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Articles avec #grands dieux tag

Le début et la fin 3/3

Publié le par modimodi

Depuis les prodiges de la Genèse et la promesse évangélique de la vie éternelle, l'espoir est à n'en plus finir ! Les meilleures choses n'ont jamais de fin ! C'est toujours la première fois !

Le temps qui passe n'est qu'une fraction d'éternité... toujours en devenir !

Au long de sa vie, tout Homme est un éternel débutant. Qu'il réalise une action ou simplement qu'il se réalise, chacun peut-être ainsi :

-un nourrisson vagissant, aux premiers sons brayés et balbutiés et répétés ensuite, année après année, dans ses excès de joie ou de colère,

-un bébé dans ses premiers pas, de fourmi, de tortue, de géant, plus tard, un novice progressant dans ses projets,

-un écolier ébaubi et béat, épelant en hésitant son premier b,a, ba, qu'il ne fera que répéter dans les nombreuses banalités de son existence,

-un cancre, bon premier des bons à rien, de ceux qui repartent sans cesse de zéro, à l'école permanente de la vie,

-un éternel débutant à son banc d'écolier, un perpétuel apprenti toujours au banc d'essai de ses entreprises, un actif en constantes expérimentations,

-un étudiant dans l'introduction de sa dissertation ou un apprenti bonimenteur développant avec application tous ses arguments,

-un bizut timide dans ses premières classes, un bleu avec ses armes au pied, soudain devenu blanc, au premier coup, plus tard, le même toujours ému devant une superbe beauté canon,

-un jeune premier, dans ses primes émois, aveuglé à première vue, puis toute sa vie durant, un perpétuel amoureux ébloui par les feux d'amour et d'artifices,

-un vigoureux échange physique sans préliminaires, un rapport sans précautions et après, des amours de passage,

-un puisatier qui remonte à la source, un éclusier dont les rêves d'aval en amont suivent la rivière et le fleuve pour atteindre l'océan,

-un néophyte chimiste à ses nouveaux tubes et essais ou un grand chef préparant dans son laboratoire, une mise en bouche, en avant goût du menu dégustation,

-un hallebardier de théâtre, à sa toute première entrée comme l'Homme ce comédien, éternel débutant sur la scène de la vie.

Et ainsi, pourrions-nous aligner les exemples, à n'en plus finir ! A votre tour, imagineriez-vous la suite et le développement dans le temps de ces quelques situations... Que diriez-vous devant :

-un concepteur, promoteur d'idées neuves et originales,

-un scientifique dans ses axiomes et postulats,

-un sentencieux, par principe, dans un a priori,

-un pionnier et un explorateur en premier lieu,

-un parvenu qui se croit le premier venu,

-un croque-mort à son point de départ,

-une ballerine entrant dans la danse sans la peur de la contredanse,

-un mécano de première main avec le doigt dans l'engrenage dès sa première mise en route,

-un électricien survolté, vite mis au courant,

-une manucure qui se fait la main,

-un vampire qui se fait les dents,

-un pénitent condamné d'emblée, au péché originel,

-un novice aux prises avec sa première expérience mystique,

-une pensée avant propos,

-un avertissement sans frais ni préavis,

-un pianiste dans un prélude,

-un écrivaillon rédigeant son prologue et sa prime préface,

-un jeune politicien éloquent dès le préambule de son discours.

Et pourquoi pas imaginer encore ?

-Archimède se jetant dans le bain avant sa savonnette,

-Dieu ou le numineux hasard s'enflammant pour sa création et jaillissant pour une entrée en matière, dans une première étincelle,

etc, ad libitum...

Car chacun se met encore à rêver d'une éternelle jeunesse ! L'académicien se croit perpétuel ! La belle lifte son destin ! Plus de peau de chagrin mais le velouté d'une peau de pêche ! Plus de vieille peau, plus d'usure du temps, de fatigue inutile, c'est toujours l'heure H pour faire la bombe ! Dans les afters, tout le monde s'éclate dans les artifices de fêtes improvisées. Partout, ça gaze ou pète la forme car ce n'est pas aujourd'hui, la fin des haricots ! ...

"La fin me donne faim ! Y penser ça creuse !" disait le fossoyeur en mordant à pleines dents dans son casse-dalle ! A la bonne heure ! Car pour l'heure, ce n'est pas encore le début de la fin ni le dernier quart d'heure, tant que vous n'avez pas avalé le fatal bouillon d'onze heures, le bloody mary, le mort-ito, la mort subite, le dark cocktail !

Où que vous soyez, tenez-vous en éveil, il n'est point temps du dernier sommeil ! L'essence précède l’existence. Cherchez donc la cause première !  Buvez la bonne parole ! Vous pourrez boire l'eau de vie, jusqu'au bout de la nuit ! Tout est bonheur et don du ciel. La providence divine ou pas, est charitable.

" Demandez et vous recevrez ! " ... Un bon œil d'aigle pour le dernier des Mohicans, un bon pied marin pour le premier quartier-maître ! Ce n'est pas l'heure, de tirer sa dernière flèche ni de rejoindre le port, pour y jeter l'ancre ! Stop ! Halte-là aux prédicateurs de la dernière heure ! A la fin des soldes, seules les fins de mois sont dures, à la fin de ma vie, seule la fin de moi sera dure, et dure dur !

Car en fait, amis terriens, nous ne savons rien. Dans notre conception humaine, forcément limitée, le monde n'a peut-être, qu'un début et pas de fin !... Nous cherchons à percer le mystère, à tout savoir et tout comprendre. Certains disent qu'ils savent. Ils mentent !

La voie qu'ils indiquent est une voie sans issue. N'écoutez pas ces rusés charlatans qui régulièrement prédisent la fin. La disparition de l'humanité reste une abstraction, un plan sur la comète en folie, un mythe horrifique. La destruction du monde reste dans l'absolu, un vain fléau, dit divin ou une peur millénariste. Il y a forcément un commencement de la fin, mais la fin est incertaine et ne justifie pas qu'on s'arrête à des arguments, somme toute, moyens !

En définitive, seul l'échotier s'y retrouve, mais toujours en fin de conte et l'avenir se chargera bien de lui régler son propre compte. Il peut se tuer à rabâcher ses prophéties et multiplier ses avertissements, il est déjà lui-même, en voix d'extinction. Il n'aura pas le dernier mot ! Ne vous rendez-pas à ses prédictions, opposez-lui, une fin de non-recevoir. Méfiez-vous des prêcheurs et des prophètes !

Avec ce type de raseur, un conseil : ne cherchez pas à tenir le cou, coupez court ! A la fin des fins, n'attendez pas d'être au bout du bout, ni à la dernière extrémité ! Mettez fin à la sinistrose, tout finit par s'arranger !

A quoi bon d'ailleurs s'inquiéter durant toute notre vie, d'une histoire dont nous connaissons tous, la fin ! Même pour celui qui ne sait ni A ni B, l'alphabet de la vie s'épèle de A à Z !... Alors amis, agissez et affrontez l'adversité, acceptez de recevoir et accordez votre pardon, accueillez votre frère et aidez votre semblable, admirez la beauté et améliorez l’œuvre, ancrez vos convictions et approfondissez vos connaissances, avancez en vous et vers les autres et aimez, en toute confiance ! A la fin, d'ailleurs, espérer constitue déjà un bon début.

Finalement, c'est entre le début et la fin que se glisse la durée, que s'introduit l'intervalle, que s'écrit l'histoire d'une vie, d'une époque et du monde. Nous sommes fondamentalement, tous des citoyens de ce monde, inscrits dans la durée, une durée indéterminée...

Nous portons tous en nous, le début et la fin des renouveaux incessants ! C'est sans fin, que nous sommes, jusqu'à la fin inconcevable des temps, l'ébauche et l’avènement, la finition et la définition, de l'amour et de la vie ! Chaque jour est le plus beau des jours ! C'est peut-être cela le commencement de l'éternité !

 

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Le début et la fin 2/3

Publié le par modimodi

Au début était le bruit ou le silence, le souffle ou la parole ! Au début, était le son ! Au début était le mot... Tu l'ignores, tu le supposes !

Toi, qui le cherches, sais-tu que la mort seule, aura le dernier mot dans l'éloquence de son silence ou le fracas des trompettes du Jugement dernier.

Sagesse ou folie, il faut vivre chaque instant comme un début et non pas comme une fin. Il faut vivre chaque fin comme un nouveau départ. La seule assurance, c'est celle de la promesse...

Chacun le sait plus qu'il ne le perçoit ou ne s'en rappelle. Le premier cri de la délivrance a marqué son irruption dans la vie. De même, certains croient que c'est le premier souffle biblique qui a donné le coup d'envoi de la création.

Pour ceux qui croient au ciel, l'évangile ésotérique de St Jean leur donne une précieuse indication : " Au commencement était le Verbe ! " Voilà ! L'origine du monde est déclenchée par le Logos divin qui fonde l'univers avant de s'incarner pour demeurer parmi les humains. C'est ainsi que tout commence ! C'est ainsi que naît le mystère du cosmos, de la terre et de l'existence !

"Dieu" ainsi nommé, accomplit son entrée en matière et en action. Il crée les premiers temps de la valse des planètes, les premières mesures de la ronde des galaxies, les premiers pas de la danse des étoiles et met en marche le carrousel des constellations. Fiat Lux !

Son entreprise magicienne donne l'aurore au cosmos. L'éclat du premier matin préfigure tous les matins du monde. Un éclair de génie ébauche dans la lumière tous les éléments de l'harmonie. Il leur donne forme et fait apparaître les êtres vivants dans leur infinie diversité et leur extraordinaire beauté. Le pur Esprit est féerie, il inaugure ainsi le temps primordial de la grande aventure humaine.

C'est l'avènement de la Vie ! Ab ovo ! L'éclosion est un jaillissement d'éléments gazeux, embryonnaires de prodiges. De la grande omelette cosmique naît notre terre et avec elle, les grandes interrogations : qui de l’œuf ou de la poule ? Dieu est-il un papa-poule ?

Certains crânes d’œuf restent à jamais brouillés avec la question et certaines faces d’œuf refusent de tout gober, en niant tout à plat ! Je connais un "saint" André qui est pire que saint Thomas ! Il refuse ces cucuteries de bondieuseries et appelle le Sauveur, Monsieur Jésus... Notre amitié est la plus forte.

D'ébauches en esquisses, l'évolution est engagée, en développements permanents, en extensions et expansions dilatées. Tout est rythme et musique, du temps naît le contretemps, du début naît la fin ! Mouvements des cycles permanents : Perpetuum mobile !... ad vitam aeternam... tout au moins, jusqu'à l'apocalypse !

Réjouissons-nous tant qu'on le peut ! Hava Naguila, Hava Nabila ! Non ! Mais quoi ? God knows what ! Découvrira-t-on enfin, le pourquoi du comment, le comment du pourquoi, le sens ou les sens de l'existence ? Verra-t-on le plan de la grande architecture, à défaut de rencontrer le Grand Architecte ? A quel prix, par quels moyens et à quelle heure ?

In fine, où est le début de l’œuvre, où est la fin du cercle, est-on vraiment au point central ou au point mort ? Tourne-t-on en rond ou a-t-on mal tourné ? Sommes-nous déjà au terminus ? L'arrivée se juge-t-elle au finish ? Interminables questions, sans fin, éternelles, jusqu'à la fin des temps !

Au cœur du croyant, qu'il soit parieur pascalien au tiercé de la sainte Trinité ou croyant de bonne foi, la "bonne nouvelle" évangélique a diffusé le message de l'espérance salvatrice dans un autre monde promis. Elle a transformé l'idée brutale de la mort en "Grand départ !" Inscription baptismale pour la nouvelle course céleste, le grand marathon du paradis ! Le départ pour l'inconnu ! Un seuil à franchir, un pas, un saut, une entrée dans le lumineux mystère, là-haut, tout là-haut...

