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Articles avec #enfance tag

Lettre à marraine Jeanne : le presse-purée

Publié le par modimodi

Je passe ma vie à Menton à me presser le citron pour relever la fadeur de mes écrits. Je cherche à obtenir un jus acidulé pour piquer la curiosité de mes lecteurs. Mais certains qui sont aussi bêtes que leurs pieds me reprochent de faire plutôt du jus de chaussettes.

Tandis que je me fâche, d'autres me suggèrent plutôt d'écraser les raisins de ma colère et de donner de l'ivresse à mes propos. A tous ces fâcheux, j'ai bien envie de balancer la purée ! Oh ! Je ne parle pas de la purée septembrale du pressoir, chère à Rabelais. Cette cuvée-là, je la réserve en partage, aux amateurs de bon vin, pas à des bourrus, bouchés et agressifs. Ce serait négocier et me fouler en vain !

Non ! Je ne vais pas perdre mon temps en patati et patata pour ce tas de tubercules terre-à-terre qui passent leur temps à éplucher mes textes ! Je conseille plutôt à ces patates en robe des champs de s'écraser et de filer comme des rattes. Car je leur réserve le fouet et j'appuie moi-même sur leurs grosses têtes au carré !

Je leur réserve ma moulinette car je vais les réduire en purée ! Ensuite, ils pourront toujours venir ajouter leur grain de sel ! Mais qu'ils ne viennent pas se plaindre !... C'est même une récompense et un cadeau que je leur offre car j'ai gardé de mon enfance le doux souvenir du presse-purée, à grandes pattes d'araignée ! Quand l'ennui ou les tracas s'installent, son nom de passe-vite m'étonne voire me fascine encore aujourd'hui.

Je te revois Jeanne, ma jolie marraine, la main sur la boule rouge de la moulinette, tourner la manivelle. Moi, accroché à ton tablier, je voulais évidemment, sur la pointe des pieds, presser et malaxer avec toi. J'étais fasciné par les pommes de terre tièdes qui en passant dans les couteaux se comprimaient pour former une pâte compacte, mi-blanchâtre, mi-jaunâtre, de plus en plus fine, à chaque passage. Le lait et le beurre doux qui fondaient et s'amalgamaient au fur et à mesure rendaient l'ensemble peu à peu onctueux et crémeux ! Une délicieuse promesse...

J'ai conservé dans ma mémoire olfactive l'odeur douceâtre qui émanait du mélange de cette écrasée avec le parfum Cologne de ta nuque et de tes épaules, penchées sur le carrousel du moulin à légumes. Je garde vive la sensation sucrée au bout de mon doigt léché. Car le défi consistait à tromper ta vigilance pour furtivement glisser mon majeur sur les parois de l'appareil et ramener ainsi un bonbon de mousseline. Ce plaisir culinaire et alchimique participe encore aujourd'hui au bonheur sans mélange de mon enfance !

Aujourd'hui, c'est le temps qui passe vite, trop vite et qui malaxe les impressions et les images en ma mémoire. Je me presse dans mon époque ! Je peux chantonner la complainte du progrès de Boris Vian et célébrer : "la tourniquette à vinaigrette, le ratatine-ordures et le coupe-friture, le canon à patates et l'éventre-tomates."

J'ai remplacé mon presse-purée par un mixer et un blender ! Je me suis installé dans la vie. Je fais partie des grosses légumes, des huiles et des truffes avec lesquelles je fusionne et mitonne des potées d'activités. Mais avec lesquelles, je fais aussi des ratas et des ratés.

Purée de nous autres ! Sans avoir la tête comme une patate ni pris trop le melon, je brasse encore de l'air mondain et souvent des idées dans des cocktails. Je suis même parfois dans la panade et je dois alors compoter quelques pommes de discordes.

Au final, j'ai toujours su sortir des purées de pois et éviter de me retrouver dans les bouillies et les marmelades de tracas. Pourtant, imperceptiblement, je sens bien que c'est la vie qui me pressure. Je me tasse et je fonds lentement dans l'épaisseur des jours. Je touille dans mes souvenirs qui s'entassent et s'emmêlent en mon cœur. Je les panache et les métisse dans l'émotion de mes nuits blanches et mes nuits noires.

Par nostalgie, j'en garde encore parfois, un peu gros sur la patate, pourvu qu'elle demeure douce !

 

 

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Quand y'en a purin, y'en a bouseux !

Publié le par modimodi

Attention au titre de ce billet d'humeur ! Voilà du grand n'importe quoi ! Encore du sans queue ni tête que je pourrais dédicacer à mes bons vieux instits qui vont aussitôt me reconnaître ! Oui ! Je leur dois tout, même cet élan fiévreux de folle reconnaissance !

"Oignez vilain, il vous poindra ; poignez vilain, il vous oindra." Oyez manants, ruraux, champêtres, frustres agrestes, croquants glaiseux ! Arare humanum est ! Mais pour passer de l'art aratoire à l'art oratoire, au pis allez, rustauds rustiques ! Car labour âge et pâture âge sont encore et toujours les deux mamelles de la bonne vieille métairie de l’Éducation Nationale.

Vous m'avez bien nourri, ô maîtres fourragers ! Un vaste programme officiel de cultures assolées aux cycles des raisons vous avait recommandé d'atteler la charrue aux be-a-ba, aux bœufs à bâts, devant le troupeau des béats baba school, dont je faisais partie.

Nous étions tous du pays de Sully ! Dans les champs des sciences, des cambrousards pétaradaient sur leurs machines agricoles comme moi sur mes machines opératoires pour extraire des racines et exploiter domaines et propriétés mises en jauges.

Pour le troupeau des culs-terreux et peignes-culs, j'étais un élève quelconque, un produit de votre élevage. Envoyé paître avec les moutons de Panurge dans les verts paradis des amours enfantines, vous m'avez appris que les verbes, les liaisons et les terminaisons se déclinent, se conjuguent et s'effeuillent parmi les fleurs de rhétorique.

Mais vous seuls saviez que l'art de la règle alignait les bêtes de trait comme l'addition, les bêtes de sommes, qui toute leur vie durant, avec ou sans calcul, apprendraient à brouter et à ruminer sur des sujets terre à terre !

Aujourd'hui comme hier, parfois quelques agités font du foin au point d'être assez bêtes pour en manger à la fourche ou de se prendre une avoine. Mais à l'école de la férule, les coups fourrés créent parfois l'envie de l'école buissonnière.

C'est ainsi que battant la campagne, quelques ânes, sourds comme des mules et quelques baudets à l'esprit en jachère répètent et ânonnent : " La bouse ou la vie ! Hennis, soit qui mal y panse. " Pas de carottes qui vaillent, elles sont déjà cuites !

C'est bête comme chou mais à l'école des cours bouillons, l'écolier mijote dans la grande marmite des savoirs. La culture intensive comme la gastronomie scolaire s'emploient à produire et à transformer des navets et des betteraves, des cornichons et des patates qui feront les grosses légumes de demain ou qui vous mettront dans le potage.

En sa ruralité pédagogique, veillant sur ses pépinières avec le souci constant de la bonne graine et de la bonne souche, le bon instit tuteure et rame ses sauvageons, abreuve ses scions en rabâchant : " Fouillez, creusez, piochez, affinez, amendez, marnez, c'est le fond qui manque le moins ! " Mais moi, je sais que c'est le don qui manque le plus !

Au pire, les empotés et les sacrées couches qui se seront faits Binet échoueront au jardin d'acclimatation des classes d'adaptation. Oui ! A force de se creuser, les ploucs tombent dans les trous de mémoire dans lesquels ils se plantent ou bien finissent en buttes et tout naturellement repiquent.

