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Le tire-bouchon : lettre au pauvre pêcheur

Publié le par modimodi

Pauvre prêcheur que je suis ! Pauvre pêcheur que tu es ! Il nous faudrait un tire-bouchon mais nous n'avons qu'un hameçon !

Nous sommes frères sans le savoir ! Toi, tu pêches par passion moi, par manque de modestie !

Même destin, même ligne de conduite ! A la fin de ma ligne d'écriture, au bout de ta ligne de pêche, toi, tu amorces et tu tends un appât aux poissons, moi, j'esquisse et je tends des appâts à ma muse !

Toi, tu jettes et lances ta ligne à l'eau moi, je me lance et je m'y jette ! Mais vaine attente ! Pas de poisson vorace, pas de muse attirée ! Rien ne mord à l'hameçon ! Alors d'impatience, tu tires, tu tires sur le bouchon, et moi, j'étire, j'étire ma tirade mais la chance s'est déjà tirée ! Elle tire-bouchonne en faisant des ronds dans l'eau et des remous dans l'encre !

Avec toi, ils peuvent rester heureux et vivre vieux, tous les poissons !... Peut-être que tu pousses un peu trop loin le bouchon dans l'eau comme moi, dans la facilité ! Quand tu crois faire une touche, ta ligne chargée de plombs plonge et s'enfonce. Tu espères avoir fatigué le poisson mais tu ramènes un pneu crevé ou une godasse à la semelle édentée.

Idem ! Quand je crois avoir ferré l'idée, ma pensée plonge et je m'enfonce ! N'ai-je pas assez de plomb dans la cervelle ? Résultat commun : déception au bout de la ligne ! Poisson d'avril ! Y'a que lui qui frétille !

Si tu espères la pêche miraculeuse, tu peux t'armer de patience et bâiller comme une carpe en attendant que ça morde ! Rêve les yeux dans les vagues et dans l'eau. Alors, il te sera difficile d'hausser le thon, d'harponner le poisson-volant, de capturer le poisson-chat, de réveiller le poisson-lune, de faire avancer le mulet et de faire trotter l'hippocampe !

J'ai moi-même tenté de ravir les muses en les appâtant de mes mots doux ! Mais piqué au jeu, c'est moi qui me suis fait prendre à l'appel des sirènes. Érato a trouvé mes élégies tendres mais trop tristes ! Euterpe et Polymnie ont moqué ma poésie dissonante aux pieds tordus et piqué tous les vers au bout de mes lignes.

Impossible de m'écrier : "A la fin de l'envoi, je touche !" Le succès m'a fait le pied de "Nez". Au final, ce sont elles qui m'ont jeté le trouble et ramené dans leur filet,  mort d'amour et séduit par leurs tournures littéraires ondoyantes. Hélas ! Elles se sont détachées et dérobées, en n'offrant à mon style que de superbes queues de poisson !

D'énervement, tous deux nous aurions bien le droit et l'envie de noyer le poisson ! Car, plus le temps passe comme l'eau sous les ponts, plus nos vies ressemblent à une partie de pêche de nos passions filantes comme des poissons !

Elles nous précipitent dans la nasse des jours. Impossible de s'en échapper ! Les ans coulent dans l'entonnoir et accumulent leurs bouchons au goulot d'étranglement. Nous sommes pris dans l'embouteillage du temps et de l'espace. Il nous faudrait plus que jamais un tire-bouchon universel inoxydable mais notre destin s'en tamponne. Il nous entortille dans les circonvolutions du Hasard. 

Pauvre prêchi-pêcheur que je suis ! J'aimerais bien avoir un tire-bouchon pour déboucher les oreilles de ma muse ! Pourquoi n'ai-je qu'un hameçon pour taquiner le goujon de l'inspiration ? Ne devrais-je pas arrêter de mettre ma plume en tension et l'encre en ébullition, dans l'encrier sans fond de mon cœur tourbillon ?

J'ai sacrément dû lui en boucher un coin car la Providence s'est bouché les yeux et les oreilles. Elle est sourde comme un pot bouché à l'émeri ! Avec elle, je cours le risque d'être le dernier bouche-trou de la littérature ! Pour déboucher l'horizon et les perspectives de ma muse, où trouverai-je le tire-bouchon magique ? Il me faut, sans aucun doute, bien plus qu'un poinçon pour piquer l'impression, éperonner l'expression et pêcher l'émotion !

