Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

La mer: le bigorneau

Publié le par modimodi

 

Je ne suis pas assez gros,

Pas taillé comme un bulot,

Ni collé à mon poteau

Comm' la moule Molly-Mollo,

Ma copine de Bouchot.

 

Je ne suis pas bien costaud

Ni gaulé comme un tourteau!

J'peux pas mettre le turbo,

Y'a pas d'place, sous le capot!

Ma coque est cell' d'un tacot,

J'ai l'delco d'un asticot

J'ai des ratés, mon coco!

 

J'ai que la peau et les eaux,

Tout chétif et ramollo,

Aussi tassé qu'un mégot,

Maigriot comme un fayot,

Tortillé comme un copeau,

Emmêlé comme un tuyau.

J'ai mérité le repos.

 

Descendez-moi du plateau!

Ne m'enduisez plus d'mayo,

Plus d'épingle, j'en ai plein l'dos

Comm' d'sa bosse, Quasimodo!

 

Moi, je veux vivre au bord de l'eau,

A Saint-Malo, à Concarneau!...

Je veux jouer d'mon vieux banjo,

Danser au milieu des rouleaux,

La valse lente des ormeaux

Avec maman, les p'tits bateaux,

Enroulé comme un escargot!

Voir les commentaires

La mer: plateau de bruits de mer

Publié le par modimodi

Bonjour, mon oncle,

Dit le pétoncle!

 

Miss langoustine,

Salut voisine!

 

Quel beau plateau,

Crâne l'tourteau!

 

Oui, j'le proclame,

S'écrie le clam!

 

J'suis pas peu fière,

Répond la praire!

 

T'es trop gourmande,

Râle l'amande.

 

T'es maigriot,

P'tit bigorneau!

 

T'as du culot,

Lance l'bulot!

 

Nous sommes à huit,

Bâillent les huîtres!

 

Faut la douzaine,

Clame la marennes!

 

Bien trop balourdes,

Pouffe la palourde!

 

Gaffe les chochottes,

V'là l’échalote!

 

Y'aura pas d'rab,

Grince le crabe.

 

Où ai-je la tête,

Geint la crevette?

 

Tu perds la boule,

Bisque la moule!

 

Moi, j'en ai marre,

Rage le homard!

 

Ouste! Ouste! Ouste! Ouste!

Crie la langouste.

 

Gare aux poltrons,

Voilà l'citron!

Voir les commentaires

Étrange lucarne

Publié le par modimodi

Idiot visuel !

Je risque de passer pour un réac rétrograde, un ringard de l'audiovisuel, un idiot visuel fini, un incroyant pas cathodique ! C'est peut-être moi, le guignol de l'étrange lucarne, le pignouf du paf, le Gogol de Google !

Mais, je continue de penser qu'à l'ère de la communication, les têtes à têtes se font plus avec l'écran de la tablette, de l'ordi ou de la télé qu'avec l'Autre, qui même physiquement présent n'est perçu que comme une ombre.

Aujourd'hui, la télévision mais aussi internet sont un formidable réservoir, un trésor d'informations et de documentations, une banque d'images inépuisable. Le monde est à nous, il se veut clair et Net !

Il met le nez à la fenêtre avec Windows, il est au bout des doigts de la télécommande ou du clavier. Le web n'a pas de frontière. Culturellement éveillé, chacun peut accéder à un savoir sans bornes. L'univers est infini, no limit ! Nous sommes à l'école universelle de la vie.

La création dévoile l'insondable diversité de sa beauté. A condition d'être curieux et généreux, je peux avec toute la terre, être altruiste et solidaire, en communion avec mes frères, en humanité. L'œil et le cerveau, sans cesse sollicités, font de moi un voyant éclairé, un témoin permanent, un citoyen du monde.

Alors, pourquoi paradoxalement, dois-je nuancer mon propos et tempérer mon enthousiasme ? Pourquoi, suis-je devenu à la fois progressiste et conservateur ? Pourquoi, faut-il que la promesse du Paradis de la connaissance tourne au cauchemar de la surinformation et la stimulation intellectuelle, en rivalités multi médiatiques ?

Dans la guerre, que se livrent les producteurs d'accès et les médias, c'est l'esprit qu'on envahit et qu'on occupe. C'est la réflexion qu'on colonise et l'opinion qu'on annexe. Plus le terrain des idées est en jachère ou inculte de bon sens, plus les semailles de vieilles graines de culture seront fécondes. La conquête du jugement et de la raison se réalise par le rêve ou l'émotion.

Qu'importe la qualité des semences et de la moisson, seul compte, le label de la pensée unique ! La politique en use et en abuse pour vous faire prendre vos rêves pour la réalité. La bonne parole est dans la parabole, le désir est un satellite comme la lune qui vous est promise. Les mille paillettes des stars filantes brouillent votre clairvoyance. Vous vous pensiez voyant, vous n'êtes qu'un voyeur !

L'engrais d'opinion répandu à profusion est composé d'annonces pour citoyens crédules ou de rengaines entêtantes pour graines de star. Des rêves de puissance dans des jeux addictifs sont offerts à des ados, accros de leur console.

Aux heures de grande écoute, les jeunes n'écoutent plus qu'eux-mêmes, incarnés dans les personnages d'un univers métaphorique et onirique plus ou moins délirant. Dans ce monde de fiction, la e-génération des jeux vidéo peut jouer, regarder et discuter entre clones et perdre inconsciemment la réalité, sans cesse augmentée d'images virtuelles.

L'accès à l'image est devenu tellement aisé, qu'il en comporte un aspect stupéfiant, brouillant la perception du réel. La raison du narco pratiquant, part en voyage hallucinogène. Game et score, Came et scoop sont l'opium du toxico. L'héro et l'héroïne sont dans l'image !

Le point G, puissance 4 !

Quelle réalité nous offre la télévision ? Rêves télépathiques et plaisirs faciles assurément, mais sommes-nous encore libres ?

Nos goûts et nos préférences littéraires et musicales sont continuellement formatées et con-formées, voire transes formées. Récitals ou concerts, galas de charité publique, le grand cirque médiatique bat le tambour !

Sans bouger de chez soi, on chante en hits party et en karaoké, sous les paillettes, dans des one-man shows et des talk-shows ! On est vedette, on danse, on chante pour le Prince de Lu ; on est un grand chef, on cuisine, on pâtisse pour le roi de Prusse !

Passant de chaînes en chaînes, les mêmes stars font le spectacle pour vous en prime ! Prononcez Praim Taim ! Les chochottes font le grand show, les DJ mixent l'opéra soap. Aboyez à la lune ou faites le moonwalk !

Le feuilleton d'hier est devenu saga, diffusé et multidiffusé, en saisons, épisodes et Séries. Prononcez " Cérises ", sur le gâteau de l'audimat, où il faut être au Top et pas au Flop, pour doper l'audience !

Fictions historiques, téléfilms d'amour, dessins animés, aventures extraordinaires, passions et crimes, policiers et héros sont disponibles, toute la journée, en direct ou en replay, sur le petit écran. Dès le réveil, le petit écolier s'excite en devenant un héros intergalactique et renverse son bol de petit-déjeuner.

La ménagère de 50 ans, qui n'épluchera plus désormais ses oignons en pleurant, grâce au nouveau et révolutionnaire robot, commandé en direct, a le temps de vivre sa love story et de se prendre pour Cendrillon ou Sisi. A l'heure "des feux de l'amour" et du torchon qui brûle, la carbonnade oubliée est elle aussi attachée. C'est décidé, elle dira à sa fille d'appeler son prochain bébé Timberlake ou Gloria, si elle veut l'allaiter !