Après tous les mea culpa, les pénitences répétées et la multiplication des prières de repentance, avant la face contre terre pour éviter la chute, voici le joyeux "rira bien, qui rira le dernier, avec les anges et les archanges !" Oh ! La grande et la petite joie de s'envoyer en l'air !

Un remède au désespoir qu'après, il n'y a plus rien ! Miracle de l'eschatologie ! Dénouement inattendu ! La fin est devenue début ! Une inversion inédite du processus où le terme est un recommencement, l'initiale d'une nouvelle vie ! Le retour vers le futur, l'involution ab utero, vers l'unité. Un voyage dans le temps et une expédition pour l'au-delà...

En quelque sorte, chacun aura ou aurait droit à une seconde naissance immatérielle, à l'instar du Christ Phénix ! Alors, pour renaître de ses cendres, il faudrait bien sûr, avoir le feu sacré et ne pas avoir de retard à l'allumage ! Mais hélas ou heureusement, nos feux sont d'artifice, de Bengale et de joie. Pas du feu de Dieu ! Rien d'extraordinaire ! Nous ne sommes que des lucioles, de petits feux follets pour la nuit éternelle.

Bonheur et gloire aux crédules ! Pour chacun d'eux, cette révélation est un cadeau inespéré, un sacré subterfuge, un formidable défi spirituel qui naît dans le cœur des hommes. Miracle, merveille et prodige ! Dieu sait comment, mais les voilà capables, par l'opération du Saint Esprit d'éviter brutalement la sortie définitive et de pouvoir jouer encore les prolongations paradisiaques ou infernales.

Ainsi, quand tout est achevé, quand l’œuvre est accomplie, quand le plat de résistance de la vie est consommé, rien n'est définitivement perdu ! Chacun peut désormais mourir de sa belle mort ! "Ce n'est pas la mort !", dira le futur bienheureux ! Ainsi, pourrait-on même comprendre ceux qui font le mort, vivant !

Par l'opération du Saint Esprit, l'esprit borné n'a plus de limites. Il peut passer d'un extrême à l'autre. C'est la fête aux neuneus ! A l'extrême onction, c'est in extremis, que celui-ci est mort de rire, jaune d'huile de saint Chrême !

Gloire donc au primitif, à l'esprit obtus car l'ouverture des angles devient possible, tous les angles sont arrondis. Il n'y a plus de point final, de point de non-retour, juste des points de suspension, un arrêt momentané de l'image et du son. Dans ce cas de figure radieuse et bienheureuse, si on expire, c'est pour prendre un second souffle céleste ! Rien ne cesse, ni ne dégénère car tout régénère ! Tout se transforme pour l'éther-nité !

Incroyable, me direz-vous, à n'en pas revenir ! D'ailleurs, à mon humble connaissance, personne n'en est jamais revenu, même en avatar ou en ectoplasme.

Alors, chevaliers de la terre ronde, fils de Dieu et filles de joie, faites comme moi !... Et que la fête continue ! Dès ici-bas, souriez aux anges ! C'est la seule figure de circonstance !

 

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Le début et la fin 1/3

Publié le par modimodi

On dit d'une histoire qui fait des têtes à queue avec le bon sens, d'un récit qui finit en queue de poisson, d'un raisonnement sans queue ni tête, qu'ils ne tiennent pas debout !

Comme si l'homme était une tanche, toujours entre deux eaux et que son équilibre n'était pas autant une question de jambes que d'aplomb dans la tête !

A moins d'être un acrobate de l'esprit, un funambule de la pensée et de savoir jongler avec les idées, l'homme stable a les pieds sur terre, en accord harmonieux dans ses proportions physiques et mentales.

Généralement, l'être humain a de quoi se rassurer. Tout est bien qui finit plus ou moins bien ! Sa vie se déroule, du début à la fin, dans la logique des causes et des conséquences. Ainsi du début du jour à la fin du jour, l'activité humaine s'accomplit de l'aube au crépuscule. La naissance et la mort marquent les termes de l'existence, à l'alpha correspond l'oméga et il n'y a pas de premier sans bon dernier.

Vive la grande loterie céleste ! Il ne faut jurer de rien. Les grandes questions métaphysiques n'épargnent pas les humains terre à terre. Ah ! Nom de Dieu ! Y a-t-il des quantités de dieux ou un seul Dieu ? Qu'est ce qui nous attend à la fin ? La mort infinie ou la vie éternelle ? ... Qui croire et qu'espérer ? Y a-t-il une vie après la mort ? Un avenir radieux ou un cul-de-sac enténébré ? 

Bienheureux les baptisés et les croyants ! La prophétie évangélique chrétienne leur promet un dénouement inattendu, un au-delà, un après eschatologique qui promet d'inverser le sort : "Les derniers seront les premiers."

Miracle ou supercherie ? La phrase magique de promesses produit un double effet pour les naïfs estampillés et tous les nigauds crédules ! Car oui ! Voilà bien, une belle consolation terrestre ou un encouragement au moindre effort pour tous les perdants et les accidentés de la vie ! Voici, encore une belle incitation à la fructification des excédents et des profits, pour les moins nombreux mais heureux gagnants de la vie ! De fait, ceux-là n'ont plus qu'à se hâter d'exploiter leur filon, avant de régresser et alors de tout perdre ! L'inversion promise des hiérarchies fait ainsi patienter le bon peuple, même si, déjà le valet ignore qu'il est la caricature du maître ! 

Car chacun le sait, paradis ou enfer, néant et damnation ou purgatoire en attente de résurrection, la naissance annonce déjà le début de la fin. Chaque jour qui passe rapproche du terme. Si la dernière heure fatidique figure au grand livre du destin, ils sont nombreux à espérer pouvoir en déchirer la page finale. Car inexorablement et finalement, l'épilogue de notre passage ici-bas s'impose à chacun, d'heure en heure ! Rien n'est constant et tout s'achève, car à la fin du compte à rebours, l'homme comprend qu'il est initialement programmé biologiquement. Il restera sur sa fin.

Sur le circuit, il n'a pas pris le départ de la course de la vie, sans un jour ou l'autre, penser au dernier sprint et au finish. Si sa destinée terrestre n'est rien d'autre qu'une course contre la montre, au départ, il vise déjà, sans le savoir, l'arrivée. Sa vie est réglée comme une horloge. A la minute ou à la seconde, tout le monde est sûr d'arriver à l'heure !

Mais l'humain n'a conscience du but de son existence que progressivement. Quand il réalise qu'il a vécu la mise en jambes de l'enfance, que tous les prémices des plaisirs du jeune premier l'ont conduit de l'âge de raison à l'âge adulte, alors, il sait que rien ne dure éternellement et qu'il n'y pas de début sans fin ! C'est ainsi que  la sagesse populaire lui enseigne que : "Avant l'heure, ce n'est pas l'heure, après l'heure, ce n'est plus l'heure !" 

Chaque démarrage, chaque arrêt et chaque reprise ne font ainsi que retarder l'échéance ultime de la minute de vérité. L'un patiente, l'autre espère un sursis avec l'intime espoir de ne pas arriver dans les temps, d'être en retard et oublié par la grande faucheuse !

C'est à la toute dernière heure, que chacun découvre amèrement que l'arrivée correspond à la fin de l'existence. C'est alors que la vie s'emploie à remettre les pendules à l'heure et que chacun passe un dernier et sale quart d'heure ! Mais pour exprimer cette macabre issue, l'écrivain amodie la fatalité de ce funeste destin en jouant délicatement et pudiquement avec les mots.

"Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! Levons l'ancre !

Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !

Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,

Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons !" (Le Voyage - C. Baudelaire.)

Dans les chroniques du temps qui passe, l'Homme affirme qu'il ne veut pas chercher midi à quatorze heures car il n'y a pas d'heure pour les braves ! Il écrit que l'arbre de la vie est persistant de sève mais que ses feuilles sont caduques. Et, il sait encore que : "L'esprit est ardent mais que la chair est faible..." Une faiblesse humaine qu'il assumera jusqu'à l'extrême de l'épuisement vital...

L'humanité expérimente ainsi, à longueur de temps, l'éphémère de chaque instant, quand dans le même temps, elle rêve de continuité. Alors, jusqu'à la der des ders, pour maintenir la permanence du nom, pour tenter la pérennité, l'homme sème ses descendances. Ne voulant pas disparaître, en espérant demeurer, il perpétue la vie !

Ah ! La bonne heure d'un espoir infini ! Car sinon, du début à la fin, la vie n'aurait pas de sens, elle serait sans queue ni tête, une absurdité existentielle !

 

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La peste bucolique

Publié le par modimodi

 AVANT-PROPOS

Oh! Je le sais, je le vois, vous l'aimez corps et âme, à en vivre et même à en mourir.

Mais qui vous contera, jeune amoureux ou vieil amant, les ravages de l'amour? Qui vous expliquera comment l'amour vient à vous? Comment il vous subjugue, vous tente, vous envahit? 

Qui vous éclairera, vous conseillera et vous préviendra? Qui fera oeuvre utile en vous enseignant sa prophylaxie?

Qui mieux que moi?

Mère et Père de toutes choses, moi, l'omniscient, le créateur du temps et de l'infini dont chacun cherche encore l'exacte définition. Qui mieux que moi, l'Eternel devant tous ceux qui se croient immortels ou cherchent à le devenir, comme ces pauvres savants en habits verts et leurs avatars, les hommes.

Qui mieux que moi?

Principe créateur, énergie primordiale transmise aux fluides, aux liquides, aux végétaux, aux minéraux, à tout ce qui est, vit et meurt. Car je suis désir et espérance, je rapproche, je charme et j'attire, je mélange et je joins. Par moi, tout advient et tout s'engendre.

Il vous a été dit et écrit que le Jour avant le jour, le premier, il en faut un, tout commença. Oui! Tout s'ébaucha par un ressac de mon Esprit .

Or donc, ce fut ce premier jour que le souffle sur les eaux primordiales portait en lui un imperceptible murmure. Dans le vacarme fracassant de la terre en fractures se propagèrent les premiers bruits de fond de deux battements de vie pour deux futurs cœurs indéterminés. Dans la clarté du nimbe de ma gloire, ils se confondirent. Mais trop occupé à ma création poétique, trop exalté par sa nouveauté céleste et étoilée, je laissais échapper cette facétie de mon génie.

Funeste distraction car depuis, comme vague et rocher, pourquoi vos semblables en amour n'en finissent-ils pas de se fracasser et de se jeter l'un ou l'une sur l'autre? Depuis comme ciel et soleil pourquoi cherchent-ils du regard à se réverbérer et à se troubler en l'autre?

Pourquoi? Oh oui pourquoi? Et la chaîne des pourquoi menotte les amants depuis la nuit des temps.

Or donc, la Nuit d'avant la nuit, il en faut une, j'affirmai ma divinité et conçus de créer le ciel et la terre, de les peupler d'animaux, d'un homme et d'une femme. Curieuse succession créatrice me direz-vous, dont le comble de l'étonnement n'est-il pas que c'est de l'homme écôté qu'advint la femme? Premier accouchement décisif, première mise bas des hautes œuvres. Car c'est ainsi que s'illustra ma puissance démiurgique et ma fantaisie d'inventeur. C'est ainsi hélas que je commis ma première, fatale et irrémédiable erreur. Qu'avais-je besoin de m'anthropomorphiser?

Mais pas d'emballement inutile, vous finirez bien par comprendre ou tout au moins appréhender les conséquences de cette bévue! Seul mon plaisir guidait la novation du nouveau monde qui prenait forme. Mais d'un hypothétique amour immaculé porté par le créateur à sa création... Ne cherchez pas! Nulle intention de ma part et point d'allusion même symbolique...

Vous l'apprendrez assez tôt, Dieu ne donne pas sans compter. Dieu lui-même ne se donne pas sans compter: six jours de travail pour un jour dit de repos. Première cadence céleste qui devint hélas humaine et infernale. 