Mais sur la berge, nous voilà, tous deux bredouilles ! Avec l'âge, on prend plus de chimères, d'épinoches et de brèmes que de poissons d'argent. On prend de la bouteille que l'on jette à la mer ! En vain, pas de réponse ! Nous buvons la piquette de l'amertume et du dépit jusqu'à la lie. Nous ne sommes pas comme les bons vins, nous ne bonifions pas en vieillissant. Toi, si ton épuisette et ta bourriche sentent le renfermé, moi, je repousse du goulot de mon encrier ! Nous sommes sans doute, mal embouchés, nos espoirs sont éventés !

Nous cherchons des débouchés mais la vie qui nous fait des tours de cochon ne nous donne pas le bon tire-bouchon, elle nous vrille. A tire-larigot, elle nous le fait à l'estomac et joue les tire-au-flanc. Pas moyen de fuir à tire-d'aile d'oiseau lyre ou à grands coups de nageoires.

L'expérience nous conseille  peut-être d'imiter le poisson. S'il veut sortir la tête de l'eau, il ne doit pas rester ferré au bout de la canne, agrafé à son leurre, à ramasser à la cuiller. Si le tire-bouchon veut remplir son office, il doit se pousser du col et se détacher du bouchon.

Gentil pêcheur, garde ta ligne de flottaison ! Inutile de tirer sur tout ce qui bouge ! Écrivain, accroche-toi à l'idée comme le tire-bouchon au flacon. Sois de mèche avec elle. Ne donne pas dans le vice de l'hermétisme, tire-toi de ce mauvais pas en lui tournant le dos. Prends appui sur ta pensée et élève ton esprit !

Si les belles lettres sont des vins de grande garde, pour libérer leurs arômes, je dois moi aussi creuser comme le tire-bouchon, dans le bon sens et trouver le levier qui soulèvera l'inspiration. Elle doit jaillir, elle doit sauter comme un bouchon de champagne sans coincer la bulle au tirage ! Perçons ensemble ami dans l'existence, hâtons-nous avant qu'elle ne nous taraude ou que le bouchon ne s'effrite ou ne casse !

Alors tu vois, je me réjouis de notre entente. Quand tu visses, moi je dévisse et réciproquement ! Nous tournons en rond comme une hélice ! Ta ligne flottante zigzague comme un ruban au vent. Moi, je m'enroule avec ivresse dans les boucles de mes expressions alambiquées. Chacun de nous tire-bouchonne comme la queue des comètes dans son ciel d'illusions. 

Au fond, nous ne sommes que de pauvres pêcheurs !

 

 

 

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Pigeon !

Publié le par modimodi

Holà ! Monsieur de la Fontaine !

Je n'entendrai plus vos rengaines

J'ai trop les boules, j'ai trop la haine !

Je n’veux plus prendre de la graine.

Cours et leçons ! J’ai la migraine !

 

Fable d'école à bien apprendre :

"Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre"

 

Je vous ai cru sans faire attendre !

Des roucoulades à revendre,

De la tendresse à s'y méprendre,

Colombine avait la peau tendre,

Je ne pouvais que m'en éprendre !

 

Le temps d'aimer est le plus beau.

Je gonfle le torse, le jabot,

Je fais mieux que Cocorico,

Je ramage fortissimo

Le répertoire de Caruso !

 

Mes touchants gazouillis allument

Ma douce et belle qui se consume.

Moi je l'avoue, oui, je l'assume,

Je veux lui voler dans les plumes

Pour sans tarder me mettre au plum' !

 

Je suis un as de la parade,

J'excell’ dans l'art de l'aubade :

Belles promesses et bravades,

Coup de croupions, fanfaronnades.

Je lui pousse la sérénade.

 

Chants et roulades, danse et œillades.

Je roucoule à la cantonade.

Ailes sous elle, l'amour gambade,

Tendres aveux et accolades,

Promenades sur l'esplanade.

 

Petites pattes en escapades,

Cascad's, glissades et baignades,

Saute-pigeon sur palissades,

Prises de becs et embrassades,

Son petit cœur bat la chamade !

 

Fini le temps des dérobades !

Des chichis et des reculades,

C'est le moment de l'estocade !

Frénésies d'ardentes croupades…

Mais ce n’sont que des couillonnades !

