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Lettre aux écrivains : Charabia ! 1/3

Publié le par archibald_06

Goûteurs de mots et de phrases

A tant triturer les mots, à tant tordre les idées, je passe parfois aux yeux d'un lecteur pressé, pour un incompris. Mais je ne suis pas tout seul dans ce cas !

J'éprouve moi aussi, la même difficulté à lire certains de mes contemporains ou de mes amis de plume.

Je les lis attentivement avec l'envie de me délecter. Mais je suis parfois désarçonné. Que penser ? Comment prendre du plaisir quand je passe, d'une prose maladroite et empruntée au style prétentieux et emphatique ? Quand je me retrouve face à des phrases encombrées de contre-sens et de tournures alambiquées ou lorsque je me heurte à de la poésie éthérée et absconse, rongée de petits vers boiteux, mon intérêt faiblit. Je perds mes repères, j'en perds mon latin ! Ipso facto, nolens volens, je m'écris : Pauvre écrivain !

Chers confrères et amis, aux pavés de mille pages, jetés dans la mare aux canards littéraires et promis au pilon, permettez-moi, sans le moindre orgueil de vous mettre en garde. Qu'elle soit morte ou vivante, la langue doit se respecter ou bien allez illico, vous faire lire chez les Grecs ! Qu'il s'écrive ou se parle, le langage mérite le plus grand soin, au sens propre des mots.

Afin de ne pas vous faire rire jaune, je vais avec humour et sans langue de bois, vous prodiguer quelques conseils. Ainsi, chers plumitifs, prenez garde à vos propos.

Si votre langue est blanche comme votre page, inutile de la tirer ou de la charger davantage. Si elle est verte, vous n'êtes pas mûrs pour la couronne de lauriers mais pour la couronne mortuaire. Inévitablement, vous finirez abattus, dans la dernière rafale des formules plombées de votre style buté. Si elle fourche, ce n'est peut-être qu'à cause d'un simple cheveu qui peut vous faire friser le ridicule.

Inutile de conter des vertes et des pas mûres, de brouter les trèfles ou d'en faire tout un foin ! Restez bucoliques ou à défaut, rustiques mais ne soyez pas mauvaise langue !

Si elle est truffée d'expressions du terroir, c'est que vous espérez épater votre fouineur de lecteur en supposant qu'il ait du chien et du flair. Mais si elle lui apparaît fourrée, "finger in the nose", c'est que vous l'avez, à tous les coups, malmené en le menant par le bout du nez, sans renifler que c'est vous qui passerez pour un mufle ou une truffe !

Alors, ne soyez pas naïfs ! A coup sûr, après vous avoir lu, il se vengera en se payant votre tête de tuber melanosporum, bien loin, vous en conviendrez de l'odeur de sainteté. Il vous enverrait bien vous brosser mais sûrement préférera-t-il vous tirer la langue et vous frotter les oreilles. Vous aurez alors un nouveau style de figure, faute d'une nouvelle figure de style. Car vous avez beau donné votre langue au chat, suer et chercher à perdre haleine, la bonne inspiration, votre langue chargée vous donne une très mauvaise haleine et rebute votre lecteur !

Humez et subodorez ! Il fleure peut-être autour de vous un parfum d'étrange, des remugles de souvenirs fleuris, des impressions colorées et des odeurs, des enchantements et de fraîches émotions de voyages !

La nature a horreur du vide, ne soyez pas inconsistants, ni débordants de bons sentiments. Rassurez-vous, persévérez dans l'écriture, le souffle littéraire n'envoie pas, en principe, d'effluves empuantis. Mêmes les romans à l'eau de rose n'ont pas, pour autant, une fétide odeur putride. Peste soit des empesteurs qui ont voulu poéter plus haut que tout, dans l'espoir de faire leur trou !

Par leurs goûts douteux ou leurs mauvais sentiments, certains refoulent les taste-mots de bon terroir. Dans un relent, s'ils viennent à faire Ah ! Ah ! Ah ! Ce ne sera pas d'admiration ! Les écrivaillons tirent parfois une langue pendante et dégustent, simplement de n'être ni entendus, ni goûtés, ni lus et approuvés !

Apprentis marmitons ou grands toqués de la littérature, soyez donc savoureux par vos morceaux choisis ! Que votre stylo ne glisse pas dans l'épais potage aux plâtreux grumeaux.

Étonnez et intéressez, déroutez et ne tombez pas dans les ornières de la facilité descriptive ! Ne vous répétez pas dans les idées ni dans la structure répétitive des phrases ou des paragraphes ! Variez votre style, ménagez vos effets ! Ayez du mordant sans vous mordre la langue.

Emmenez votre globe-trotter, votre gobe-trotteur de pages illustrées en voyage dans sa tête. Dédoublez-vous en lui pour qu'il perçoive ce que vous racontez et le tableau que vous peignez. Que vos créatures soient les siennes. Aucun risque pour lui ! Sinon, les auteurs seraient eux-mêmes dévorés par les monstres qu'ils ont créés. L'image évoquée doit surgir dans son esprit. Soyez original, imagé et pittoresque. Amenez-le à voir, à penser, à aimer, à ressentir et à vous suivre. Lire, c'est cheminer à chaque pas avec l'auteur, c'est le lui emboiter et parfois sauter son pas pour progresser et le dépasser, même d'une courte tête imaginative.

Mettez-le en appétit ou laissez-le frugalement sur sa faim pour qu'il ait envie et besoin de manger à votre table des matières. Il faut que votre style soit digeste, goûtu et pas dégoûtant. Nom d'une pipette, il faut qu'il lui donne du nectar au compte-gouttes et du plaisir instillé, au goutte à goutte ! Ne soyez jamais dégoulinants ni dégouttants, même de bons sentiments. Vous essuieriez des revers et souffririez mille et un reproches de ceux qui n'entendent et ne comprennent goutte !... Même la dernière peut faire déborder le vase ou la vase ! Les critiques grenouillant dans les eaux saumâtres des marécages littéraires ne manqueront pas de sortir du marais pour s'exclamer : Non ! Mais c'est coâ ? C'est vraiment n'importe coâ !