Hélas, le facteur qui sonne trois fois à la porte, n'est pas le Prince charmant et les lettres d'amour ne sont que des factures et des recommandés !

Les magazines de nos idoles, les documentaires, les matches en direct ou en différé, la vulgarisation des sciences, les enquêtes et reportages de toute nature et les jeux en pagaille, divertissent et évadent, tout en nous rivant au téléviseur et en nous collant au fauteuil. Plus besoin d'aller à l'école, la culture populaire est devenue culture de masse et la masse est dans la nasse !

Il n'y a plus que les forfaits qui soient mobiles car les abdos sont restés dans la tablette ! Le plaisir est un TGV à domicile ! La jouissance est au point ! Vive le point G à la TV, puissance 4 et bientôt 5 ! L'extase est dans l'emphase ! Comme Pégase, nous pouvons prendre un pied d'enfer ! Oh ! génération canapé vautrée dans ses rêves de puissance et de grandeur ! Le service n'est pas gratuit car le merlan Free ne peut pas être rasé, gratis ! Il doit donner au denier du culte de l'image !

Les autoroutiers de l'information ont aussi inventé l'autoroute à péages des émissions cryptées ou décryptées. Le téléspectateur n'est pas un globe-trotteur de la pensée mais un sédentaire formaté, floué ou flouté !

Après la redevance, voici les taxes sur les abonnements et les décodeurs ! Ils ont même fait exploser le box-office des navets avec la TNT, en nous offrant, en plus, les fleurs des bouquets satellites !

Télé transes-mission !

Fidéliser par le rêve ou l'émotion, par l'intrigue à rebondissements, par l'humour et les rires sur commande est l'objectif constant des programmes. Le bonheur survitaminé et permanent des familles formidables permet l'identification des petits et des grands aux émissions d'une réalité déformée et mercantile.

Rivé à l'écran, scotché au feuilleton, pendu au Câble, l'esprit est formaté à mort ! Pour nos tout petits, l'attention est peu à peu saucissonnée, le comportement agité et le développement cognitif anarchique dans des centres d'intérêts dispersés !

Les pubs en permanence créent le désir futile et les vrais-faux besoins : voitures, parfums, vêtements, produits alimentaires, cosmétiques ou nettoyants..., produits high-tech, achats ou abonnements, films, prochains événements du show-biz sont tous en promotion ! Le bonheur se brade et se ristourne à prix discount ! La vie est en réclame, la pensée unique en promo !

L'obsolescence de la vedette et du produit est même programmée. Pas de vaccin contre la fièvre acheteuse ! Le téléspectateur devient une fashion victime au consentement solidaire, un parfait consommateur sommé de consommer pour être de son temps !

La dévotion est au cœur de la religion télévisuelle avec ses icônes, ses dieux et ses déesses de la télé réalité. C'est tellement facile à celui qui ne croit ni à Dieu ni à diable d'obtenir le bon Dieu sans confession à la grand-messe païenne du "Panem et circenses" ! Au cirque ou au forum, dans les débats politiques, on peut même rencontrer ses élus et ses stars, les applaudir, les interviewer, dialoguer, chanter et jouer en direct, avec eux. On est fan frénétique, grand témoin ou jury ; on vote et on élit ; on gagne des lots ou à être connu !

C''est l'objectif affiché à la Une, donner une télé transes-mission convulsive qui vous enchaîne en continu et vous déchaîne en crises d'hystérie collectives ! Seuls les médiums des médias sont transes-lucides ! Si "trans" signifie "de l'autre côté", c'est vous le télé-mateur qui êtes promis et garanti à l'Ouest ! Vous vous y voyez ! Ainsi, sans grand talent particulier, vous passerez vous-même un jour, à la télé ! Vedette d'un seul jour, pour le téléspectateur mais pour toujours, dans votre quartier du Landerneau.

Tout est fait et pensé pour sublimer les frustrations, provoquer les désirs et sortir de la banalité du quotidien par le clinquant des variétés, des faits divers montés en exploits, des manies passées pour dons ou des particularités physiques ou psychologiques présentées comme des phénomènes extraordinaires.

Tout est également conçu, pour vivre la vie rêvée des people en famille ou en vacances, de la belle et de ses princes, pas toujours charmants, ou pour filer, dans le pré, le parfait amour ou l'amour vache, à gros sabots !

Grâce à la télé ou la tablette, les arbres sont même épargnés, halte à la déforestation, vive Amazone et le kiosque virtuel. Aujourd'hui, le livre et le journal sont lus pour vous. L'information aux mains des grands groupes de presse est aseptisée et orientée pour formater les esprits, manipulée pour mieux vous prendre en mains.

Au règne de l'image, le monde est exposé, de manière modérée ou radicale, dans le sensationnel ! Sur fond de guerre des ondes, des canaux et des chaînes, flashes, scoops et grands reportages, infos en live et news en boucle, font dans le pathétique ou dans le sympathique.

Constat tragique, comique ou tragicomique ? Toujours les mêmes ressorts classiques ! Du pathos pour les patauds. Logique ! Du burlesque et de la farce pour les bouffons et fanfarons ! Au final, l'objectif à atteindre, c'est de faire pleurer Margot et ou bêler le mouton de Panurge. Vous pouvez zapper, vous avez le choix !

A tue-tête !

L'actualité est aujourd'hui vécue en temps réel et en direct. Au risque de se noyer dans le flot des nouvelles en crue, chacun doit surfer sur la vague ou faire le buzz.

Big Brother est partout. Pour aller toujours plus vite, le téléspectateur transformé en internaute, doit connaître le vocabulaire de l'époque, être Smart ! phone ! Oh ! Vite un plan Snapchat ! Oui ! J'te like et j'te Skype !

Les messages sont codés comme au temps de Radio Londres ! Tu peux te faire youtuber ou facebooker jour et nuit ! Mais attention encore à ne pas être largué ou dépassé, si tu ne sais pas rentrer par le portail ouvert et ouvrir le fichier numérique.

Sans ramer à contre-courant, il faut naviguer dans l'Appstore de ses I phones, toujours plus rapides, toujours plus légers et plus performants. L'apprenti se doit d'être maître des applications, fonctions et paramètres. La génération Y des digital natives ne peut pas rester sur la touche ! Pour ses twittos : #chébran et émoticônes lol ! Smileys, les ouistitis !

Elle doit savoir ouvrir You tube, Dailymotion, acheter le nouvel iPad, la nouvelle Xbox One PS4 ou S, accéder au Wi-Fi intégré, brancher le Bluetooh, relier en USB son mobile à son Mac ou son PC et pratiquer la mise en boîte, pour vivre librement et gratuitement, grâce à sa LiveBox v 4 ou sa Freebox. Mais à peine connectée, elle est déjà ringarde ! La high-tech est la course perpétuelle et inassouvie vers le futur et ses nouveaux produits ! En permanence, on enfonce le cloud et il suffit d'avoir la fibre pour avoir du très haut débit... de factures !

Aujourd'hui, les Google Glass, les électro lunettes du futur lui mettent le monde réel et virtuel, à vue de nez ! Heureux, celui qui ne verra pas plus loin que le bout de son nez ! Les montres de l'Apple Watch lui offrent de chercher midi à quatorze heures à l'échelle de la planète ! L'humanoïde est désormais sur système Android ! La Google Car roule pour le mettre en toute sécurité au pied du mur et... le faire tomber !

Le plaisir permanent est devenu extatique et croissant, voire orgasmique, quand chacun peut toucher le point G, force 3 puis force 4 pour s'accoupler et communiquer en ligne, de plus en plus vite et tous azimuts ! Le Plan Marshall est un plan Q !