 

Adieu le temps des pigeonnades !

Petits ramages ! Grandes salades,

Prises de bec et rebuffades,

Je m'retrouve dans la panade.

L'amour croisade ? Une passade !

 

Il faut travailler jour et nuit.

Scruter par-là, chercher par ci,

A s'donner des torticolis,

Bâtir le nid sur pilotis,

Gagner la graine pour les petits !

 

Et de midi jusqu’à minuit,

Pas d’répit ! Jusqu’à l’infini…

Faut poursuivre ses gazouillis,

Ses rrou, rrou, rrou, guili, guili,

Pendant qu'la belle garde le lit !

 

La Fontaine peut bien rrrigoler

Dans son pigeonnier étoilé !

L'amour devait tout me donner.

Il m'a servi, je suis plumé !

Colombine m'a pigeonné !

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Tête en l'air ! 1/2

Publié le par modimodi

Amis à l'humeur vagabonde, vous rêvez d'Eldorado et prenez bateau, avion, cargo pour mieux parler l’Espéranto !... Moi ma marotte, c'est la bougeotte, j'ai la jugeote qui trotte, qui trotte ! Je fais des croisières dans mon cerveau.

D'un hémisphère à l'autre, mes cartes sont dépliées, rien n'arrête mon odyssée. Dans mes pensées, je vagabonde à travers le vaste monde et j'ai le cœur comme une mappemonde !

Ma petite tête en l'air veut jouer les filles de l'air. Ma cervelle est une caravelle aux quatre vents, j'ai des rêveries de plein ciel. Certains jours, je suis astronaute, globe-trotteur ou matelot. Je n'ai de cesse, ni repos. Mais au moins, sais-tu petite tête de gentil lecteur, que je me carapate sans jamais quitter mes pénates ! Tu vois, tête d’œuf, le tour du monde en trois minutes, pour moi, c'est du tout cuit !

Je vagabonde, je bats la campagne. Ma boussole s'affole au logis. Ô bien sûr, j'ai perdu le Nord dans mes souvenirs comme autant d'aiguilles dans des meules de foin. J'ai parfois un mal fou à les lier en gerbes. Je folâtre et moissonne heureusement parfois, parmi les coquelicots et les bleuets des plaines de mon enfance.

Quand je pense à mes monts de Flandres, c'est la transhumance de mes bêtes de pensées ! Bien sûr, je le sais ! On a les sommets qu'on peut, à proportion de sa grandeur !... Mes idées trottent, cahotent, ballottent. Je broute les trèfles à quatre feuilles du bonheur de mes jeunes années...

Quand je rêvasse et cherche asile tous azimuts, l'on me dit azimuté ! Ce cas m'isole de gré ou de force. C'est la débauche dans ma caboche !

N'en profite pas et n'essaye pas, tête de pioche, de me jeter la première pierre. Ne tente pas tête de malin de suivre les divagations infernales de mon travail cérébral. Tu perdrais tout ton latin dans ces conquêtes de Romains ! J'ai des trulli plein le cerveau. Ne me cherche donc pas des Pouilles dans la tête ou je t'expédie illico aux calendes grecques.

Tête de mule, broute plutôt les mots ruminés de mon papier ou de mes textes, par chemins et par les plaines. Tête de veau marin, go ! Embarque pour la folle équipée. Viens jeter l'encre de la nuit, de Chine ou d'ailleurs et sème le bon sens aux quatre points cardinaux. Tout le monde pourra en partager les miettes et la chapelure !

Crois en mon expérience, la terre entière divague. Fous d'amour, de douleur ou de joie, tous se serrent pour se regrouper puisque paraît-il, "plus on est de fous, plus on rit." Quitte à rire jaune !

Toi aussi, certains jours de vague à l'âme, alors que guette le fond, ne crains donc pas de naviguer de Charybde en Scylla, ne crains pas de démâter. Tu peux extravaguer en restant vague !

Tu sais, tendre tête de cake aux fruits d'illusion confits, si ma folle du logis me parle de naufrager dans la Tamise, je ne reste pas amorphe comme un pudding et tremblant comme deux ronds de flan. Non! Je sors mes idées du mixer ! Je soulève mon melon devant Queen Mum et ses horse guards et Bye ! Bye !... C'est Crazy ! Je file à l'anglaise, j'appelle James et je lui rentre dans les côtes.