Aux maladroits, à tous mes frères de plume empesée, je leur dis : Ayez un langage léger et délié, choisi et approprié ! Il met en valeur votre langue ! Il vous identifie par la parole ou l'écriture. Il fait de vous un auteur, à la hauteur des exigences et des attentes. Il est révélateur de votre milieu et fera de vous, un vrai caïd, à condition de n'être pas un copieur-pilleur avec en plus un mauvais sujet ! Votre langage est expressif. Il s'adapte et se spécifie suivant le thème, il en éclaire la matière, surtout si vous l'avez grise, non pas de mélancolie, mais d'éminente spiritualité !

Pas de charabia, de mots couverts, ni de style maniéré ! Soyez clairs et compréhensibles, même si vous êtes auteurs de romans noirs ! Vous êtes tenus de produire de l'énigme sans être nébuleux et ténébreux. Le mystère peut être épais mais pas votre style ! Les secrets les plus lourds méritent une plume légère, sans de pâteux pathos !

Votre texte ne bénéficie pas de voix, d'intonations, de signaux ni de mimiques pour être mieux perçu. Il faut que les signes graphiques soient de sens et de forme déchiffrables et décodables ! Les graffitis sont réservés aux gribouilleurs, les pattes de mouche aux noircisseurs, les pâtés aux écrivailleurs qui se font un sang d'encre et les racleurs d'encrier aux gratte-papiers. Les propos fumeux n'attirent que les indiens ! Ne vous croyez pas sur le sentier de la gloire, mais plutôt sur le sentier de la guerre avec vous-même.

Ugh ! A toi, mon frère ! Ô grand sachem, grand chef à plumes des plumassiers, sans grand panache ! Nous sommes de la même tribu !

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Bizarre ! Bizarre ! Il doit y'avoir un lézard ! 2/4

Publié le par modimodi

Je me sens bizarre, bizarre !

Je m'comporte comme un zonard,

J'ai investi ton plumard !

Pour l'amour, je suis flambard,

Aux ébats, jamais flemmard,

Plutôt le genre mâle à barre !

Je suis ton porte étend-dard !

 

Moi, l'amour me rend paillard !

D'un élan incantatoire,

Je chante comme un soudard,

La splendeur de ton pétard !

Quand je me tiens tout peinard,

Je te brode des histoires,

A petits coups d'encensoir !

 

Sur un ton déclamatoire,

Je te récite du Ronsard.

Pour Mignonne à l'arrosoir,

J’effeuille la rose du soir.

Mes émois te rendent hilare,

Tu crois qu'c'est des canulars,

Et tu m'coiff's d'un entonnoir.

 

Il doit y'avoir un lézard

Qui s'prélasse dans ma mangeoire !

Y'a un coucou dans l'nichoir,

Je vais m'le faire au plantoir,

L'empaler sur l'égouttoir,

Le changer en écumoire,

Les yeux, les trous, au beurre noir !

 

De coup d'tête en coup d'boutoir,

Je déprime, je broie du noir,

J'ai le moral en faire-part.

Faut que j'rue dans les brancards

Et prenne le mors aux mâchoires,

Mais je n'suis qu'un vieux tocard

Une ganache de corbillard !

 

Tes envies sont mes cauchemars,

Tu aimes tout ce qui chamarre.

Tu t'prends pour une superstar !

Tu voudrais en robe du soir,

Goûter homard et Pommard,

Mais j'n'ai pas assez de milliards

Pour t'tartiner du caviar !

 

Tu espères bijoux, foulards,

Palace et diams en sautoir,

Mais je n'suis pas un richard !

J'ai le compte en banque qui foire.

Pour la chance, j'suis pas veinard,

A la déveine, cumulard.

J'suis fauché mais pas avare.

 

Vois-tu, je n'suis pas vachard !

Je t'ai acheté des cuissards,

Un'chapka pour le blizzard

Et un parapluie bulgare.

T'en as marre du camping-car

Tu rêves d'avoir un manoir,

Et enfin changer d'trottoir !

 

Tu es prête au grand départ,

Mais j'n'ai pas assez d'dollars

Pour t'offrir les Baléares.

T'iras pas à Zanzibar,

A Venise ou à Ferrare,

J'n'ai qu'un aller-r'tour Colmar,

Via Morteau, Montbéliard !

 

Nous restons su'l'quai d'la gare,

On s'dit bonjour et bonsoir.

Comme tu es au désespoir,

Tu mouilles tes blancs mouchoirs !

Le ciel pisse comme une passoire

Mais je n'suis pas Saint-Médard,

Pour arrêter d'faire pleuvoir !

 

T'es déçue, l'amour se barre !

Pourtant j'suis pas bambochard,

Je suis poissard et tricard.

Rien qu'un malheureux smicard,

Plutôt pinard et Ricard,

Cassoulet-frites, épinards,

Héros de "Brèves de comptoir !"

 

 

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Infiniment

Publié le par modimodi

La vie est définitivement provisoire ou provisoirement définitive ! Du diable ou de Dieu, qui aura le dernier mot ? Le monde et notre propre existence sont les énigmes du grand Mystère !

Qu'est-ce que ce monde dans lequel nous vivons ? C'est quoi cet univers de dingues au mystère soigneusement entretenu ? Cette création ex nihilo tient-elle debout ?

Pourquoi faire tant de manières pour une réalisation finalement bâclée et pas bouclée ? D'ailleurs, qu'est que c'est que ce travail ? Pourquoi avoir créé une œuvre qui n'est et ne serait, paraît-il jamais finie ?

Qu'est-ce que c'est que ce boulot de roi fainéant, commencé un jour et pas encore achevé ? La belle excuse qu'on nous a présentée et fait accroire pour admettre que le cosmos est toujours en extension comme notre crédulité elle-même en constante expansion ! D'ailleurs, si l'homme est peut-être une création céleste, devrions-nous encore nous étonner que certains ne soient pas finis !

Saura-t-on un jour, quand tout cela a débuté ? Nous n'avons pas reçu de réponses plus précises que : dans des temps immémoriaux, à des millions et des milliards d'années ! Je sais, on a le temps, on n'est pas pressé, mais quand même !