Sur les champs de course aux diplômes et aux moissons de lauriers, les canassons de la lutte des classes, les pauvres bouseux, péquenots incultes se retrouvent sur la paille et chaument. Avec la bouche en cul de poule pondeuse de réformes nationales, "relisez la phrase et prononcez chôment." D'autres, bien sûr vont réussir à faire du blé dans les choux gras ou de l'oseille dans les radis.

Moi, aujourd'hui, j'ai pris les leçons de la vie et je pourrais être conseiller d'orientation en agri-culture. Je pourrais donner confiance à tous mes condisciples et dire à chaque écolier : " Si t'as touché le fond, si par malheur, t'as fait chou blanc, console-toi ! Petit pignouf, retourne vite à tes moutons. Ovins, Dieu ! C'est dépaysant ! "

Alors, merci à vous, maîtres et maîtresses d'école ! Holà, pédezouilles, maîtres es culture, grands épandeurs de théories, belles au terreau des hypothèses ! Graissez terriens, fumez vilains, c'est le saur qui vous est promis ! Jetez le sel aux esprits, entez génies et cerveaux, ensemencez les idées, car en vérité, c'est écrit, la culture rend fertile et fécond !

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Lettre à mes petits enfants. 2/2

Publié le par modimodi

Mes tout petits, mes chéris, mes sales mômes ! Oui, nous avons des nouvelles de l'oncle Cro-Magnon ! Nous avons reçu une carte de vacances. Il les passe chez Lucy avec grand-père Mathusalem !

Ils vont même aller au festival des vieilles cavernes ! Ne vous moquez pas ! Nous leur ressemblons ! Nous aimons les shows, les concerts, les sunlights, les teufs comme vous dites, eux, aimaient les jeux du cirque et les combats des arènes. "Autres temps, autres mœurs !"

La vie elle-même, nous donne la représentation ! Levez la tête, mes p'tits zamours pour la danse de la Grande-Ourse ! Monsieur Loyal annonce l'ouverture de la piste aux étoiles. Ah ! Bien sûr, vous voulez y briller comme des stars, d'un jour, d'un soir !

Nous, évidemment, nous sommes des saltimbanques, de vieux guignols, des rasoirs et des funambules sur le fil de l'existence ! Vous, vous êtes des enfants de la troupe, des artistes acrobates. Vous jonglez avec des bulles de bonheur multicolores, vous êtes des enfants de la balle. Votre destin est dans votre paume ! Votre vie, est un grand chapiteau pour la toile de vos rêves. Nous devons vous laisser la scène et vite descendre des tréteaux ! Heureusement parfois, jeunes allumeurs de réverbère, les étoiles et les morveux se font moucher !

Vous avez une âme d'enfant. Vous ne pouvez donc être que puérils et nous, que des vieux jeux, déjà hors-jeu, à mettre sur la touche ! Vous êtes sévères avec nous, sans indulgence, de vrais enfants terribles ! Nous ne comprenons rien !... Nous ne devons surtout pas penser que vous êtes bêtes comme chou qui vous a vu naître ! Vous ne faites pas l'enfant, vos gamineries sont des caprices créatifs, vos enfantillages des preuves géniales d'ingénuité ! C'est nous qui gardons, pensez-vous, des traumatismes infantiles.

Et pourtant ! Sans qu'on s'y attende, sans qu'on le souhaite, un jour, une heure !... Un sanglot, une plainte sourde, un nuage dans le ciel bleu de l'adolescence, une barre au front de l'insouciance ! Une peine immense, la première trahison, celle de l'amitié !... "Allo maman, bobo !" Pauvre petit oiseau blessé, petit enfant perdu ! Voilà, le retour de l'enfant prodigue !...

Vous ne pensez plus à votre tablette, votre cœur se met à table. Retour aux sources de la vie et de l'amour ! Vous vous pressez en confiance dans l'abandon et la douceur du réconfort. Vous retrouvez nos bras, votre nid d'ange. Dieu ! Que c'est bon alors, de se faire dorloter par papa et maman !

Mes enfants chéris, je vous le dis, le temps passe toujours trop vite à travers les branches du temps. Vous vous accrochez aux rameaux tendres des amourettes comme nous, aux frondaisons dégarnies de notre arbre généalogique !

Un jour, vous verrez, mes cascadeurs de la vie, vous renoncerez à vos voltiges pour le fun et les frissons. Vous prendrez le balancier du petit bonheur des jours, vous aimerez l'équilibre du cœur comme ses emballements, les saluts spontanés de vos vrais amis et les aveux tremblants de l'être aimé. 

Un jour, un soir, pas encore le grand !... Vous vous souviendrez et vous saurez comme moi, qu'il devient plus périlleux de jouer le vieux casse-cou.

Oh ! Je le sais ! C'est bien trop tôt pour vous ! Mais un jour, comme dans la pantomime, vous pressentirez alors qu'il faut vous préparer au grand saut avant de tirer votre révérence. Aujourd'hui, votre insouciance est bien légitime et réconfortante à constater. Vous avez tout l'avenir devant vous. Profitez-en !

Vous ne pouvez pas encore l'avoir appris mais, quand la représentation tire à sa fin, indifféremment de la comédie ou de la tragédie, il faut être prêt à baisser le rideau... Moi, déjà je m'y prépare !

On ôte sa perruque, on se démaquille des jours qui vous ont fardé. Les cheveux blonds sont devenus des cheveux blancs !... De la neige pour vos souvenirs glacés !

Mais je souris rien que d'y penser. Je vous imagine... A votre tour, vous vous agacerez et répéterez en marmonnant : "Ah ! Les sales gosses, les petits polissons ! De mon temps, la marmaille était plus respectueuse, elle rentrait à l'heure au bercail. Il n'y a plus d'enfants !"

Alors, vous sentirez bien, comme un pieux paroissien, que la messe est presque dite. L'enfant de chœur que vous avez été se rappellera d'avoir bu les burettes en cachette, d'avoir aimé la ferveur des cantiques, la nuque parfumée et les cheveux fauves d'Emma quand elle se baissait pour recevoir l'hostie de la communion.

C'est l'œil humide, qu'à la fin du repas, vous vous souviendrez, des grivoiseries de régiment du père Jules et que vous rirez du coup du père François. Votre sourire s'éclairera quand vous évoquerez la douce sévérité paternelle et les cadeaux de papa-gâteau. Ah ! Mes aïeux ! C'était une autre époque, celle des langes, des blouses et des culottes courtes !

Mais en cet instant, je vous observe en souriant ! Gentils frères et sœurs, vous patientez, vous soupirez dans ce repas qui s'éternise ! Vous vous provoquez à voix basse, vous balancez des coups de pied, sous la table, fin prêts pour la chamaille ! Entre deux rappels à l'ordre, vous écoutez distraits en espérant enfin le dessert chocolaté de grand-maman ! Et puis soudain, vous vous taisez quand l'ancêtre se met à fredonner, un sanglot voilé dans la voix, une berceuse, celle que lui chantait sa maman !

Soudain ! En l'observant, vous pensez qu'il vieillit davantage, que sa mémoire commence à fuir. Vous ne comprenez pas son émotion, quand par la fenêtre, ses yeux se perdent un instant, dans le silence du jardin et qu'ils traversent lentement l'espace pour se noyer dans une trouée d'azur. Vous le voyez plonger comme par mystère, dans le bleu céleste, exactement celui du regard maternel.

Vous le croyez absent. Vous ne pouvez alors percevoir sa piété filiale, le pèlerinage au sanctuaire du cœur. Tout au plus, pensez-vous peut-être, intrigués et touchés que votre-grand père a l’œil qui larmoie quand il se souvient avec pudeur et recueillement de son enfance.