Je suis tout prêt d'ailleurs à lui tailler un short ou un beau costard, fut-il en Prince de Galles mais il faut pouvoir passer la Manche ! D'ailleurs, si mon génie errant, par trop olé olé, s'avisait de bâtir un château en Espagne, je le prendrais en grippe et franco, je m'ensablerais les portugaises.

Tu vois, derrière mes lunettes magiques, je vais d'une idée à l'autre, même si elles sont sans queue ni tête ! J'élucubre dans tous les sens. Je bourlingue d'une ineptie à l'autre ! Essaie, tu as ta chance, tu peux réussir et gagner ! Chacun peut devenir un écrivain vain !

Alors toi, petite tête à la Diète, n'écoute donc plus tous ces touristes qui, après avoir lu mes carnets de voyage et bu mes paroles comme des Polonais m'accusent, ivres de vaine jalousie, d'avoir mes lettres de Cracovie. Face à toutes ces mesquineries comme aux petites querelles d'Allemands, je sais faire le Suisse et mettre mon orgueil en berne. Mais pas question d'être chocolat et de tomber en Escalade, dans la marmite, rempli de coups fourrés. Si je suis cloche, je ne suis quand même pas un lapin de Pâques ! Je me plais simplement à rêver d'un terrier sur son île, au pied des moaï.

 

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Perrault raison 3/3

Publié le par modimodi

 

N'allez pas tirer avantage

Des privilèges de votre âge !

Plus encore que doux badinages

Méprisez le cabotinage.

D'ardeurs et de libertinages,

Ne faites pas dévergondage.

 

"Quand vous voyez qu'une fine femelle,

En même temps fait les yeux doux

A quinze ou seize jeunes fous,

Qui tous ne doutent point d'être aimés de la Belle

Pourquoi vous imaginez-vous

Qu'elle les attire chez elle

Si ce n'est pour les plumer tous ?" (5)

 

Méfiez-vous des frêles cervelles

Comme des aimables cruelles !

 

"Quand on a pris parti pour les yeux d'une belle,

Il faut être insensible à tous autres attraits,

Il faut jusqu'à la mort lui demeurer fidèle,

Ou s'aller cacher pour jamais." (6)

 

Si votre cœur fait le serment

D'épouser Belle au Bois Dormant,

Il vous faudra vertu, patience,

Mille secrets et mille sciences.

 

"Trop croire en son mérite est manquer de cervelle,

Pour s'y fier maint amant s'est perdu.

Pour gagner le cœur d'une belle,

Rien n'est tel que d'être assidu." (7)

 

Le temps ne fait rien à l'affaire

Pour une âme farouche et fière

Qui ne geint ni ne désespère

De vivre un amour éphémère.

 

"Attendre quelque temps pour avoir un Époux,

Riche, bien fait, galant et doux,

La chose est assez naturelle,

Mais l'attendre cent ans

Et toujours en dormant,

On ne trouve plus de femelle,

Qui dormît si tranquillement." (8)

 

5) Le Labyrinthe de Versailles. XXII - Le Milan et les Oiseaux

6) Le Labyrinthe de Versailles. XII - Le combat des Oiseaux

7) Le Labyrinthe de Versailles. XX - Le Lièvre et la Tortue

8) La Belle au Bois Dormant - Moralité

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Lettre aux marchands de soupe 3/3

Publié le par modimodi

 

La vache maigre et enragée est dans la garbure. Les ânes ont droit à la bouillie d'avoine ! Vous-mêmes, marchands de soupe populaire, vous n'êtes plus qu'un cheveu sur la soupe de la masse laborieuse. Mais avant même que le rouge de la honte ne vous monte au front, le peuple pourrait bien décider d'y monter à son tour !

Le plat de résistance des convives enfarinés et trempés comme des soupes par des pluies de promesses leur a été servi ! Pour les sans dents, c'est le plat idéal. Mais les malheureux n'ont pas le temps de la becqueter, tout contraints qu'ils sont de devoir continuer à faire bouillir la marmite. Au final, bien avant la lutte, tous sont affamés de ne plus casser que des croûtes de pain rassis et de devoir toujours boulotter et manger, sur leur pouce en deuil, les denrées défraîchies d'une cuisine électoraliste !

