Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles avec #ecrits vains et cris vains tag

Le factice

Publié le par modimodi

Bigre ! Bigre ! Après que les grands mégalos dogmatiques et leurs charniers à ciel ouvert, nous aient convaincus de la tyrannie de l'utopie et du caractère terroriste de la vérité, nous vivons l'ère du vide, des crises économiques et de la faillite des idéologies des états providence.

Parallèlement dans la surabondance du mauvais goût, avec la recrudescence du faux et des apparences, par le désir d'éphémère et de sensationnel, sous l'emprise de la passion du factice, du simili et du simulacre, le trompe-l’œil nous fait des clins d’œil. Oh ! Même si nous savons bien que " Tout ce qui brille n'est pas or", nous nous illusionnons nous-mêmes en croyant donner l'illusion.

De tout temps fasciné par la magie de l'image et du verbe, l'homo mediaticus n'en finit pas de se prendre au miroir aux alouettes de la duplicité et de la duplication. Il copie ou il fait semblant. Tricheur et truqueur autant par son désir de se singulariser que d'appartenir par le look à un clan, il choisit les signes de reconnaissance de sa tribu.

La vogue et la vague du faux et du jeu déferlent d'ailleurs sur nos mièvreries publicitaires et rousseauistes qui prônent le retour à la nature. Nos lessives sont lavées plus blanc que blanc, sur fond de champ de blé ou de cascades aux chants d'oiseaux. Sur " Les quatre saisons " de Vivaldi, les changes nous font des risettes célébrant le printemps de la vie.

Avec " La truite " de Schubert dans son iPod, la nana qui connaît moins oncle Vania que sa périodicité féminine s'en tamponne sous forme d'activité sportive intense. Les dessous de bras et les aisselles qui ruissellent, sentent les embruns vanillés d'îles exotiques ! Vivre sur les dents mais toujours éclatantes et manger sain et bio sont les valeurs refuges de la bonne santé, vendues artificiellement sur fond de carton-pâte et de trompe-l’œil écolo.

Mais tout est déjà dans la nature. L'homme n'a rien inventé. Les oiseaux donnent la parade nuptiale ou amoureuse. Pour séduire, l'homme, ce drôle d'oiseau qui promet le paradis, joue comme il peut de son dimorphisme sexuel et glandulaire. Il met ses plus belles plumes colorées, gonfle son jabot ou sa crête au gel béton et se pavane devant l'oiselle sous les sunlights ! Il roucoule ses chants les plus mélodieux, pousse des cris les plus sonores et saute et danse en ondulant du croupion chatoyant et irisé.

Il déploie ses arguments et ses courbettes, il vibre en harmonie discrète ou se donne en spectacle, sous forme d'acrobaties ou d'affirmation de sa testostérone. Tout en s'offrant, il fait offrande pour mieux convaincre la douce et belle femelle. Il espère, il attend la prise de bec. Pour conclure, il ira même lui promettre un nid douillet.

Et moi ? Que fais-je d'autre que parader en écrivant et en agitant ma plume ? D'un battement d'aile, je crois vous emporter. Je joue de l'art du leurre et du factice. Que ne tentai-je pas à mon tour de vous séduire, d'attirer n'importe quel lecteur hermaphrodite de cette littérature con, plaisante. La preuve m'est souvent donnée, quand j'obtiens l'effet inverse par mon style trop gonflant ou trop ébouriffant.

Je suis mon propre faux semblant d'aimer, de partager et je fuis pas à pas. Ma création me nargue et m'échappe. Ce qui me paraît original n'est peut-être qu'une pâle copie. J'imite le talent sans jamais l'égaler. Je m'illusionne.

Poésie et philosophie sont souvent mes garde-fous pour éviter les pièges de moi-même et de mes semblables. Si je cherche à comprendre, Lévinas m'apporte sa réponse. Si la relation à autrui est asymétrique, la relation à l’œuvre que je contemple est donc un face à face entre l'être que je suis, vivant et animé et ce qui s'apparente au néant, une œuvre figée dans sa beauté intemporelle. Rien n'empêche que certaines créations que je contemple et scrute m'interpellent et dépassent mon simple regard.

Comme chaque visage rencontré et observé est offert dans son dénuement, aucun ne peut à lui seul faire sens en dehors de ma propre perception et de ma participation émotive. Chacun de mes textes est ainsi un visage d'encre offert à votre vue et à votre regard intérieur !

Il n'y a pas d'ambivalence dans cette conversation muette, uniquement parfois dans mes intentions. Il n'y a rien de possible dans la rencontre avec l'autre comme dans la contemplation d'une œuvre en dehors de ma propre volonté. J'en suis donc responsable, ma subjectivité ne peut m'en dédouaner. Le reste n'est qu'arrangement avec le ciel et soi-même. Mais le ciel ne saurait mentir...

Voir les commentaires

Du coq à l'âne ! Lettre d'un écrivain aux critiques et aux censeurs.

Publié le par archibald_06

Jean de La fontaine, n'a pas écrit de fable sur le coq et l'âne. Sans doute avait-il l'esprit un peu plus flamboyant et la crête plus conquérante que votre homme de plumes ! Je peux donc, Messieurs, sans craindre aucune rivalité, user et muser, à ma guise, dans la basse cour ou les champs d'honneurs.

J'ai l'esprit empâté et je vis déjà comme un coq en pâte, mais pas assez toutefois en allure triomphante de Chantecler ! Mes cocoricos n'éveillent pas la curiosité du Landerneau littéraire ni n'empourprent mes écrits, du sang de la colère et de la révolte de mon inspiration cocardière.

Petits critiques ergoteurs, je peux donc à ma guise voler, dans vos plumes en bataille de pamphlétaires. Cessez de me reprocher d'être un rustique littéraire, un terrien terre à terre et de passer du coq à l'âne. Oh ! Mais non ! Je ne vais pas faire ma poule mouillée pour quelques gratte-papiers, à la plume ébouriffée et acérée.

Je ne suis pas en cour, qu'importe ! Je le sais ! Pour que je puisse passer dans la cour des grands de la littérature, il me faudrait atteindre la Cour des Miracles ou écrire avec une plume de paon.... Mes infirmités sont innées et tenaces, elles demeurent, car elles ne sont pas feintes. Je ne suis pas Victor Hugo, simplement le Quasimodo, à l'écriture ronde bosse, et encore moins Bertold Brecht, mes œuvres ne sont qu'Opéra de Quat' sous !

Dans la cour de ferme, je chante le réveil de l'inspiration et je décrête fièrement, du haut de mon perchoir. Je coquerique mes bêtises pour le bétail ou la volaille qui caquette ! Ah Dieu ! "Veaux, vaches, cochons, couvées".

L'étable fait la loi ! Vive le style en poulets, qui fait glousser les dindes ! Vive la grosse farce pour dindons, les choux gras pour pintades, le gavage pour les oies et la soupe bourrative pour que les critiques puissent cracher dedans !...  C'est l'amer constat ! Pas un cancan, dans le canard du bec en coin, pourtant parfumé aux navets campagnards ! Bon hi-han, mal an, il n'y a que l'âne pour me saluer de son bonnet, heureux de me voir passer du coq à l'âne.

Je me sens stupide et balourd : Aliboron et Buridan, gentil Cadichon mais jamais, héros d'or d'Apulée ! Mes écrits vains d'écrivain décrié, font de moi, une bête de traits et de ratures. Je tourne en bourrique, gueule et brait mon infortune. Plus rien ne me retient de ruminer, ruer et piaffer, d'impatience contre tous les polémistes qui glosent et dénigrent, sans un pet de créativité !