Ne vous moquez pas enfants ! Un jour, vous aurez son âge ! Vous comprendrez pourquoi, il a plus que jamais le sens de la famille, qu'il pressent le devoir impérieux de laisser une empreinte, de délivrer des messages, de transmettre des valeurs à sa postérité. L'héritage qu'il vous laisse est spirituel et moral. Écoutez-le ! Il ne vous parle que d'amour !

 

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Lettre à mes petits enfants 1/2

Publié le par modimodi

Mon tout petit, qui veut devenir grand avant l'âge ! Mon rebelle adolescent aux trois poils sur ta lèvre impatiente ! Ma donzelle au maquillage en cachette pour être plus belle que maman ! Mes apprentis de la vie, de la première cigarette, du premier baiser, du premier grand secret ! Vous qui trichez avec votre âge pour un ciné avec la poupée Chucky ou qui espérez séduire un ange de la téléréalité !

Mes révoltés du chewing-gum et du bounty, mes petites fraises Tagada, mes petites terreurs de la Monster Academy, mes accros du Haribo, mes princesses du M&M's, vous qui trouvez vos parents et les adultes, relous, chelous, bouffons, cons grave, nuls, yeuves, oui, trop vieux cons ! Vous qui pensez avoir le look, le kif, le bon ice, tout savoir mieux que vos darons, ces vieux ringards, tout comprendre mieux que tous ces boloss...

Je vous entends mes p'tits filous, piailler comme des moineaux et vous chipouiller. Je vous chope au passage quelques bribes et vous prends sur le vif avec vos potes :

"Allôôô quoi ? T'es encore québlo sur Candy Crush ! Pourtant c'était fastoche !

"Hein ! C'est ouf ! T'as chopé son 06 mec, j'suis dègue, tu vas la pécho alors !"

"Pourquoi t'as le seum, Margot ?" _"Vanessa est la crush de Rapha, c'est son canard ! J'ai trop les boules, ça m'fout la haine !"

"T'en mêle pas, c'est ma life !"

"Hé, Milou, j'te kiffe ! T'as trop le swag avec ta casquette et tes shoes !"

"Ouais, mais là, j'suis trop vénère ! Comment tu t'la joues grave avec ta mob ! Mais, c'est vrai qu'elle déchire !"_ " Allez grimpe, on va s'ambiancer et chambrer les meufs !"...

"Eh toi ! Tu penses que j'mate ton keum ? C'est vrai qu'il est BG mais t'es une mytho ! Quoi ! T'as craqué ton string !"...

"Allez ! Casse-toi, va jouer avec les cassos !"

Oui, mes petits amours ! Au fond, toi, tu fais ton Kévin et toi, ta Barbie ! Mais pour moi, vous serez toujours mes petits enfants ! On ne se comprend pas toujours, vous avez vos codes, nous avons les nôtres ! Mais nous partageons le même idéal, celui de la jeunesse. Je ne serai, vous ne serez jamais vieux tant que vous la croirez éternelle !

Mes petites fleurs de l'âge tendre, vous êtes des enfants de l'amour, des enfants de cœur ! C'est lui qui vous a conçus. Vous avez beau feindre le détachement, c'est lui qui vous a attachés à nous par un lien indéfectible, une cordelette de tendresse infinie. Vous n'êtes pas garrottés mais soudés. Nous sommes forgés par le feu et fécondés de sève par le sang. Même si vous en rejetez l'idée, vous nous ressemblez jusqu'au fond des fibres de la vie. Certains l’appellent, un petit air de famille ! Oui ! L'amour familial, fraternel et encore plus filial est sincérité et vérité car bon sang ne saurait mentir !

Vous êtes bénis des dieux ou de Dieu, vous êtes des enfants de Marie ! L'amour est d'ailleurs mystérieusement la seule immaculée conception qu'il vous sera donné de vivre. Vous êtes tantôt des petits saints ou des bons petits diables ! Mais pour nous, vous serez toujours les anges de notre paradis même si certains jours, mes affreux chérubins, vous nous faites l'enfer des joyeux diablotins !

A notre grand dam, vous voulez vous vieillir, être indépendants, vous affranchir de notre attention comme de notre bienveillante autorité. L'âge de raison n'est pas que de bon sens. Mes chers criseux, colériques ou cafardeux, vous avez pris sans le savoir un abonnement perpétuel à la crise... aujourd'hui d'appendicite mais pour demain de rhumatismes erratiques ! J'en sais quelque chose.

Mes petits douillets, vous n'avez pas fini d'en avoir plein le dos !... Comme vous voulez voler de vos propres ailes, vous nous mettez à dos et vous vous opposez.... Vous cherchez à nous diviser en nous renvoyant dos à dos ! Nous sommes, paraît-il, toujours sur votre dos. Il faut vous lâcher les baskets ! Vous étouffez !

Vous êtes jeunes mais vous n'êtes plus petits ! ...Il vous faut être libres et respirer pour avoir l'air d'être quelqu'un !... Au genre indéfini ! Un mixte de votre idole pailletée et acnéique et de votre idéal fashion, fluo et fantasmé. Mais par-dessus tout, par pitié ! ... Quelqu'un qui ne nous ressemble pas ! Ah non, surtout pas un clone de vos vieux clowns ! Trop la honte, trop la gerbe, les darons, les ancêtres, à qui, mes bons ados, vous tournez résolument le dos !

Nous vous avons donné le jour ! Mais nous appartenons à présent, à la nuit des temps. Nous sommes vos vieux, des fossiles antédiluviens ! Nous vous avons gâtés, pourris mais c'est nous, qui nous décomposons aussitôt, quand vous nous dites que nos idées sentent le moisi. Vous ne pouvez plus nous piffer ! Nous sentons le renfermé, nos conceptions démodées sont du siècle dernier ! Vous vous moquez, allègrement ! ...Vous nous quittez goguenards, en haussant les épaules : "Au fait, vous avez des nouvelles fraîches de l'oncle Cro-Magnon ?"

 

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Ami, échecs et maths 2/2

Publié le par modimodi

Tu t'en souviens sûrement et tu le sais, toi, mon ami de classe, je n'étais pas doué pour les calculs et les maths.

Alors que les racines me mettaient la tête au carré, pourquoi les zélés professeurs, s'échinaient-ils tous, à vouloir m'extraire à mon ignorance et prendre ainsi le mors aux dents et le problème à la racine ?

Carrés dans leurs conceptions, ils avaient décidé, malgré les échecs, d'organiser mon cerveau, case après case, colonne après colonne, rangée après rangée, en abscisses et en ordonnées.

Dans la confusion des méthodes et des enseignements, j'ai perdu ainsi, bien des fois, patience et logique. Pourtant, nul abattement ou défiance ! En élève consciencieux et déterminé, quand les logarithmes imposent leur puissance et les algorithmes leurs étapes systématiquement programmées, je me mets en règle et je m'y soumets ! Résultat : il m'est impossible, du reste, de me soustraire à la moindre opération et de filer sans demander mon reste. Je fus ainsi de plus en plus déraciné et de moins en moins capable de déduction. Je n'y ai pas souvent trouvé mon compte.

Obstinément, sur le damier scolaire et selon la loi mosaïque, en développant de tous côtés leurs attaques, mes braves enseignants cherchaient à m'éviter les échecs et moi, bien sûr, à éviter les maths. Ils m'assénèrent, avec la preuve par 9, qu'avec du temps, je pourrais gagner du terrain et espérer une promotion, à condition de trouver la parade à mon obstruction ordinale : le coup de Maître !

Croyant naïvement et follement à l'opération du sain d'esprit, ils imagèrent leurs leçons de paraboles, censées me mettre le cœur aux quantiques. Devant mon attitude hiératique de Sphinx, ils tentèrent même à la base d'élever mon raisonnement monolithique à la pointe des pyramides. Quelle plaie ! Que de luttes pour rester à la surface, sans me casser le nez ni perdre la face !