DIEU EST EROS

Tout allait pourtant pour le mieux dans le meilleur du Monde. En cet état originel que vous avez appelé Paradis, il n'était nul besoin d'amour ou de connaissance. Alors, si ce rampant serpent n'était venu jouer les trouble-fesses, vous pouvez imaginer qu'Adam et Ève auraient vécu, comme disent les terriens, ad vitam aeternam, heureux, végétariens, abrutis et sans obligation d'amour.

Je me donnais du mal pour parfaire ma création. Au final, c'est Lui, le Malin, le tentateur, l'incarnation du mal rampant qui triompha. J'aurais certainement du être attentif à l'anagramme de l'origine du monde: la religion du démon! Mais voilà! " Ce qui est écrit est écrit " dira un jour Pilate! C'est quand le ver fut dans le fruit que tout se gâta et qu'il fut nécessaire, vous l'a t'on peut-être fait croire, d'inventer les plaisirs de la chair, l'accroissement des populations et la multiplication des pains pour les nourrir...

Alors la lèpre de l'amour allait pouvoir se répandre sur la terre... Mais mensonges, sornettes et billevesées, vision déformée que ce fléau universel dressé comme un glaive de justice entre les deux plateaux de la balance divine. Utopie que ce désenchantement généralisé dans l'instable équilibre entre haine et amour.

Mystification religieuse! Caïn et Abel ne sont les premières tares en bascule de l'oeuvre rédemptrice, et urbi et orbi, que pour la papauté régnante... Mais assez de potins et de papotages!

Je vais vous conter la Peste Bucolique!

Voyez-vous, si Dieu a par un charme d'amour donner du sans pareille à la pomme tentatrice, si Eve a fait sa douce Api à Adam, transformant le plaisir de voir et de sentir en désir de consommer et de jouir, si l'innocent s'est fait con peloteur, s'il fut chassé de l'Eden, c'est que je n'étais peut-être pas l'Etre Parfait imaginé.

C'est en créant l'Homme que j'ai créé mon avatar, à mon image, comme dit l'Evangile. En effet, il fallait bien que je reste un Principe, inaccessible et divin. Nul ne peut concevoir Dieu. Qui pourrait représenter l'Esprit, l'invisibilité, le Vide et le Plein, le Silence et l'Absolu, l'Unité et le Tout? Nul ne me voit ni ne m'entend, je ne parle qu'aux anges.

Nul ne peut m'aimer sans une représentation charnelle. Je suis ontologiquement une Idée qui voudrait être perceptible mais mon être reste non incarné et volatile comme votre intuition. Nul ne peut m'atteindre, nul ne peut me concevoir. Nul ne peut percer tous les mystères de l'univers. Je reste à jamais le Tout Puissant et le Très Haut.

Alors dans ma bonté incommensurable, j'ai regardé ma création. J'ai vu l'Homme dans sa fragilité et ses aspirations, ses ambitions et ses besoins d'élévation pour dépasser sa petitesse et ses limites. J'ai adapté le monde à sa mesure malgré l'immensité qui le dépasse.

Je lui ai envoyé mon messager. A vous tous frères en humanité, j'ai offert ce gage de ma généreuse bienveillance.  Oui, j'ai fait battre la Vie à vos tempes et en votre coeur. Je vous ai laissé Eros, une divinité qui rassure, un dieu que vous pouvez aimer. N'allez pas croire à l'amour de Dieu, vous ne pourriez le définir. Aucune pensée n'est accessible. Mais vous pouvez au moins louer Eros, ce dieu que je vous ai dépêché pour combler vos manques. A travers lui, c'est encore moi, un peu de moi, l'immanence de ma transcendence.

Vous pouvez en faire un idéal et dire que ce Dieu d'amour est un cadeau du ciel, du spirituel devenu matériel en coeur et en corps, en rêves et en désirs, en frissons et en gémissements. En aimant l'autre, vous m'aimez un peu. Chaque cri d'amour est une prière.

Alors je m'efface pour laisser la place au grand, au magnifique, au magicien, au dieu d'Amour. Le seul dieu vivant pour vous, pour moi et vos émois, Eros l'unique qui proclame et tonitrue, Dieu est amour puisque je suis dieu! 

Révélation! Oui! Le Verbe s'est fait chair. Il vous dira par ma voix, mes cris et mon chant, la peste bucolique. Auparavant, je dois vous raconter la Genèse et vous confier le secret des origines.

LA DIVINE SURPRISE

Au commencement donc, n'était pas le chaos. Au commencement était l'esprit, l'énergie, le fluide, la pensée, le souffle, la conscience de l'être et du non être, l'infini et l'inétendu, l'impalpable et l'invisible.

Au commencement, j'étais celui qui est. Certains ont prétendu que j'étais éclos de l'oeuf primordial. Baliverne élucubrée, gloussements de chapons de basse-cour paléontologique! Quel coq avec quelle poule aurait pu s'égarer dans une nuée quelconque, couver et pondre l'oeuf cosmique? Et qui, me direz-vous, de l'oeuf ou de la poule? ... Vieille question jetée en pâture à quelque dindon huppé, crêté, ergotant et décrétant.

Laissons également de côté tous les récits aussi erronés que traditionnels, aux versions les plus variées. Oublions le style roman fleuve conduisant Océanos et Thétis à s'accoupler pour donner naissance au ciel et à la terre. Laissons la version au style chaotique et éruptif qui suggère que la Terre émergea un jour de l'abîme.

Négligeons les légendes qui font de l'espace un gouffre sans fond de glace et de feu fusionnant et distillant, gouttelettes après gouttelettes le géant Ymir. Passons sur la légende de Luonotar "la vierge de l'air à l'origine de la création du monde. Savez-vous qu'elle s'ennuya sept cents ans durant, s'occupant  en tant que mère des eaux à nager dans toutes les directions. Un jour, une cane cherchait où nidifier à l'abri des vagues et du vent. Elle lui offrit son genou sur lequel il put faire un nid douillet prêt à recevoir sept œufs, pondus par un aigle et couvés pendant trois jours sur la mer.

Ressentant une chaleur ardente, la vierge remua la jambe. C'est en tombant à l'eau que les oeufs se brisèrent pour se métamorphoser en voûte céleste. Les jaunes d'oeuf devenaient soleil, les blancs, la lune ( au glaire de la lune??? )et les éclats de coquilles, étoiles ou nuages.

Etrange omelette cosmique et comique, norvégienne dans sa version ougro-finnoise aux oeufs en neige ou pochée dans sa version oeufs brouillés. L'univers ne serait ainsi qu'un grand coquetier vide! Délire mythique ou traditionnel!

Mais je vais probablement vous décevoir, l'événement est plus banal en soi. Le pur esprit échauffé que j'inspirai et qui a déclaré qu'il ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec les allumettes avait raison même s'il ne convient pas d'en faire tout un monde. Je m'en suis moi-même chargé.

Donc, à cette époque, je ne savais pas encore que j'étais capricieux. J'occupais mes journées à parcourir l'Ether, immense et éternel, roulant en mon Esprit les idées les plus extravagantes. Je concevais un univers à créer sans commencement ni fin.

Je plaçais ça et là des courbes et des spirales, des ovales, des ellipses et des globes aux galbes fantastiques. J'inventais les trajectoires les plus fantasques, imaginais des corps et des nébuleuses trouant la lumière noire. Je traçais dans la poussière des structures aux contours et aux volumes polymorphes que je transformais à ma guise.

Je façonnais sans le savoir la théorie du Grand Oeuvre quand le Hasard a bien voulu faire le reste... Quoique m'interrogeant encore aujourd'hui, je sois de moins en moins assuré qu'il s'agisse de Lui!

Les circonstances contingentes n'ont pas été fatales ou accidentelles, elles seraient plutôt le résultat de la grâce. Non pas de l'état de grâce mais de la grâce dans tous ses états allumant en moi des tisons d'inspiration et d'enthousiasme pour ma création.

Plus se dessinaient les étendues, plus le projet me brûlait. Je sentais monter en moi des flambées d'allégresse. Je battais le briquet de mon imagination ardente, je frottais les allumettes de mes féeries visionnaires, j'enflammais l'amadou de mes songes creux, pourtant emplis de rêves hallucinés.

Ainsi peu à peu mon souffle créateur incendia tous mes mirages inspirés. Les hypothèses exaltées et attisées, s'entrechoquèrent, flamboyèrent, crépitèrent et explosèrent. De partout jaillirent tels des éclairs les éléments de mon génie. Un gigantesque flash illumina l'univers devenu torride. Des nuages gazeux se dilatèrent, se condensèrent et se volatilisèrent semant des pépinières de galaxies et d'étoiles. Enflammé par ma création, je l'avais embrasée d'un amour inextinguible.

L'ouvrage incandescent éclatait de partout, pétillant et giclant en milliard d'étincelles qui retombaient en bouquet d'astéroïdes et de comètes scintillantes et chatoyantes. Les feux du firmament constellant l'univers me couronnaient déjà. Le monde irradiait, resplendissant de mon triomphe.

L'énergie était née du rayonnement de ma pensée intelligente et consciente. Des tempêtes de lumière, des orages de poussières déréglaient l'harmonie préétablie. Bizarrement l'indéfini se disloquait chahutant des limites turbulentes, des horizons se brisaient pour renaître ailleurs. L'univers était une gigantesque collision. L'immensité n'était plus que brasier et fureur, cacophonie et capharnaüm musical, opéra de multi couleurs et de polyphonie sérielle.

Des déchirures et des fractures modifiaient mes brouillons imaginaires et m'échappaient inexorablement. J'assistais tout à la fois puissant et impuissant mais serein à la transmutation du Grand oeuvre. 

De violents tourbillons déplaçaient les éléments déchaînés et curieusement la frénésie avait des éclats de beauté sauvage. La dysharmonie apparente avait des lueurs éblouissantes sculptant dans les interstices spatiaux des épures peu à peu ordonnancées. La structure d'un monde nouveau se plissait, se dilatait et s'élaborait dans des proportions exceptionnelles et symphoniques.

LE SOLEIL ET LA TERRE

J'étais le désir, la tendance, le maître et l'artiste. Mes essais étaient des prodiges en expansion. L'indicible et l'ineffable parachevaient l'unique chef-d'oeuvre marqué du sceau suprême de la perfection. Je contemplais l'infini, ivre de ces délices.

L'apothéose allumait des feux d'artifice dont je refusais vite l'artifice. Si ma passion créative avait pu ériger un ordre nouveau et cadencé, je ne souhaitais pas en rester là. Le génie triomphait pour toujours sur l'insuffisance immobile du destin.

J'étais le virtuose d'une partition improvisée dont je désirais être l'artisan. Si une germination spirituelle et un simple souffle d'inspiration avaient réveillé et animé la matière, alors plus rien désormais ne devait échapper à ma volonté intérieure et agissante.

Ces préliminaires me paraissaient trop rudimentaires pour demeurer en l'état. J'étais la source et le berceau d'un ordre inchoatif sans précédent qui devait se façonner dans la discipline. Il me fallait donc organiser les dérèglements et les dispersions.

De toutes les formes tentées, la spirale avait ma préférence. Je capturais donc un maximum d'éléments que je condensais en vaporeux nuages et je les lançais en tourbillons autour de moi comme des ballons. Plus j'en tirais, plus le souffle des déplacements devenait puissant et entraînait dans un mouvement continu et circulaire toujours plus loin et toujours plus vite les premiers.

Un circuit vertigineux en accélération effrénée se dessinait, élargissant ses courbes, écartant ses disques de révolution en révolution. L'univers s'enroulait dans toutes les directions autour de mes envies les plus folles en une multitude de faisceaux phosphorescents.

Sous la force de la gravitation, des spirales éblouissantes concentraient les substances rayonnantes autour des noyaux incandescents. Par millions et par milliards des toupies propulsées comme des bolides tournoyaient à une vitesse enivrante. Le monde se dévidait tel un écheveau en immenses mouvements giratoires, parsemant ici et là des masses en fusion, comme les grains d'un chapelet infini.