Connaît-on le petit bricoleur, l'astucieux et génial touche-à-tout, le thaumaturge de ces monts et merveilles, l'harmoniste de cette symphonie inachevée ? Ce soi-disant génial inventeur est-il le grand-père du professeur "Nimbus" ? Une célèbre tête-en-l'air, toujours dans les nuages, mais égarée sur sa propre planète !

Si tout est définitivement approximatif et jamais certifié, ne devrait-on pas terminer de se tourmenter et considérer simplement qu'il n'y a pas d'être parfait ni de plus que parfait ! Il n'y pas de perfection absolue, même dans la conjugaison entre le Temps et le Verbe qui s'est fait chair, selon ce qui nous a été dit, à titre indicatif mais imparfait, dans la prime grammaire de la Genèse... Comment interpréter et comprendre, ces mots énigmatiques : "Au commencement était le Verbe et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous." Ô le Mystère incarné ! Rien de plus flou pour nous flouer !

Comme le Logos n'a pas la logorrhée, sans plus d'explications, la chair n'est que du pâté de foi pour bons paroissiens et une accumulation de bondieuseries mises en chaire, aux enchères.  De là, à ne voir que de la chair de poule pour quelques pas catholiques en chair, bien en chair, voilà des réjouissances offertes à des gaulois mécréants et iconoclastes...

L'Apocalypse ? No ! Brave Jean, c'est une parole d'évangile, présentée comme une suprême révélation ! Eh bien oui ! J'y crois ! L'idée s'incarne en moi. Car à bien y réfléchir, en voilà une bonne et grande nouvelle universelle ! Rendez-vous compte ! Si rien n'est abouti, l'idéal n'est donc pas à atteindre ! Les efforts sont inutiles ! Quand on croit que tout s'achève, au final, rien n'est jamais fini !

Les cons sont bénis des dieux, il n'y a plus de cons finis ! Leur univers est en expansion et l'espace peut ainsi accueillir tous les bornés et les limités. On peut soi-même sans cesse s'arrêter et n'en finir pas d'en finir ! S'interrompre, c'est ainsi contribuer au Grand Œuvre !

Inutile de flipper à mort, de se tuer à l'ouvrage, de se suicider ! On ne met pas fin à ses jours, puisque finalement rien n'est jamais parachevé ! Les jours se suivent et ne se ressemblent pas ! Y'a des bons et des mauvais jours, des jours avec et des jours sans ! Tout peut arriver un de ces jours mais ça n'urge pas !

L'exemple vient d'en haut ! On peut donc remettre au lendemain ce qu'on peut faire le jour même ! On est toujours au septième jour, c'est affiché : Relâche et Repos ! Au calendrier perpétuel, y'aurait même un éternel dimanche, bien mieux que la semaine des quatre jeudis !

Admettons que la création du monde est comme l'imagination. Elle échappe à la réalité en se situant entre rêves poétiques de la vie, inspirations de la pensée intellectuelle ou spirituelle et fantasmes de l'éternel ! Elle n'a de fragile consistance qu'entre la réalité et la fiction, l'action et l'utopie, le mouvement et l'immuable !

C'est parce que nous cherchons le sens, que nous nous heurtons à l'absurde ! Sempiternelle est la fabuleuse chimère qui nous fait passer d'ici-bas à l'au-delà ! Si la foi transporte les montagnes, une rigolade alors, l'ascension au plus haut des cieux !... La tête dans le guidon et le bon dieu sur le porte-bagages ! Les autres attendront le passage de la voiture-balai !

Ici-bas, ceux qui ont les pieds sur terre, s'agrippent à la raison, hélas trop lisse pour les retenir fermement. Ils pérégrinent précautionneusement, pas à pas, en s'auto-convaincant dans leurs certitudes afin de ne pas se laisser influencer par les doutes et le fameux pari pascalien !

Et pourtant, malgré tous leurs efforts, ils se heurtent quand même au mystère de l'intuition et à la vitesse de l'esprit quand leur pensée devient lumineuse ! Alors, les yeux au ciel, ayant confiance et foi en l'amour infini, ils espèrent enfin atteindre l'infini par l'amour ! Une espérance incarnée en chaque être humain !

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Pauvres de nous ! 1/3

Publié le par modimodi

Pauvre de moi, pauvres de nous,

La dèche t'a mis à genoux !

Toi, la princesse au potiron

Ta maman, s'appell' Cendrillon !

Toi, t'es là, tu tends ta casquette,

Et t'as des trous à tes chaussettes,

Ta petit' sœur s'appell' Cosette !

 

T'es dans la précarité.

Il pleut des recommandés,

Jusqu'aux os, tu es trempé,

Jusqu'au cou, t'es enfoncé,

T'as pas appris à nager !

T'es dans les difficultés,

Victim' d'inégalités !

 

Dans la presse, on t'a choyé,

En une d' l'actualité,

On t'a tiré le portrait,

Pour dir' qu't'es ratiboisé,

Que ta vie est cabossée,

Que t'es fauché com' les blés !

Qu' l’État est ton Ténardier !

 

Droite ou gauche, c'est la curée,

Sur toi, ils vont se jeter,

Le bonheur, on te l'promet,

L' Père Noël va te sauver !

On veut ta voix, va voter !

Demain tout sera oublié,

Et déjà toi, en premier ! 

 

Quand les prix sont sacrifiés,

Toi, tu es le supplicié !

Par les promos, t'es tenté

Mais tu ne peux rien t'acheter,

C'est carême, tu rest' à jeun,

Oui ! T'as peur des lendemains,

Longuets comme un jour sans pain !

 

C'est la disette à toute heure,

Rien dans l'réfrigérateur !

Mais c'est bon pour la minceur !

Tu oublies ton déshonneur,

Tu cours au resto du cœur.

Avec tes frères en malheur,

T'y fais la queue, pour du beurre !

 

Tu as perdu ton emploi.

Personn' n'achèt' plus françois,

Mêm' l'usine de vers à soie

Est rachetée par les Chinois.

T'es inscrit à Pôle Emploi 

Et déjà, le quinz' du mois,

T'as plus qu'un' boit' de p'tits pois !