Un jour, si j'ai l'occasion, je leur ferai moi aussi tâter de mon sabot, ils verront la force de mon coup de patte. La Fontaine a déjà rendu célèbre, mon coup de pied de l'âne et j'ai toujours en plus, du mordant en réserve. Ils peuvent sonner la charge, ma valeur n'attend pas le nombre des ânées !

Aujourd'hui, tous mes gribouillis sont offerts en pâture. Au lieu de me lancer des fleurs, je ne m'étonne pas qu'on dise que mon talent broute le ras des pâquerettes. Je reste abattu sur la litière du dépit... La curée et l'écurie, quelle vacherie !

Moi, qu'on dit bête à manger du foin à la fourche, je panse donc, j'essuie les revers, à tout crin, de tous les bêtes et méchants, qui m’étrillent, faute de savoir me passer la brosse à reluire. Ça fait un bail que ma prose ne trouve plus preneur et fait bâiller. Personne ne veut me louer, les lauriers sont coupés et déjà mis en couronne pour mon oraison funèbre !

La barbe, si je biche encore ! L'insuccès me fait tourner chèvre mais l'optimisme béat l'emporte malgré moi. Comme la chèvre de Monsieur Seguin, j'espère que la réussite viendra un jour me tirer par la barbichette. Je suis toujours prêt à me perdre en cabrioles, dans la montagne des illusions orgueilleuses.

Pas de jugements dithyrambiques, tant pis ! Je me console des avis dépréciateurs, en pensant que de leur vivant, tous les génies ont été incompris ! Je me réserve le luxe d'un dernier coup de corne d'abondance de ma déveine littéraire. Les dieux de la poésie sont des satyres et des faunes aux pieds de chèvre, ils m'ont pris pour leur bouc émissaire. Je suis Capra Ibex ! Bouquetin premier ! Tant pis ou tant mieux ! C'est sûrement kif-kif bourricot !

 

Voir les commentaires

Maudits mots dits 2/2

Publié le par modimodi

Je te l'ai au moins cent fois dit,

Abstiens-toi de m'aimer, ma mie

Tu n'aimerais que les mots dits !

D'un poète mal dégourdi.

A l’inspiration affadie.

 

Mes poésies ont perdu pieds.

Tous mes mots sont des estropiés.

Casus belli à la grammaire,

Expressions pauvres et grossières,

Je passe mes saisons en enfer.

 

Banni Rimbaud, maudit Corbière !

Mais gloire et lauriers littéraires

Car dans leurs amours ou misères,

Tout n'est que voca-bulle-air,

Tout est bulle et tout éthère.

 

Pour moi, l'Olympe n'est pas si clair,

Ma langue fourche, mes mots errent,

Parés de faux airs de faussaires.

Pairs ou impairs que j'invente, errent

Dans des chants d'amour légendaires !

 

De souffle épique, moi, je me pique

Mais je manque de veine poétique.

Mes rimes sont au point critique,

Vers hermétiques, psychédéliques,

Sans la rythmique académique !

 

Quand on rit de moi et qu'on glousse,

Quand tout rebrousse et tout s'émousse,

Toi, tu m'aimes, en vers, contre tous.

Césures et pauses se trémoussent,

L'harmonie se la coule douce !

 

Mais j'suis oublieux et perds vers.

Et tu m'dis : "Au diable, vos vers !

Peu me chaut tous vos hellénismes !"

Priserais-tu donc, mes barbarismes

Ou de Mallarmé l'hermétisme ?

 

Quand la mer m'invite à rêver,

L'émotion vient les recouvrer.

Vagues d’écume, larmes salées :

Ma poésie en est piquée.

Muse et beauté sont corrodées.

 

Mes rimes ont perdu leur âme,

Emmêlées dans des calligrammes.

Pourquoi donc t'imposer ce drame ?

Voudrais-tu souffrir de mes mots,

Ma Vénus de méli-mélos ?

 

Oublie l'affreux modimodi

Qui signe cette monodie !

Sa mélodie est maladie

Et de l'amour, la parodie

Du rimailleur qui psalmodie.

 

Alors, ne me rends pas mes chants

D'Orphée, aux enfers, gémissant.

Cesse donc ton procès verbal

Je ne veux pas de récital,

Je fais dans le subliminal.

 

Garde-toi des airs malicieux !

Malgré leurs hymnes délicieux,

Les poètes ne choient pas des cieux,

Les poètes ne sont pas des dieux,

Les poètes ont le cœur odieux.

 

Sitôt, tu tomberais des nues.

Tu resterais par trop déçue,

De chérir un poète déchu !

Il n'y a jamais de bonne heure

Pour échapper à ses malheurs.

 

Las ! Mes mots ont mésaventure

Ils se taillent au fur à mesure.

Les césures sont comme blessures.

Ma poésie n'est que morsure,

Seul, le poète est sa mort sûre.

Voir les commentaires

Maudits mots dits 1/2

Publié le par modimodi

 

 

 

 

Ma chérie, ma muse, ma mie,

Abstiens-toi d'aimer les poètes,

Tu n'aimerais que les maudits.

Le bel Apollon musagète

M'a délaissé, m'a éconduit,

Ma poésie est en miettes.

 

Qu'as-tu donc à te mettre en tête

Ces maudits de la tragédie,

Ces p'tits faiseurs de mélos ? Dis !

Moi, qu'on dit prince des nuées,

Je partirai sous les huées,

Dénué de tout arme, Honni !

 

Qu'aurai-je dû donc accoupler

Comme rimes à mes couplets ?

Pour avoir un droit au chapitre,

Devrais-je à présent fair' l'épître

Comme fit Nicolas Boileau

Et le badin, Clément Marot ?

 

Suis-je beaucoup trop disgracieux

Pour parler le langage des dieux ?

Serait-il devenu, dit vain ?

Dois-je garder mon style chauvin,

Ou aller croiser l'fer ailleurs,

Pour y trouver des rimes ailleurs ?

 

Toi, tu désires m'embrasser,

Moi, je ne veux que te croiser !

Pourquoi lécher de la tête aux pieds,

Des vers d'amour et de papier ?

Pourquoi t'accrocher à mes iambes,

Quand au fond d'moi, la colère flambe.

 

Tu me parles de mon âme,

A chaque nouvel épithalame.

N'entends-tu pas qu'je t'apostrophe

Dans mes refrains et dans mes strophes ?

Ma poésie est déclassée,

Tous mes versets sont renversés.

 

Aux anciens jeux de Rome antique,

J'étais un Héroï-Comique !

Pour mener le chant et la danse,

Il fallait prendre ma cadence !

Mais un poète qui versifie,

Serait bien folle qui s'y fie !

 

Ne va pas aimer les mots dits

Du maladroit Modimodi.

Aim' les auteurs, lis les génies

Mais pas lui. Oh ! Nenni, nenni !

Boude ces petits vers de gris

Et n'fais pas cett' mine rabougrie.

 

Voir les commentaires

Attentes. Lettre à ma fugueuse inspiration. 2/2

Publié le par modimodi

J'attends ! Je t'attends ! Que de fois, ai-je prononcé ces mots !

A toi, mon heure dans le temps suspendue, toi, ma bonne heure de douceur absolue ! Ma muse inspirée ! A toi, mon égérie, mon amour de toujours ! A toi, mon idée créatrice, la lyre de mes chants !