L'une d'entre elles beaucoup plus volumineuse que les autre irradiaient plus intensément comme alimentée et nourrie de mon feu créateur. Je décidais de l'appeler Soleil et d'en faire le centre, le point alpha du monde. J'y satellisais en orbite toutes les autres sphères effervescentes  et brûlantes avec lesquelles je jonglais au gré de ma fantaisie excentrique.

Je venais simplement de créer le système solaire avec en son cœur l'étoile, l'astre autour du quel graviteraient à jamais celle que je baptisais la Terre, huit planètes et une multitude de satellites.

La grandeur et la beauté de cet édifice dépassaient les esquisses originelles et m'enchantaient. L'odyssée cosmique dévoilait son sens. Le grandiose était né du précaire et fragile engouement que je portais à l'aventure inattendue et imaginaire d'arabesques tracées sur la toile de l'univers. La légèreté du trait s'opposait à la force de ma pensée agitatrice et puissante. Un moment dépassé par des réactions turbulentes incontrôlées, j'étais parvenu à disposer une architecture révolutionnaire à laquelle me semblait-il manquait un pinacle. 

Le magicien de l'infini, le dompteur spatial d'éléments incontrôlés se devait de couronner son cirque planétaire. La voûte céleste serait mon arc-de-triomphe protecteur tendu entre les deux arches de mon génie et de mon imagination. Je décidais d'enluminer le chapiteau déployé.

Je fis alors de grandes brassées  et des bouquets d'étoiles, d'astéroïdes et de comètes pour ensemencer le drap déployé du ciel. Le firmament était le diadème dont je ceignais mon esprit souverain. Les constellations moiraient de lueurs bleutées le crêpe céleste. Je tenais mon chef-d'oeuvre.

L'ERREUR FATALE

J'aurais dû m'arrêter là et laisser l'incertain et l'indéfini s'exprimer en dehors de tout plan établi. Qu'importe si emporté par mes extraordinaires réalisations, je ne pouvais en maîtriser la multitude! 

Tout était parfait. Qu'avais-je besoin de désirer le plus que parfait? Mais voilà, je ne pouvais que constater que l'oeuvre ne tarderait pas à échapper à mon contrôle si je ne mettais pas de la méthode dans la construction.

Et ce fut là ma toute première faiblesse. Vous le pressentez. Un génie n'a pas de limites. S'il lui prend la folie d'organiser, il bride alors ses capacités, il restreint tous ses dons. Je n'aurais jamais dû interrompre l'imprévu de la création, l'inattendu était mon plaisir suprême. L'élaboration continue ne devait pas être bousculée dans ses incessantes apparitions. Je devais laisser se produire les merveilles.

Or donc, malencontreusement, j'en décidais autrement. Pour contempler mon ouvrage, je laissais échapper un " Fiat Lux!" Tout s'illumina, les ténèbres disparurent, l'azur m'apparut distinctement. Le ciel m'offrit sa clarté et son firmament. Pour mieux les distinguer, je séparais la nuit du jour, leur offrant la lune et le soleil.

J'avais rompu le charme, j'avais créé le Temps, le rythme de ses successions. Hélas, je m'enchaînais moi-même dans ses enchaînements. Il y aurait désormais un début et une fin. Le commencement de l'univers, la naissance du monde, l'enfantement de l'origine s'appelleraient Genèse. " Il y eut un soir, il y eut un matin et ce fut le premier jour. "

La suite de l'entreprise pour structurer le tout m'occupa six jours durant. Le récit figure dans le livre des livres: La Bible. Je fis apparaître les quatre éléments: l'eau, l'air, la terre, le feu, me réservant la quintessence. 

Ma nature ayant horreur de l'immobilité et du vide, je décidais d'animer et de peupler les étendues du sol, des océans et de l'éther. Je remplis les espaces d'énergie et d'expressivité, de sons et d'harmonie. J'ensemençais la vie en myriades de fleurs et de fruits, de plantes et d'animaux. Je les classais même selon leur espèce en leur octroyant pattes, ailes et nageoires et la faculté de courir, voler, nager, ramper. Un vent de Liberté exaltait ma créativité et son incroyable diversité. 

J'aurais pu arrêter là mes prodigalités mais exalté par la beauté des formes et des couleurs, je commis ma deuxième erreur. Je leur donnais le don de se multiplier et de s'accoupler pour se reproduire. Le monde était à jamais en expansion, il m'échappait dans son immensité. Mais son dynamisme et sa beauté me subjuguaient.  Je " vis que cela était bon. "

Alors grisé et exalté, je commis ma troisième erreur, la plus fatale. Elan de générosité ou orgueil démesuré? Je m'interroge encore aujourd'hui. Qu'avais-je besoin de penser: " Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance. " 

Les ébauches furent pourtant incroyablement laborieuses. Pur Esprit, je ne pouvais me représenter moi-même en volume, contenance et dimension. Penché sur la terre, je traçais dans la poussière des épures qui ne représentaient rien mais exprimaient plutôt une plate imagination. Je pris alors un peu d'humus et modelai patiemment l'argile. Deux formes récurrentes m'apparurent, je ne savais trancher. Je les animais donc et comme disent aujourd'hui les exégètes, Dieu à la fin du sixième jour: " Homme et Femme, il les créa."

Ne croyez pas ceux qui vous disent qu'emporté par ma fatigue, je me reposai le septième jour. Non! Bien au contraire! Je m'activais à parfaire l'oeuvre. Ma représentation anthropomorphique serait sexuée, elle permettrait l'accouplement et la reproduction, la perpétuation de ma puissance et de mon image. Mais il manquait encore quelque chose qui pourrait donner du sens aux deux premiers battements de coeurs apparus dès la Genèse. Il manquait une spécificité humaine qui offrirait un rythme à leurs élans.

Je leur fis don des sentiments qui allaient les transporter dans une autre dimension. Les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, ils s'élèveraient vers les hauteurs de ce que j'ai appelé l'Amour. Dans la noblesse ou la générosité de leurs élans, ils pourraient ainsi s'émouvoir, rire et pleurer, frissonner et gémir. 

Admiratifs devant des impulsions et des agitations internes qui les dépassent, ils ne tarderaient pas à relever la tête et à planter les yeux au ciel, interrogeant les nues muettes. Comment leur faire comprendre que comme leurs utopies, je suis partout et nulle part? Alors, je leur permis de croire, de remercier et de prier. J'insinuai l'idée du divin et des divinités dans un au-delà de leurs limites. 

Pas celle de Dieu, inconcevable et ineffable par essence. Je reste à jamais inaccessible à toute représentation symbolique ou humaine. Non! En me décréant, je pouvais à ma convenance me recréer... Entre autres, je m'appellerai Eros, c'est à dire force, puissance et grâce d'amour. Mon avatar, le dieu Eros, le petit dieu d'amour serait le souverain d'un royaume éternel et absolu.

Il m'assistera et vous dira avec moi, frères en humanité et en amour, la peste bucolique.

NOMS DE DIEUX

Jeune amoureux ou vieil amant, tout le monde n'a pas la chance de trouver l'âme soeur. Pour certains, l'amour demeure un mythe, un fantasme obsessionnel, un rêve troublant ou une chimère à chevaucher. Certains s'illusionnent en pensant l'avoir trouvé, confondant caprices et sentiments, certains fabulent des relations amoureuses voire révèlent de faux secrets, d'aucuns désespèrent de ne savoir en percer les mystères, certains mélangent les élans du coeur avec les pulsions du sexe.

J'ai créé pour eux un panthéon de petits dieux et de déesses, tous de joyeux avatars. Ainsi Eros à son tour peut se démultiplier en portant d'autres noms suivant les lieux de ses invocations terrestres. Il s'appelle ici ou là, Cupidon, Aphrodite, Vénus, Semara, Oenghus, Shiva, Bastet, Hathor, Inanna, Epona, Tanit, Astarté, Freyja, Xochiquetzal, Ischtar. Il se personnifie en esprits et allégories.

Tous sont actifs et encouragent les aventures en convertissant les regards des humains à la beauté. D'une flèche, ils peuvent piquer la curiosité et transpercer les coeurs purs comme inspirer désirs et passions, promesses et serments. Ils vous enflamment la chair de plaisirs sensuels et de délices voluptueux. Ils offrent la fertilité et la possibilité d'engendrer et de semer des descendances. Grâce à eux, les couples s'attachent, s'unissent et fusionnent pour ne faire qu'un en corps et en esprit.

Au paroxysme de leurs ardeurs, les amants se prennent à leur tour pour des dieux et des déesses, des héros et des magiciens. Ils rugissent comme des lions superbes et généreux en agitant leur crinière, ronronnent comme des chattes et gagnent le septième ciel comme des oiseaux ivres et libres. Ils sont réellement et symboliquement le courage et la force, la sève d'un éternel printemps d'aimer et la vigueur jaillissante de la nature et de la vie. Dans la surabondance de leurs sentiments, ils oublient qu'ils sont mortels en s'abandonnant pour mourir d'amour dans les bras de l'autre.

Les divinités permettent de percevoir la subtilité des nuances entre le corps, l'esprit et l'âme. Mais au final, dépassé par l'inexplicable de ses bouleversements intérieurs, l'Homme lève alors la tête pour invoquer le Ciel. De la multitude des sensations physiques naît en lui une impression persistante de mystère. Les profanes sensations des battements de coeur et des frissons le conduit même au sens sacré, à l'invocation du numineux, seul capable de qualifier la profusion de ces divins plaisirs. 

Les principes de l'amour se confondent aux éléments de la Vie, en pensées et en actes, en réalisations matérielles comme en accomplissements personnels. Ils visent à garantir un environnement de beauté et de vertu, de bonheur et de paix. Mais quand le Mal s'insinue dans le quotidien des médiocres en artifices de séduction, en facilités immédiates, qu'il s'incarne en superficialités et en apparences, alors il sème le trouble, la jalousie et la haine et porte la guerre. L'idéal devient le pire, la sagesse, la déraison et la folie. La lumière se couvre de ténèbres. La douceur se fait douleur, la tristesse habille le malheur.

Alors qu'importe le nom du dieu que vous invoquez, l'amour est une aventure et un risque. La mythologie foisonne de récits fantastiques et d'enseignements moraux à déchiffrer. Quel que soit votre pays d'origine et vos références, la sagesse antique emprunte des figures allégoriques et mythiques. L'amour se présente à la fois comme un mythe et une réalité.

Vous qui pensez l'avoir trouvé, peut-être apprendrez-vous à mieux le percevoir et vous comprendre.  

Moi, je vous le dis: Eros est rosse avec son pathos, Aphrodite est une maudite hypocrite, Vénus vous tend son mont et son médius, Cupidon offre ses dondons aux dindons. Qu'y puis-je? Je vous avais pourtant donné pour vivre, l'essentiel.

LES QUATRE ELEMENTS

LA TERRE

Le philosophe grec Empédocle vous l'a d'ailleurs révélé. Il vous a même éclairés en démontrant l'importance des quatre éléments. Ceux-ci vous permettent de décrire et d'analyser le monde. La Terre, l'Eau, l'Air et le Feu sont mes plus précieux présents. Vous en bénéficiez librement sans en mesurer l'importance. 

D'ailleurs, la vie que vous idéalisez n'est pas du cinéma propice à matérialiser vos rêves. Aristote a, bien avant L Besson, introduit un cinquième élément, la Quinte Essence ou l'Ether. Bien sûr, la philosophie vous l'a apprise, à ces principes fondateurs, j'ai agrégé les planètes et les humeurs et rattaché les métaux et l'espace.

En tant qu'humains, vous êtes donc inscrits dans cette réalité sensible, avec les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. Sans les deux pieds au sol, personne ne tient debout.  Au quotidien, j'espère que vous ressentez tous l'importance de ces Cinq Eléments que j'ai voulu fondateurs pour votre corps et votre esprit. Sinon, j'entends déjà mes détracteurs vous affirmer que l'histoire de l'Homme est à dormir debout.