Fini l'isolement ! Je ne suis plus jamais seul ! J'envoie des mails, qui s'enmailent et se mêlent aux courriels des derniers défenseurs de la langue française. Dans le secret, je crypte mes identifiant et mot de passe. Incognito ou en correspondance privée, j'établis des contacts. Je me connecte et j'envoie, en Microsoft qui peut, en abrégé, des textos et des sms, des images et des vidéos. SOS ! Hier, si la coupe était pleine, aujourd'hui, c'est la messagerie qui déborde.

Je peux aussi discuter en direct, tout en voyant sur Skype, Yahoo! mes pseudo centaines d'amis, mi-réels, mi-virtuels, géolocalisés et co-choisis sur Facebook ! Comme Pénélope, je tisse en continu, de nouveaux liens sociaux avec ma communauté numérique. Le chimérique espoir, l'introuvable bien aimé(e) sont désormais Meetic ! En amoureux transi, je n'ai plus à écrire des vers en solitaire, je peux adopter un mec, être attractif mondialement et trouver l'âme sœur chérie, sur un site de rencontres en pratiquant le jeu du Chat et de la souris !... C'est à spamer ! Follow-me ! Mais la cage est toujours plus grande que le rat !

A la moindre envie, je deviens tactile pour tweeter à mes abonnés, ma pensée en cent quarante signes maxi... Raccourcis de la pensée ou la pensée raccourcie ? Je peux désormais parler pour ne rien dire et écrire pour ne rien exprimer, penser en illimité sans y penser, sans me dépenser ni rien dépenser. Mes idées sont contingentées, mon esprit est comprimé, mais je fais partie des élites 2.0. Je réseaute, j'ai du style, je suis cool, hip et swag !

Amis, plus l'actualité se déchaîne, plus notre imagination s'enchaîne, captifs de nos écrans ! Apple nous a pris pour des bonnes pommes. La nouvelle culture est numérique et, c'est par milliers qu'addicts et abêtis par ces matraquages assassins et assommants, nous nous brûlons la cervelle, en live, à tue-tête !

Allez, je vous offre quand même, un happening, happy end car, si vous ne l'avez déjà fait, je me zappe et m'efface : Ctrl+Alt+suppr.

 

Voir les commentaires

Connaître ses classiques !

Publié le par modimodi

Horace avait raison: "L'instruction accroît la valeur innée." (ODES IV-4-33) car " aux âmes bien nées, elle "n'attend pas le nombre des années." (P Corneille- Le Cid)

L'école en a fait sa sagesse proverbiale. Ses murs retentissent de mille éclats de voix :

A ma gloire pastiche

" Je suis le ténébreux, le cancre mal aimé,

Le prince de malchance aux zéros abonné:

Ma bonne étoile est morte, et mon pauvre cahier

Porte le soleil noir des tâches d'encrier. " (1)

" Souvent en fond de classe, près du radiateur,

Attendant la sortie, tristement, je m'assieds;

Et mon esprit s'égare, très loin, au fil des heures

De ce tableau changeant, de ces leçons casse-pieds. " (2)

Le maître :

" Jehan, as-tu du coeur?

Jehan :

Tout autre que vous, maître

L'éprouverait sans heurts. " (3)

Le maître :

" A moi, Jehan, deux mots!

Jehan :

Parlez!

Le maître :

Ôte-moi d'un doute,

Connais-tu Charlemagne?..." (4)

Jehan :

Oui,

Le maître :

Sur Charles, dit le Magne, il te faut disserter;

Et l'école, dis-nous, l'a-t-il bien inventée?

Jehan :

" Atteint jusques au fond du cœur

D'une attaque imprévue aussi bien que cruelle,

Pour vous répondre, Maître, je me creuse cervelle,

Ne voulant supporter votre juste rigueur. " (5)

En aparté :

" Il me faut donc ramer ou braver sa colère

Que diable, suis-je venu faire dans cette galère? " (6)

Déclamant :

" Sire Childéric, sur son trône perché

Fut, on le sait, dernier de son lignage.

Maire du palais, par pouvoir alléché

Lui tint à peu près ce langage:

Hé! Bonjour, fils béni parmi les Mérovée,

A vous, la vie d'château et à moi, les corvées!

Sacré roi fainéant, si pour pomm' me prenez,

Par la foi de Pépin, bien fort vous méprenez!

Bref! De tous ces propos, Childéric, le bon roi

Malheureux et confus, resta muet, sans voix.

Sitôt incontinent, couronne lui donna

Aux maudits Pipinides, le trône abandonna. " (7)

De cette dynastie, naquit Charles Le Grand.

Voici, ô mon bon maître, le début du roman.

Le maître médusé de tant d'science historique :

" Ô grâce, ô doux espoir! Ô jeunesse bénie!

Que me soit pardonnée toute ma vilenie!

Car si je t'ai flétri par mes propos guerriers,

J'exulte qu'à ton front, fleurissent tous ces lauriers. " (8)

Jehan :

" Pour être un vrai héros, il me faut achever

C'est peu pour moi de vaincre, je veux encore braver... " (9)

Or donc, à Roncevaux, Roland, son preux neveu

" Aimait le son du cor, le soir au fond des bois. " (10)

Soufflant à perdre haleine, à s'en casser la voix.

A ses basques, les Maures couraient "Sus au baveux! "

Brisons là, leur dit-il, brandissant Durandal,

" Point de royaume à prendre, encore moins mon cheval! " (11)

Le maître impatient :

" Oui! Roland cornait tout le temps,

Il cornait, j'en suis fort aise

Hé bien! Concluez maintenant. " (12)

Jehan:

L'oreille de Charles est bien mauvaise,

Il n'entend pas sonner le cor...

" Roland se meurt, Roland est mort. " (13)

" Ô triste, triste était son âme

A cause, à cause de ces infâmes.

Il ne s'est jamais consolé

De savoir Roland en allé. " (14)

Guerroyer devint interdit,

Tous les soldats furent maudits.

La paix fut donc son seul souci.

Place aux missi dominici!

Caressant sa barbe fleurie,

Il convoqua les érudits :

" De l'école avant toute chose,

Et pour cela, finies les guerres.

Qui dira les torts de la haine!

Le plaisir d'apprendre en semaine!

De la musique, troubadours,

De la science encore et toujours!

Que leçon soit bonne aventure,

Tout le reste est littérature. " (15)

 

Avez-vous reconnu les poèmes et leurs auteurs célèbres, allègrement et honteusement pastichés?

(1) El Deschidado - Les Chimères - Gérard de Nerval

(2) L'isolement - Méditations poétiques I - Alphonse de Lamartine

(3) Le Cid - Acte I - Scène V - Pierre Corneille

(4) Le Cid - Acte II - Scène II - Pierre Corneille

(5) Le Cid - Acte I - Scène VI - Pierre Corneille

(6) Les Fourberies de Scapin - Acte II - Scène VII - Molière

(7) Le corbeau et le Renard - Fables - Jean de la Fontaine

(8) Le Cid - Acte I - Scène IV - Pierre Corneille

(9) Horace - Acte IV - Scène II - Pierre Corneille

(10) Le Cor - Alfred de Vigny

(11) Richard III - Shakespeare

(12) La Cigale et la Fourmi - Fables - Jean de la Fontaine

(13) Oraison Funèbre - Bossuet

(14) Ô triste, triste était mon âme... - Romances sans paroles - Paul Verlaine

(15) Art Poétique - Paul Verlaine

 

Le maître à Jehan :

Jehan, tu es bien jeune " mais aux esprits bien nés

La valeur n'attend pas le nombre des années. " (16)

Le maître à la classe:

" Ecole, mère des arts, des leçons, des devoirs,

Longtemps vous nourrira du lait de sa mamelle;

Ores, comme les soldats que le devoir appelle

Remplissez en son nom des pages chaque soir. " (17)

Jehan :

" Demain, dès l'aube, à l'heure où sonnera ma Seiko,

Je me réveillerai pour bosser l'interro.