A toi, mon supplice, ma roue des angoisses, mon tourment et mon crève-cœur ! A toi, la torture de la croix sur toutes mes idées ! A toi, ma condamnation, l'interminable attente du châtiment, tant notre séparation, de quelques heures, un jour, un intervalle, semble une éternité !

A toi ma promesse et ma promise ! A toi, ma conception immaculée du désir ! A toi, ma symbolique intellection, mon esprit fécondé de germinations créatrices ! A toi, pensée si pure, apparue en mon cœur d'enfant comme la Vierge Marie dans le creux du rocher et dans le don de Dieu ! A toi, vers qui je lève les yeux et hisse ma plume, au ciel !

Je t'attends, toi, mon tout espoir, toi, ma persévérante illusion ! Toi, mon refuge, mon abri, je me blottis en toi et me serre contre toi au sein de mon récit. Je t'exhorte toujours et contre toute attente, je grave des sons, des signes sur la cire de ton cœur ! Nul écho ! Rien qu'un silence ému en place d'impression !

Je t'attends, toi, qui m'as cyniquement pris pour ce bon Diogène ! Toi, ma lumière vacillante d'imagination, toi, qui me fais lanterner en promesses de feu ! Toi, ma veilleuse dans la nuit de l'esprit, ma lueur de fanal, mon phare éteint dans le brouillard de mes pensées. Toi, qui me jauges et m'envoies tes foudres et qui penses que mes idées sont du même tonneau !

Toi, Muse de caprices, intransigeante vertueuse, la vraie rebelle d'entre nous deux ! Je te suis pourtant, fidèle en idées fixes comme un chien à sa maîtresse ! Toi, tu es loyale mais c'est pour me prouver ton fort attachement et ton assiduité dans la constance des abandons comme dans l'inconstance de ma volage inspiration.

Je t'espère pourtant, toi, qui m'as sûrement pris pour Sir Charles quand je me croyais Darwiniste, dans l'espoir insensé d'être sélectionné pour l'avenir littéraire ! En l'espèce, j'avais anticipé tout naturellement ta venue. Je t'avais conceptualisée. Mais tu m'as laissé spontanément sans progrès, dans l'antichambre de l'évolution et de la vie ! Je subis la sélection naturelle de ta complexion et de tes goûts ! Mes écrits restent fades et stériles de la moindre trouvaille. L'amélioration est un vain espoir de métamorphose.

Je t'espère toujours, toi, mon expectative atavique du grand amour des belles lettres ! Toi, muse callipyge, génie du Parnasse, hérédité plastique de la forme parfaite, métamorphose des sentiments, sublimée en la beauté d'un cri ! Toi, ma douce tendresse romantique, mon exaltation et ma passion déchaînée dans l'impatience du terme juste !

Je désespère pourtant parfois dans le champ de ma rusticité stylistique ! Toi, Muse rebelle, qui mélanges mes aveux et mots d'amour comme on confond betteraves et navets ! Toi, qui me fais passer du plan de poireau au pied de grue ! Toi, qui me mets les gros sabots pour labourer mes pensées de glaiseux populaire ! Toi, qui embourbes mes chants d'amour dans des ritournelles terre à terre.

Je désespère de toi, ma cruelle, ma persévérance romanesque aux doigts crochus. Toi, ma tordeuse de vers, aux pieds fourchus de mes poèmes, ma rebouteuse d'entorses prosodiques ! Ô toi, qui as donné la fermeté à tous mes pas perdus et la malédiction à mon enfer pavé de tant de bonnes intentions stylistiques !

Je t'ai pourtant choisie, toi, à qui je me suis accroché et comme un lierre attaché à la muraille de mes défauts fortifiés ! Toi, qui me fais prendre racine, à mon arbre généalogique en attendant le nouveau Messie, le dernier génie littéraire ! Mais tu devrais mieux me connaître ! Je ne crois plus au Père Noël, à ce snob et ce mondain d'un seul jour ! Loin de moi, ce bonimenteur, ce conteur amateur, ce prometteur de bons mots enveloppés dans du papier-cadeau !

Je te veux toi qui t'incarnes dans mon manque d'ardeur, d'audace et de passion ! Je te veux toi, ma nostalgie romantique et mes regrets d'amour ! Toi, ma mélancolie passagère, mon vague à l’âme vagabonde ! Toi, ma reine de l'absurde, de mes textes ineptes !

Je suis obstinément tout à toi, ma reine des préjugés ! Toi, ma résistance au changement par peur de tes lubies ! Toi, à qui j'offre mon fatalisme navré devant tes humeurs réactionnaires et à qui je fais don de mon conservatisme apeuré devant tes délires rétrogrades. Toi, qui me laisses, mesquin, borné, progressiste déchu, dans l'ambivalence de l'esprit critique et de la foi en toi ! Je t'espérais classique, académique, surréaliste, tu te donnes, satirique, tragique et prosaïque !

Ô muse, tu muses, tu t'amuses, tu abuses ! J'attends ! Je t'attends ! Je t'attends !... Entends ma mélopée ! Entends !... Je te veux ! Sois inédite ! Prends-moi et surprends-moi !... Calligraphie et enlumine mes pensées, donne-leur l'accolade ! Inspire mes billets doux, donne-leur du volume ! Mets ton auteur d'écrits vains à la hauteur de l'ambition de l'écrivain...

Ô Enfin ! Enfin ! Ô grand et immense Bonheur ! Je n'ai plus à t'attendre, à psalmodier ces lancinantes litanies, à prononcer ces mots obsédés et exaspérés ! Tu es enfin apparue pour éclairer ma route d'essayiste et embellir thèmes et sujets au lexique de chaque jour. Tu es venue te blottir cette nuit dans le fond de mon encrier, te jeter dans les bras des idées ! Je peux crier merci !

Ô toi, ma fleur de modestie ! Ô toi, que je croyais avoir perdue, toi, mon petit myosotis en fleur de rhétorique, toi, la simple délaissée dans l'inconstance de ma mémoire. Toi, que j'avais trop vite mise en gerbe de souvenirs symboliques, au mémorial des oublis et du temps passé ! Toi, mon cœur régénéré d'émois et de soupirs ! Oui ! Toi, Muse enfin triomphante, porteuse de nouvelles et d'inventions ! Oui ! Toi qui rayonnes en mon esprit étincelant d'intuitions et qui sous ma plume, en chaque page vient étoiler l'azur.

A toi, tout entier je me donne ! Tu embellis et parfumes ma vie de ton florilège ! Ma primevère, mon impatience, ma fleur de jeunesse et de vaillance littéraire ! Toi, ma fleur de l'âge, ma marguerite effeuillée de délices et de déraison anthologique ! Toi, ma petite fleur céleste, couronne d'immortelles pour mes écrits posthumes !

A toi, je m'abandonne ! Toi, ma goutte de sang sur l'épine de l'amour constant ! Toi, mon amour confiant, don absolument pur de charme, de fascination et d'extase. Ô Toi, tu es à jamais la fleur et la grâce de l'Au-Delà, au-delà de toute attente ! Je peux respirer sans soupirer, je peux expirer, tu m'inspires.

Voir les commentaires

Attentes ! Lettre à ma fugueuse inspiration. 1/2

Publié le par modimodi

Ô muse ! J'attends ! Je t'attends !"

Que de fois, ai-je prononcé ces mots, disait un matelassier en plumes ébouriffées, un besogneux rimeur, un barde faiseur de vers, un strophes-trotteur, un roule-ta-plume au vent, un rêveur rimailleur toujours contraint d'aller porter ses rimes ailleurs !