Sur la terre entière, prévisionnistes en tous genres, astrologues et météorologistes, faiseurs de miracles, alchimistes et magiciens comme ceux qui exercent les métiers de la science, de l'art, de la nature, etc, tous ont reconnu leurs influences et tenter de percer leurs mystères.

Avant d'atteindre la Terre Promise que quelques bonimenteurs vous ont vantée, vous essayez-de gagner votre paradis sur terre par la bonté et l'exemplarité. Mais si dans votre existence, vous vous montrez un peu trop terre à terre ou que vous courrez partout ventre à terre, ne vous plaignez pas. En amour, pour monter au fameux septième ciel, il vous suffit d'expérimenter, comme une brave pomme d'Adam, l'attraction terrestre et physique.

Ne cherchez pas le moment fatidique. L'horoscope du bonheur vous indique la voie astrale. Entre les signes zodiacaux, leurs promesses et leurs prédictions, vous ne tarderez pas à ne plus toucher terre. L'amour promis par Cupidon vous donne déjà ses ailes.

Depuis Ovide, vous pensez sûrement que c'est l'enfance de l'Art pour que l'amour opère ses Métamorphoses. Comme le Capricorne d'ordinaire si froid, voit rouge et fonce comme un Taureau sur la Vierge, faussement effarouchée, chacun de vous veut alors se transformer. Il s'enflamme et prend feu, il fend l'air et l'armure. Chevalier de l'amour courtois, chaque Dame est un astre qui frissonne au dôme de la nuit. § AMOUR COURTOIS §

Etoile de David, Salomon au coeur d'or, attendant sa reine de Saba, vous pouvez à votre tour dire et même chanter que, chaque taille de mes" sept cents femmes princesses et de mes trois cents concubines, " (1 Roi, XI, 3 ) est un gisement de désirs aurifères.

Ouvrez grand le champ des possibles. Creusez votre tête de pioche, couronnée de mille idées précieuses et détonantes. Dites haut et fort: "J'aspire, je suis avide, j'ai soif de puissance, d'extases, de jouissances." Fouillez en vos attentes, sondez toutes vos envies, cherchez à déceler si la passion affleure. Transpercez-vous le coeur pour y chercher la veine. Voyez! Vous avez déjà la mine éclatante, vous épatez la galerie, vous atteignez le filon des plaisirs. Oui! L'amour est du grisou.

De midi à minuit, votre vie est au zénith. Tout tourne rond autour du soleil incandescent de votre passion d'aimer. Votre coeur est un tournesol, votre corps est un volcan convulsé de secousses telluriques. Eros vous a comblé. Sa carte du ciel est une Carte du Tendre.

Vous le terrien, vous pouvez y vivre en apesanteur, au milieu des étoiles. Extra terrestre, emporté par Vénus, poussé par Mercure, vous grimpez aisément de la terre à la lune. Pour vos anneaux nuptiaux, vous prenez du temps avec Saturne, en vous employant sur ce terrain d'entente à chercher quelques précieuses gemmes.

Mais comme Eros maîtrise mal le cosmos, parfois le ciel vous abandonne. Alors, en perte de gravité et d'orbite, vous voilà désaxé pour vous retrouver fraîchement débarqué à terre, en retour brutal, sur le plancher des vaches!

Enterrés ici-bas, vos rêves de lumière, enfouies à six pieds sous terre, les plantes et fleurs  solaires, asters, héliotropes! Au Paradis perdu, plus de terre à délits ni de délices emportés. Froide est l'étoile polaire. En terrien atterré, vous désespérez de consteller votre ciel-de-lit. Mais seuls viennent y briller un court instant encore l'étoile de l'aurore ou l'astre du crépuscule.

Sur la planète terre que je vous ai confiée, vous vous plantez alors le nez  au ciel pour sonder la voie lactée et les constellations. Mais la petite et la Grande Ourse restent terrées. Le Lièvre gîte au terrier.

Vous consultez les astres en croyant toujours en votre bonne étoile, espérant découvrir en votre Maison une conjonction bénéfique avec une superstar sidérante. Mais l'opposition astrologique est infiniment astronomique et votre avenir demeure nébuleux. Le soleil noir et la lune rousse ont pris l'ascendant, c'est le désastre au logis. L'amour n'y est parfois que simple mythe au logis! Et vous voilà désarmé, face au triomphe de l'occultisme et livré à l'obscur hasard.

Alors, c'est par le petit bout de la lorgnette que vous observez les mouvements de votre coeur, dans l'espoir qu'il se télescope avec une étoile. Hélas toujours filante, même la comète s'est éclipsée et s'en est Halley! Tombée du ciel, la pluie de météores de vos désillusions et soupirs vous fait tomber des nues. Le vide est sidéral, le manque est abyssal et votre coeur est à terre. 

Sortez le des Abymes avant qu'il ne s'abîme. Mais pas de désespoir, Eros veille toujours. Du reste, si vous mourez sur le champ, votre fin sera dynamique comme la vie, car je l'ai conçue énergétique et cosmo tellurique. Pour vous, j'ai remué ciel et terre.

LE FEU

Je vous ai apporté le feu qui vous fascine et vous terrifie parfois. Il faut bien que vous m'admiriez et me craigniez un peu. J'ai confié à Eros, mon divin assistant le soin de veiller sur le foyer de l'amour pour que jamais il ne s'éteigne.

Mais ce qu'il me confie dépasse mes espérances. En parcourant le Panthéon et votre planète terre, il a vu et entendu de multiples récits anachroniques prouvant quel'oeuvre que j'ai créée  crépite encore dans un flamboyant désordre. J'y suis omni présent. Jugez en par quelques simples exemples!

Chaud devant! Il faut de l'ordre et de la morale. C'est ainsi que Yahvé est tombé des nues pour s'installer sur le mont Sinaï et dans son buisson ardent dicter sa loi à Moïse. Il vous est resté ce décalogue de préceptes et d'amour gravé dans les tables de la Loi. Ce ne sont qu'échos déformés de ma pensée, transposés en paroles et transcrites sous forme d'instructions religieuses et d'interdits puritains!

" Un seul Dieu, tu aimeras et adoreras parfaitement. " Mais bien sûr! Il ne peut y avoir qu'un seul Dieu! Une évidence pour moi, une incertitude pour vous car ma force c'est d'être invisible, inconnaissable, inimaginable.

Mais voilà! Pour donner corps et sens aux choses, les hommes ont besoin de nommer. Alors ils ont osé pour justifier leur système religieux abrahamique, m'appeler Yahvé, Adonaï, Elohim, me donner par la magie de l'immaculée Conception, un fils Jésus, me représenter sous la forme du tétragramme, me décrire comme le Saint Esprit, affirmant mon unité dans la Trinité. La religion islamique m'a invoqué sous le nom d'Allah m'affirmant unique et sans alter ego. Elle m'a toutefois attribué 99 autres noms pour qualifier ma divinité qu'il convient en bon musulman de citer pieusement un à un.

Mais " en vérité, je vous le dis, " les uns et les autres auraient pu m'en accorder, mille ou dix mille et plus encore, rien ne saurait suffire pour seulement s'imaginer approcher un début de conception de l'Idée de Dieu. Alors bien évidemment, il est évident qu'il ne peut être possible que d'aimer et d'adorer un seul Dieu!

Croyez-vous que j'eusse besoin de m'embraser, d'être tout feu, tout flamme, et d'attirer les foudres sur Moïse pour vous l'affirmer et vous y enjoindre. Comme si j'en doutais moi-même! Qu'avais-je besoin, dix fois de suite dans un style pompier et rasoir d'insister et de vous faire cette cuisante morale?

Au point que pour être libres, certains n'ont d'autre choix que de désobéir à ces dix règles divines et de braver les interdits. Faut-il condamner celui qui travaille le dimanche, celui ou celle qui sont attirés par le charme du sexe opposé, qui convoitent le confort matériel du voisin ou damner les nombreux idolâtres de pacotilles, rejeter les médisants qui se soulagent ou ceux qui jurent? Car ces derniers invoquent quand même mon nom. 

Non! Il n'y a rien à retenir de ce court message que le commandement que j'ai voulu suprême, le commandement d'amour, de l'amour de Dieu et du prochain. Mais au risque de vous choquer, Votre amour est trop inconstant, il m'indiffère, il ne peut m'atteindre. Par contre, Eros vous dirait mieux que moi, l'importance de l'amour du prochain comme de la prochaine.

Lui, il est toujours avec vous et il vous accompagne partout dans vos plaisirs et distractions.  Sa tâche n'est pas de tout repos. Au Panthéon, la concurrence est rude.

Tonnerre de Zeus! Pourquoi croyez-vous que Prométhée a cherché à m'imiter en créant des hommes à partir de boue et de cendres transformés en roche, si je n'avais pas moi-même en pleine activité créatrice, disperser les météorites? Pourquoi a t-il chercher à les animer en leur insufflant les plaisirs de la vie, s'usurpant ainsi les prérogatives du domaine d'Eros?

Heureusement, par l'intermédiaire de Zeus, Eros a pu se venger de lui en le laissant voler le feu des dieux de l'Olympe pour le donner aux hommes. C'était une absurdité, une folie d'orgueil que de leur donner la flamme olympique et plus encore une stupide démesure que de leur laisser croire qu'ils puissent un jour, devenir de futurs dieux du stade. Mal lui en prit. Le pauvre Prométhée sera enchaîné sur le mont Caucase, se faisant dévorer le foie par l'Aigle. Le remords le rongera ainsi jusqu'à sa délivrance par Héraclès.

Le feu fascine les dieux et les déesses, les héros et les héroïnes comme le commun des mortels. Dans le labyrinthe de la vie et les méandres de son coeur, dans le dédale des besoins et des envies qui se présente à lui, l'homme est parfois tenté de se faire une place au soleil pour briller et séduire. S'il s'en approche trop près, il risque le sort d'Icare, finissant comme un triste sire avec un coup dans l'aile. Un jeune amoureux empressé doit veiller à ne pas fondre pour une belle envolée.

Les exemples ne manquent pas. Didon elle-même, victime d'un feu de paille, s'est consumée à feux doux d'amour pour son Enée. Le feu de la passion est un feu sacré. Mais les Vestales qui, à Rome, le gardaient ne pouvaient imaginer que le pyromane Néron puisse en faire un feu de joie pour mettre à feu et à sang, la Ville Eternelle.

Et Vulcain alors? Le dieu des métaux, de la forge et des volcans n'était pas toujours à prendre avec des pincettes? Et pour cause! Il avait beau avoir l'amour du métier mais devoir passer tout son temps entre le marteau et l'enclume pour faire un feu d'enfer ne rend pas forcément joyeux. Surtout en martelant avec force le refrain des métallos célestes: " C'est en forgeant qu'on devient forgeron. " Mais Eros vous conseillera de ne pas le plaindre.C'est grâce à lui, que l'amour vous tenaille quand vous subissez des coups de foudre qui vous mettent dans tous vos Etnas! Héphaïstos vous assure le Pathos!

L'homme l'a domestiqué. Il en a fait son flambant foyer, au centre du logis, sa lampe pour éclairer la route de ses jours, sa veilleuse de rêves au coeur de chaque nuit et son phare dans la tempête de sa vie tourmentée.

Douce amoureuse, méfiez-vous de la promesse d'une vie douillette au coin du feu. Landru, à la barbe bleue n'est qu'un bellâtre qui rêve de faire mijoter, à petit feu une poulette de circonstance pour la consommer en poularde demi deuil.

Le feu est partout en action, sous la glace, sous la peau, au lac. Follet, il va, il vient, il circule, passe du vert des amours enfantines au rouge des pâmoisons. Il est comme Eros, partout et nulle part. 