 

Y'a bien quelques drôles d'oiseaux,

Qui s'déguis' en populo

Pour parler à la radio !

La haine pour tout numéro,

Ils te prenn' pour un escroc,

Ils dis' que tu gagnes trop

Grâce aux minimas sociaux !

 

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Lettre à mes semblables : Correspondances

Publié le par modimodi

Tu le sais, toi, mon double, mon jumeau de la vie, nous ne pouvons vivre sans nous correspondre ! Nous nous ressemblons, traits à traits, on nous confond souvent ! Nos symétries physionomiques nous ont rendu solidaires car nous jouons avec les confusions, même celles de nos proches. Ils nous croient homothétiques ! Nous rions en connivence, dans une totale complicité de leurs plaisants quiproquos !

Pourtant, mon frangin d'amour, l'apparence de nos similitudes n'est qu'un piège. La copie conforme est une douce illusion visuelle ! Il y a bien entre toi et moi, un premier né, un aîné qui a eu la primauté de goûter à la tiédeur du jour ! Je suis ton puîné de la saint Benjamin, le cadet de tes soucis ! Tu es un aventurier de la vie, un devancier qui a recueilli les premières exclamations, les premiers compliments et les primes caresses. Aucune jalousie ni amertume dans ce constat, puisque tu es le pionnier de l'existence qui a originellement reçu les émois maternels, l'indispensable douceur, préalable aux plaisirs des jours promis. Et je suis encore et toujours un valeureux et impatient second, qui frappe à la porte de la lumière, qui la pousse, qui vagis et qui crie : Et moi ? Et moi !

 

Tu le pressens ou tu le sais aussi, toi, qu'on dit étranger, alors, que tu es mon semblable en humanité ! Même si nous ne sommes pas frères en gémellité, nous sommes en correspondance et en fraternité terrestre ! Tu es un autre moi-même, un œuf fécondé par l'amour ou le hasard ! Mais tu es surtout l'éclosion du bonheur d'exister, tu es la création de tout espoir, fragile certes, mais lié par le fil ténu de la vie.

Même sous les bombes ou dans le dénuement, tu es le miracle principiel de la vitalité, le dynamisme et l'énergie primale, le souffle primordial. Tu es la genèse d'un monde nouveau, l'origine d'une histoire à écrire d'une plume aussi légère que le vent ! Tu es l'aurore d'un jour de plein ciel étoilé, sur la voûte du temps ! Ôte vite ton bandeau pour atteindre la claire lumière. Tu portes déjà en toi, sans le savoir, le début et la fin, comme les racines ignorent la cime de demain !

 

Tu le ressens aussi, toi, ma moitié, mon symbole que l'amour unifie ! Nous sommes en correspondances, nous nous ajustons et nous nous accolons pour rester soudés, l'un à l'autre ! Nous faisons bien plus que nous accommoder ou que nous conformer ! Nous affinons nos affinités. Nous cherchons à concilier nos différences, à harmoniser nos singularités et à être, encore et toujours en accords et en corps à corps ! Nos anneaux échangés scellent notre alliance ! Et même si, au départ, nous n'avions rien de commun, aujourd'hui, pour faire cause commune, nous avançons main dans la main, dans la clarté vers lumière ! Nous sommes des bourgeons en promesse de fleurs, en présage de fruits !

Dans la symphonie de la vie, nous accordons nos violons, nous sommes au diapason, dans le ton et de concert ! Mais nous le savons, il n'y a pas d'accord à vie, nos tendres liens ne sont pas des garrots ! Nos lèvres se déclosent. Le brouillard des aveux, la brume des serments, dans l'azur de l'amour se fondent et s'évaporent.

Au quotidien d'aimer, dans le gris-bleu des habitudes, nous cherchons toujours à partager nos avis et nos sentiments en bonne intelligence et en pleine concorde ! L'esprit de l'entente cordiale se glisse au cœur de nos étreintes ! La parité de nos opinions, les analogies de nos conceptions, les duos de nos cris d'amour font l'égalité de notre tendre communauté. Nous sommes le fruit et le noyau !

 

Nous sommes en correspondance. Oui ! Nous nous correspondons comme nous correspondions autrefois ! Aujourd'hui, nous en gardons le souvenir postal ! Heureuse époque de notre amour balbutiant, que nous prenions au pied de la lettre ! Exaltantes relations épistolaires aux missives enflammées, espaces enluminés entre attentes et soupirs, repères topographiques pour notre carte du Tendre ! Parcours fléchés ! Oh ! Ma destinataire, à la fin de l'envoi, je touche, votre cœur !

Mais S.V.P. prière d'accuser réception, en télégramme ou S.M.S ! De nos jours, il faut communiquer utile et vite ! Hier, nous avions le temps de nous aimer et de l'écrire. Je bafouillais d'émois car, c'est en toute franchise, que l'amour, peu à peu, affranchissait nos échanges. Nos messages entre leurs feuillets se dépêchaient, sans faire un pli ! Nous nous pressions en désirs empressés, nous nous aimions en liaisons de pleins et déliés !

Nos correspondances régulières ont ainsi contribué à nous rendre fidèles, hier, aux postes et télégraphes et aujourd'hui aux posts ! Au règne de l'interdépendance, nous réseautons et papotons. Nous nous mêlons, nous nous en-mailons et nous en-maillotons, nous nous en G mêlons, tant et plus ! Nous nous mettons au point et nous synchronisons en 3, 4 ou 5G. Plus de querelles, tout se corrèle dans la concordance des temps d'aimer !

Nous avons expérimenté tous les modes de communication. Courriels, textos et fax imprimés ou petits billets doux aux lettres parfumées, aux reflets miroitants de nos promesses impatientes. Nouveaux Narcisses, nos écritures scintillent dans le miroir de nos deux cœurs ! Pourtant, nous évitons de nous noyer dans l'eau profonde de nos regards, embués d'émotion... Nous nous sommes donné le mot pour garder le cachet de l’authenticité ! Toujours, nous en faisons foi !

Nous nous aimons, gardiens de nos correspondances, en poste restante ! Nous ne sommes jamais en souffrance. L'amour tient nos promesses et nos cœurs, en attentes. Et nous nous gardons, mon ange, en liberté de mots et de messages ! C'est ici-bas, notre céleste destinée !