J'attends ! Je t'attends !

Toi, ma fugueuse inspiration ! Toi, qui détales et te dérobes quand mon imagination part en escapade ! Toi, fille de l'air, du vent et des nuages ! Toi, farfadet bondissant dans la ronde des fées de mon logis ! Toi, petite plume, duvet et soie sauvage dans l'envol de mon esprit !

Toi, ma pressentie, imaginée, dessinée, effleurée, caressée ! Toi, ma chérie, mon aimée, ma vénérée, mon adorée, ma pensée imagée ! Toi, l'expression idéale, azurée, séraphique, étoilée qui remplira l'espace de ma page et le ciel de ton cœur !

Toi, loup blanc de mes rêves, en fuite dans ces trop longues nuits d'hiver où mon corps gourd frissonne devant le feu éteint ! Toi isatis, renard bleu, tapi dans l'antre de mon cœur glacé. Toi, perdrix des neiges, quand mes sentiments courent en débandade sur les interminables pages blanches de l'insomnie. Toi, qui m'attends figée comme une proie dans l'ombre !

Toi, sur qui j'ai eu tort de compter ! Toi, à qui j'ai tout donné, sans regarder à la dépense de mes idées, à la débauche de mes pensées ! Toi, gabegie de fantaisie beaucoup trop escomptée dans la surabondance de mes néologismes ! Toi, reste d'humour épuisé de boutades banales ! Après toi, s'il te reste au moins une fioriture !

Ai-je eu tort de t'attendre, toi, ma laborantine d'officine des belles lettres ? Je croyais que tu avais la science infuse. Alors tu m'as concocté des tisanes macérées aux fleurs de rhétorique desséchées et des emplâtres à appliquer sur les plaies infectées de mes fautes d'orthographe et de style. Au total, je n'ai pu soigner ma sinistrose latente et ma bouffonnerie aiguë ni redresser ou rétablir mes platitudes. J'ai juste évité la surinfection.

Ma déesse inspirée, de toi, ma sérieuse Hygie, je n'ai pas reçu la frivolité en transfusion ni de remède euphorisant. Tu m'as offert des contraceptifs, ton tonique était un sédatif, mon cerveau était en léthargie créative. J'ai gardé mon asthénie spirituelle. Je suis resté souffreteux de pensées et encombré de miasmes scripturaires baveux mais j'ai quand même eu ton compte... d'apothicaire ! C'est payé bien cher pour quelques placebos de formules homéopathiques délivrés au compte-gouttes. En fait d'inspiration, tu avais le souffle court et tu te gargarisais de pouvoir améliorer ma respiration oppressée.

Je t'attends toujours, toi, mon hésitation, ma valse lente de réserves et d'indécisions. Toi, petit caprice tourbillonnant d'une vie d'artiste imaginée ! Toi, doux vertige, toi, mon étourdie ! Toi, mon rêve de perfection académique, toi, ma meneuse de revue, toi, qui me rappelles que la prose est un enchaînement d'arabesques stylistiques, de pirouettes expressives et de grâce légère, sans faux pas ni contretemps.

Toi, tu as bien tenté de corriger mes mauvaises postures en pas chassés, d'éviter mes glissades en d'innombrables retouches de position, en m'imposant des piqués et des développés. J'ai suivi ta chorégraphie et tes reformulations en pointes et fouettés. J'ai recouru aux ratures des figures en grands jetés pour enfin trouver la cadence, le mot juste et l'intacte émotion dans l'ultime saut de l'ange ! Toi, ma contredanse, toi, mon cancan aux expressions retroussées, toi, mon grand écart à l'orthodoxie lexicale et syntaxique ! Je suis resté gauche dans ma révérence !

Toi, ma paralysante déception, ma tétanisante désillusion ! Avec toi, je me suis souvent retrouvé dans l'impotence de l'écriture. J'ai dû affronter le chahut des idées à la manque et le désordre des intentions embrouillées. J'ai été mille fois, frustré de ne pouvoir atteindre l'uniforme harmonie des écrits et des certitudes !

Toi, diable d'exaspération qui, après m'avoir fait mariner, prends plaisir à me faire mijoter, à tous petits feux ! Toi, infernal esprit enflammé de critiques, qui me mets sur le gril et des charbons ardents ! Et pourtant ! Enfer et damnation éternelle sont l'alchimique creuset de Baudelaire et Rimbaud ! Mais avec toi, ce n'est jamais du tout cuit dans le bec verseur de l'encrier ! Je mets du noir sur blanc et suis noir comme un four !

Je t'attends, toi, qui tardes à venir ! Toi, que j'appelle ! Ô succès, ô reconnaissance, ô estime ou admiration ! Toi, que j'espère depuis... 107 ans et plus, égaré dans la Légende des siècles ! Toi, que je veux et à qui je fais humblement et assidûment les trente-six volontés ! C'est quand tu veux, oui, c'est quand vous voulez, réussite, renommée ou gloire couronnée de lauriers ! Pour l'instant, ils trempent à toutes les sauces et je ne sais toujours pas à laquelle, je serai mangé.

Je t'attends ! Toi, mon heure alanguie ! Toi, ma douce heure, ma nonchalance ! Toi, ma belle occasion à saisir comme la providence ! Toi, l'envol de ma vie plus léger que ma plume ! Toi, ma patience et ma lente heure assoupie de soupirs ! Toi, mon silence confus d'oublis. Toi, ma fugitive chance, au petit ou au grand bonheur !

Je t'attends ! Toi, que je suis en vaines traces, à en perdre patience et haleine dans la file des promesses littéraires ! Toi, qui m'as laissé en attente, de réponses, de perspectives et de signes ! Toi, qui penses résister et subsister en me laissant dans cette interminable durée ! Toi, qui me fais croire que c'est ainsi qu'on devient immortel ! En fait de Coupole, c'est la tempête sous mon crâne !

Je t'attends ! Toi, plume inspirée, dont je n'attends plus rien ! Toi, mon indigente et pauvre de moi ! Toi, modeste d'espérances, de tant d'attentes vaines ! Toi, mon éternel doute ! Toi, mon indécise, ma douceur incertaine qui me laisses en souffrance ! Toi, drapée de brume et de grisaille, mon chagrin et ma peine de cœur !

Je t'attends encore et toujours, mais t'attendre, en vaut-il la peine ?...

Voir les commentaires

Lettre aux écrivains : Charabia ! 3/3

Publié le par archibald_06

 

Oyez gens de lettres, prosateurs et poètes, voici le dernier plat de résistance littéraire ! Il y a du rab à la table des matières.

Pour la potée auvergnate, on ne repasse pas le plat refroidi ! Donc, amis écrivains, nous ne servirons pas à nos avides de lecture, un second service d'idées confuses et bourratives. Invitons-les à un joyeux claque-sabots pour danser la bourrée !

Pas de fade platée au supplément gélatineux ni de lourd et vilain charabia, plus rudimentaire qu'alimentaire ! C'est un peu comme de la chorba, de la bonne soupe populaire, mi potage et bouillon, mi ragoût et légumes, étymologiquement, du dialecte arabe pour berbère. Autrement dit, aussi bien de l'hébreu pour le mur des lamentations ou du galimatias pour le bas latin de cuisine !