Vous espérez les faire manger à la fortune du pot aux roses ! Quand ils le découvrent, ils ne trouvent qu'un déluge de déceptions en traversant le pot au noir ! Vous les noyez dans un potage de belles paroles. Votre écrasé de bonnes prédictions n'est qu'un pot-pourri de lieux communs ! Oh ! Qu'est-ce qu'ils prennent et dégustent ! Le bonheur, c'est toujours pour demain !

Bisque ! Y'a pas de homard au menu, y'a que des lézards ! Oh ! Bien sûr que vous ne coupez pas l'appétit ! Vous ne coupez que les pattes aux indigents qui font la queue aux épiceries solidaires ! D'ailleurs, plus personne n'est dans son assiette et ne veut mettre d'eau dans son vin.

Mais le comble, affreux petits marchands, c'est que vous trempez dans de sales combines et que votre chabrot est en plus tout glacé ! Attention ! La vengeance aussi risque de se manger, froid comme un gaspacho épicé ! Je crains bien, qu'à force de cracher dans la soupe et faute d'oseille, la soupe de larmes finisse par noyer complètement le reste de soupe comestible que le bon peuple avait baptisée aux suprêmes gouttes d'espoir.

Dites-donc, les mauvais marchands de soupe, n'y aurait-il pas tromperie sur la marchandise ? Ne devriez-vous pas plutôt, vous reconvertir dans la panade ? Vos potages sont des compotes pour pauvres poires en marmelade. Vous nous mettez allègrement dans la purée comme de pauvres pommes en attendant probablement que nous sucrions les fraises. Il est temps d'ouvrir une nouvelle cantine et de vous remettre à la popote !

Marchands de soupe, ne bâclez pas trop vite votre service citoyen ! Ne mettez pas trop vite le couvercle sur la soupière car le drapeau noir pourrait bien flotter sur la marmite ! Le peuple réclame une généreuse crème d'Argenteuil pas un maigre potage d'argent-deuil ! Attention à ne pas finir dans le court-bouillon, une arête en travers du gosier !

Vous avez beau faire partie des grosses légumes, si le peuple chaud bouillant est las de blanchir sous le harnais, vous blanchirez à votre tour et vous serez ébouillantés ! C'est le destin du "pot-bouille", la médiocrité communautaire, répandue à tous les étages ! E. Zola, hélas, n'a pas pris une seule ride ! L'eau de vaisselle est comme l'eau du baptême, éternelle !

A la fortune du pot, vous pourriez bien un jour ou un grand soir, rencontrer Ravaillac qui, le couteau entre les dents, vous liquiderait en deux coups de cuillère à pot et vous ferait goûter à la soupe au sang et aux fruits rouges ! A force de promettre la carotte, vous pourriez être forcés de déguster un potage Crécy et de devoir vous mettre pour cent ans à la soupe anglaise, voire même de finir à toutes les sauces !

Mieux vaudrait comme peut-être vos ancêtres, ne pas s'attacher aux pots de colle et fréquenter La Dubarry, une vraie comtesse, une fleur d'amour royal, un petit chou ! Alors, évitez par-dessus tout, les vieux croûtons et Nini Peau de chien ! Préférez les dés de la chance des belles Juliennes à la compagnie des gros poissons !

Car même si les belles jardinières vous mettent dans le potage, sachez qu'à la fortune du pot aux roses de l'amour, c'est quand même bien souvent la vie de château et qu'il n'est pas toujours en vin, "l'élixir d'amour" !

Mais sachez surtout, qu'à la fortune du pot aux roses et aux épines, le peuple aimé finit par prendre son bonnet et la Bastille et qu'il sera alors trop tard pour essuyer "una furtiva lagrima."»

 

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Dernier cri

Publié le par modimodi

Qui a pu dire : pas vu, pas pris !

Moi, j'vous ai vue, j'ai été pris !

J'en suis resté, tout ébahi,

Bouche ouverte comme un baby

Au grand jour de son premier cri !

 

Vous prîtes naissance en ma vie.

Par votre candeur, attendri,

De vous, bien vite, je fus épris.

Aux papouilles, aux guili-guili.

Mon corps connut charivari.

 

En vigueur et droit comme un i,

Je fus aussitôt dégourdi.

Adieu tristesse, adieu soucis !

Sexy plaisirs, délices maxi !

L'amour nous tient à sa merci !

 

Pour nous aimer jusqu'à l'oubli !