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Bizarre ! Bizarre ! 1/4

Publié le par modimodi

Mon amour, mon nénuphar,

Mon ambroisie, mon nectar,

Ton humeur me désempare,

A moi, tu te désamarres.

Sans toi, ma lumière, mon phare,

Je n'ai plus le moindre espoir !

 

Hier, c'était le grand soir !

J'ai sauté du haut de l'armoire,

Aussi souple qu'un jaguar,

Sur toi, ma jolie couguar,

Alanguie sur le plumard,

Toute nue, dans ton peignoir !

 

Sur le lit, dans la baignoire,

Nous avons pris un panard

A nous luxer les nageoires,

A cramer l'allume-cigare,

A ne plus jamais savoir

Prendre le sens giratoire !

 

Mon amour au cœur blafard,

Tout n'était que provisoire,

Aujourd'hui, j'ai du cafard,

Plus de plaisirs égrillards.

Le bonheur sous l'éteignoir,

Notre passion broie du noir !

 

Mon amour au cœur barbare,

T'es bizarre ! Bizarre ! Bizarre !

V'là que notre amour se barre.

Car sans mêm' me crier gare,

Tu m'jettes au fond du placard,

En me traitant d'pantouflard !

 

Tu t'fous du tiers comme du quart

Tu me prends pour un tocard,

Notre union est un bazar !

Dans nos cœurs, c'est le foutoir

Plus d'câlins dans le réservoir

Je ne sais plus t'émouvoir.

 

J'ai un physique bien à part,

Je suis un peu rondouillard,

Trop loin de Maurice Béjart,

Ou d'l'étoile de l'Alcazar

Pour te faire le grand écart,

Dans ma paire de collants noirs !

 

Mais d'là à m'dire tortillard,

A m'traiter de béquillard

Pour la danse des canards,

C'est du pavé dans la mare !

Il est mouillé ton pétard,

Tu n'éclates que les têtards !

 

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Quelle idée ? Quelle idée ! 2/2

Publié le par modimodi

Moi, l'adepte des idées sans suite, je défends encore, sans doute par idéal, l'Idée, la belle et grande Idée ! Oui, je défends l'idée de la pensée pure, ontologiquement celle d'une immaculée conception !

Mais je dois me faire des idées, de fausses bonnes idées ! Imaginez un peu ! Vous voulez ma photo ?Voyez comment je me concentre, me recueille et médite pour éviter de déflorer trop vite le sujet présent.

Naïvement, comme le petit enfant de Marie, dans sa candeur littéraire, je cherche ainsi à me refaire une virginité de penseur à l'esprit pénétrant. Je suis dans l'espoir de la Visitation de l'inspiration illuminative. Mais quelle est votre position originelle ?

Par l'opération du Saint-Esprit, avez-vous une idée déjà incarnée ? Ma foi ! Doux Jésus ! Est-il bien catholique de rester ferme jusqu'au bout ? Serait-ce une malédiction, c'est à dire un péché de ne savoir coucher les pensées et les mots d'amour qu'en faisant des fautes ? Sur ce sujet, quelle est la position du missionnaire ?

D'ailleurs, dans cette série de textes farfelus, apparemment "sans queue ni tête", autant dire, sans début ni fin, les idées ne sont jamais originelles mais originales, incongrues et extravagantes. Sans être subversive, leur bizarrerie est provocatrice afin de piquer votre curiosité et de vous emporter de surprises en sourires.

Ne vous décomposez pas, peu à peu ! Regardez le mot "idée" lui-même, dans l'excellence de son intégralité ! L'idée n'est souvent qu'un petit coup de "dé". Il n'est pas la peine de lui mettre le point sur le "i". Ce n'est d'ailleurs pas chinois, vous pourriez créer votre propre idéogramme !

Chacun a toute latitude pour se faire une idée. C'est ainsi que toute idée peut être valable ou fausse, bonne ou mauvaise, brillante ou lumineuse, fixe ou fuyante, ancienne ou innovante, précise ou utopique, etc !

Heureux et comblé, celui qui a une riche idée. Également convoité celui qui a des idées séduisantes, alléchantes ou rien qu'une idée maîtresse qu'on peut en lui donnant corps, rêver de caresser !

Des choix s'offrent à vous. Faut-il labourer son esprit pour que germent les idées et moissonner quand elles mûrissent ? Sinon n'auriez-vous à glaner que des idées terre à terre ? Faut-il s'entraîner à penser vite quand les idées vous trottent dans la tête ? Dans votre vie, pensez-vous avoir des idées à revendre ou êtes-vous déjà en panne sur le bord du chemin ?

Nous pourrions fumeusement et sans fin en débattre tout en brassant du vent ! Allez ! Vogue la guimbarde de la gamberge, surtout si vous avez une idée phare ! Penser, c'est s'évader ! C'est l'effet Papillon ! Même le plus étriqué aux idées bien ancrées peut toujours tenter de prendre le large ! 

Sans rien dire, chacun a l'air intelligent, quand on lui suppose mille idées en réserve !...  Ô bonheur inespéré ! C'est ainsi, amis lecteurs que vous m'accordez parfois, une petite chance de survie ! Idées reçues, banalités et généralités qui passent par ma tête et se glissent sous ma plume, passent même auprès de certains pour des connaissances ou des pensées ! Le comble, quand je parviens à vous donner des idées illusoires mais apparemment pertinentes !

Parfois, ces pensées évanescentes et sans suite ne restent qu'à l'état latent comme des images diffuses, inexprimables, comme des ombres du silence ! Ce sont elles pourtant qui occupent l'espace blanc de ma page, qui errent dans le territoire vierge du silence, avant que n'émergent le tout premier son puis le mot articulé qui cadence le bruit de la plume griffant le papier.

Ce mystérieux monde de l'idée est un monde igné d'étincelles germinatives, de feux follets de l'intuition. Il reste inaccessible et insaisissable pour les obscurs aux idées noires qui font mine de se creuser la tête ou de trouver le filon ! Esprit formaliste et cartésien, rationaliste éprouvé, conformiste et hypersensible, s'abstenir ! Dans le domaine de l'Idée, seuls survivront demain, deux types d'individus : les idéologues et les idéalistes.