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,

Je me lèverai heureux. Je sais qu"il faut apprendre

Fleuve, océan, pénéplaine et montagne...

Je ne puis demeurer ignorant plus longtemps. " (18)

La classe :

Fayot! Fayot!

Gare à ta gueule!

Gare à tes meules!

Bouffon! Fayot!

Répondit l'Echo.

Le Maître :

Silence, taisez-vous, bandes de p'tits minus.

Osez ainsi braver railler, le Carolus Magnus!

Je vous apprendrai, moi, à vous gausser ainsi,

A l'étude, au sérieux, préférer l'anarchie!

Prenez une copie,

Travaillez sans répit:

Sous forme de poème,

Déclinez-moi le thème;

De vos scolarités,

Montrez-moi l'intérêt.

Petit Jacques :

Ô Maître, pour moi, notre école,

C'est un abri pour rossignols...

"Peindre d'abord une cage

Avec une porte fermée Ensuite l'appeler

Classe, école, lycée

Attendre l'heure de la rentrée

Ne pas se décourager

Elle vient à petits pas bleutés

Dans la douceur d'une fin d'été,

Attendre sans se presser.

Quand l'oiseau arrive

L'appeler oiseau rare,

Écolier écolière

Et pour qu'il se cultive

Lui parler de Tite Live

De Corneille de Prévert

De Racine et Molière

D'Euclide et de Mozart

Des Chroniques de Froissart.

Attendre qu'il entre dans la cage

Et quand il est entré

Fermer doucement la porte

Ecrire son nom dans un coin du tableau. " (19)

Joachim :

Je ne veux pas de cage

Je veux des équipages

" Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Et ne fut pas contraint de faire l'enfant sage,

Ou comme celui-là qui conquit la toison,

Sans devoir s'adonner aux rimes, à la raison!

Sans devoir s'éreinter aux devoirs, aux leçons"

Son jumeau :

C'est bien dit, Joachim

L'école c'est qu'du chagrin!

" Mon frère ou toi ma sœur,

Songe à la douleur

D'aller là-bas trimer ensemble!

Bosser à loisir,

Bosser et suer

Dans l'enfer qui nous rassemble! " (21)

" Ô maître, si mon langage

A le propos audacieux,

Souvenez-vous qu'à mon âge

Vous ne jactiez guère mieux. " (22)

Caruso :

En l'honneur de Charlemagne moi, j'ai fait une chanson

Qu'on pourrait tous en chœur entonner à l'unisson :

"Toi qui as eu l'idée folle

Un jour d'inventer l'Ecole

Tu mériterais des torgnoles

Des coups de pied dans les guibolles

Car l'école, c'est comme le bagne

Sacré, Sacré, Charlemagne! " (24)

 

Avez-vous reconnu les poèmes et leurs auteurs célèbres, allègrement et honteusement pastichés?

(16) Le Cid (encore et toujours! ) - Pierre Corneille

(17) France, mère des arts... Les Regrets - Joachim du Bellay

(18) Demain dès l'aube... Les Contemplations - Victor Hugo

(19) Pour faire le portrait d'un oiseau - Paroles - Jacques Prévert

(20) Heureux qui, comme Ulysse... Les Regrets - Joachim du Bellay

(21) L'invitation au voyage - Les Fleurs du Mal - Charles Baudelaire

(22) Stances à Marquise - Pierre Corneille

(23) Sacré Charlemagne - Gall Robert et France

 

La classe continue de répondre au Maître.

L'avant-dernier :

" Je suis venu, câlin, patelin

Riche de mes seuls yeux tranquilles,

Vers l'école de la grande ville

Ils ne m'ont pas trouvé malin. " (24)

L'avant dernier ex-æquo :

" Sans tête suis, bel esprit voudrais être,

Sans tête m'a Dame mémoire laissé,

Sans tête suis au grand dam de mes maîtres,

Sans tête suis, accablé, dépassé,

Sans tête suis partout et sans pensées,

Sans tête suis de tant d'erreurs comblé,

Sans tête suis, vaillant petit baudet " (25)

Le maître :

" Tu es jeune, il est vrai mais aux ânes damnés

La douleur n'attend pas le nombre d'avoinées. " (26)

Martin rêveur :

" Le temps m'a laissé son manteau

De langueurs, de rêves et d'ennuis,

Et s'est vêtu d'étourderies,

De reproches sonnant clair et haut. " (27)

" Mais vrai, j'ai trop plané! Mes notes sont navrantes.

Toute faute est atroce et tout reproche amer :

L'âcre effort m'a gonflé de remarques cinglantes.

Ô ciel! Ma tête éclate! Je retourne chez ma mère. " (28)

Paul le courageux :

" C'est bien la pire peine

De ne savoir pourquoi,

A longueur de semaine,

Je me donne tant de peine. " (29)

Un baîlleur :

" Ô temps! Suspends ton vol, et vous, heures propices!

Suspendez tous nos cours :

Laissez-nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours :

Une récréation qui dure tout un jour! " (30)

" Devant l'ennui que sonne l'heure

De la fin du cours où je meurs.

Passent les jours et passent les semaines

Ni temps perdu

Ni les récrés reviennent

Sous le préau coule ma peine. " (31)

Le dernier :

" Oui, le cancre est semblable au prince des nuées

Qui plane dans ses rêves, se rit des quolibets;

Exilé dans la classe au milieu des huées,

Ses ailes déployées l'empêchent de retomber ." (32)

" Le crissement de la craie ne fait pas frissonner sa narine.

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine

Tranquille. Il a deux tâches d'encre au bout des doigts. " (33)

Un redoublant :

" Que sont mes copains devenus

Eux que j'avais si près tenus

Et tant aimés?

Je vois qu'ils sont trop clairsemés,

Je crois le temps les a ôtés,

L'enfance est morte

Ce sont amis qu'école emporte. " (34)

" Oh! Combien de malins et de petits génies

Qui sont partis joyeux pour des cours insomnies!

Sur les bancs de la classe en usant leur culotte,

Combien ont disparu? Où sont passés mes potes?

Sous les lauriers fanés à jamais enfouis! " (35)

Envoi :

" Nous vous voyons attablés, vingt, trente,

Tête baissée comme font pénitentes

Traçant, gravant, burinant, ânonnant

Et, vos cerveaux prisonniers des carcans

A votre mal personne ne remédie,

De congés en semaines, de trois à quatre jeudis,

Moult enseignants ont quelques grains à moudre;

Mais, vous n'avez que problèmes à résoudre.

Frères écoliers qui après nous vivez,

N'ayez les cœurs contre Charles endurcis,

Car si pitié de lui pauvres n'avez,

Jules Ferry aura de vous souci! " (36)

 

Avez-vous reconnu les poèmes et leurs auteurs célèbres, allègrement et honteusement pastichés?

(24) Je suis venu, calme , orphelin... - Sagesse - Paul Verlaine

(25) Ballade - Christine de Pisan

(26) Le Cid - Corneille peut bayer!