Si par nos écrits, nous donnons à boire et à manger, nous faisons bonne œuvre et belle action pour mettre l'eau à la bouche des bouquinovores ! Mais attention ! Trop de salaison assèche la qualité de la promesse littéraire ! Le salmis se gâte. Surtout... Quand il devient con, "dis m'man" ! C'est alors un affreux salmigondis aux propos crus et salés pour glouton assoiffé, lecteur affamé ou esprit gaulois et paillard ! Un peu trop de sel, et voilà, une sale heure pour le sale ami et le sot piqué ! Le salace doit dessaler. S'il convient d'y laisser le lard, il ne convient pas de laisser l'art littéraire au saloir !

Dans nos écrits ou nos discours, n'employons pas non plus de jargon, il est réservé à la grande Marie de France ! D'ailleurs, son langage des oiseaux ayant trop gazouillé a fini par jouer les monte-en-l'air. Au fil des siècles, le voilà devenu un langage crypté et codé pour alchimistes ou malfaiteurs. Incompréhensible, hormis pour quelques initiés férus d'ésotérisme ou des malandrins, gens de sac de nœuds et de corde raide.

Nous recourrons nous-mêmes à ce genre de procédé, quand nous jouons avec les sonorités ou les allitérations, quand volontairement ou inconsciemment, nous faisons naître des évocations. Certains mots contiennent des sens cachés qui laissent entendre des idées et des significations différentes. Comment ressentez-vous l'expression : "Je veux que tu me tutoies !" Quel sentiment sage ou coquin dans la prononciation entière ou syllabique de "Concupiscent" ou "Je suis paniqué". Je suis certain que vous en avez d'autres en mémoire.

Rares sont les confrères commentateurs, qui, pour faire savant et cosmopolite, jargonnent en compilant dans les dialogues, des expressions, en arabe, en anglais, en italien, en espagnol, les langues maternelles de leurs héros. Certains compareraient plutôt ces dialectes particuliers à du sabir. A ne pas confondre avec la tradition orale, poétique et contée des griots et encore moins avec l'appellation bannie de "petit nègre" dans lequel excellent quelques gribouilleurs de pages noires ! Des employés aux écritures, des"nègres" rétribués pour de faux écrivains.

Ainsi donc, gens de plumes, pas de patois pour pavoiser, ni de charabia pour blablater ! C'est de l'embrouillamini d'images déjà brumeuses. C'est de l'énigmatique langage obscur pour de nuageux plumassiers... 

C'est du baragouin de BZH, des expressions envolées comme des crêpes, mal retournées et tombées à plat, des mots répétés au vent de la lande, restées incompréhensibles aux coiffes comme aux chapeaux ronds ! C'est du pain et du vin pour le Pardon, du far bourratif et du cidre bourru pour le fest-noz, la vraie grand-messe bretonne ! C'est du crachin têtu dans une nuit noire d'encre.

Excusez mon franc parler, amis, mais certains poètes ombreux en ont fait leur marque créative. Ils croient qu'il leur suffit d'être férus de statuaire antique, calligraphes des pensées aux références hellénistiques, d'avoir un style hermétique et ésotérique pour être poétiques en vers et contre toutes rimes ou raison prosodique. C'est voyez-vous, l'approche du genre amphigourique maniéré des précieuses ridicules ou l'emphatique grandiloquent des mégalos hyperboliques !

D'autres scribes ayant troqué le calame pour la plume, de longueurs périphrastiques, en circonvolutions d'arguties, parlent et écrivent pour ne rien dire ! Dans le psittacisme agaçant des formules rabâchées, ils revendiquent, à tort, leur droit d'auteur. Ils ne sont souvent que de maladroits plagiaires, mal inspirés, abonnés à l'errance grammaticale et syntaxique, pataugeant dans l'impropriété des non-sens et des faux-sens, des barbarismes et des solécismes. C'est bête à dire, mais infatigables et inaptes, ils produisent de l'inepte avec un talent fou !

Vous le savez ! Le romancier doit être subtil et sa romance, comme un parfum, volatile, semblable aux volages amours. Écrire est un vrai métier ! Il ne suffit pas de broder des ornements pour faire un beau canevas ! Il ne suffit pas de compiler les poncifs pour élever l'écriture au sommet de l'art ! Au faîte, la bêtise n'a pas besoin de mettre le point sur le i pour être à son point culminant ! Ceux, qui se montent le bourrichon, ne monteront pas pour autant au Pinacle !

Que de difficultés pour parvenir à l'apogée de l'art littéraire ! Je semble donner ici la leçon, alors que je suis moi-même le plus verbeux et le plus plâtreux d'entre vous, un généreux bourratif, indigeste, trivial et licencieux ! Quelle prétention exaspérante ! Quelle inconscience affichée ! Et pourtant, je persévère comme tant d'autres, dans la déraison orgueilleuse de l'écriture obstinée !...

Nous tentons tous, un jour ou l'autre, l'aventure du texte. Mais en fait d'écrits, nous ne barbouillons au plus que des écriteaux, des poteaux indicateurs qui désorientent ceux qui nous lisent et ne les mènent que dans l'impasse des talents en-cul-de-sac. Nous ne serons pas couronnés de lauriers mais sûrement coiffés sur le poteau !

Dans le fatras et le fouillis des genres et des pensées, trop souvent, nous déconcertons les lecteurs. S'il en reste encore, surtout quand un texte mérite une deuxième lecture attentive pour en saisir les sens. C'est hélas ainsi ! Qui veut écrire d'une plume d'ange, fait souvent la bête pascalienne ! L'idiot du village s'accroche à son idiome local comme le bedeau à sa cloche et le plumitif à son style !

Bienheureux l'obscur pisse-copie désencombré de tout calcul, le chantre du mystère aux textes énigmatiques, l'épique épistolaire aux épopées opaques, le maître incontesté de l'inconcevable ! Bienheureux tous les niaiseux, les stupides stupéfiants, le gratin des créatifs crétins, le ravi de la crèche des auteurs sur la paille ! Longue vie à mes vénérables frères et sœurs, tous ces cacographes, comme moi, tous ces faiseurs d'écrits vains et de textes sans queue ni tête !

Voir les commentaires

Lettre aux écrivains : Charabia ! 2/3

Publié le par archibald_06

 

Chers confrères gratte-papier, si les paroles s'envolent et que les écrits restent, je m'efforce de parler moins pour enfin mieux écrire.

Sans être dépositaire d'une parole d’Évangile, aux forcenés de la création qui me ressemblent, aux plumitifs de romans, de contes et de nouvelles, j'assène cette vérité : "Votre langue est l'expression de votre style".

S'il est fleuri, c'est que vous savez conter fleurette et exprimer votre passion avec des fleurs, les plus belles de la rhétorique. S'il est châtié, c'est que vous avez corrigé et épuré son état suburral. S'il est empâté, c'est que l'imagination a mal levé et fait des grumeaux pâteux et patauds. S'il reste ampoulé, c'est que vous vous prenez pour une lumière ! Dans ce cas, pauvres illuminés, votre culot littéraire fait de vous des lampistes. Vous brillerez un jour, mais au bal des lampions ! En cette attente, vous êtes lanterne rouge !

Alors, en toutes circonstances, soyez bavards de pensées, discrets ou prolixes de mots mais accessibles. Si vous le pouvez, maîtrisez votre fièvre scripturaire et vos éruptions volcaniques mettant en ébullition l'encre au fond de votre encrier. Pas de forme magmatique et visqueuse.