En premier lieu, les idéologues et leurs préjugés qui pensent en systèmes, quand ce n'est pas en doctrines. Ils ont des idées, générales et globales, élémentaires et bien arrêtées, qu'ils estiment innées, exemplaires et progressistes. Ils fréquentent les partis et font de la politique. Ces astronomes de votre destin ont souvent de vieilles lunes.

Ils pensent l'avenir avec des idées toutes faites ou des arrières pensées souvent bornées et arriérées. L'Histoire qui repasse les plats a tendance à leur donner raison. Ils sont convaincus de détenir la vérité, ils se croient indispensables et gardent leurs étroites convictions au frais, dans les trous de leur mémoire compacte ! Ils donnent leurs points de vue sans perspective et vous les imposent en affichant une haute idée d'eux-mêmes.

Leurs esprits aveuglés encombrent et bouchent votre horizon. Faute d'avoir des idées à développer, ils font des développements d'arguments et de démonstrations. Leur idée principale, mesquine et rétrograde, toujours la même et rabâchée, pourrait tenir sur un post-it, à la manière d'un pense-bête ! Ceux-là ne parviennent hélas qu'à vous offrir un petit bouquet défraîchi de modestes pensées, au parfum entêtant de vieilles obsessions.

Et puis viennent, en seconde place, les bons idéalistes qui se font des idées. Heureusement celles-ci courent d'apparences en chimères, d'images en perspectives heureuses. Peut-être ont-ils l'espoir illusoire d'y voir enfin clair dans leurs aspirations absolues et généreuses. Ils ont subitement l'abstraction, la révélation et l'idée de la beauté, de Dieu, de la justice et de l'amour. Ils aspirent à élever le monde en paix et en pureté vers leur idéal.

Ceux-là ne restent pas tout pensifs. Ils passent de l'imagination à la réalité, de la rêverie à la réflexion, de l'opinion à la conviction, de la représentation à l'action ! Ils sont inspirés, ils pensent, ils croient, ils espèrent et s'exaltent. Ils se manifestent en proposant l'expression de leur pensée à travers le langage, l'écriture et leur engagement personnel.

Ils vous emporteront peut-être et vous séduiront par leur originalité, leurs trouvailles et leur fantaisie. Parfois, ils se perdent et vous perdront sans doute, dans leurs pensées alambiquées, distillées dans les circonvolutions labyrinthiques de leur cerveau. Parfois, ils auront une idée de génie mais resteront de leur vivant incompris par les faibles d'esprit. Ils vous désarçonneront par leurs tournures acrobatiques et leurs idées casse-gueule ! Ou bien encore, ils n'auront qu'une idée, oui, mais une idée neuve et inédite, l'idée du siècle !

Vous me direz, on peut toujours suivre et revenir à son idée. L'idée la plus éprouvée dure avec le temps. Tant mieux ! D'ailleurs doit-on se hâter de penser ou de suivre son idée ? Est-on forcément pressé d'avoir un dessein durable ? Ne peut-on patienter, quand on s'appelle Mathusalem ?

Oh ! Moi, j'essaie bien modestement de faire partie du grand monde des idées ! Mais je suis plus théorique que pratique. A moins d'être un grand agitateur, c'est loin d'être gagné pour intéresser ou influencer quelques gentils et indulgents lecteurs. Comment exercer un engouement auprès d'eux, être en capacité d'abstraction, voire en association d'idées ?

Devant mes cogitations, je dois inlassablement convaincre les bien-pensants qui se taisent, la bouche bée de stupeur, aussi muets que leurs grandes douleurs ! Oui ! Certains ruminent devant mes vaches de réforme d'idées et ne savent que panser, d'autres fulminent devant mes idées vaches et ne savent qu'en penser. Mais en plus, tous n'en pansent pas moins et ne pensent qu'à m'étriller ou m'envoyer paître ! Quelle idée, au poil ! Ça pourrait être pis !

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M'as-tu-vu 3/3

Publié le par modimodi

En haut du phare ou du talus,

Ce qui t'importe, c'est d'être vu !

Y'a pas besoin de longue-vue,

Même au milieu de la cohue,

On ne voit que toi, m'as-tu-vu

Comme à Notre dame, le bossu!

 

Tu t'mets la bouche en forme de cul

Pour nous raconter ton vécu.

Tu te répands en compte rendu

Mais pour la gloire, tu es d'la revue !

Tu n'es qu'un simple individu !

Tu fais partie du superflu.

 

Quand l'heur'de tes class' fut venue,

Te voilà tout frais, émoulu,

La plus coquette des recrues !

Tu voulais être le promu.

Mais pour ça, il aurait fallu

Que tu n'aies pas eu la berlue.

 

Que tu ne fus pas si ému,

Envoyant ton tir dans les nues

A ton premier coup d'obus !

Pour finir tu n'as obtenu

Q'la branch' de céleri rémoulu,

La décoration des bizuts !

 

Tu te vantes, à jets continus.

T'as grimpé le Machu Picchu

Quatre à quatre et les pieds nus !

T'as délivré le Prince de Lu !

Tu as sauvé des eaux, Boudu,

T'as r'trouvé l'soldat inconnu...

 

Comm' Tartarin, t'as tout connu,

La famille du pèr' Dodu,

La mèr' Michel, l'Père Lustucru,

L'enfant Jésus et Esaü !

Mais tu n'es pas assez couillu,

Pour la renommée, c'est fichu !

 

À l'épate, tu es assidu,

A la pétanque, tu es pointu !

Tu pointes, tu tires, tu l'as dans l' c...

Ton pantalon s'est décousu...

Mêm' Fanny n'en est pas rev'nue

D'une si bell' vertu fessue !

 

T'as dansé avec la Goulue !

T'étais capitain' de chalut,

T'as fait la pêche à la morue.

Dans l'monde entier, tu es connu,

Au Pérou, tu aurais vécu

Mais tu n'as pas quitté Tournus !