Viv' la semaine des quat' jeudis !

Non ! Ne poussez pas des hauts cris !

J'en redemande pour lundi,

Mardi, mercredi, samedi !

 

Nous jouissons à l'infini !

Lorsque vous vous pâmez, ravie

En vous écriant : ô chéri !

Ne croyez pas que ça m'suffit,

Revenez-y ! Revenez-y !

 

Courons vite, jusqu'à la mairie,

L'amour est béni. Oui ! Oui !

Nous nous aimons à la folie,

Vous rayonnez, épanouie, 

A vos couleurs, je me rallie !

 

Vous êtes sublime à l'envie,

Votre beauté n'a pas de prix,

Vous êtes chic, au dernier cri,

Classe naturelle, sans chichis,

Ni patchouli, ni organdi !

 

Une élégante, à petits bruits !

Pour la grand-mode, une égérie !

Princesse, des mille et une folies,

Chacun vous admire, ébloui !

Vous êtes notre first lady.

 

Moi-même, je suis cramoisi,

A deux doigts de l'apoplexie, 

D'la saignée, de l'hémorragie,

Je criaille, je braille, je vagis

Comme au premier jour de ma vie.

 

Après tant de jours et de nuits,

Devant vous, je reste ébaubi,

Alangui mais jamais fléchi

Car bien vite ragaillardi

Par votre splendide appétit !

 

Vous n'êtes jamais assouvie,

Vous demandez la renchérie !

J'adore vos points sur les i ;

Encore, en corps, moi, je vous crie,

En corps à corps, moi, je supplie !

 

Vous fûtes mon premier grand cri !

Je vénère ce jour béni

Où vous m'avez offert le fruit,

Plaisir défendu, interdit

De votre divin paradis.

 

J'ai recueilli le Saint Esprit,

J'suis béni urbi et orbi

Je peux bien vous donner ma vie !

Diable et anges remonteront du puits

Pour vous hurler mon dernier cri !

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Harponnons la crevette !

Publié le par modimodi

J'attends impatiemment l'été et le repos. A la rouille du temps, mes pensées se corrodent. 

Ô mes amis, l'amour est une lente érosion. Il est toujours l'heure de la solitude et des colchiques vénéneux d'amertume. J'en ai les ongles mauves de déchirer l'instant. Je sublime mes doutes dans l'écriture, je les noie dans l'encrier. Je recrache les silences dans la fureur des mots. Ma page est un espace trouble où se brise le souffle traqué des voix qui se sont tues, où s'épuise le souffle des souvenirs pillés. Que de cris vains dans ces écrits vains !

Pourtant amis, nos vies sont des bouquets de soleil et de pluie, de vents et de nuages. Nous avons cent mille ans, des milliards de planètes identifiées à l'absolu. Qu'importe l'infidélité de ces quelques muses en partage d'inspiration ! Qu'importe mes amours, ces corps de bois pour le bûcher, ce chant de feuilles et de cendres.

Avant de quitter la caverne du jour noir par le regard de la pierre percée, il faudra bien que je m'unisse à la terre pour comme Merlin encercler des paroles impossibles dans le hasard du premier mot, retrouver Brocéliande et déchiffrer la pierre écrite.

Si j'étais poète, je saurais célébrer les noces lilas des méduses et de l'eau. Mais je ne sais que croquer l'hostie noire de l'aube après chaque nuit blanche. J'ai besoin de lumière mais je confonds midi et minuit. Je suis un symboliste.

Je suis pourtant prêt à tout : à percer la cathédrale de la nuit aux croisées d'ogives des étoiles, écrire au couteau pour menacer les silences, transformer le caillou en chemin, suivre le cours des rivières souterraines pour aller vers le soleil qui gît dans l’étincelle du premier feu.

Amis, vous le savez, il faut enterrer le grain pour qu'il éclate et mûrisse ! C'est la torture de la terre qui le fouille et le fait exister. Nous sommes nous-mêmes encore et toujours enfouis, nous n'existons que dans la mémoire des hommes pour les siècles futurs.

En attendant, l'avenir s'étoile et nous pensons s'étiole. Voilà, onze mois qui se sont étirés ! Des travaux forcés à perpète ! A fond les manettes, à ras les brouettes, à plein les tablettes pour entasser en nos chaussettes encore et toujours plus de petites piécettes et sans panache, nourrir l'écureuil de noisettes !