Parlez une langue compréhensible, écrivez dans un langage accessible. N'employez pas de charabia, l'authentique langue d'origine réservée aux émigrants auvergnats ! Soyez si vous le voulez magnétiques pour déboussoler et désorienter votre aventurier mais sans jamais perdre vous-même, le nord de votre sujet.

Laissez jaillir votre expression mais canalisez-en le débit. Pas de logorrhée ! Votre langue de la plus belle eau doit être courante et potable, qu'elle ne charrie pas des allusions alluvionnaires. Remontez-en le cours jusqu'à la source de l'émotion. Si elle est populaire, qu'elle ne soit pas vulgaire mais simple et folklorique, de racines authentiques !

Votre vocabulaire argotique, sans pour autant être trop familier risque de vous couper de votre lecteur familier ! Hormis pour les tripiers, le loucherbem ne vaut pas tripette, iI fait de vous un mal embouché, un vrai mâle en boucher ! Dans ce cas, vous n'avez plus de toute urgence, qu'à charcuter dans le gras des mots et à abandonner les obscénités grivoises, ces bas-morceaux qui ne s'accordent qu'aux crudités des salades que vous servez !

En toutes circonstances, il vous faut donner des morceaux choisis, de l'extra, pas de l'ordinaire. Offrez de l'enchantement au palais de la découverte, du ravissement aux regards étincelants et pétillants de curiosité malicieuse. Pour les délices succulents et lactés, retrouvez vite, votre langue maternelle afin d'être bu comme du petit lait.

Soyez attirants ! Souvenez-vous ! Les écrits de Joachim du Bellay, de Montaigne, de Chateaubriand, de Byron, de Poe, de Céline, de Fitzgerald et de Cocteau comme de tant d'autres grands porte-plumes fascinaient leurs chattes et leurs chats aux noms affectueux et originaux de : Belaud, Madame Vanity, Micetto, Beppo, Catarina, Bébert, Chopin et Karoun...

Ils passaient fièrement entre leurs livres ouverts ou clos, les caressaient puis se couchaient sur leurs écrits tandis que leurs idées s'étalaient progressivement sur le papier. Ils s'étiraient lentement comme les développements des paragraphes et de l'intrigue dans le voluptueux mystère de la création. Les greffiers retenaient leurs griffes comme celles de la plume taquinant le papier d'un effleurement d'encre bleue. Ils lissaient leur pelage comme eux, leurs expressions de langue parfois râpeuse pour les rendre soyeuses. Les chartreux ronronnaient bruyamment quand le sourire aux lèvres, le plaisir jaillissait dans la trouvaille des idées et illuminait le visage de leurs maîtresses ou de leurs maîtres. Ainsi toujours, l'or du soleil étincelait dans le secret de leurs yeux de lumière afin que, par enchantement, leurs regards s'attirent, se croisent et se fondent dans le vert salamandre et l'alchimique feu de leur passion muette.

Confrères écrivaillons, soyez toujours délectables ! Ne vous sevrez pas de votre langue nourricière, faites de vos lecteurs des frères et des sœurs de lait qui vous dégustent d'une seule traite. Ayez un style onctueux pour qu'on vous considère toujours comme la crème des écrivains.

Amis de plume, mon langage est bien sûr, le vôtre ! Il est l'expression personnalisée de notre belle langue. Elle peut être poétique, littéraire, technique mais elle ne peut être affectée au risque de causer une mauvaise affection et provoquant un mortel ennui, d'emporter celui qui nous lit.

Déçus, vous pouvez l'être parfois !... Parce que votre cachet n'a pas eu l'effet escompté ! Vous espériez son affection par un attachement à votre aisance narrative, vous ne lui avez donné hélas, que la maladie du bâillement frénétique. Vous vouliez le faire rêver, vous êtes soporifiques. Votre style est de plomb comme son sommeil. Vos efforts comme vos écrits sont vains, n'écrivez plus à poings fermés !

Pour toucher le lecteur, il faut retoucher et retoucher sans cesse ! Pour être correct, il faut corriger, inlassablement corriger. Sinon vous prendrez, de lui mais plus encore des fourbes critiques, ces vengeurs masqués, une bonne correction.

Pour tenir éveillé, il faut veiller à la forme. Pour créer du suspense, il ne faut pas laisser la vigilance sémantique ou stylistique en suspens. Du mélo pourquoi pas ! Mais sans méli-mélo ! Du sélect sans affect, ni dialecte ! Du look sans être plouc !

Pas de lexique spécifique pour être bien compris ! Pas d'argot non plus, c'est le langage des malfaiteurs et des gueux, réservé aux initiés ou aux exclus. Pas de sociolecte, sauf si vous aimez la culture populaire des faubourgs ou le parler branché des milieux... Sauf si, par don, vous avez, bien évidemment le talent des Queneau, Dard ou Simonin ! Sauf si, votre style est fripon et effronté, gouailleur et truculent comme un dialogue burlesque entre un Titi parigot, un demi-sel et Zazie, dans le métro !

Moi, je suis pléthorique et si généreux d'explications qu'en principe, personne ne mendie le moindre éclaircissement. Ne craignez donc, jamais d'être par trop éblouissants ! Personne ne vous lit avec des lunettes noires.

De même, ne soyez pas de beaux ténébreux, enténébrés ! Soyez secrets mais pas hermétiques, équivoques mais pas flous ! Soyez elliptiques et écliptiques mais pas troubles ! Sachez, que c'est parce que vous êtes si particuliers, amis écrivains, que personne ne peut voler votre talent de si haut-vol !

Voir les commentaires

Lettre aux écrivains : Charabia ! 1/3

Publié le par archibald_06

A tant triturer les mots, à tant tordre les idées, je passe parfois aux yeux d'un lecteur pressé, pour un incompris. Mais je ne suis pas tout seul dans ce cas !

J'éprouve moi aussi, la même difficulté à lire certains de mes contemporains ou de mes amis  de plume.

Je les lis attentivement avec l'envie de me délecter. Mais quand je passe, d'une prose maladroite et empruntée au style prétentieux et emphatique, à des phrases encombrées de contre-sens ou de tournures alambiquées, ou lorsque je me heurte à de la poésie éthérée et absconse, rongée de petits vers boiteux, je suis parfois désarçonné. Je perds mes repères, j'en perds mon latin ! Ipso facto, nolens volens, je m'écris : Pauvre écrivain !

Chers confrères et amis, aux pavés de mille pages, jetés dans la mare aux canards littéraires et promis au pilon, permettez-moi, sans le moindre orgueil de vous mettre en garde. Qu'elle soit morte ou vivante, la langue doit se respecter ou bien allez illico, vous faire lire chez les Grecs ! Qu'il s'écrive ou se parle, le langage mérite le plus grand soin, au sens propre des mots.

Afin de ne pas vous faire rire jaune, je vais avec humour et sans langue de bois, vous prodiguer quelques conseils. Ainsi, chers plumitifs, prenez garde à vos propos.

Si votre langue est blanche comme votre page, inutile de la tirer ou de la charger davantage. Si elle est verte, vous n'êtes pas mûrs pour la couronne de lauriers mais pour la couronne mortuaire. Inévitablement, vous finirez abattus, dans la dernière rafale des formules plombées de votre style buté. Si elle fourche, ce n'est peut-être qu'à cause d'un simple cheveu qui peut vous faire friser le ridicule.

Inutile de conter des vertes et des pas mûres, de brouter les trèfles ou d'en faire tout un foin ! Restez bucoliques ou à défaut, rustiques ! Ne soyez pas mauvaise langue !