 

Avec l'âge, bossu et pansu,

Tu rest' un fiérot éperdu.

Mais le temps n'a pas de salut !

Tu es amer, confus, déçu !

Quand tu parades sur l'avenue,

On ne te voit plus m'as-tu-vu ! 

 

Tu t'comport' comme un malotru,

Quand tu chant's l'air du Lenturlu

Pour fair' rougir les ingénues !

Tu passes pour un farfelu

Mais tu n'es qu'un vieux parvenu

Bien trop vantard et m'as-tu-vu.

 

T'es qu'un vieux beau, patte-pelu !

Tu n'es plus que portion congrue,

Car t'as perdu ta plus-value !

Même au milieu de cent statues,

On n'verrait que les attributs

D'un vieil Apollon déchu !

 

Tout le monde en a plein le c...

Je ne vois pour toi nulle issue !

On te fera boire la ciguë.

Fui comme la peste, est ton statut,

La mer te voit, elle fait reflux !

Les anges du ciel, déjà te huent !

 

Un d'ces jours, t'auras disparu...

Mais l'bon Dieu, au milieu des nues

Ne t'accordera pas d'entrevues.

Tu finiras à l'institut,

Dans un bocal, fluo, tout nu,

Com' spécimen des m'as-tu-vu !

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Lettre à un syndicaliste : exagération syndicale 2/2

Publié le par modimodi

Bien sûr, camarade syndicaliste, que tes convictions, ton histoire et tes valeurs t'ont mis au cœur, la mission de défendre les pauvres et les opprimés et d'exercer, sans relâche, ta vigilance citoyenne. Bien sûr, que tu sais, comme le disait l'humoriste, que le capitalisme, c'est l'exploitation de l'homme par l'homme et le socialisme l'inverse ! Bien sûr, que tu ne brodes pas par plaisir, des jours sombres mais reconnais que tu ne fais pas, non plus dans la dentelle !

Tu ramasses partout la misère et le chômage et tu n'as pas de peine à faire du catastrophisme ! A gauche toute, contre les profiteurs exploiteurs, les odieux actionnaires qui mettent tout à gauche ! Tu en as fait ton parti et la crise est ton fonds de commerce.

Attention ! Tu ne dois pas te faire oublier de tes camarades, car bientôt aux élections, il faudra battre le ou les collègues syndicalistes en face. Si tu veux rester majoritaire, il te faut être le plus actif, le plus pertinent et le plus convaincant aux yeux de tes adhérents ou sympathisants. Ce n'est jamais l'extinction de la lutte ni du brasero !

Pas de détail et pas de quartier ! Tu as des revendications à revendre et des pétitions à faire signer. Salaires, temps de travail, emplois, pouvoir d'achat, santé, sécurité et modes de production sont tes articles en magasin. Tu en as le monopole et tu en fais réclame au porte-voix. Tes flyers sont tes tracts et ton enseigne est ta banderole et ton drapeau.

Tu vends de la lutte et de l'espoir. Tu es dans le combat permanent. Délégué par ton syndicat, désigné et élu par tes camarades, ta colère est légitime. Contrôler, analyser, sonder, suspecter le prochain coup de grisou patronal, creuser et tailler dans les mesures est ton filon inépuisable ! Tu as bonne mine de défendre ceux qui n'ont pas le choix ou la veine d'aller au charbon.

Tu es dans l'étude de chaque événement et tu prônes la résistance aux changements qu'on te propose. Pourtant tu souhaites imposer les tiens à longueur d'arguments et de slogans. Tu perturbes sans cesse en attendant le grand chambardement.

"Le poisson commence par pourrir par la tête".  Alors, tu te réfères toujours au sommet de l'entreprise. C'est ainsi que tu es sans cesse au comble de l’écœurement. Les méthodes qui descendent du plus haut degré de la hiérarchie, sont de la dernière extrémité ! Bien informé, tu es d'ailleurs au faîte de tous leurs projets.

Tu échafaudes des contre-propositions. Tu contestes à fond, tu sapes les actions et les résultats pour toujours mieux en protestant, tester, agiter et consulter ta base. C'est sur elle que se fondent l'énergie de tes convictions et la légitimité de ta révolte...

Voilà, c'est fait ! Enfin ! La direction a daigné répondre. Tu es mandaté pour négocier ! Demain, tu feras entendre ta voix. Tu vas exiger, taper du poing sur la table. Avec la force collective des camarades, tu vas asséner tes contre-propositions et poser tes exigences. S'il le faut on bloquera l'usine et prolongera la grève ! Ce n'est pas pour rien que tes camarades t'appellent "crame-palettes" !

Les propositions qu'on va te soumettre, seront comme toujours inacceptables, irrecevables, et justifieront le maintien de la grève. En face, le patronat dont c'est l'intérêt, joue bien sûr, la montre et le pourrissement. Toi-même, à force de repousser les offres, tu vas te retrouver acculé au fond de l'impasse.

Alors, au final, tu vas encore être dans le compromis, sans bien sûr, te compromettre pour n'obtenir que quelques clopinettes. Tu vas sauver la face. Chacun aura l'impression d'avoir gagné... surtout le patron qui n'a cédé qu'au minimum, selon la limite qu'il s'était fixée et une issue qu'il avait largement anticipée !

C'est ainsi, en idéaliste idéologue, qu'au fond de toi, tous les soirs sont des grands soirs... Tu le promets au plus grand nombre. Tu voudrais donner le la de l'hallali ! La tête pleine de visions, tu rêves sûrement, la nuit, du défilé du prolétariat autour du catafalque de la bourgeoisie. A la lueur vacillante des 36 chandelles du front populaire, au son de l'internationale, les camarades processionnent, tous derrière toi, ô grand thuriféraire de la révolution sociale ! On le chante dans les congrès et les universités : "Insoumis un jour, insoumis toujours !" La véracité est dans l'hologramme !

Oh ! Camarade, mais, excuse-moi, voilà à mon tour, que j'exagère ! On peut adhérer à un syndicat, être adhérent d'un parti, coller à un point de vue, sans être adhésif ! C'est pourquoi, il ne faut pas se remplir comme une outre de vaines promesses mais passer outre, toute outrance... Dans le pays de Parmentier, des bourguignons, de Hollande et des macs (à) ronds, il est vain, de balancer la purée, d'en faire tout un plat ou tout un fromage !