(27) Rondeau - Charles d'Orléans

(28) Le bateau ivre - Poésie 1871 - Arthur Rimbaud

(29) Il pleure dans mon coeur... - Romances sans paroles - Paul Verlaine

(30) Le lac - Méditations poétiques - Alphonse de Lamartine

(31) Le pont Mirabeau - Alcools - Guillaume Apollinaire

(32) L'albatros - Les fleurs du Mal - Charles Baudelaire

(33) Le dormeur du val - Poésies 1870 - Arthur Rimbaud

(34) La complainte Rutebeuf - Rutebeuf

(35) Oceano Nox - Les rayons et les ombres - Victor Hugo

(36) La ballade des pendus - François Villon

Voir les commentaires

Connaître ses classiques ! 3/3

Publié le par modimodi

 

La classe répond au Maître.

L'avant-dernier :

"Je suis venu, câlin, patelin

Riche de mes seuls yeux tranquilles,

Vers l'école de la grande ville

Ils ne m'ont pas trouvé malin." (24)

 

L'avant dernier ex-æquo :

"Sans tête suis, bel esprit voudrais être,

Sans tête m'a Dame mémoire laissé,

Sans tête suis au grand dam de mes maîtres,

Sans tête suis, accablé, dépassé,

Sans tête suis partout et sans pensées,

Sans tête suis de tant d'erreurs comblé,

Sans tête suis, vaillant petit baudet." (25)

 

Le maître :

"Tu es jeune, il est vrai mais aux ânes damnés,

La douleur n'attend pas le nombre d'avoinées." (26)

 

Martin rêveur :

"Le temps m'a laissé son manteau

De langueurs, de rêves et d'ennuis,

Et s'est vêtu d'étourderies,

De reproches sonnant clair et haut." (27)

"Mais vrai, j'ai trop plané! Mes notes sont navrantes.

Toute faute est atroce et tout reproche amer :

L'âcre effort m'a gonflé de remarques cinglantes.

Ô ciel! Ma tête éclate! Je retourne chez ma mère." (28)

 

Paul le courageux :

"C'est bien la pire peine

De ne savoir pourquoi,

À longueur de semaine,

Je me donne tant de peine." (29)

 

Un baîlleur :

"Ô temps! Suspends ton vol, et vous, heures propices!

Suspendez tous nos cours :

Laissez-nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours :

Une récréation qui dure tout un jour!" (30)

"Devant l'ennui que sonne l'heure

De la fin du cours où je meurs

Passent les jours et passent les semaines

Ni temps perdu

Ni les récrés reviennent

Sous le préau coule ma peine." (31)

 

Le dernier :

"Oui, le cancre est semblable au prince des nuées

Qui plane dans ses rêves, se rit des quolibets;

Exilé dans la classe au milieu des huées,

Ses ailes déployées l'empêchent de retomber." (32)

"Le crissement de la craie ne fait pas frissonner sa narine.

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine

Tranquille. Il a deux tâches d'encre au bout des doigts." (33)

 

Un redoublant :

"Que sont mes copains devenus

Eux que j'avais si près tenus

Et tant aimés?

Je vois qu'ils sont trop clairsemés,

Je crois le temps les a ôtés,

L'enfance est morte

Ce sont amis qu'école emporte." (34)

"Oh! Combien de malins et de petits génies

Qui sont partis joyeux pour des cours insomnies!

Sur les bancs de la classe en usant leur culotte,

Combien ont disparu? Où sont passés mes potes?

Sous les lauriers fanés à jamais enfouis!" (35)

 

Envoi :

"Nous vous voyons attablés, vingt, trente,

Tête baissée comme font pénitentes

Traçant, gravant, burinant, ânonnant

Et, vos cerveaux prisonniers des carcans.

À votre mal personne ne remédie,

De congés en semaines, de trois à quatre jeudis,

Moult enseignants ont quelques grains à moudre;

Mais, vous n'avez que problèmes à résoudre.

Frères écoliers qui après nous vivez,

N'ayez les cœurs contre Charles endurcis,

Car si pitié de lui pauvres n'avez,

Jules Ferry aura de vous souci!" (36)

...

Sans doute, avez-vous reconnu les poèmes et leurs auteurs célèbres, allègrement et honteusement pastichés?

(24) Je suis venu, calme , orphelin... - Sagesse - Paul Verlaine

(25) Ballade - Christine de Pisan

(26) Le Cid - Corneille peut bayer!

(27) Rondeau - Charles d'Orléans

(28) Le bateau ivre - Poésie 1871 - Arthur Rimbaud

(29) Il pleure dans mon coeur... - Romances sans paroles - Paul Verlaine

(30) Le lac - Méditations poétiques - Alphonse de Lamartine

(31) Le pont Mirabeau - Alcools - Guillaume Apollinaire

(32) L'albatros - Les fleurs du Mal - Charles Baudelaire

(33) Le dormeur du val - Poésies 1870 - Arthur Rimbaud

(34) La complainte Rutebeuf - Rutebeuf

(35) Oceano Nox - Les rayons et les ombres - Victor Hugo

(36) La ballade des pendus - François Villon

Voir les commentaires

Sucre d'orge et circenses !

Publié le par modimodi

Comme dit la sagesse populaire : " Il faut bien que jeunesse se passe ! " Demain, c'est les vacances, le temps des jeux et des loisirs.

Jeux de plein air, jeux d'intérieur ou jeux d'éveil, les maisons d'édition et les grands magasins accumulent leurs catalogues de vente et de production en "design-ant" incessamment de nouveaux modèles.

Le jeu est partout, à la maison et à l'école ! On l'a pensé profondément, on l'a dit doctement, on l'a écrit dans de longues théories psychopédagogiques : " Le jeu fait partie intégrante de l'Education et de la culture de nos enfants. "

Cette affirmation n'est bien sûr pas gratuite, car il nous en coûte d'offrir à nos petits comme à nos grands, les joies saines de la grimpette et des randos en montagne, l'apprentissage de la notion du vide, de l'agilité et du risque en parcours accrobranches ou le plaisir de la glisse, en skis, en skate, en luge.

Dès l'école maternelle, c'est sucre d'orge et bientôt circenses pour Boucle d'or et les super héros en culottes courtes. Heureux temps ! La princesse a attendu le prince chevalier en son château sécurisé. L'enfance est vainqueur, le pouce est levé. Hélas ! Demain, ce sera le doigt d'honneur !

Des structures modulaires, polymorphes, multifonctionnelles et colorées aiguisent leur imagination, leur créativité et leur esthétisme. Quantité de jeux et d'agrès permettent aux acrobates de développer leur adresse, leur motricité, leur équilibre, de stabiliser au mieux leur personnalité comme de faciliter leur socialisation.

La détente, le bonheur et l'aventure attendent parents et éducateurs, sur la pelouse de la résidence, dans la cour de récréation ou le jardin public, au bas de l'échelle ou du portique, sous le tepee, derrière la cabane, dans le bac à sable, la piscine espace-mousse ou sur le pont de cordes.

Démodés les balançoires et les tourniquets, rangés les cordes à sauter, les cerceaux et les yoyos, oubliés les billes, les dadas et les dominos, envolés les devinettes, les bouts rimés, effacées les marelles à la craie, plus d'enfer ou de paradis.

Demeurent encore ballons, poupées et peluches, camions de pompiers, vélos, skates et trottinettes ! Mais désormais pour favoriser l'éclosion du génie de notre progéniture, il faut des "escaglisses, des aquasites sur pilotis, des pyramides thermolaquées modulables en chaluts lasérifiés et même des vibrateurs rotatifs à impulsions sonores et musicales"... 

Il faut des buggys et des quads qui rivalisent encore avec des circuits-voitures téléguidées. Un peu de calme demeure possible avec des maquettes-légo ou les figurines des dragons ou héros transformers. Mais attention à ne pas oublier les tablettes, les portables, les caméras, les consoles de jeux, playStations multi versions, les drones radiocommandés et les casques virtuels.