Il est sans feu, ni lieu. Il lèche ou il dévore. Il enflamme les esprits plus efficacement que ne le fit le Saint Esprit à la Pentecôte sur la tête des apôtres. Il incendie les peaux, il embrase les coeurs, les fesses et les culs. Il titille, il démange, ce sont les feux de l'amour!

Il brûle les sorcières comme les savants accusés d'hérésie. A Rouen, Jeanne d'Arc qui fait feu de tout bois, n'en finit pas de bûcher! Du feu de Dieu! Il est inquisitoire et destructeur, purificateur et autodafé pour les corps et les âmes, les livres sulfureux et toutes les Vanités.

Il attire les intrépides qui pètent le feu avant de se jeter à l'eau, il tente les réfractaires qui ne craignent pas de mettre leur main au feu comme il berne les naïfs qui n'y voient que du feu!

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Paroles! Paroles!

Publié le par archibald_06

Gloire à la parole divine ! Honneurs à Dieu, ce grand bavard biblique ! "Au commencement était le verbe !" Que n'a t'il, doux Jésus, répandu son message d'amour ? Pourquoi la parole évangélique de paix universelle n'a-t-elle pas été crue ? Pourquoi avoir fait mentir Saint Pierre et trahir Judas ?

Cette bonne parole a-t-elle d'ailleurs été bien transcrite et consignée? Laïus et angélus! Les Écritures seraient-elles saintes, par l'opération du Saint Esprit ou des saints Glinglin et Frusquin? Quelles preuves certifiées conformes à l'original? Sacerdoce des exégètes! Puisque les paroles s'envolent et que les écrits restent, pourquoi faudrait-il prier et demander le pardon de nos offenses? Paroles en l'air pour le Très Haut, muet ou aphone!

Gloire aux traducteurs, en recherche d'origine, trompeurs sans le vouloir, inexacts de bonne foi! Traduire, c'est trahir! La Tradition orale ne peut donc, être crue sur paroles! La traduction écrite, elle même se paye de mots! Ma parole qui croire, alors? Le verbeux qui parle à tout vent ou le taiseux qui parle à mots couverts et ne dit pas un mot plus haut que l'autre? Au moins, nous reste t-il à déchiffrer le langage symbolique universel!

A la fin même de notre propre histoire, qui aura le dernier mot? Serait-il d'Esprit Supérieur? Motus et bouche cousue ou histoire sans paroles? Point de départ ou point final? Nouvelle vie dans l'espace éternel et silencieux de l'au-delà ou terminus dans la finitude glacée de l'ultime seconde terrestre? Lux aeterna ou requiescat in pace?

Gloire à toi, mon amour et à ta parole donnée! "Abracadabra" et "Sésame ouvre-toi"! Autant de formules rituelles et mystérieuses pour garder pendant plus de mille et une nuits, le trésor de l'amour! Je ne les ai pas mises en doute, ces paroles expressives d'engagement et de confiance. Fort heureusement, tes formules magiques ont ouvert mon cœur et éveillé mes sens. Elles m'ont séduit, elles m'ont grisé du sortilège de tes aveux. Elles m'ont étourdi mais jamais au point de t'oublier! Ces paroles n'étaient pas en l'air mais légères de douceur, le langage des oiseaux du Paradis promis. Elles ne m'ont pas pour autant échappé, au premier vent violent de quelque orage.

Gloire à notre confiante constance et à nos paroles rassurantes, nos serments ont tenu! Si j'ai manqué à ma parole parfois, jamais je n'ai failli à celle de la fidélité! Il m'a d'ailleurs été facile de toujours tenir parole, celle que nous nous étions donnée. Oui, je suis resté, au secret de mon être, ton tendre porte-parole, le gardien de tes confidences. Oui, j'ai su bien souvent joindre les gestes à la parole, prendre langues et les délier délicieusement. Nous n'avons pas, comme tant d'autres, eu envie de reprendre nos serments ou de les interrompre! Les yeux dans les yeux, nos silences sont restés éloquents. L'amour est notre parolier.

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Les quatre vérités 6/6

Publié le par modimodi

Est-ce au hasard de ce jour solennel de PÂQUES que doit s'achever la quête de la Vérité ? La fin de l'étude est elle la fin de l'introspection ? A l'école de la vie, doit-on cesser d'apprendre ?

Tu aimerais obtenir une réponse à cette Éternelle question existentielle : Y a-t-il un absolu et une absolue vérité ? Si, comme le dit St-Luc : "Rien n'est impossible à Dieu" (Luc, 6,46), pourquoi, à toi, déclaré enfant de Dieu, tout est impossible ? Il y a sûrement un bug dans le code génétique de ta spiritualité. Emballé, c'est pesé ! Sur la grande balance du Jugement dernier, pour faire bon poids à la vérité, c'est toi qui fais la tare.

Mais, tu n'es pas seul, c'est pour tous les humains pareil ! Quand nous faisons l'apprentissage de l'existence, que nous forgeons notre personnalité, l'éducation et l'enseignement nous assurent les apports successifs des sciences et de la vérité de l'époque, du pays et de la culture dans laquelle on vit. Ainsi, les humanités gréco-latines nous ont appris, que le panthéon est le domaine de la mythologie. Les actions des dieux par le jeu des forces en présence, supra-naturelles ou cosmiques produisent par l'enchaînement des causes, des effets jusque dans le monde des hommes. La vérité n'est qu'une représentation imagée et symbolique.

Les hauts faits et les histoires mythiques, sortes de pensées archaïques, irrationnelles, récitées au berceau de l'humanité ont peu à peu, par le logos, discours rationnel et argumenté, imprégné la philosophie et la psychanalyse. Devenus des contes et légendes, ils se sont même vulgarisés dans des figures célèbres, telles celles de Pandore, Sisyphe, Narcisse ou Œdipe... Certains les ont faites leurs, pensant que les mythes, n'étaient au fond, qu'une façon de parler de la vérité, profonde, existentielle et universelle.

Mais à la réflexion, pour tous ces héros, la vérité n'est elle pas une impasse ? A quoi va servir, à Œdipe de déchiffrer les énigmes du Sphinx qui terrorise Thèbes ? Comment pouvait-il échapper à la prédiction de l'oracle ? Son drame, n'est-il pas de se reconnaître comme étant celui qui a tué son père, Laïos et qui a épousé sa mère, Jocaste?  "Je me révèle né de qui il ne fallait pas naître, vivant avec qui il ne fallait pas vivre, meurtrier de qui il ne fallait pas tuer." (Sophocle, Œdipe roi, v 1184-1185) N'est-ce pas là, l'implacable tragédie de la vérité, insupportable à affronter en face, qui le conduira à se crever les yeux ?

Si, la vérité fondamentale est fatidique et aveuglante, voilà peut-être pourquoi, elle se tapit dans l'ombre et que nous n'en avons que la diaprure et quelques éclats. Alors, Grands Dieux, si nous n'avons aucune solution humaine, autrement que tragique pour la percevoir, ce n'est peut-être pas dans la multiplicité et le polythéisme, que nous allons trouver, la voie de la vérité.

Certains se tournent alors vers le Dieu, unique de leur baptême. "Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira." (Jean, 8, 31-36) D'emblée, le programme a des exigences. Il ne faut pas mentir, car le neuvième commandement des Tables de la Loi, interdit de proférer le mensonge : "Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain." (Exode, 20-16). Oui, mais si la vérité est incertaine, quand sait-on que l'on ment ?

Jusqu'à présent, le constat n'est pas des plus encourageants... Et puis, dans tout ce fatras d'hypothèses, où est l'assurance-vie éternelle, promise dans l'eau baptismale ? Je crains bien qu'il ne nous faille, sur cette terre, sans certitude, hormis avec la force de notre foi, vivre selon le code rigoureux des Saintes Écritures bibliques : "La bible est la vérité."( Psaume 119 ). D'accord !  Mais le scepticisme demeure. Car à moins d'être un théologien exégète éclairé, admettons que nous avons quand même, peu de moyens et de chances de succès pour approcher la vérité.

Voilà donc, une fois de plus, notre destinée contrariée. Notre esprit devient d'autant plus troublé quand, nous entendons Jésus, futur supplicié, le fils de Dieu lui-même, dire devant Pilate : "Je suis venu rendre témoignage à la Vérité." Ceci préfigurerait-il et justifierait-il, les horreurs et les sacrifices qui seront perpétrés, au nom de la Vérité ? N' y aurait-il aucun subterfuge, pour échapper à la tragédie de la vérité ? "En vérité, je vous le dis, le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point." (Mathieu 24-35) Vérité d’Évangile !

Après avoir épuisé toutes les questions, ne découvrira-t'on qu'une Unique réponse : il faut croire, pour espérer atteindre la Vérité Absolue ? Faudra-t-il attendre de se retrouver devant le Juge Suprême pour connaître enfin la Vérité ? 

Dans l'introspection de sa foi religieuse, est-ce que quelqu'un entend les paroles tourmentées et l'angoisse du croyant ? : "Seigneur, faut-il, dès ici-bas, se dépouiller des oripeaux de petites vérités, aux apparences existentielles pour, le cœur mis à nu, espérer entrer, un jour, dans l'éclatante lumière de la Vérité ?... Moïse, sur le mont Sinaï en fut totalement aveuglé et encore ! Il ne s'agissait que d'un buisson ardent, pas de ta nimbe glorieuse et céleste ! Où est donc ton éclatante vérité? Pourquoi St Luc, me dit : " On n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau.", si toi-même, tu joues avec nous, à cache-cache ?  Ta Vérité n'est-elle que mon cache-misère et mon cache-poussière !

Seigneur, Toi, dans la majesté des cieux et ton silence glacé, toi qui dis être : "celui qui est, qui fut et qui vient." Toi, qui dis : "Je suis le chemin, la vérité, la vie. Nul ne vient au Père que par moi ... Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous, l'Esprit de Vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas ; mais vous, vous le connaissez, car il demeure avec vous, et il sera en vous." (St Jean , 14, 1-6 puis verset 16). Mon Dieu, me diras-tu un jour, en quoi j'ai failli ?"

Seigneur, entends-tu le pratiquant à gros grains, te dire humblement : "Je t'ai prié pourtant. Pourquoi, es-tu resté sur cette condamnation biblique, sans appel : "Tout homme est menteur." ( Psaumes CXVI, ) Oui! J'en ai fait l'amère constatation, tu es resté obstinément sourd à mes appels. A quoi bon te prier, Père éternel et tout puissant ? A quoi bon, toutes ces paroles psalmodiées par tant de pauvres pécheurs, croyants et pratiquants ? Goethe aurait-il raison quand il dit dit : "Voulez-vous être délivré de la vérité, étouffez-la avec des mots." (Maximen und Reflexionen)

Seigneur, regarde le pieux paroissien dans les affres de sa crise mystique ! Ecoute le s'exprimer : "Toi, le Très-Haut, j'aurai bien envie de te dire tes quatre vérités. Pourquoi m'avoir égaré aux quatre vents de mes passades ou de mes intérêts, pourquoi m'avoir fourvoyé dans les sentiers de l'erreur, aux quatre chemins des désirs impérieux et fugaces comme des plaisirs illusoires et enfin Seigneur, pourquoi m'avoir baladé sans cesse aux quatre coins cardinaux des simulacres, des mensonges et des aveux ?

Errare humanum est ! Est-ce au nom de ce principe commode, à l'affirmation gratuite et hypocrite que la vérité est trompeuse ? En serait-il ainsi, si j'avais reçu de toi, une étincelle divine, une parcelle de divin ? Si tu ne me réponds pas, est-ce parce que "toute vérité n'est pas bonne à dire ni à croire"?