Des mises au point excentriques parfois, diamétralement opposées souvent, devaient parvenir à élargir mon rayon d'action. Ainsi, on m'expliqua entre quatre-z-yeux, d'une mine désappointée, la quadrature du cercle "vicieux". Mais je me mettais sûrement le compas dans l’œil, car rien ne tournait rond et tout allait toujours de mal en pis... et pi, c'est pas mon rayon !

Bloqué des sinus, je ne parvenais jamais à prendre ni l'aire, ni la tangente. Considéré comme obtus, j'étais sans cesse dans leur angle de vue. Pour entrer dans leur jeu, à géométrie variable, je m'étais mis en 5, 7 et sans y regarder à 2 fois, à soutenir l'échange pour y faire bonne figure. Je faisais les 3 huit, penché sur d'énigmatiques problématiques, le plus souvent restant en plan sur des énoncés et des graphiques, des schémas et des figures, toujours tronquées.

Pendant ce temps, mes doctes et dogmatiques professeurs mettaient en équations, mes probabilités de progrès elliptiques et, en coupes, la spirale de mes échecs innombrables. Au total, un conglomérat de variations, de résidus et de dérivées et moi, toujours plus naufragé, noyé, à la dérive !

Et encore et toujours des fractures de moral et des fractions, sans réduction, ni simplification, toujours au même dénominateur de l'erreur en embuscade. Pauvre de moi ! J'étais contraint au régime d'entraînement, à la barre fixe de mes échecs, terme à terme. Eux seuls entraient en ligne de comptes.

Pourtant d'année en année, de l’école primaire, au collège puis au lycée et malgré leur acharnement et mes résolutions de progrès, il n'y eut, tout compte fait, pas de résultats co-efficients, entre eux et moi ! A la table de Pythagore, je n'ai jamais eu d'appétit !

Ah quelles époques ! J'étais toujours entre le zéro et l'infini. Mais devant l'infini, t'es si mal, si mal, que coup après coup, j'aurais dû au moins, me voir pousser la bosse des maths ou acquérir de l'esprit comme 4 !

Mon cher ami, au bout du compte, sans t'énumérer les étapes de mon parcours, post et péri scolaire, je suis simplement devenu, (tu en seras surpris), prévisionniste, calculateur dans le montage d'opérations. Avec le temps, j'escomptais sans doute guérir le mal par le mal mais hélas, la vie à mon instar, ne fait guère mieux que des comptes à rebours.

Bien mince est son résultat, puisque aujourd'hui encore, la politique du chiffre et les statistiques n'ont toujours pas ma préférence. J'ai mis sur le compte de la fatalité ces réticences automatiques. J'hésite même sur l'emploi de l'expression quand je t'affirme que tu fais partie du nombre de mes amis.

C'est dommageable mais ce l'était davantage, à l'époque de mes humanités gréco-latines ! En effet, malgré d'innombrables efforts, je restais sans prise, à découvert, sur le flanc, battant de l'aile. Oui dame ! Et à mon grand dam, le plus souvent damé sur le damier !

J'étais à la fois, un petit pion, coiffé du bonnet d'âne et une bête de sommes, envahie par les idées noires du tableau, qui marquaient à la craie d'interminables nuits blanches. Assommé de calculs cauchemardesques, je ne parvenais plus le jour, à me soustraire à l'attrait du somme, où les yeux grand ouverts, je faisais semblant de compter les moutons.

Je m'enfermais alors, sans retenue, dans ma tour d'ivoire, avec ma petite tête aux cases blanches et noires. Là, mes rêves souvent cavaliers empruntaient des chemins de traverse, diagonales d'un fou du roi qui mourait hélas, toujours dans l'arène scolaire.

Au réveil, j'avais tout sacrifié, déroqué de mon trône, j'étais le roi mort, dépouillé de toute illusion. Aux termes d'une partie nulle, sans faire ni une, ni deux, je me trouvais tout pat, couché, sans chiqué sur l'échiquier... Échecs et maths ! Échec et mat !

Compte sur moi ami, pour te garder mon estime et mon amitié !

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Ami, échecs et maths 1/2

Publié le par modimodi

Charles, mon cher ami, toi, qui es devenu commissaire aux comptes dans un grand cabinet d'audit, tu vas sourire à l'évocation de mes souvenirs scolaires.

Tu le sais, l'existence ressemble assez souvent à un vaste échiquier sur lequel évoluent tour à tour, les maîtresses de l'école de la vie avec leurs élèves et apprentis, tels des pièces postées, en garde de coups de maître !

Oh ! Il n'est pas facile de damer le pion, de prendre la reine, d'être adoubé le roi du jeu et de ne pas finir échec et mat ! Pour les enfants du roque, voici une vraie histoire de fous à la manœuvre ! Pour les esprits chevaleresques, voilà les cavaliers de l'apocalypse ! La Tour, prends garde !

Moi, l’école m'a plutôt réussi et ce qu'on appelle l'enfer de l'enseignement était pour moi, pavé de bonnes intentions. Nous avons toi et moi, usé nos fonds de culotte sur les mêmes bancs d'école de la république. Alors toi, tu le sais, pour la syntaxe, j'étais relax, pour la grammaire, élémentaire..., pour l’orthographe, pas en carafe, en rhétorique, un vrai lyrique, l'histoire, géo, pas Waterloo mais vl’a le hic, l'arithmétique, c'est et c'était ma vraie panique ! Je suis écliptique, apoplectique, cataleptique, à moi tout seul, le Titanic !

Même aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des damnés. Voué donc, aux furies numériques, (tu en as peut-être conservé quelques souvenirs moqueurs), j'allais être irrémédiablement précipité, dans l'abîme des calculs logarithmiques et matriciels, vectoriels et différents, ciel ! Le diable m'emporte, si j'en comprends le dixième. Au diable donc, les peines éternelles du nombre exact ! Mon compte est définitivement bon !

D'ailleurs, je le sus dès l'ouverture des festivités, comme 2 et 2 font 4, que ce serait fatidique et tragique. Qu'y pouvais-je, moi, le pauvre pion pathétique, engoncé dans mon tablier gris-noir, face à la grande dame, drapée dans sa blouse blanche ? Car, la reine des maths et maths-hics, était championne de la didactique, tic-tic. Après avoir enseigné les théorèmes à Pierre et à Paul, elle avait décidé de tout tenter pour me démontrer par A+B, les 36 façons de gravir 4 à 4, les degrés de la connaissance. C'était sans compter sur mes innombrables difficultés numériques et surnuméraires.

Sans pouvoir me retrancher, je m'étais donc mis en 4 pour monter en ligne mes opérations et tenter des variantes..."6 et 4 = 10, je pose zéro et je retiens... rien !" Hélas, vraiment rien, hormis quelques retenues, le soir, 13 à la douzaine, distribuées gracieusement par ma gentille maîtresse des colles !

J'avais beau multiplier les efforts et m'appliquer à déchiffrer ses intentions, je restais nul en sommes, accumulant les impairs, divisé sur une méthode à la 6-4-2 et des résultats toujours faux. Ne voulant pas sans cesse, payer l'addition, je passais une partie des cours sans demander mon reste, replié en défense.

Tout au long de ces infernales années, j'étais sur le gril, brûlant d'en finir avec ces supplices de calcul mental. J'avais beau me presser le fromage, j'avais des trous dans le gruyère où le problème est mental. Mens sana in corpore... Ça no ! Mais faut dire qu'à force de les collectionner, les z'héros sont fatigués.