Si elle est truffée d'expressions du terroir, c'est que vous espérez épater votre fouineur de lecteur en supposant qu'il ait du chien et du flair. Mais si elle lui apparaît fourrée, "finger in the nose", c'est que vous l'avez, à tous les coups, malmené en le menant par le bout du nez, sans renifler que c'est vous qui passerez pour une truffe !

Alors, ne soyez pas naïfs ! A coup sûr, après vous avoir lu, il se vengera en se payant votre tête de tuber melanosporum, loin de l'odeur de sainteté. Il vous enverrait bien vous brosser mais sûrement préféra-t-il vous tirer la langue et vous frotter volontiers les oreilles. Vous auriez alors un nouveau style de figure, faute d'une nouvelle figure de style. Car vous avez beau donné votre langue au chat, suer et chercher, à perdre haleine, la bonne inspiration, votre langue chargée vous donne une très mauvaise haleine et rebute votre lecteur !

Humez et subodorez ! Il fleure peut-être autour de vous un parfum d'étrange, des remugles de souvenirs, des impressions colorées et des odeurs, des enchantements et de fraîches émotions de voyages !

La nature a horreur du vide, ne soyez pas inconsistants, ni débordants de bons sentiments. Rassurez-vous, persévérez dans l'écriture, le souffle littéraire n'envoie pas, en principe, d'effluves empuantis. Mêmes les romans à l'eau de rose n'ont pas, pour autant, une fétide odeur putride. Peste soit des empesteurs qui ont voulu poéter plus haut que tout, dans l'espoir de faire leur trou !

Par leurs goûts douteux ou leurs mauvais sentiments, certains refoulent les taste-mots de bon terroir. Dans un relent, si ceux-ci viennent à faire Ah ! Ah ! Ah ! Ce ne sera pas d'admiration ! En effet, si les écrivaillons tirent parfois une langue pendante et s'ils dégustent, c'est simplement de n'être ni entendus, ni goûtés, ni lus et approuvés !

Apprentis marmitons ou grands toqués de la littérature, soyez donc savoureux ! Étonnez et intéressez, déroutez et ne tombez pas dans les ornières de la facilité descriptive ! Ne vous répétez pas dans les idées ni dans la structure des phrases ou des paragraphes ! Variez votre style, ménagez vos effets ! Ayez du mordant sans vous mordre la langue.

Emmenez votre globe-trotter, votre gobe-trotteur de pages illustrées en voyage dans sa tête. Dédoublez-vous en lui pour qu'il perçoive ce que vous racontez et le tableau que vous peignez. L'image doit surgir dans son esprit. Soyez original, imagé et pittoresque. Amenez-le à voir, à penser, à aimer, à ressentir et à vous suivre. Lire, c'est cheminer à chaque pas avec l'auteur, c'est le lui emboiter et parfois sauter son pas pour progresser et le dépasser même d'une courte tête imaginative.

Mettez-le en appétit ou laissez-le sur sa faim. Il faut que votre style soit digeste, goûtu et pas dégoûtant. Nom d'une pipette, il faut qu'il donne du nectar au compte-gouttes et du plaisir instillé, au goutte à goutte ! Ne soyez jamais dégoulinants ni dégouttants, même de bons sentiments. Vous essuieriez des revers et souffririez mille et un reproches de ceux qui n'entendent et ne comprennent goutte ! Même la dernière peut faire déborder le vase ou la vase ! Les critiques grenouillant dans les eaux saumâtres des marécages littéraires ne manqueront pas de sortir du marais pour s'exclamer : Non! Mais c'est coâ ? C'est vraiment n'importe coâ !

Aux maladroits, à tous mes frères de plume empesée, je leur dis : Ayez un langage choisi et approprié ! Il met en valeur votre langue ! Il vous identifie par la parole ou l'écriture. Il fait de vous un auteur, à la hauteur des exigences et des attentes. Il est révélateur de votre milieu et peut faire de vous, un vrai caïd, à condition de n'être pas un copieur-pilleur avec en plus un mauvais sujet ! Votre langage est expressif. Il s'adapte et se spécifie suivant le thème, il en éclaire la matière, surtout si vous l'avez grise, non pas de mélancolie, mais d'éminente spiritualité !

Pas de charabia, de mots couverts, ni de style maniéré ! Soyez clairs et compréhensibles, même si vous êtes auteurs de romans noirs ! Vous devez produire de l'énigme sans être nébuleux et ténébreux. Le mystère peut être épais mais pas votre style ! Les secrets les plus lourds méritent une plume légère, sans de pâteux pathos !

Votre texte ne bénéficie pas de voix, d'intonations, de signaux ni de mimiques pour être mieux perçu. Il faut que les signes graphiques soient de sens et de forme déchiffrables et décodables ! Les graffitis sont réservés aux gribouilleurs, les pattes de mouche aux noircisseurs, les pâtés aux écrivailleurs qui se font un sang d'encre et les racleurs d'encrier aux gratte-papier. Les propos fumeux n'attirent que les indiens ! Ne vous croyez pas sur le sentier de la gloire, mais plutôt sur le sentier de la guerre avec vous-même.

Ugh ! A toi, mon frère ! Ô grand sachem, grand chef à plumes des plumassiers, sans grand panache ! Nous sommes de la même tribu !

Voir les commentaires

Tiré par les cheveux ! Pomme, pom, pom, pom, d'Adam !

Publié le par modimodi

La bible nous a laissé des histoires tirées par les cheveux. Et pas toujours des cheveux d'ange ! Les récits et les mythes nous font parfois dresser les cheveux sur la tête.

On ne se méfie jamais assez ! Io avait, tonnerre de Zeus, le cuir chevelu ! Méduse et ses sœurs, les Gorgones à la chevelure de serpents faisaient mourir les mortels qui les regardaient. Oh oui ! Il y a vraiment de quoi se faire des cheveux, quand on croise des femmes fatales, d'autant plus si elles sont nées, sous le signe du scorpion !

Samson a eu Dalila et Adam a eu Ève, la belle aux yeux verts, la tentatrice, la spécialiste de la tarte aux pommes ! Il n'a rien vu venir, le petit père ! La bonne pomme à l'eau ! Le Mâle heureux ! Le dur à cuire ! La petite pomme de terre à terre qui a fini comme une pomme au four ! Adam, notre arrière, arrière-grand-père. La brave pomme d'amour du paradis ! Adam, qui n'a pas vu mal, à mordre dans la belle pomme aux cinq pépins, aux cinq branches en étoile, au pentagramme de la vie et de la connaissance :

Premier pépin : Adam est gourmand, il veut connaître et jouir de tous les fruits des arbres du jardin et même de ceux de l'arbre du bien et du mal. Il goûte d'abord la banane avec la poire, et l'abricot avec l'ananas. Quand il tombe sur la pomme, il shoote dedans et joue au foot avec elle, il devient vite, un mordu d'la pomme.

En plus, il est beau le p'tit père car unique ! Il se prend pour un dieu, aux cheveux gominés, un Apollon de droit divin. Il donne à tout va de la pomme d'Adam et fredonne, en Chevalier servant : "Ma pomme, c'est moi, Ah ! Ah ! Je suis heureux, comme ça !"

Deuxième pépin : Au lieu de s'accrocher aux branches du bonheur, il se la coule douce avec le serpent et ne Satan pas au châtiment ! Bonne pomme, il est naïf de croire aux sulfureux leitmotivs, susurrés, avec un cheveu fourchu, sur la langue : "Ayez confiance ! Ayez Confiance !"... Pauvre Adam, il brave l'interdit. Il veut percer le secret et prendre la pomme pour y mordre à belles dents !

