de l'hirondelle de mer et la rêverie du poisson-lune. Si je prête à rire, je m'empresse de te prêter le bonjour et n'étant pas un poisson de passage, je te donne pour toujours mon amitié."

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