Ne nous étonnons pas de rester d'éternels enfants ! D'ailleurs pourquoi voudrions-nous que jeunesse se passe ? L'âge importe peu, c'est l'esprit !

Les poupées marchent, parlent, pleurent, chantent, dansent et nos poupons et galopins s'éduquent et se socialisent en oubliant les parties de cache-cache et de chat perché. Un, deux, trois, soleil ! Il fait toujours beau dans l'enfance !

Dans le béton des villes, Robinson ne construit plus sa cabane, Tarzan ne pousse plus son cri. Ivanhoé a rangé son épée et Zorro a perdu sa panoplie. Seuls, quelques nouveaux exterminators masqués et armés, derniers humanoïdes bizarroïdes et survivants d'un troisième millénaire hantent encore quelques squares, quand la télé familiale est en panne.

Caricatural, dépassé, rétrograde et ringard, le rédacteur de ce texte ! Sans doute ! Mais fort heureusement, l'enfant reprend toujours ses droits et son naturel. D'instinct sur la plage, il aligne ses pâtés de sable et construit ses châteaux-forts que la marée emporte plus tard jusqu'en Espagne !

Bien sûr, le temps et les modes changent, alors pourquoi pas les jouets et les jeux ? Évidences indiscutables. Nos bébés explorent, nos bambins accommodent et imitent, nos apprentis sorciers transforment le réel et assimilent.

Nos petits monstres jouent et se jouent de nous tout en continuant, quel que soit le support, à rêver et chevaucher la Chimère. Ainsi, les mêmes mythes et légendes, les mêmes symboles, les mêmes fantasmes originaires, les mêmes êtres surnaturels surgis de langages imaginaires assurent la mémoire éternelle de l'enfance.

Notre inconscient se reflète dans le miroir de nos peurs et de nos enchantements. Notre pensée épouse la morphologie et le pouvoir des êtres fabuleux. L'identification permet de donner de l'assurance à notre vie et de dépasser nos angoisses à travers tous les jeux subtils de notre imaginaire.

Chacun est à son tour roi et chevalier, prince et princesse. Le réel prend forme peu à peu. Peut-être que l'éducation au premier devoir envers nos grands-parents débute dans la visite du "Petit Chaperon Rouge" à sa grand-mère. Peut-être que le loup incarne pour toujours le danger caché, la trompeuse séduction et la peur d'être dévoré par ce grand méchant. Plus tard, chacun en rira en disant que le petit chaperon a rougi en voyant le loup et apprendra à hurler avec les loups !

Temps primordial et fabuleux des commencements ! Magie du premier matin ! Une île danse dans un coquillage !... Qu'importe, saisons et années, notre vie continue de paresser et de rêver. Chacun s'accroche à la lune, aux étoiles. Nous sommes tous invités à un éternel voyage intérieur pour retrouver les oiseaux qui colorent les nuages, dénouer les cheveux d'ange des comètes, déchiffrer sur un galet l'écriture bleue de la mer.

Chaque jeu est un sortilège en action et le signe innocent de la rêverie du monde. Il nous reste toujours à habiter en mortel un espace potentiel où l'on ne peut vivre qu'en jouant. Car "le génie, disait Baudelaire, est l'enfance retrouvée à volonté."

Mes amis, c'est l'été ! Je ferme mon encrier, je pose ma plume et je prends mon petit seau et ma pelle ! Mon enfance est retrouvée dans l'éternité poétique de "la mer allée avec le soleil".

Voir les commentaires

Lettre à ma muse ! Mon truc en plumes. 4/4

Publié le par modimodi

 

Ô ! Belle Muse de mes vingt ans ! J'ai fait ce rêve fou, gastronomique et littéraire de t'offrir un canard au 100 !

Nos vingt ans sont bien loin ! Depuis cent sept ans et plus, j'ai avec toi franchi les portes de l'Olympe ! J'ai pris les sandales ailées du vent mais regarde ! J'ai redescendu mes petits pieds sur terre pour t'offrir mes premiers cents pas.

J'ai aujourd'hui couru à la rédaction où nous avons tant travaillé et j'ai soufflé la poussière accumulée sur les tablettes du ciel. Je viens de graver pour toi des voyelles d'azur.

Vois ! J'ai parcouru cent et mille lieues célestes et plus. Je suis aux cent coups du lever de rideau de l'aurore. Tout est à feu, tout est à sang pour ce centenaire incandes-cent. Tout est cent dessus-dessous bien que dé-cent pour ce bel amour renaissant entre le temps des cents et le temps des milles.

En un mot comme en cent, joyeux anniversaire, en un mot commençant, merveilleux centenaire, somptueux millénaire ! C'est le père-cent pour la revue, c'est la quille avec ses boules et le flambeau éblouit cent.

Comme un journaleux phosphores-cent, j'ai le stylo efferves-cent. Mes mots se dressent turgescents pour ton visage rosissant. Verbe et ac-cent, nom et adjectif adja-cents se déploient arbores-cents.

Mais tu le sens. Entre les griffes de la pensée et la dent de l'imaginaire, l'idée première, Eva naissant, est sur feuille de chou déhis-cent. L'encre éjaculée se répand en flots, puisse cent ! En effet, je suis à toi à cent pour cent et sans être concupis-cent, un sujet, un plan, un projet conçu piquant et puis cent sont sur parchemin chic ou papier in au cent.

Ce qu'on pressent, ce qu'on consent, les présents et les absents, tout scribouillard précédent, enfant adulte, adoles-cent espacés et espaçant, nuançant ou décontenançant, propos écrits rubes-cents, resurgissent efflores-cents dans ce bondissant numéro 100. Et les voilà, tous à toi, tous pour toi à dix, à vingt, à mille pour cent !

Chavirant dans l'exubérance, méconnaissant grammaire et règles, la syntaxe comme l'orthographe prennent des versants renversants. Tout est sens et tout est 100 et sensation, à cent à l'heure !

Le propos désobéi-100 s'échappe de la page en dan-100. L'écrivassier faibli-100, le rédacteur molli-100, tout va brui-100 et grandi-100. Les caractères envahi-100 se font la casse buissonnière. Le claviste s'aga-100, dans la marge se fait cares-100. Le plein jaillit du délié devant le photo-compo impui-100 et le linotypiste grima-100. Les lettres s'élèvent, parfum d'en-100.

Numéro 100 resplendissant, numéro 100 - oh ! Tout puisse 100 ! Oui ! Pour toi, c'en est jamais trop ! Alors je t'offre ces 1000-pertuis pour nos 1000-feuilles et 1000 folies ! Oui ! 1000 fois mercis et 1000 grâces pour encore 100 ans, pour encore 1000 ans et plus ! Ô belle muse, Shéhérazade de mes mille et une nuits !

Voir les commentaires

Connaître ses classiques ! 2/3

Publié le par modimodi

 

Le maître à Jehan :

Jehan, tu es bien jeune mais aux esprits bien nés

"La valeur n'attend pas le nombre des années." (16)

 

Le maître à la classe:

"Ecole, mère des arts, des leçons des devoirs,

Longtemps vous nourrira du lait de sa mamelle;

Ores, comme les soldats que le devoir appelle

Remplissez en son nom des pages chaque soir." (17)

 

Jehan :

"Demain, dès l'aube, à l'heure où sonnera ma Seiko,

Je me réveillerai pour bosser l'interro.

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,

Je me lèverai heureux. Je sais qu"il faut apprendre

Fleuve, océan, pénéplaine et montagne...

Je ne puis demeurer ignorant plus longtemps." (18)

 

La classe :

Fayot! Fayot!