Moi, j'en ai assez de mes petites ronflettes et des bavettes taillées, bien douillettement sous les couettes en évoquant les fées d'hiver ! C'est désespérément long, une année presque pleine de compète et de casse-tête avant de pouvoir enfin conter fleurette aux bancs de sardines de Messine ou aux harengs de Lorient !

Un proverbe dit : "Tout vient à point à qui sait attendre !" Il serait grand temps que le bel été arrive ! Il me tarde vraiment ! J'ai une maison d'herbe ouverte sur le large. Le hussard bleu du ciel se perd dans mon regard gris... Très bientôt, je le sais, je n'aurai plus à noyer mes tracasseries littéraires dans les verres d'eau du quotidien et à m'échouer en leur tempête. Vivement juillet !

Alors là ! Adieu musettes, adieu guinguettes, adieu souvenirs de Lisette ! Allons les Loulou, les Ginette, un slogan conquérant mais il est vrai, sans queue ni tête, me trotte joyeux et fou, dans la tête : "Canonnons la mouette, harponnons la crevette !"

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Perrault raison 2/3

Publié le par modimodi

 

Oh ! Ne redoutez pas de prendre un vertigo,

J'ai belles références pour chacun de mes mots.

Je puise leur noblesse auprès du bon Perrault.

Et si parfois ma barbe bleue

S'accorde à vos penchants fleur bleue,

Ne craignez rien ma mie, ma belle

Ne prenez mouche de mes querelles,

Pas de désordre en vos dentelles,

Ni sur mon dos de coups d'ombrelle.

 

"Il n'est plus d'époux si terrible,

Ni qui demande l'impossible,

Fût-il mécontent et jaloux.

Près de sa femme, on le voit filer doux ;

Et de quelque couleur que sa barbe puisse être,

On a peine à juger qui des deux est le maître."(3)

 

Je me passerai bien de votre humeur champêtre,

Si le but recherché est de m'envoyer paître !

Vous jouvenceaux, jeunes amants,

Vous, verts rameaux de frais printemps,

Vous qui rêvez, princes charmants,

À la belle vêtue de blanc,

Si dame nature un peu ingrate

Vous a fait court ou haut de pattes,

Taille mal prise et nez camus,

Oreilles longues et dos bossu,

Grasses verrues joufflues, poilues

Contentez-vous de votre sort,

Il pourrait être pire encore !

 

"En vain un galant fait le beau,

A beaux traits, beaux habits,

Beau linge et belle tête,

Si du reste c'est une bête,

Il n'est bon qu'à jeter en l'eau." (4)

...

3) La Barbe bleue. Autre moralité.

4) Le Labyrinthe de Versailles. XXXIII - Le Dauphin et le Singe

 

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Lettre aux marchands de soupe 2/3

Publié le par modimodi

 

Ils nous ont rassuré et garanti que nous aurons de la soupe revigorante. Ils ont tenu leurs promesses ! Dorénavant, à tous les repas, nous avons de la soupe de glands pour cochons de payants. Comme aux mauvais vieux temps de la crise, nous dégustons la soupe aux châtaignes et aux topinambours. Nous réchauffons notre soupe paysanne aux pois chiches tout chiches. Nous la dégustons à satiété.

Nous avons cru au beau slogan : "le changement, c'est maintenant !" C'était promis ! Pour une bouchée de pain, le nouveau grand marmiton, couronné d'étoiles allait pouvoir nous faire goûter au grand bonheur du changement. Place à une cuisine naturelle, équilibrée et plus digeste, tout en douceur !

Oh ! L'amer constat !  Au buffet campagnard du banquet républicain, le velouté à volonté n'est souvent qu'une lourde et aigre soupe aux boulettes !

Marianne est aux fourneaux ! On ne va pas tuer l'emblème gaulois et sacrifier le coq en vain ! Non ! Il se mitonne une bonne poule au pot de chambre de l'assemblée nationale ! Comme "nul n'est censé ignorer la loi", nous devrons tous boire goulûment le bouillon, à toute heure ! La soupe est brûlante, on souffle, on souffle dessus !

Les députés qui mijotent sur les travées chauffées à blanc, en coinçant la bulle, ont promis de nous gaver pour s'occuper de nos mines dépitées ! Voilà notre pitance ! Nous pouvons toujours bouillir et rebouillir nous aurons du réchauffé largement annoncé dans les médias !