Croyant à quelques mauvaises volontés de ma part, jugé comme un drôle de numéro, les essais multipliés de tous mes professeurs de tables arithmétiques, d'inconnues algébriques, de problèmes géométriques, de procédures cubiques et alchimiques se transes-formèrent en divisions.

Mais qu'y pouvais-je ? Comment, avec tous ces calculs qui me donnaient des coliques Freinet hic, ne pas se faire débile ? Pauvre de moi, pour qui les maths étaient de l'algèbre, les chiffres arabes de l'hébreu et qui perdais mon latin face aux nombres romains.

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A la tête de l'art

Publié le par modimodi

L'école de la République a la noble mission de sensibiliser nos chères têtes blondes à l'Art avec un grand A... Vaste, noble et belle ambition !

De quel art parlons-nous ? De l'art oratoire des poètes et des beaux parleurs, de l'art culinaire du latin de cuisine, de l'art dramatique des accidentés de la scolarité ?

Parlons-nous des 7 arts libéraux ? Trivium et quadrivium, des trucs en hics, en tics antiques ! Un cauchemar permanent et catastrophique pour certains écoliers, incertains en grammaire, dialectique, rhétorique, arithmétique, géométrie, histoire et musique.

Parlons-nous de l'art en tant que conceptions du Beau, d'esthétique éclatante et d'harmonie plastique des formes et des couleurs ? Parlons-nous, d’œuvres d'art dans l'élégant équilibre des proportions ? Mais encore ! …

Tout n'est-il pas, bien souvent, relatif et subjectif ? Voltaire nous l'a rappelé, "la beauté pour le crapaud, c'est sa crapaude." Mon beau-frère ou ma belle-sœur ont surtout de beaux yeux. "La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a" mais chacun sait que le plus beau réside dans ce qu'elle ne montre pas. Et chacun a une double chance. Soit à sa naissance : "Tout nouveau, tout beau", soit dans le mystère de sa beauté intérieure. Ceux que la vie n'a pas gâtés, dont on dit qu'ils ne sont pas finis ont même le secret espoir de finir dans la beauté schubertienne d'une symphonie inachevée.

D'ailleurs, l'homme, dans sa petitesse, cherche à se dépasser. Après avoir tenté en artiste de faire le beau, le voilà, en quête éternelle, d'absolu, d'excellence et de perfection. D'ordre esthétique et mystique, la divine proportion, présente dans le corps humain, avec sa section dorée et son nombre d'or, a donc inspiré, nombre de créations : dans la peinture (Dali), l'architecture (Le Corbusier, Ricardo Bofill), la musique (Y Xenakis).

Tous les styles, de toutes les époques, influences ou courants, tableaux et monuments ont une même référence, l'art de toucher, d'émouvoir, d'aiguiser les sens et de provoquer l'intuition et l’intelligence !

La tendance est aujourd'hui à la vulgarisation voire à la vulgarité d'un art autrefois impressionniste et qui s'expose faussement en techniques qualifiées de modernes. Cet art qui a détourné la richesse foisonnante du baroque s'en revendique et se dénomme gothique, avant-gardiste et parfois décadent.

L'art est partout, dans les musées, les auditoriums, les théâtres et dans la rue. Si depuis Platon, la politique est l'art de s’intéresser aux affaires de la cité, aujourd'hui, elle est même devenue un art du cirque où bateleurs harangueurs et jongleurs prévisionnistes amusent gradins, travées et amphithéâtre. Si depuis Socrate, la pédagogie est un art d'accoucher les connaissances par la découverte active de la réflexion et du dialogue, l'éducation nationale a inscrit la découverte des arts à ses programmes.

Au même titre, que la littérature ou les sciences, l'art s'est imposé comme objet d'enseignement. Il a fait école. Car l'exigence pédagogique est ainsi faite : pour faire d'une tête bien pleine, une tête bien faite, il convient de la jeter, aux fins de l'initier, à la tête de l'art !

Mais qui peut nous dire où commence l'art et qui l'a initié, exprimé, façonné, peint ou sculpté ? Sont-ce les peintures murales découvertes dans les cavernes ou les premières poteries, les os de mammouth et les silex taillés, les bijoux ciselés pour les belles primitives ?

Quel en est l'alpha et l'oméga et pour dire cool, y a-t-il un b-a ba de l'art, un b-a-ba-ba- school ? A le vulgariser, ne risque-t-on pas de le rendre vulgaire et de transformer ses face à face en terre à terre ? Quel cauchemar pour un tableau que de finir au tableau noir !

A quel art se vouer ? Pour ne pas compromettre les canons de la beauté, devrons-nous négliger l'art militaire pour les beaux-arts et répudier les neuf muses des arts libéraux pour les neuves nymphes du 7ème Art ? A quelle école, quelle période, quel génie se référer ? Le romantisme ou la Rome antique, l'art byzantin ou le pop'art, le douanier Rousseau ou le facteur Cheval, Manet ou Monet is money, en mille liarts, en dollars ou en roubles-art, c'est toujours de l'art, gens !

Et moi de tous, César, je préfère l'art Zèbre ! Faut vous dire que très tôt, j'ai affirmé de réelles dispositions, encrées en moi depuis toujours. Joyeux bonheurs de l'enfance ! Mes premiers essais grapho-barbouillés ont empâté mes cahiers que les taches, par mes petits doigts, appliquées, ont rendu originaux et camaïeux. Au CP, j'étais dernier en écriture mais premier à la compo de patato-gravure. J'avais là, sans nul doute, la révélation de mes dons précoces.

Dès l'adolescence, j'excellais encore à peindre pour ma douce et tendre, ma mie, quelques croûtes du plus bel effet. Tout à la fois zinzin, zazie, zazou, zozo, je fréquentais z'alors les musées et les zoos. Et c'est devant le zèbre que je connus z'ainsi mes z'ultimes z'émotions z'artistiques. Aucun doute, mon frère en peinture se trouvait là !

Aussi permettez-moi de dédicacer à ce virtuose du pinceau comme à ceux qui se reconnaîtront artistes, cette pochade, en clin d’œil intitulée : 

Le Zèbre

Drôle de zèbre à rayures,

Tu ne manques pas d'allure !

Mais pourquoi ces hachures

En forme d'épluchures ?

Et pourquoi ces ratures

Faites à la peinture ?

Serait-ce l'armature,

L'ébauche d'une armure ?

Sont-ce enjolivures

Que ces quelques zébrures ?

Crois-tu que ces marbrures

Te donnent de la carrure ?

Drôle d'architecture !

Bizarre créature !

Tes quelques éraflures

Manquent d'enluminures,

Ta grossière ossature,

Manque un peu de teinture.

Je te le dis, c'est sûr,

Laisse tomber la peinture !

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Connaître ses classiques !

Publié le par modimodi

Horace avait raison: "L'instruction accroît la valeur innée." (ODES IV-4-33) car " aux âmes bien nées, elle "n'attend pas le nombre des années." (P Corneille- Le Cid)

L'école en a fait sa sagesse proverbiale. Ses murs retentissent de mille éclats de voix :

A ma gloire pastiche

" Je suis le ténébreux, le cancre mal aimé,

Le prince de malchance aux zéros abonné:

Ma bonne étoile est morte, et mon pauvre cahier

Porte le soleil noir des tâches d'encrier. " (1)

" Souvent en fond de classe, près du radiateur,

Attendant la sortie, tristement, je m'assieds;

Et mon esprit s'égare, très loin, au fil des heures

De ce tableau changeant, de ces leçons casse-pieds. " (2)

Le maître :

" Jehan, as-tu du coeur?

Jehan :

Tout autre que vous, maître

L'éprouverait sans heurts. " (3)

Le maître :

" A moi, Jehan, deux mots!

Jehan :

Parlez!