Gare à ta gueule!

Gare à tes meules!

Bouffon! Fayot!

Répondit l'Echo.

 

Le Maître :

Silence, taisez-vous, bandes de p'tits minus.

Osez ainsi railler, le Carolus Magnus!

Je vous apprendrai, moi, à vous gausser ainsi,

A l'étude, au sérieux, préférer l'anarchie!

Prenez une copie,

Travaillez sans répit:

Sous forme de poème,

Déclinez-moi le thème;

De vos scolarités,

Montrez-moi l'intérêt.

 

Petit Jacques :

Ô Maître, pour moi, notre école,

C'est un abri pour rossignols...

"Peindre d'abord une cage

Avec une porte fermée

Ensuite l'appeler

Classe, école, lycée

Attendre l'heure de la rentrée

Ne pas se décourager

Elle vient à petits pas bleutés

Dans la douceur d'une fin d'été

Attendre sans se presser

Quand l'oiseau arrive

L'appeler oiseau rare

Ecolier écolière

Et pour qu'il se cultive

Lui parler de Tite Live

De Corneille de Prévert

De Racine et Molière

D'Euclide et de Mozart

Des Chroniques de Froissart

Attendre qu'il entre dans la cage

Et quand il est entré

Fermer doucement la porte

Ecrire son nom dans un coin du tableau." (19)

 

Joachim :

Je ne veux pas de cage

Je veux des équipages

"Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Et ne fut pas contraint de faire l'enfant sage,

Ou comme celui-là qui conquit la toison,

Sans devoir s'adonner aux rimes, à la raison!

Sans devoir s'éreinter aux devoirs, aux leçons"

 

Son jumeau :

C'est bien dit, Joachim

L'école c'est qu'du chagrin!

"Mon frère ou toi ma sœur,

Songe à la douleur

D'aller là-bas trimer ensemble!

Bosser à loisir,

Bosser et suer

Dans l'enfer qui nous rassemble!" (21)

"Ô maître, si mon langage

A le propos audacieux,

Souvenez-vous qu'à mon âge

Vous ne jactiez guère mieux." (22)

 

Caruso :

En l'honneur de Charlemagne moi, j'ai fait une chanson

Qu'on pourrait tous en chœur entonner à l'unisson :

"Toi qui as eu l'idée folle

Un jour d'inventer l'Ecole

Tu mériterais des torgnoles

Des coups de pied dans les guibolles

Car l'école, c'est comme le bagne

Sacré, Sacré, Charlemagne!" (24)

...

Sans doute, avez-vous reconnu les poèmes et leurs auteurs célèbres, allègrement et honteusement pastichés?

(16) Le Cid (encore et toujours! ) - Pierre Corneille

(17) France, mère des arts... Les Regrets - Joachim du Bellay

(18) Demain dès l'aube... Les Contemplations - Victor Hugo

(19) Pour faire le portrait d'un oiseau - Paroles - Jacques Prévert

(20) Heureux qui, comme Ulysse... Les Regrets - Joachim du Bellay

(21) L'invitation au voyage - Les Fleurs du Mal - Charles Baudelaire

(22) Stances à Marquise - Pierre Corneille

(23) Sacré Charlemagne - Gall Robert et France

Voir les commentaires

Lettre aux journalistes

Publié le par modimodi

Y'a des limaces dans la pomme des choux! Y'a des bébés dans le coeur des choux! Y'a des navets dans les feuilles de choux!

Cherchez le journaliste! Il est là, à la popote en train de préparer une soupe aux choux, canards et navets! Oui! Vous allez le trouver dans les choux, perdu entre deux feuilles, suivant attentivement à la trace l'information, la toute dernière, celle qui vient de naître. Vous le verrez impatient et piétinant derrière celle qui se traîne et qui s'étalera peut-être demain ou après-demain dans les colonnes de son baveux.

C'est toujours ainsi! Le journaliste va aux nouvelles comme vous allez aux champignons ou aux fraises, à confesse ou au charbon. Avec lui, surtout si le filon est exclusif, la nouvelle la plus mineure aura l'heureuse veine d'épater la galerie.

Car l'homme est homme de taille de crayons et de plumes, habile tire-ligne et gratte-papier de feuillets et billets riches en post-scriptum! Mais gare aux imposteurs! Colporteur de l'écho, bien avant la rumeur, l'apprend-il de bonne source, sitôt il la répand, mettant l'eau à la bouche!

Pas de cale sèche pour cracheur d'encre! Pas de répit pour le zombie des on-dit et des ouï-dire! Ici tu piges, on fait aux pigeons la pige! On rhabille les vedettes qui se sont dénudées.

Pour l'éditorialiste, tout est urgent et à la presse. De message en dépêche, on se presse! De bobard en canular, de scoops en scripts, la nouvelle comme poisson passe dans l'entrefilet, ou à la une. Avec chance, elle se débite à la radio. Découpée en tranches, elle triomphera à la grande hune télévisuelle.

Oyez le journaliste! Pour un chou des plus chouette, l'homme public, tout terrain, reporter sans lendemain ne pose ni limite ni frontière à ses investigations. Il est branché sur le courant, carnet d'interviews dans la poche, ici, il vous présente en souriant son micro, là-bas, il cadre, espérant réaliser le zoom de l'année.

Il désire vous attirer, vous convaincre, vous séduire, aiguiser votre appétit, nourrir sans rassasier ni étancher votre soif d'information... Il est prêt à tout, le commentateur! Il sait tout, le critique! Avec le poids des maux et le choc des faux taux! Oh dis, Mate ce qui passe sur LCI!

En ce siècle médiatique, chacun a ses trucs et ses tics pour être d'attaque et d'étoc pour passer du sujet toc qui tombe à pic au fait antique d'une autre époque. Partout ça gaze dans les gazettes où l'actualité n'attend pas. C'est la guerre des idées et le duel des polémistes! Chacun interprète sa partition dans la clameur cacophonique.

Dans sa feuille de chou, le dessinateur illustre et caricature les mœurs et les événements pour vous faire rire et réfléchir. Avec la satire, c'est le ara qui rit! Là, un chroniqueur à effets de manchettes, au ton pataud logique prend des airs affectés pour vous inoculer quelque événement inflammatoire, symptomatique du Landerneau. Ici, un pisse-copie débite quelques sondages, un présentateur tente de vous faire prendre ces vessies pour éclairer vos lanternes.

C'est toujours à vous de stopper le bruit qui court ou d'éponger le secret qui transpire pour démêler le vrai de l'info! Evitez de tomber dans le panneau en même temps que tombe la nouvelle.

Oyez et voyez le journaliste!

Rubrique nécro en black board, infos nature et écologique, brute de pommes, carnet mondain, petits potins rusés, indiscrétions ou astuces de gros malins, propos coquins ou bêtes comme chou, le mérinos audiovisuel bêle, bêle, bêle en ménageant la chèvre et le presse book.

Chaque mouton de Panurge de la communication, broute et transhume d'ondes en fréquences, de chaîne en chaîne ou de magazine en hebdo. Flash-man, Web rédacteur, journaliste sportif ou culturel, tous l'attendent à chaque coin de kiosque, d'affiche publicitaire, de reportages et de spectacles.

Pour entrer dans le chou et ne pas se faire trop voler dans les plumes, il faut de la patte et du talent. Le pamphlétaire ne doit pas être piqué des vers et faire des choux farcis de hachis d'opinions et de gâchis de réputation. Tous les choux doivent être comestibles car de feuilles en feuilletons, pâte à papier est pâte à choux!