Et paradoxalement, c'est toujours après nous avoir mis à la diète qu'on veut nous redonner confiance et appétit ! On nous serre la louche en province ! On pêche nos voix à la cuiller ! On nous sourit en plein écran au 20 heures ! Nous sommes des crèmes de citoyens ! Alors, plus de sousoupe pâteuse, plus de rata ! C'est promis et clamé ! Nous allons sortir de la purée !

En fait, comme de braves petits soupiers, nous ne sommes plus de corvée de pluches car on va nous peler et nous écosser, nous assaisonner et pour finir nous faire boire encore et toujours le bouillon clair, de plus en plus clair. Mais sachons-le, c'est pourtant, toujours nous qui faisons bouillir la marmite car le régime végète à rien !

La nouvelle gastronomie est assurée par des huiles, garanties entièrement bio comme les salades qu'elles vont nous servir et qui nous mettront sous pression, à froid ! Avec quelques cuillerées d'huile de foie de morue, en deux coups de cuillère, à peau, à fleur de sel et de peau, les promesses seront réduites en bouillie. On nous fera tout ingurgiter et avaler, grâce à la soupe minute, moulinée et prête en un rien de temps.

Pour les coups durs, tout est prévu : la soupe aux pousses de bambou ! Nous aurons même double ration : le coup de pouce avec le coup de bambou. On nous remuera les sens pour nous émouvoir et nous émulsionner les idées pour au final, nous ramasser à la petite cuillère !

Hélas ! Hélas ! Notre soupe maigre manque de radis et nous restons farcés, dans les choux farcis au petit salé des hausses permanentes. Nous ne sommes qu'une patate douce qu'on a prise pour une truffe. Nous n'allons pas chinoiser ! A l'enseigne de la pénurie, nous avons table ouverte et du bol pour une bonne soupe aux peanuts et aux vermicelles !

Pour pouvoir crier, "Madame Marianne, la soupe est servie !", nous voilà cuisinés aux petits oignons ! Vous frémissez, nous bouillonnons, on nous écume ! C'est la nouvelle diététique d'un régime minceur porté à ébullition !

Certains coincent la bulle pendant que d'autres dégustent la soupe aux cailloux et aux orties ! Ras la casquette et ras le bol, du velouté allégé, du consommé solennel ! Nous en avons tous plein le pot et ras la casserole !

Messieurs, les marchands de soupe à la grimace, nous ne sommes plus dupes !

 

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Battements d'ailes 2/2

Publié le par modimodi

Vous êtes mon Essence-ciel !

Un simple battement d'ailes,

Un unique frisson d'elle

Voilà, ma Providence-ciel !

Vous m'êtes Existence-ciel,

Mon ange, Référence-ciel !

 

Pas de jalousie mortelle

Comm'ces bêtes péronnelles

Qui me mettent à bout d'elles !

Ne soyez point si cruelle,

Ne me rognez pas les ailes

À coups de bec et scalpel.

 

À vous, je serai fidèle !

Aux cuiss' de quelques donzelles,

Je préfère encore vos ailes.

D'un' pair', je me fais la belle !

Ne soyez donc pas rebelle,

Ne v'nez pas m'plumer les ailes !

 

Ne m'donnez pas d'coups dans l'aile

Ni de flèch's comm' Guillaume Tell !

Pas de plomb, ma toute belle !

Ne me brûlez pas les ailes !

J'en garderais des séquelles,

J'aurais besoin de tutelle !

 

Je devrais prendre une oiselle,

Sans cervelle, un top model,

Une folle jouvencelle

Qui m'enlacera tel quel,

Ailes sous elle, parallèles

Pour extases graduelles !

 

Sur ses ailes, en balancelle,

Je vol'rai vers l'éternel.

Avec le ciel pour ombrelle,

Je chant'rai la ritournelle,

Enfer-paradis-marelle,

Dans un dernier battement d'ailes !

 

Mon ange, mon idéelle,

Ouvrez-moi bien grand vos ailes,

Que mes désirs vous constellent !

Mon amour, mon Logis-Ciel,

Faites-moi une passerelle

D'étoiles et d'étincelles !

 

Divin ! Ce bruissement d'elle !

Elle m'a rendu fou d'elle !

 

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