Troisième pépin : Il en a assez de la dévorer des yeux, il saisit la belle occasion aux cheveux et à la taille et il lui suce goulûment la pomme. Mais avant d'avoir eu le temps de la croquer et de l'éplucher, il se retrouve nu, comme un ver qui se tortille, dans le fruit. Il est le gagnant du premier malus-malum pour un bonus ! Lui qui était à un cheveu de goûter au fruit défendu, le voilà, pauvre et dépouillé, avec pour tout viatique, la pomme de discorde.

Quatrième pépin : Honteux, rouge comme une pomme, chassé et mis à la porte de l'Eden, exclus, s.d.f. banni, il va sans but. Les pieds en compote, il erre, il squatte. Il se retrouve partout comme une ronce sur le chemin comme un cheveu sur la soupe à la grimace. Il est vidé, sans compréhension de ce qui lui arrive, incapable de dire : "C'est bien fait pour ma pomme !"

Cinquième pépin : Dieu ne coupe pas les cheveux en quatre, il châtie ! Voici Adam, maudit, condamné à passer du pommier au péché originel, à souffrir jusqu'à en tomber dans les pommes, à être constamment dans le jus, en se faisant suer au travail pour quelques malheureuses pelures. Pauvres Adam et Ève ! Après s'être cassé le trognon, les voilà obligés, tous les deux, d'accoucher dans la douleur, les bébés comme les idées.

Ah ! Père Adam, j'en sais moi-même quelque chose, depuis que je suis haut comme trois pommes ! Je n'en finis pas de m'arracher les cheveux ou de me faire des cheveux blancs. Même si quelques blondes ou brunes, des reinettes qui grenouillent dans les marécages de la culture, quelques belles de Boskoop, quelques Pinks Ladies, au cœur Golden ou en habits de Gala me passent la pommade, je suis victime de l'api culture !

Mon style est calibré, mes mots sucrés, le ton fruité, les pensées douces, le propos rafraîchissant et suavement acidulé. Pourtant, on me cuisine, on me pèle, on me fend au couteau pour quelques paroles crues ou carrément, l'on me scalpe. Chauve qui peut et pas de quartiers !

J'ai plus souvent droit aux beignets qu'aux crémeux mille feuilles littéraires. Pas de couronne de lauriers ou des rois ! J'ai toutes les peines du monde à tirer la chance, par les cheveux. Je suis comme toi Adam, un innocent, une pauvre pomme ! On m'asticote. On me fait la peau, on me tourne en dérision et l'on m'évide de tout intérêt littéraire. J'en perdrais ma bonne odeur fraîche et subtile du succès promis.

Voyez, je me mets quotidiennement en quatre pour descendre de mon nuage ! Je suis Nimbus, le distrait hirsute à la boule ronde avec un seul poil sur le caillou ! Regardez mon point d'interrogation et ne me tombez pas sur le poil !

J'ai la tête en crâne d’œuf. D'ailleurs, on ne tond pas un œuf ! Alors, pas question de chercher des poils sur ma pomme lustrée ! Pitié ! Ne touchez pas à un cheveu de ma tête ! Inutile aux critiques de tous poils de me caresser ou de me hérisser, dans le sens du poil. Avec une inspiration aussi clairsemée, ma réussite ne tient plus qu'à un cheveu !

Ô Paradis perdu, cher à Milton ! Au verger, je suis cueilli par les détracteurs, au potager, je me ramasse. C'est bête, comme chou mais, je suis en boule et je fais pomme de chou blanc. C'est moi, le paumé pommelé de la rave partie. Pour la rémoulade, vous arrivez trop tard, c'est déjà râpé !

Voyez, mon palmarès d'écrits vains ! Je suis le grand gagnant du concours Tatin, "Écrits des Hespérides" ! Le trophée : mon poids en pommes, au sirop de Liège !... Depuis, après avoir dégusté, je reste bien souvent, l'imagination dans la gelée de mes idées, dans la mélasse de mes pensées et dans ce sirop aux termes collants. Mon talent est en marmelade.

J'ai le doigt englué sur la touche de mon Apple ! Je suis bien sûr, connu dans le Calvados et le Berry mais inconnu à New York ! La Big Apple, c'est moi ! J'en ai gros sur la pomme !

De fait, elles ne sont pas nombreuses, les belles aux chaussons fourrés qui m'enroulent dans les boucles de leur chevelure. Je me retrouve toujours à un poil près de leur plaire ! J'ai dû manquer la leçon sur la tentation, je me vois expulsé en pagne, du paradis charnel. Il n'y a plus que mon talent qui soit mis à nu devant de lascives indifférentes.

Quand un malheur échoit, c'est toujours pour ma pomme. Au lieu de l'attraction sexuelle, j'ai la mouise en attraction universelle et le talent en chute libre. Je suis comme la pomme de Newton, je tombe de haut ! C'est moi le scoubidou, qui faute de pomme d'amour, vais prendre la pomme d'arrosoir, en pleine poire et la pomme de pin pour des prunes ! 

On me console, en disant que c'est sans gravité et digne de la "Rubrique-à-brac". C'est même parfois complètement surréaliste, quand on me déclare, à plein nez que j'ai le melon et que je suis un vieux tableau, digne de Magritte. Sacré nom d'une pipe, au musée, tous les vide-pommes !

Finalement, je suis comme Samson. Je me prends aux cheveux avec mes ennemis personnels : le manque de souffle lyrique et la facilité grossière. N'ayant pas de poil dans la main, je leur secoue vigoureusement, la tête et la tignasse. Je me détends pour mieux me concentrer en écoutant religieusement un motet de Adam de la Halle, un trouvère Picard comme moi.

J'aspire à posséder la beauté d’Ève et faire succomber à la tentation, la belle Pandora. J'ambitionne d'être un génie échevelé, un Hercule aux cheveux longs, sans idées courtes. Je souhaiterais avoir le courage d'un lion à la crinière, au style flamboyant. Je voudrais goûter au nectar de la poésie, au vers pommes, je me vois  triompher par la force de mes dons ! Je désirerais être au poil, même un poil à gratter, pour aguicher le lecteur, être à la pointe, brillantiné, en grâces permanentes !

Mais hélas à force de me faire des cheveux, de les couper en quatre, je deviens barbant et rasoir ! Je suis trop maniéré. Plus personne n'est de mèche avec moi. La tendance est plutôt au crêpage de chignon. Je me dégarnis, je suis de mauvais poil et à rebrousse-poil. Mon style est encore trop touffu. Adam fut le premier homme, l'ancêtre des chevelus et moi le dernier des hommes de plume.

A en conter des vertes et des pas mûres, je ne réjouis plus que Dalila, grise et ridée comme une vieille pomme, pom-girl. A en juger par son aspect, je n'ai plus aucun désir de goûter au fruit défendu. J'en reste aux appâts rances ! Pas touche à la Sainte Nitouche !

Ma muse doit être échevelée car je me fais en permanence coiffer sur le poteau ! Tout le monde s'en fiche de savoir si ma cote d'écrivain monte en flèche. Il ne reste que trois pelés et un tondu qui se passionnent pour Guillaume Tell père et Tell fils, en train de jouer aux fléchettes, à la salle du jeu de Paume.

Ah ! Quel toupet, ça me défrise !

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 > >>