Ton silence est éloquent. Grand Dieu ! Après avoir passé ma vie à rechercher des vérités perdues, me voici, au final, devant toi, l'âme nue et sans défense. Découvrant que la vérité est simplicité et innocence ! Me voici, écorcé comme le bois de la croix et écorché comme un larron, supplicié, victime expiatoire, offerte en sacrifice sur le fagot de l'holocauste et l'autel de la vérité ! Avec Toi, vérité est histoire sans paroles ! Vrai de vrai ! Mais dans la nuit de l'ignorance et du doute, il n'y a guère, que ta Vérité qui me blesse !"

Amère constatation  pour ce pratiquant affolé comme pour chacun de nous, sincère dans sa foi de charbonnier ! Au fond, nous ne sommes que de simples et humbles croyants emplis de doutes. C'est peut-être alors dans la foi de Pâques, en un Christ ressuscité, après être mort pour le rachat de mes péchés, qu'il nous faut avancer. Place à la vérité des saintes écritures !

Dans les dix commandements des tables de la Loi, Dieu, nous a dit d’emblée: "Tu n'adoreras pas d'autres dieux que moi." Il ne peut donc y avoir qu'un seul Dieu, unique et éternel, le reste ce ne sont qu'idoles et veau d'or ! Ma foi, là voici peut-être, cette absolue vérité que certains cherchent. La voilà, terrassante et aveuglante comme pour St-Paul sur le chemin de Damas ou pour les disciples d’Emmaüs.

Le voile du temple de la vérité se déchire. Là voilà donc, pour chacun et deux milliards de catholiques, la vérité révélée de chrétien baptisé : "Maître, quel est le plus grand commandement de la loi ?" Jésus lui répondit : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C'est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.." (Mathieu 22, 36-39)

Happy end ! Pour trouver la vérité, il faut à la fois obéir et croire en Dieu et à sa parole. Le mot de passe pour l'au-delà et la vie éternelle, c'est "Dieu est amour !" La vérité est AMOUR, voilà qui me va bien, voilà qui nous convient peut-être ! Pour aujourd'hui et pour demain...

Certains vont hausser les épaules et me parler de crédulité mystique et d'illusion métaphysique, je ne leur donne pas tort ! Qu'ils sachent qu'ils peuvent encore espérer car" la vérité et le matin deviennent de la lumière avec le temps." (proverbe éthiopien)

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Les quatre vérités 5/6

Publié le par modimodi

 

Dans la vie, vérité de l'esprit et vérité du corps font vérité tangible. Il est toujours possible de tricher avec son âge, pas avec ses artères ! La vérité fardée finit toujours par faire parler la poudre et craqueler les plâtrages ! Beauté éclatante ou éphémère, quand la vérité se dévoile !

On peut prendre plaisir à contempler une exposition sur le thème de : "la robe à travers l'âge" mais, on déchantera souvent du saisissant constat, de l'âge à travers la robe... La vérité est révélation, mais elle mérite parfois de rester cachée. La glasnost ne convient qu'au régime de la Pravda !

Etre vrai avec soi-même, c'est s'accepter sans renoncer. Mais force est de reconnaître qu'il est plus difficile d'admettre la réalité, quand il s'agit de soi. Le miroir révèle parfois une vérité bien amère alors, vive les miroirs déformants qui déguisent la réalité et entretiennent espoir et illusions  Le flou dans l'art et l'estompe ont encore de beaux jours pour de beaux restes ! La vérité qu'on adopte, n'est qu'une adaptation optimiste du regard et de la vision ! "La nuit, tous les chats sont gris!"

Oh bien sûr, la vérité, chacun y tend, chacun la cherche ! Elle est là au fond du puits, prête à remonter dans le seau, si vous ne l'avez pas déjà noyée. Elle sort aussi de la bouche des enfants, avant qu'ils ne grandissent et ne mentent comme des arracheurs de dents. L'âge de raison n'est-il pas l'âge du début des mensonges ?

Et pour de vrai, quelle jouissance, la toute première désobéissance, quand on découvre qu'on peut mentir avec culot et aplomb ! Quelle surprise de découvrir, que ni papa, ni maman, bien qu'ils aient menacé et dit l'inverse, ne s'en rendent même pas compte ! Cela est si vrai que restant toujours de grands enfants, nous poursuivons dans ce délicieux travers...heureusement, sans que nos nez ne s'allongent !

Dire le contraire de la vérité, mentir par omission volontaire ou bien effrontément, est parfois salutaire ou lâche. "En vérité, je te le dis, qu'en cette même nuit, avant que le coq n'ait chanté deux fois, tu me renieras par trois fois." Ces paroles de Jésus à St-Pierre, relatées dans les Évangiles font de Pierre un modèle de couardise. Pourtant, c'est à lui qu'on a confié la mission de bâtir l'Eglise et donné les clés du Paradis ! Drôle de destinée pour un drôle de paroissien ! Cette vérité là n'est pas catholique !

Toi, le cherchant assoiffé de vérité, crois-tu que, c'est avec cette simple vérité, pétrifiée et sanctifiée dans la faiblesse humaine de Pierre, qu'il soit possible de donner raison à Shakespeare, quand il nous dit que " La vérité fait rougir le diable." (King Henry IV)?

Mentir ou se taire peut aussi être la preuve et la marque d'un acte d’héroïsme. Se taire, refuser de dire ce que l'on sait, ne pas renier sa parole ou abjurer sa foi, sous la menace et la torture est un exemple d'abnégation et de bravoure désespérée, poussé à l'extrême !

Gloire aux résistants, exécutés pour notre liberté, aux croyants persécutés, à ceux qui ont donné leur vie, au nom d'une vérité plus grande que la douleur ! La vérité a la couleur du sang versé. Honneur au grand poète espagnol, Frédérico Garcia Lorca, fusillé pour ses croyances républicaines, en résistance à la dictature franquiste. Me viennent aux lèvres, ces quelques vers d'Aragon :

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Quand les blés sont sous la grêle

Fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ses querelles

Au cœur du commun combat

La rose et le réséda

A dire vrai, personne ne sait, si son courage, son cœur, son corps et son âme seront assez forts, en ces instants cruciaux ! La vérité même la plus parfumée est aussi épineuse que la rose. Luigi Pirandello disait : "Il est plus facile d'être un héros qu'un honnête homme. Héros nous pouvons l'être une fois par hasard ; honnête homme, il faut l'être toujours."

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Les quatre vérités 4/6

Publié le par modimodi

Vivre suppose de chercher à donner un sens aux écrits, aux paroles et aux actes.

Comme la vérité est toujours probable, elle continue de s'élaborer dans un mouvement continu. Le scepticisme est donc salutaire comme le jugement critique. Il peut y avoir besoin de réfuter ou de contredire la vérité. La science elle-même, ne peut jamais prétendre avoir atteint la vérité, même la probabilité, disait Popper.

Seuls les énoncés sont donc vrais ! D'ailleurs, sans la liberté de contester la vérité, de la délier, y a-t-il place pour l'invention ? Sans le hasard ou l'intuition mais aussi, sans l'espoir d'une nouvelle vérité, toujours provisoire, y-a-t-il place pour la découverte ?

Raconter relève de la même difficulté ! Joinville dans ses Chroniques a éprouvé l'exercice de la vérité historique et de la véracité des faits. A-t-il donné le fin mot de l'histoire ? Maurice Sartre disait que la vérité "en histoire, relevait de l'utopie." Narrer, c'est traduire et traduire, c'est trahir! Personne ne peut exprimer l'exacte similitude de la réalité ! Quelles que soient son éthique, sa méthode et ses sources, l'historien ne peut échapper à la représentation et donc à l'interprétation. Sa vérité enseignée et professée est donc relative.

Déjà du réel à la réalité, il y a le prisme déformant de la vision, de la subjectivité, des références culturelles. Suivant, les points de vue, les mots et les sens qu'on leur accorde, les couleurs et les sensibilités donneront des photos, des textes et des tableaux absolument très différents d'un artiste à l'autre. Chacun objectivement a pourtant vraiment vu ! Chacun est authentique sans parvenir à être dans l'authenticité. Chacun a le poids et la richesse de sa subjectivité et de ses émotions ! La vérité est un hymne à la Nature et à la Beauté.

Si la vérité doit être relativisée, tout est donc relatif ! La vérité n'est que la réalité perçue par chacun. Quand il s'agit de peinture et d'art, on obtient de magnifiques chefs-d'oeuvre. Les mêmes bords de Seine, à Bougival ont ainsi offert un merveilleux décor et une chatoyante palette impressionniste à A. Renoir, C. Pissaro, J. M. W. Turner, A.Sisley, C. Monet. L'art est la vérité de chaque artiste ! Cette vérité là, se fait entendre et souvent nous parle !

Mais qui pourrait avoir la prétention de juger la vérité ? De vous ou de moi, quelqu'un détient-il la vérité au doigt levé ? Sont-ce Dieu, le Pape, dont l'infaillibilité est un dogme ? Est-ce son représentant devant qui je m'agenouille pour me confesser en lui disant toute la vérité, ... enfin, toute ma vérité ! Car, en mon âme et conscience, il m'est demandé de ne pas me mentir, d'être en accord et en raccord avec moi-même.

Suivant la plasticité de mes propres codes moraux, je ne peux donc me repentir que de fautes, jugées et estimées, à l'aune de mon éducation religieuse et sociale. La vérité ne serait-elle que la sincérité et la franchise de mon cœur et de ma conscience individuelle ? Dans ce cas, la faute et le péché ne seraient que de simples cas de conscience et ma liberté de conscience, le siège de ma seule et unique vérité !

Mais dites-moi, la vérité niée, débridée est-elle inconsciente ? Peut-on l'appeler, folie ? Est-il fou et peut-il être pardonné ou sauvé, le mythomane qui croit, que ce qu'il rêve et dit sincèrement, est la vérité ?

L'homme se tient-il entre folie et vérité, entre raison et représentation, entre les perceptions de la réalité et de sa pensée ? La vérité est-elle au carrefour de la démence, de la psychose et des délires ? La vérité est-elle hallucinatoire ou simplement interprétation ? A l'aide! Foucault, Lacan, Freud, Derrida ! La vérité n'est-elle qu'un désir de vérité et une manipulation du réel ?

Depuis l'origine du monde, pour se faire entendre, l'homme vocalise sa vérité. Celle-ci peut être, sourde, ouverte, fermée, comme les voyelles, elles-mêmes. D'ailleurs, puisqu'il existe une accentuation des voyelles dans toute expression écrite ou orale, comment s'exprime l'accent de la vérité ? Sont-ils graves ou aigus, les accents de franchise et de sincérité ?

Avec les mêmes mots, tous les amants du monde expriment leur amour ou leur passion. Qu'est-ce qui fonde donc leur crédibilité ? Seul le temps permet de dire, si les élans du cœur étaient profondément avérés ou l'effet d'un simple emballement des aiguilles de l'horloge du destin. Vérité de l'amour ou amour de la vérité !

Bien sûr, suivant l'usage répandu, la sincérité s'accorde souvent avec la vérité. La vérité est même une qualité. "Ma parole, la vérité, si je mens !" Alors peut-on, sans faire de cinéma, mentir de bonne foi ? D'ailleurs, y a t'il plus de plaisir à mentir qu'à dire la vérité ? La vie est-elle un jeu de ni oui ni non, de vrai ou faux, un grand bluff ?

Chacun choisit sans doute de dire la vérité, toujours ou tout au moins, le plus souvent possible... Dans cette courte vie, rien n'est à exclure! Et à moins de subir la piqûre du sérum de vérité, ne faut-il pas prêcher le faux pour savoir le vrai ?

Si le Saint-Chrême est le viatique pour la divine révélation de la suprême Vérité. Qu'on se le dise, moi, j'aimerais prendre tout mon temps ! Si la mort est inéluctable de certitude, si elle s'affirme comme la vérité suprême de la Vie, moi, j'aimerais m'inscrire en faux !