L'histoire de France nous l'a appris. Un croissant avalé trop vite, au café ou dans la rue, peut être néfaste. La sagesse dit : " Qui trop embrasse mal étreint ! " Quand la démesure atteint des sommets, souvent la souris accouche d'une montagne et le passage du col se fait dans la douleur ! Alors faut pas pousser trop fort ni traiter l'autre d'enflure. Un jour ou l'autre, on se déballonnera comme une baudruche.

La grenouille qui a voulu se faire plus grosse que le bœuf n'est pas devenue forte comme un bœuf ! Tu sais coâ ? Elle a muté en grenouille-taureau mugissante et elle pousse désormais, des cris taurins. Dans l'atelier, sur ton estrade, sous la pluie parfois, dans ton mégaphone, quant à la place de cocoricos, tu pousses tes beuglements, que tu crois faire un effet bœuf, tu en es, un peu la caricature...

Tu as gagné la lutte et tu la crois finale, quant au nom de la justice sociale, fiscale et environnementale, dans la rue, désormais la nouvelle arène syndicale, le peuple défile drapeau rouge et muleta en tête. Ce n'est que le marais qui court en sautant de joie ou de colère pour assister à la corrida des batraciens de la politique ! Le marais espère en débordant, noyer et faire vaciller la République. Les médias sont à l'affût des moindres signes de crues.

Les rassemblements sont le conglomérat de manifestants en meutes qui déboulent de partout dans l'espoir d'obtenir la convergence des conflits sociaux. Il n'y a plus de service d'ordre, chacun se presse en mots d'ordre et, en ordre dispersé... bien vite par des forces de l'ordre, musclées et souvent prises à partie. Pourtant, tu te dis que la cause est juste puisqu'on manifeste pour le droit à manifester.

La lutte n'est jamais finale. Hier, c'était les bonnets rouges. Ici, ce sont les gilets jaunes jonquille qui rêvent du printemps social, du muguet d'un nouveau 68 et d'un bonheur partagé et certifié par un référendum d'initiative populaire ! R.I.P, requiescat in pace, la cinquième République !

Là, ce sont les Verts écolos en détresse climatique qui ne manquant pas d'air pollué, s'accrochent aux branches des arbres de la liberté dans l'espoir de respirer à pleins poumons. Ce sont les scaphandriers qui plongent à l'aveugle dans des mers de plastique !

Ce sont des mécontents de la politique d'austérité, des contestataires des dernières lois passées en force, des revendiquants du droit à la différence, à l'égalité professionnelle hommes-femmes, à la liberté d'expression, etc. Ils accourent de partout, crient leur ras-le-bol et battent le pavé. Avec leurs meilleures intentions, ils croient ainsi échapper à leur enfer.

"Tant va la cruche à l'eau, qu'à la fin, elle se casse !" Qu'importe, toi, tu ne crains pas la rupture ! Car tu as le choix dans le renouvellement constant des motifs de revendications et des moyens d'actions !

Tu peux tout te permettre, même grenouiller et être dans les débordements de la vase. D'ailleurs, tu es déjà dépassé par ta base et tes défilés sont infiltrés par des casseurs. Alors, inutile de pleurer sur ton sort. Dans les affrontements, on t'offre illico les lacrymos gratos !

Mais tu n'es pas en peine. Tu survivras à tout, tu es déjà vacciné ! Tu peux toujours corser la dose pour que ce soit fort de café et la lutte encore plus robusta ! Tu peux forcer la note pour faire entendre tous les couacs et faire croire à l'union, aux lendemains qui chantent. Tu peux aller à la pêche aux adhérents et pousser le bouchon pour noyer le poisson. Tu peux faire monter la mayonnaise pour agiter les huiles et même charrier dans les bégonias pour le leur dire avec des fleurs ! C'est le printemps des luttes !

 

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Alouette ! Alouette !

Publié le par modimodi

J'aimerais vous chanter,

Madame, quelques bluettes,

Des mélodies simplettes,

Des rythm's de bal musette,

Un vieil air que Bechett

Jouait sur sa trompette.

 

Pour vous conter fleurettes,

J'ai des airs plus anciens,

Au luth, à l'épinette,

Un aria au clavecin

Pour belles en collerettes

Et en vertugadin.

 

Vous êtes bien jeunette,

Je suis bien libertin.

Vous me tournez la tête

Mon bouquet de jasmin !

J'voudrais tirer vos couettes

Comm' font les galopins.

 

Ma tendre blondinette,

J'pourrais à l'aveuglette

Taquiner vos frisettes

Et jouer en cachette

A faire des pirouettes

Bien au chaud sous la couette.

 

Pour faire des galipettes

Et honorer vos seins,

J'ôterais la nuisette

Et d'un p'tit air coquin

Roulerais sur la carpette

Pour voir vot' pétrousquin.

 

J'tirerais la ch'villette,

D'un petit air mutin,

Pour faire faire risette

Au blondin séraphin

Et j'croquerais en cachette,

La pomme et ses pépins.

 

Je suis un baladin,

Un rimeur, un poète.

Quand j'déclame à tue-tête

Mes beaux alexandrins,

Les belles, les midinettes

Ont l’cœur aux amourettes !

 

J'ai l'humeur au musette,

Je prends mon vieux crincrin.

Mon cœur est en goguette,

Je me sens musicien.

Je fais des chansonnettes,

Je trousse des quatrains.

 

Afin que notre fête

Soit unique et complète,

J'vais écrire un quintette

Pour joueur de claquettes,

Avec flûte, castagnettes,

Banjo et clarinette.

 

Avec la Fée Clochette,

J'vais danser Casse-Noisette

Pousser l'escarpolette.

Ah ! Saperlipopette !

Ell’vont l’ver leurs gambettes,

Les petit’majorettes !

 

Mi fa sol, la rirette !

J'vais chanter d'l’opérette,

Faire de la musiquette,

Effeuiller la pâquerette

Puis vous plumer tout net !

Alouette ! Alouette !

 

 

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