Avec x et périls! Pour sauver ses petits bouts de choux, ses petits joujoux, il devra éviter vieux hiboux, vilains poux et autres lanceurs de cailloux qui le mettront sur les genoux. Un lanceur de pavés peut facilement tomber dans la mare à scandales.

Si par malheur le gratte-papier a fait chou blanc, s'il a trop pédalé dans la choucroute ou si, comble de la panade, ayant voulu éplucher et se faire la peau de quelques grosses légumes, son journal vient à boire le bouillon, il ne lui reste qu'à tremper avec le populaire sa première soupe aux choux. Il a tout gagné, il est de la revue! Il ne lui reste plus qu'à accommoder les restes d'informations pour tenter de tirer la couverture à lui!

Alors famélique et groggy d'un dernier coup de manchette, loin des choux gras qui firent ses délices, il peut aller planter ses choux au jardin des désillusions. En effet, il sait bien que l'écrit est soumis à l'épreuve du terre à terre, du con de test à terre et que le paradis est réservé aux pommes!

Il faut donc à notre homme, avec les choux se garder des pâtés comme des navets, s'il ne veut pas que son canard en fasse spécialité. Au risque d'ailleurs pour lui de danser illico un dernier french cancan à se casser trois pattes sur la mare aux canards.

A Sarcelles ou à Pilet les oies, les canetons dans les basses cours de récréation barbotent et cancanent sous le regard bienveillant de quelques vieux ou futurs palmés. Mais c'est trognon et chou à la crème car tous sont déjà sensibilisés aux BD et albums illustrés: "Babar" rencontre "Petit ours brun" en compagnie de "Bambi". "Les P'tites Princesses et les "P'tites Sorcières" font la "Pirouette" avec les "P'tites Filles à la vanille".

On leur apprend à lire en fixant très tôt leur imaginaire avec "Les belles histoires" ou "Le Journal des enfants" et "Mon Petit Quotidien". On les éduque bien sûr déjà, aux charges de futur citoyen avec "Picsou Magazine" et "Super Picsou Géant".

Oh oui! Le journaliste sait tout faire: écrire pour les enfants, les ados, les adultes! La première rédaction du petit écolier donne la vocation. Elle fera naître peut-être un futur rédacteur de journaux ou de tracts!... Pas de confusion! Le publiciste, faux journaliste est un bonimenteur, un lanceur de poudre aux œufs et aux yeux. Tant pis pour les gobeurs!

Moi, je fais partie de la grande famille des petits journalistes. J'ai un journal de bord sous la forme d'écrits, un quotidien que j'ose faire paraître. Mais j'ai aussi un journal intime, tenu secret... Il ne pourrait que faire partie des invendus.

Voir les commentaires

Connaître ses classiques ! 1/3

Publié le par modimodi

À ma gloire pastiche

"Je suis le ténébreux, le cancre mal aimé,

Le prince de malchance aux zéros abonné:

Ma bonne étoile est morte, et mon pauvre cahier

Porte le soleil noir des tâches d'encrier." (1)

"Souvent en fond de classe, près du radiateur,

Attendant la sortie, tristement, je m'assieds;

Et mon esprit s'égare, très loin, au fil des heures

De ce tableau changeant, de ces leçons casse-pieds." (2)

 

Le maître :

"Jehan, as-tu du coeur?

Jehan :

Tout autre que vous, maître

L'éprouverait sans heurts." (3)

 

Le maître :

"À moi, Jehan, deux mots!

Jehan :

Parlez!

Le maître :

Ôte-moi d'un doute,

Connais-tu Charlemagne?..." (4)

Jehan :

Oui,

Le maître :

Sur Charles, dit le Magne, il te faut disserter;

Et l'école, dis-nous, l'a-t-il bien inventée?

 

Jehan :

"Atteint jusques au fond du coeur

D'une attaque imprévue aussi bien que cruelle,

Pour vous répondre, Maître, je me creuse cervelle,

Ne voulant supporter votre juste rigueur." (5)

 

En aparté :

"Il me faut donc ramer ou braver sa colère

Que diable, suis-je venu faire dans cette galère?" (6)

 

Déclamant :

"Sire Childéric, sur son trône perché

Fut, on le sait, dernier de son lignage.

Maire du palais, par pouvoir alléché

Lui tint à peu près ce langage:

Hé! Bonjour, fils béni parmi les Mérovée,

À vous, la vie d'château et à moi, les corvées!

Sacré roi fainéant, si pour pomm' me prenez,

Par la foi de Pépin, bien fort vous méprenez!

Bref! De tous ces propos, Childéric, le bon roi

Malheureux et confus, resta muet, sans voix.

Sitôt incontinent, couronne lui donna

Aux maudits Pipinides, le trône abandonna." (7)

De cette dynastie, naquit Charles Le Grand.

Voici, ô mon bon maître, le début du roman.

 

Le maître médusé de tant de science historique :

"Ô grâce, ô doux espoir! Ô jeunesse bénie!

Que me soit pardonnée toute ma vilenie!

Car si je t'ai flétri par mes propos guerriers,

J'exulte qu'à ton front, fleurissent ces lauriers." (8)

 

Jehan :

"Pour être un vrai héros, il me faut achever

C'est peu pour moi de vaincre, je veux encore braver..." (9)

Or donc, à Roncevaux, Roland, son preux neveu

"Aimait le son du cor, le soir au fond des bois." (10)

Soufflant à perdre haleine, à s'en casser la voix.

À ses basques, les Maures couraient "Sus au baveux!"

Brisons là, leur dit-il, brandissant Durandal,

"Point de royaume à prendre, encore moins mon cheval!" (11)

 

Le maître impatient :

"Oui! Roland cornait tout le temps,

Il cornait, j'en suis fort aise

Hé bien! Concluez maintenant." (12)

 

Jehan:

L'oreille de Charles est bien mauvaise,

Il n'entend pas sonner le cor...

"Roland se meurt, Roland est mort." (13)

"Ô triste, triste était son âme

À cause, à cause de ces infâmes.

Il ne s'est jamais consolé

De savoir Roland en allé." (14)

Guerroyer devint interdit,

Tous les soldats furent maudits.

La paix fut donc son seul souci.

Place aux missi dominici!

Caressant sa barbe fleurie,

Il convoqua les érudits :

"De l'école avant toute chose,

Et pour cela, finies les guerres.

Qui dira les torts de la haine!

Le plaisir d'apprendre en semaine!

De la musique, troubadours,

De la science encore et toujours!

Que leçon soit bonne aventure,

Tout le reste est littérature." (15)

...

Sans doute avez-vous reconnu les poèmes et leurs auteurs célèbres, allègrement et honteusement pastichés?

(1) El Deschidado - Les Chimères - Gérard de Nerval

(2) L'isolement - Méditations poétiques I - Alphonse de Lamartine

(3) Le Cid - Acte I - Scène V - Pierre Corneille

(4) Le Cid - Acte II - Scène II - Pierre Corneille

(5) Le Cid - Acte I - Scène VI - Pierre Corneille

(6) Les Fourberies de Scapin - Acte II - Scène VII - Molière

(7) Le corbeau et le Renard - Fables - Jean de la Fontaine

(8) Le Cid - Acte I - Scène IV - Pierre Corneille

(9) Horace - Acte IV - Scène II - Pierre Corneille

(10) Le Cor - Alfred de Vigny

(11) Richard III - Shakespeare

(12) La Cigale et la Fourmi - Fables - Jean de la Fontaine

(13) Oraison Funèbre - Bossuet

(14) Ô triste, triste était mon âme... - Romances sans paroles - Paul Verlaine

(15) Art Poétique - Paul Verlaine

Voir les commentaires