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Les quatre vérités 3/6

Publié le par modimodi

De tout temps, la quête de la vérité se poursuit dans ses contradictions et ses hypothèses, car "La vérité est souvent éclipsée, mais jamais éteinte." (Tite-Live, Histoire de Rome)

Ainsi a-t-il été admis que la vérité scientifique, toujours provisoire n'est plus que consensus. Si elle devait éclairer la route de chaque homme, elle ne pourrait se dissimuler dans les croyances, toujours aveugles. Alors, peut-être, se tient-elle au moins dans chaque cœur aimant et tolérant, aux limites de sa propre conscience ? La vérité ne serait alors que sa vérité propre comme celle de ses semblables dans son universelle illusion. C'est à dire l'inconciliable addition cacophonique de nos vérités personnelles. Sans pour autant désespérer, où pourrait-on la chercher encore ?

Gaulois, craignant toujours que le ciel ne nous tombe sur la tête, nous levons alors nos yeux vers le Père, qui est aux cieux. Depuis le temps, garde-t-il au moins la vérité ? Si comme on l'affirme, il est amour, la vérité est-elle aussi amour ?

Réside-t-elle dans les tables de la Loi, divine ou céleste ? Est-ce la parole d’Évangile qui est l'incontestable Vérité ? La vérité serait-elle absolue et métaphysique. Serions-nous à jamais dépassé par elle ?

Ma logique binaire peut-elle concevoir l'unité, principe ontologique ? Seigneur, Vérité oblige ! Vouloir l'atteindre est-ce folie ? La Vérité est-elle mystère ?... Impasse des doutes et du silence absolu. Motus et bouche cousue, la Vérité est mutique.

En attendant le grand transbordement vers un monde radieux, que certains atteindront par la voie d'une vérité métaphysique de troisième dimension, sommes-nous donc, contraints, ici-bas, de toujours obéir à tous les commandements, moraux ou matériels, à toutes les vérités sociales communément admises ?

Dans tous les cas, craignons qu'il ne nous faille alors, en payer l'addition ! Obéir au code de la route à prendre, au code de bonne conduite, au code de manières civiles, aux codes en tout genre, mais pénal pour finir ! Voilà, en réalité et vérité, notre peine capitale.

Il nous faut tenir, le cou tendu vers l'idéal, en évitant la lame des jours tranchants. Les idées faussement révolutionnaires et les promesses de lendemains qui chantent, roulent avec la vérité dans le panier. "Ah ça ira, ça ira, ça ira !" L'écoulement du sang, de la vie et des saisons, au sablier ne tarit jamais. Ci gît la grande Vérité incontestable pour tous, la Vérité universelle, la Vérité du temps qui passe inexorablement ! Cette même vérité pour tous, est égalité. "La vérité est fille du temps" (Aulu-Gelle, Noctes atticae)

Chacun y croit ! Le peuple est souverain ! Les tables de la loi des droits de l'homme et du citoyen s'éclairent même du triangle divin en confondant le profane et le sacré !

Matérialisée dans un grain de sable, cette vérité est tout aussitôt pulvérisée ou éclatée et le sablier, renversé et brisé. Elle en devient alors, un avantageux profit et une poudre aux yeux, répandue et jetée par les marchands de sable, bonimenteurs de jeunesse éternelle. Car oui, dans les limites étroites de notre propre entendement, le temps éternel comme la vie éternelle sont fondamentalement inconcevables ! L'éphémère illusoire est la seule vérité qui nous soit concevable.

Il n'y aurait donc aucune évidence, aucune vérité, hormis au tribunal ! La véracité des faits s'y établit par la preuve. La justice est, de fait, censée établir la vérité et juger en son âme et conscience. "Jurez-vous de dire toute la vérité, rien que la vérité ? Levez la main droite et dites : je le jure !... Acte est pris de votre serment " 

Oh ! les jurés sincères ou récusés, les avocats véreux, les plaidoiries et les réquisitoires fondés ou à charge ! Oh ! les faux témoins, les témoignages tronqués, les erreurs judiciaires de la justice aveugle ! Combien d'experts abusés, par des faussaires en art et combien de certificats d'authenticité invalidés, par un second expert, tout aussi compétent et assermenté que son premier confrère ! Toute vérité peut donc être critiquée, abolie et annulée.

Mince chance de consolation ! L'horloge universelle nous donne au moins, l'heure exacte, au même titre que l'exacte vérité ! C'est ainsi qu'un espoir se fait peut-être jour... Après la justice incertaine des hommes ou de Dieu, la justesse des choses peut sans doute, nous imposer sa valeur indéniable. Le philosophe, M. Heidegger fait bien la différence entre la recherche philosophique de la vérité et la recherche de l'exactitude qui relève davantage du domaine de la technique.

Si la fidélité humaine est parfois défaillante dans la constance des rapports que nous produisons, la fidélité matérielle d'une copie numérique ne l'est absolument pas ! Pour faire bonne impression, mieux vaudrait donc, être sage comme une image ! La vérité qui n'a su se faire justice, sauf dans l'édiction principielle de la Loi, tente une sortie honorable dans et par la justesse.

La reprographie au scanner et au laser fait mieux que la reproduction humaine. Car la Nature fait ce qu'elle peut ! Homozygotes ou dizygotes, les jumeaux ont plus ou moins de ressemblance mais pas les drôles de zigotos ! Tous semblables dans leurs bizarreries. Inénarrables dans tous leurs comportements, ils nous ébranlent dans nos références, au point de nous faire nous écrier : "C'est pas vrai ! Sans blague !"

La Vérité absolue est à jamais métaphysique et inconnaissable ! Alors pour en apprécier la précision, la vérité humaine qui se veut accessible a-t-elle recours au juste contrôle, qui permet de dire et faire vrai, c'est à dire de vérifier ? 

La correction et l'ajustement permettent la rectitude et la vérité objective, qu'on nomme véracité. Quand il s'agit des comptes à certifier, à reconnaître sincères et véritables, la vérité devient affaire de Cour et l'exactitude est la politesse des rois, référendaires. Vérité des nombres, pas forcément des calculs ! Vive la République ! A vos rangs, fisc ! La vérité est comme la dette, publique !

C'est ainsi, ci-devant, citoyen ! La vérité est toujours, avec armes, au pied du mur, quand il s'agit de vérifier une hypothèse ou une prédiction, une stabilité ou un équilibre. Dans ce cas, il faut être d'équerre dans la méthode, ne pas perdre le fil du raisonnement, ni manquer d'aplomb pour être affirmatif !

De là à faire ses preuves et à les apporter, c'est encore une autre opération, avec nombreux calculs, à plusieurs inconnues ! La vérité est une probabilité toujours à démontrer, toujours à vérifier, toujours à confirmer... avec exactitude et sans retard, comme l'heure à l'horloge universelle. Turgot avait coutume de dire : "J'aime l'exactitude, bien qu'elle soit le sublime des sots."

La vérité devient compatible quand sa théorie peut être modélisée car, ayant horreur du vide, elle se veut alors, certitude dans le présent. Elle se veut rassurante surtout pour le commun des mortels. A vrai dire, le matérialiste agnostique et le prosaïque positif, vous le diraient, du concret, y'a que ça de vrai !

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Les quatre vérités 2/6

Publié le par modimodi

A l'école de la vie, la philosophie devrait être enseignée, non pas dans un catéchisme mais dans la méthode du doute critique.

Amis de la philosophie de l'existence, poursuivons donc les approches du concept de la Vérité ! ... Probablement, avez-vous aperçu dans le kaléidoscope de la réalité que la vérité est collante aux faits, qui sont eux-mêmes têtus. La chercher, c'est en accepter la relativité et appliquer une attitude sceptique, c'est se tenir dans l'ouverture aux autres, dans l'être plutôt que dans le paraître. On a beau prendre ses rêves pour la réalité, l'être n'est pas l'apparence et le vrai n'est pas le vraisemblable.

Pour être en adéquation avec cette insaisissable vérité, polymorphe et fluctuante, il ne faut donc pas rater ses multiples correspondances et prendre la bonne voie, fût-elle une ultime impasse !

Ce cher Beaumarchais ne fait-il pas dire à Figaro : "Toute vérité n'est pas bonne à croire !" (Le mariage de Figaro, 1784)... Bientôt, le pressent-il déjà, au rendez-vous de l'histoire, le culte de la Raison effacera le culte de la Vérité !... Encore quelques années et la vérité ne sera plus qu'un foyer de révolution aux idées tranchantes! Montesquieu et Rousseau ont eu beau inspirer la volonté de dire et faire le juste, la vérité n'a pas su tenir le cou ! Inutile de prier Saint-Just, l'archange de la Terreur ! C'est quand même dans le sang à peine sec, que s'écrira en 1793, la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. La vérité universelle a du sang froid !

Alors, un juste raisonnement donne-t-il la vérité ? En s'appuyant sur le concret des faits, sur des événements établis, sur des arguments démontrés avec preuves matérielles irréfutables, la vérité est-elle à coup sûr, incontestable ? L'existant est-il indubitable ? Quel juste prix devrait-on payer au tribu de la vérité ?

Les sciences en font une quête éperdue. Les scientifiques procèdent pour ce faire par postulats et axiomes admis. Par tâtonnements et erreurs, la vérité progresse dans l'ombre des probabilités, des raisonnements hypothético-déductifs et analytiques ainsi que dans la logique de ce qui est concevable. La vérité scientifique est ainsi synthétique et se renforce par formules et modèles.

Il est vrai d'ailleurs, que l'erreur est toujours juste, jusqu'à preuve du contraire. J'ai raison aujourd'hui et j'aurai tort demain ! Encore faudrait-il distinguer les formes d'erreur, d'interprétation, de manipulation ou d'ignorance. Clémenceau nous disait, dans " Au soir de la pensée " : "L'erreur peut être une vérité en devenir... Toute vérité est une erreur dépassée." Nombreux sont les exemples en ce domaine ! Chacun a en tête, Galilée, Newton, Benjamin Franklin... La gestation de l'idée, l'accouchement au monde de la réalité sensible s'inscrivent dans la nuit de l'expérience avant d'être mises au jour dans un cri de délivrance : Eurêka ! Fiat lux ! La vérité est bonheur !

Il n'y aurait donc aucune certitude, sauf à ériger nos préjugés en vérité et la vérité en dogme, c'est à dire en impératifs d'opinions, en croyances. Les prosélytes et religieux fanatiques sont ainsi enfermés dans des idéologies totalitaires et des convictions religieuses aveugles, au nom desquelles les pires barbaries sont perpétrées : " Crois, convertis-toi, et tu seras sauvé !" " Sus aux hérétiques et infidèles !" " Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens" ! (Arnaud Amaury, lors du sac de Béziers.) Croisades, guerres de religions, persécutions, tortures, inquisitions, déportations, intifadas, massacres d'innocents... Que de haine et d'horreurs au nom de la vérité ! Dans la nuit de l'aveuglement, est-ce que la vérité finit par se faire jour ?

Celle-ci n'est-elle pas ou ne devrait-elle pas, être sœur de la tolérance? C'est la moindre des exigences ! Mais attention au danger des slogans, équivoques pour le sens des mots. Que penser du perfide : " tolérance zéro " ?

En tant qu'être humain et citoyen du monde, le respect de l'autre est vertu et devoir. Ainsi en est-il, en réciprocité, pour la défense de ma liberté et de mes droits ! Chacun connaît cette citation attribuée à Voltaire : "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire."

Étroitement liée à la vérité, la tolérance est une morale de l'action, elle est engagement, en aucun cas, elle n'est soumission ou renoncement, indifférence ou laxisme. Cette vérité-là devrait être une base de l'éducation humaniste, laïque, non sectaire!

La vérité qu'on nous impose est amère et dure à avaler. Mais notre liberté de penser n'est pas menacée par l'opinion ou la croyance de l'autre. Chacun a droit d'avoir ses opinions, c'est même une marque de personnalité. Il n'y a que dans le totalitarisme ou le terrorisme intellectuel qu'une pensée est dominante et qu'une race est supérieure. Il n'y a donc pas de vérité en soi, seulement du point de vue de sa propre conscience.

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