Le maître :

Ôte-moi d'un doute,

Connais-tu Charlemagne?..." (4)

Jehan :

Oui,

Le maître :

Sur Charles, dit le Magne, il te faut disserter;

Et l'école, dis-nous, l'a-t-il bien inventée?

Jehan :

" Atteint jusques au fond du cœur

D'une attaque imprévue aussi bien que cruelle,

Pour vous répondre, Maître, je me creuse cervelle,

Ne voulant supporter votre juste rigueur. " (5)

En aparté :

" Il me faut donc ramer ou braver sa colère

Que diable, suis-je venu faire dans cette galère? " (6)

Déclamant :

" Sire Childéric, sur son trône perché

Fut, on le sait, dernier de son lignage.

Maire du palais, par pouvoir alléché

Lui tint à peu près ce langage:

Hé! Bonjour, fils béni parmi les Mérovée,

A vous, la vie d'château et à moi, les corvées!

Sacré roi fainéant, si pour pomm' me prenez,

Par la foi de Pépin, bien fort vous méprenez!

Bref! De tous ces propos, Childéric, le bon roi

Malheureux et confus, resta muet, sans voix.

Sitôt incontinent, couronne lui donna

Aux maudits Pipinides, le trône abandonna. " (7)

De cette dynastie, naquit Charles Le Grand.

Voici, ô mon bon maître, le début du roman.

Le maître médusé de tant d'science historique :

" Ô grâce, ô doux espoir! Ô jeunesse bénie!

Que me soit pardonnée toute ma vilenie!

Car si je t'ai flétri par mes propos guerriers,

J'exulte qu'à ton front, fleurissent tous ces lauriers. " (8)

Jehan :

" Pour être un vrai héros, il me faut achever

C'est peu pour moi de vaincre, je veux encore braver... " (9)

Or donc, à Roncevaux, Roland, son preux neveu

" Aimait le son du cor, le soir au fond des bois. " (10)

Soufflant à perdre haleine, à s'en casser la voix.

A ses basques, les Maures couraient "Sus au baveux! "

Brisons là, leur dit-il, brandissant Durandal,

" Point de royaume à prendre, encore moins mon cheval! " (11)

Le maître impatient :

" Oui! Roland cornait tout le temps,

Il cornait, j'en suis fort aise

Hé bien! Concluez maintenant. " (12)

Jehan:

L'oreille de Charles est bien mauvaise,

Il n'entend pas sonner le cor...

" Roland se meurt, Roland est mort. " (13)

" Ô triste, triste était son âme

A cause, à cause de ces infâmes.

Il ne s'est jamais consolé

De savoir Roland en allé. " (14)

Guerroyer devint interdit,

Tous les soldats furent maudits.

La paix fut donc son seul souci.

Place aux missi dominici!

Caressant sa barbe fleurie,

Il convoqua les érudits :

" De l'école avant toute chose,

Et pour cela, finies les guerres.

Qui dira les torts de la haine!

Le plaisir d'apprendre en semaine!

De la musique, troubadours,

De la science encore et toujours!

Que leçon soit bonne aventure,

Tout le reste est littérature. " (15)

 

Avez-vous reconnu les poèmes et leurs auteurs célèbres, allègrement et honteusement pastichés?

(1) El Deschidado - Les Chimères - Gérard de Nerval

(2) L'isolement - Méditations poétiques I - Alphonse de Lamartine

(3) Le Cid - Acte I - Scène V - Pierre Corneille

(4) Le Cid - Acte II - Scène II - Pierre Corneille

(5) Le Cid - Acte I - Scène VI - Pierre Corneille

(6) Les Fourberies de Scapin - Acte II - Scène VII - Molière

(7) Le corbeau et le Renard - Fables - Jean de la Fontaine

(8) Le Cid - Acte I - Scène IV - Pierre Corneille

(9) Horace - Acte IV - Scène II - Pierre Corneille

(10) Le Cor - Alfred de Vigny

(11) Richard III - Shakespeare

(12) La Cigale et la Fourmi - Fables - Jean de la Fontaine

(13) Oraison Funèbre - Bossuet

(14) Ô triste, triste était mon âme... - Romances sans paroles - Paul Verlaine

(15) Art Poétique - Paul Verlaine

 

Le maître à Jehan :

Jehan, tu es bien jeune " mais aux esprits bien nés

La valeur n'attend pas le nombre des années. " (16)

Le maître à la classe:

" Ecole, mère des arts, des leçons, des devoirs,

Longtemps vous nourrira du lait de sa mamelle;

Ores, comme les soldats que le devoir appelle

Remplissez en son nom des pages chaque soir. " (17)

Jehan :

" Demain, dès l'aube, à l'heure où sonnera ma Seiko,

Je me réveillerai pour bosser l'interro.

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,

Je me lèverai heureux. Je sais qu"il faut apprendre

Fleuve, océan, pénéplaine et montagne...

Je ne puis demeurer ignorant plus longtemps. " (18)

La classe :

Fayot! Fayot!

Gare à ta gueule!

Gare à tes meules!

Bouffon! Fayot!

Répondit l'Echo.

Le Maître :

Silence, taisez-vous, bandes de p'tits minus.

Osez ainsi braver railler, le Carolus Magnus!

Je vous apprendrai, moi, à vous gausser ainsi,

A l'étude, au sérieux, préférer l'anarchie!

Prenez une copie,

Travaillez sans répit:

Sous forme de poème,

Déclinez-moi le thème;

De vos scolarités,

Montrez-moi l'intérêt.

Petit Jacques :

Ô Maître, pour moi, notre école,

C'est un abri pour rossignols...

"Peindre d'abord une cage

Avec une porte fermée Ensuite l'appeler

Classe, école, lycée

Attendre l'heure de la rentrée

Ne pas se décourager

Elle vient à petits pas bleutés

Dans la douceur d'une fin d'été,

Attendre sans se presser.

Quand l'oiseau arrive

L'appeler oiseau rare,

Écolier écolière

Et pour qu'il se cultive

Lui parler de Tite Live

De Corneille de Prévert

De Racine et Molière

D'Euclide et de Mozart

Des Chroniques de Froissart.

Attendre qu'il entre dans la cage

Et quand il est entré

Fermer doucement la porte

Ecrire son nom dans un coin du tableau. " (19)

Joachim :

Je ne veux pas de cage

Je veux des équipages

" Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Et ne fut pas contraint de faire l'enfant sage,

Ou comme celui-là qui conquit la toison,

Sans devoir s'adonner aux rimes, à la raison!

Sans devoir s'éreinter aux devoirs, aux leçons"

Son jumeau :

C'est bien dit, Joachim

L'école c'est qu'du chagrin!

" Mon frère ou toi ma sœur,

Songe à la douleur

D'aller là-bas trimer ensemble!

Bosser à loisir,

Bosser et suer

Dans l'enfer qui nous rassemble! " (21)

" Ô maître, si mon langage

A le propos audacieux,

Souvenez-vous qu'à mon âge

Vous ne jactiez guère mieux. " (22)

Caruso :

En l'honneur de Charlemagne moi, j'ai fait une chanson

Qu'on pourrait tous en chœur entonner à l'unisson :

"Toi qui as eu l'idée folle

Un jour d'inventer l'Ecole

Tu mériterais des torgnoles

Des coups de pied dans les guibolles

Car l'école, c'est comme le bagne

Sacré, Sacré, Charlemagne! " (24)

 

Avez-vous reconnu les poèmes et leurs auteurs célèbres, allègrement et honteusement pastichés?

(16) Le Cid (encore et toujours! ) - Pierre Corneille

(17) France, mère des arts... Les Regrets - Joachim du Bellay

(18) Demain dès l'aube... Les Contemplations - Victor Hugo

(19) Pour faire le portrait d'un oiseau - Paroles - Jacques Prévert

(20) Heureux qui, comme Ulysse... Les Regrets - Joachim du Bellay

(21) L'invitation au voyage - Les Fleurs du Mal - Charles Baudelaire

(22) Stances à Marquise - Pierre Corneille

(23) Sacré Charlemagne - Gall Robert et France

 

La classe continue de répondre au Maître.

L'avant-dernier :

" Je suis venu, câlin, patelin

Riche de mes seuls yeux tranquilles,

Vers l'école de la grande ville

Ils ne m'ont pas trouvé malin. " (24)

L'avant dernier ex-æquo :

" Sans tête suis, bel esprit voudrais être,

Sans tête m'a Dame mémoire laissé,

Sans tête suis au grand dam de mes maîtres,

Sans tête suis, accablé, dépassé,

Sans tête suis partout et sans pensées,

Sans tête suis de tant d'erreurs comblé,

Sans tête suis, vaillant petit baudet " (25)

Le maître :

" Tu es jeune, il est vrai mais aux ânes damnés

La douleur n'attend pas le nombre d'avoinées. " (26)

Martin rêveur :

" Le temps m'a laissé son manteau

De langueurs, de rêves et d'ennuis,

Et s'est vêtu d'étourderies,

De reproches sonnant clair et haut. " (27)

" Mais vrai, j'ai trop plané! Mes notes sont navrantes.

Toute faute est atroce et tout reproche amer :

L'âcre effort m'a gonflé de remarques cinglantes.

Ô ciel! Ma tête éclate! Je retourne chez ma mère. " (28)

Paul le courageux :

" C'est bien la pire peine

De ne savoir pourquoi,

A longueur de semaine,

Je me donne tant de peine. " (29)

Un baîlleur :

" Ô temps! Suspends ton vol, et vous, heures propices!

Suspendez tous nos cours :

Laissez-nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours :

Une récréation qui dure tout un jour! " (30)

" Devant l'ennui que sonne l'heure

De la fin du cours où je meurs.

Passent les jours et passent les semaines

Ni temps perdu

Ni les récrés reviennent

Sous le préau coule ma peine. " (31)

Le dernier :

" Oui, le cancre est semblable au prince des nuées

Qui plane dans ses rêves, se rit des quolibets;

Exilé dans la classe au milieu des huées,

Ses ailes déployées l'empêchent de retomber ." (32)

" Le crissement de la craie ne fait pas frissonner sa narine.

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine

Tranquille. Il a deux tâches d'encre au bout des doigts. " (33)

Un redoublant :

" Que sont mes copains devenus

Eux que j'avais si près tenus

Et tant aimés?

Je vois qu'ils sont trop clairsemés,

Je crois le temps les a ôtés,

L'enfance est morte

Ce sont amis qu'école emporte. " (34)

" Oh! Combien de malins et de petits génies

Qui sont partis joyeux pour des cours insomnies!

Sur les bancs de la classe en usant leur culotte,

Combien ont disparu? Où sont passés mes potes?

Sous les lauriers fanés à jamais enfouis! " (35)

Envoi :

" Nous vous voyons attablés, vingt, trente,

Tête baissée comme font pénitentes

Traçant, gravant, burinant, ânonnant

Et, vos cerveaux prisonniers des carcans

A votre mal personne ne remédie,

De congés en semaines, de trois à quatre jeudis,

Moult enseignants ont quelques grains à moudre;

Mais, vous n'avez que problèmes à résoudre.

Frères écoliers qui après nous vivez,

N'ayez les cœurs contre Charles endurcis,

Car si pitié de lui pauvres n'avez,

Jules Ferry aura de vous souci! " (36)

 

Avez-vous reconnu les poèmes et leurs auteurs célèbres, allègrement et honteusement pastichés?

(24) Je suis venu, calme , orphelin... - Sagesse - Paul Verlaine

(25) Ballade - Christine de Pisan

(26) Le Cid - Corneille peut bayer!

(27) Rondeau - Charles d'Orléans

(28) Le bateau ivre - Poésie 1871 - Arthur Rimbaud

(29) Il pleure dans mon coeur... - Romances sans paroles - Paul Verlaine

(30) Le lac - Méditations poétiques - Alphonse de Lamartine

(31) Le pont Mirabeau - Alcools - Guillaume Apollinaire

(32) L'albatros - Les fleurs du Mal - Charles Baudelaire

(33) Le dormeur du val - Poésies 1870 - Arthur Rimbaud

(34) La complainte Rutebeuf - Rutebeuf

(35) Oceano Nox - Les rayons et les ombres - Victor Hugo

(36) La ballade des pendus - François Villon

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Sucre d'orge et circenses !

Publié le par modimodi

Comme dit la sagesse populaire : " Il faut bien que jeunesse se passe ! " Demain, c'est les vacances, le temps des jeux et des loisirs.

Jeux de plein air, jeux d'intérieur ou jeux d'éveil, les maisons d'édition et les grands magasins accumulent leurs catalogues de vente et de production en "design-ant" incessamment de nouveaux modèles.

Le jeu est partout, à la maison et à l'école ! On l'a pensé profondément, on l'a dit doctement, on l'a écrit dans de longues théories psychopédagogiques : " Le jeu fait partie intégrante de l'Education et de la culture de nos enfants. "

Cette affirmation n'est bien sûr pas gratuite, car il nous en coûte d'offrir à nos petits comme à nos grands, les joies saines de la grimpette et des randos en montagne, l'apprentissage de la notion du vide, de l'agilité et du risque en parcours accrobranches ou le plaisir de la glisse, en skis, en skate, en luge.

Dès l'école maternelle, c'est sucre d'orge et bientôt circenses pour Boucle d'or et les super héros en culottes courtes. Heureux temps ! La princesse a attendu le prince chevalier en son château sécurisé. L'enfance est vainqueur, le pouce est levé. Hélas ! Demain, ce sera le doigt d'honneur !

Des structures modulaires, polymorphes, multifonctionnelles et colorées aiguisent leur imagination, leur créativité et leur esthétisme. Quantité de jeux et d'agrès permettent aux acrobates de développer leur adresse, leur motricité, leur équilibre, de stabiliser au mieux leur personnalité comme de faciliter leur socialisation.

La détente, le bonheur et l'aventure attendent parents et éducateurs, sur la pelouse de la résidence, dans la cour de récréation ou le jardin public, au bas de l'échelle ou du portique, sous le tepee, derrière la cabane, dans le bac à sable, la piscine espace-mousse ou sur le pont de cordes.

Démodés les balançoires et les tourniquets, rangés les cordes à sauter, les cerceaux et les yoyos, oubliés les billes, les dadas et les dominos, envolés les devinettes, les bouts rimés, effacées les marelles à la craie, plus d'enfer ou de paradis.

Demeurent encore ballons, poupées et peluches, camions de pompiers, vélos, skates et trottinettes ! Mais désormais pour favoriser l'éclosion du génie de notre progéniture, il faut des "escaglisses, des aquasites sur pilotis, des pyramides thermolaquées modulables en chaluts lasérifiés et même des vibrateurs rotatifs à impulsions sonores et musicales"... 

Il faut des buggys et des quads qui rivalisent encore avec des circuits-voitures téléguidées. Un peu de calme demeure possible avec des maquettes-légo ou les figurines des dragons ou héros transformers. Mais attention à ne pas oublier les tablettes, les portables, les caméras, les consoles de jeux, playStations multi versions, les drones radiocommandés et les casques virtuels.

Ne nous étonnons pas de rester d'éternels enfants ! D'ailleurs pourquoi voudrions-nous que jeunesse se passe ? L'âge importe peu, c'est l'esprit !

Les poupées marchent, parlent, pleurent, chantent, dansent et nos poupons et galopins s'éduquent et se socialisent en oubliant les parties de cache-cache et de chat perché. Un, deux, trois, soleil ! Il fait toujours beau dans l'enfance !

Dans le béton des villes, Robinson ne construit plus sa cabane, Tarzan ne pousse plus son cri. Ivanhoé a rangé son épée et Zorro a perdu sa panoplie. Seuls, quelques nouveaux exterminators masqués et armés, derniers humanoïdes bizarroïdes et survivants d'un troisième millénaire hantent encore quelques squares, quand la télé familiale est en panne.

Caricatural, dépassé, rétrograde et ringard, le rédacteur de ce texte ! Sans doute ! Mais fort heureusement, l'enfant reprend toujours ses droits et son naturel. D'instinct sur la plage, il aligne ses pâtés de sable et construit ses châteaux-forts que la marée emporte plus tard jusqu'en Espagne !

Bien sûr, le temps et les modes changent, alors pourquoi pas les jouets et les jeux ? Évidences indiscutables. Nos bébés explorent, nos bambins accommodent et imitent, nos apprentis sorciers transforment le réel et assimilent.

Nos petits monstres jouent et se jouent de nous tout en continuant, quel que soit le support, à rêver et chevaucher la Chimère. Ainsi, les mêmes mythes et légendes, les mêmes symboles, les mêmes fantasmes originaires, les mêmes êtres surnaturels surgis de langages imaginaires assurent la mémoire éternelle de l'enfance.

Notre inconscient se reflète dans le miroir de nos peurs et de nos enchantements. Notre pensée épouse la morphologie et le pouvoir des êtres fabuleux. L'identification permet de donner de l'assurance à notre vie et de dépasser nos angoisses à travers tous les jeux subtils de notre imaginaire.

Chacun est à son tour roi et chevalier, prince et princesse. Le réel prend forme peu à peu. Peut-être que l'éducation au premier devoir envers nos grands-parents débute dans la visite du "Petit Chaperon Rouge" à sa grand-mère. Peut-être que le loup incarne pour toujours le danger caché, la trompeuse séduction et la peur d'être dévoré par ce grand méchant. Plus tard, chacun en rira en disant que le petit chaperon a rougi en voyant le loup et apprendra à hurler avec les loups !

Temps primordial et fabuleux des commencements ! Magie du premier matin ! Une île danse dans un coquillage !... Qu'importe, saisons et années, notre vie continue de paresser et de rêver. Chacun s'accroche à la lune, aux étoiles. Nous sommes tous invités à un éternel voyage intérieur pour retrouver les oiseaux qui colorent les nuages, dénouer les cheveux d'ange des comètes, déchiffrer sur un galet l'écriture bleue de la mer.

Chaque jeu est un sortilège en action et le signe innocent de la rêverie du monde. Il nous reste toujours à habiter en mortel un espace potentiel où l'on ne peut vivre qu'en jouant. Car "le génie, disait Baudelaire, est l'enfance retrouvée à volonté."

Mes amis, c'est l'été ! Je ferme mon encrier, je pose ma plume et je prends mon petit seau et ma pelle ! Mon enfance est retrouvée dans l'éternité poétique de "la mer allée avec le soleil".

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Retour en enfance

Publié le par modimodi

Peut-on avoir des états d'âme, si l'on vit dans un état d'absurdité, dans un fatras de pensées dispersées ? Psyché peut-elle encore personnifier le souffle qui emporte l'esprit hors de toute contrainte de temps et de sens ?

En cet instant, suis-je moi-même en train de délirer ou de retomber en enfance ? Mon cerveau semble s'agiter sans raison, libéré des pesanteurs de mon esprit. Je philosophe comme un arracheur de dents de sagesse. Je divague entre l'être et l'avoir, ces indispensables auxiliaires de vie qui me permettent de penser et de dépenser. Oh oui ! Si penser, c'est agir dans l'immobilité ou dans le désordre de ses idées alors je peux vous assurer que je m'y dépense sans compter.

Le créateur a pourtant bien fait les choses : "Au commencement était le verbe"… Mais le verbe s'est fait cher. Le verbe être s'est fait avoir et laissé faire. Alors, l'Homme qui s'est découvert sujet a cherché l'objet de son existence. Il a inventé par occupation ou par ennui, l'action. Elle devait le mener à sa fin dernière, soit au bonheur épicurien, soit à la vertu Kantienne.

De l'intuition à l'intention, de la pensée à la passion désordonnée des sentiments, l'action était née ! Fichtre et fichu Fichte qui osait clamer : "Agir, agir, voilà notre raison d'être ici-bas." Tandis qu'en écho, un de ses frérots intello, tendance gaucho, Marx renchérissait sur le "Capital" avec des déclarations matérialistes en s'écriant : "La philosophie a pensé le monde, il s'agit maintenant de le faire." A peine est-il lui-même parvenu à tourner en rond, à faire un tour du monde ou à en faire tout un monde. Quelques matérialistes rêvent toujours de le bâtir !

En avant marche, peuples laborieux d'une humanité plus souffrante que progressiste, plus criseuse qu'idéaliste, plus activiste qu'active, brûlant ses idéaux dans le feu de l'action ! De sempiternelles questions taraudent la conscience de l’humanité… Devrions-nous toujours réfléchir avant d'agir ? Qui en a décidé l’absolue nécessité ? Quel mâcheur de chewing-gum a décrété qu’il fallait tourner sept fois sa langue avant de parler ?

Certains y vont de leurs savantes hypothèses. J’en reste perplexe. Qui ou quels événements dictent nos choix ?  Saurions-nous lire dans les lignes de la main du destin ? Tout se joue-t-il très tôt, à la naissance et au plus tard dès la petite enfance ?

L'école est permanente comme le grand cinéma ! De Jules Ferry à Baden-Powell, du b-a, ba à la B.A, il n'y qu'un bât réservé aux quelques ânes qui auraient l'insolente réticence de ne pas être toujours prêts.

Oui ! Sans débats, la vie nous impose ses hauts et ses bas de bilan et fructifie les promesses aussi vite qu'elle ne ruine les espoirs ! Mais au bout du compte, l'intérêt est-il toujours profitable et capital ? La bourse vaut-elle la peine qu'on y consacre sa vie et qu'on y laisse pour solde de tout compte, sa santé ? En conservant les acquis du savoir et de l'expérience, un retour en enfance est-il possible ?

Si mes espérances de richesse intérieure sont aujourd'hui ruinées, c'est encore et toujours la faute à l'Education Nationale ! Car moi, j'ai vécu ces temps anciens ! Une bonne note pour une bonne réponse, un bon point pour une bonne action… La pédagogie était devenue l'art du troc et du toc ! Dans les cours officiels, par manque parfois d'échanges avec leurs élèves, certains enseignants étaient ainsi passés maîtres dans l'art de donner le change. Moi, j'excellais à brocanter les rossignols de mon savoir sur ce marché scolaire où je me faisais secouer les puces au milieu du bric-à-brac de mes apprentissages.

Mon professeur était un excellent bailleur de devises cornéliennes qui s'épargnait sans doute en affirmant qu’« aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années. » Mais seul Rodrigue avait du cœur, un cœur d'or pour Chimène !

Mon problème fut de ne jamais parvenir à trouver l'unité d'action, de lieu et de temps pour mes primes et tendres amoureuses. "Ô rage ! Ô désespoir !"... Ô jeunesse ennemie ! La première tragi-comédie de ma vie ! Mon premier aveuglement d'amour !

Les années ont roulé les graviers des souvenirs jusqu’à l’écluse du temps. En y songeant, dans ce fauteuil, les yeux mouillés de larmes, je comprends pourquoi le commun des mortels affirme que les vieux retournent voire retombent en enfance.

 

 

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