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La peste bucolique

Publié le par modimodi

 AVANT-PROPOS

Oh! Je le sais, je le vois, vous l'aimez corps et âme, à en vivre et même à en mourir.

Mais qui vous contera, jeune amoureux ou vieil amant, les ravages de l'amour? Qui vous expliquera comment l'amour vient à vous? Comment il vous subjugue, vous tente, vous envahit? 

Qui vous éclairera, vous conseillera et vous préviendra? Qui fera oeuvre utile en vous enseignant sa prophylaxie?

Qui mieux que moi?

Mère et Père de toutes choses, moi, l'omniscient, le créateur du temps et de l'infini dont chacun cherche encore l'exacte définition. Qui mieux que moi, l'Eternel devant tous ceux qui se croient immortels ou cherchent à le devenir, comme ces pauvres savants en habits verts et leurs avatars, les hommes.

Qui mieux que moi?

Principe créateur, énergie primordiale transmise aux fluides, aux liquides, aux végétaux, aux minéraux, à tout ce qui est, vit et meurt. Car je suis désir et espérance, je rapproche, je charme et j'attire, je mélange et je joins. Par moi, tout advient et tout s'engendre.

Il vous a été dit et écrit que le Jour avant le jour, le premier, il en faut un, tout commença. Oui! Tout s'ébaucha par un ressac de mon Esprit .

Or donc, ce fut ce premier jour que le souffle sur les eaux primordiales portait en lui un imperceptible murmure. Dans le vacarme fracassant de la terre en fractures se propagèrent les premiers bruits de fond de deux battements de vie pour deux futurs cœurs indéterminés. Dans la clarté du nimbe de ma gloire, ils se confondirent. Mais trop occupé à ma création poétique, trop exalté par sa nouveauté céleste et étoilée, je laissais échapper cette facétie de mon génie.

Funeste distraction car depuis, comme vague et rocher, pourquoi vos semblables en amour n'en finissent-ils pas de se fracasser et de se jeter l'un ou l'une sur l'autre? Depuis comme ciel et soleil pourquoi cherchent-ils du regard à se réverbérer et à se troubler en l'autre?

Pourquoi? Oh oui pourquoi? Et la chaîne des pourquoi menotte les amants depuis la nuit des temps.

Or donc, la Nuit d'avant la nuit, il en faut une, j'affirmai ma divinité et conçus de créer le ciel et la terre, de les peupler d'animaux, d'un homme et d'une femme. Curieuse succession créatrice me direz-vous, dont le comble de l'étonnement n'est-il pas que c'est de l'homme écôté qu'advint la femme? Premier accouchement décisif, première mise bas des hautes œuvres. Car c'est ainsi que s'illustra ma puissance démiurgique et ma fantaisie d'inventeur. C'est ainsi hélas que je commis ma première, fatale et irrémédiable erreur. Qu'avais-je besoin de m'anthropomorphiser?

Mais pas d'emballement inutile, vous finirez bien par comprendre ou tout au moins appréhender les conséquences de cette bévue! Seul mon plaisir guidait la novation du nouveau monde qui prenait forme. Mais d'un hypothétique amour immaculé porté par le créateur à sa création... Ne cherchez pas! Nulle intention de ma part et point d'allusion même symbolique...

Vous l'apprendrez assez tôt, Dieu ne donne pas sans compter. Dieu lui-même ne se donne pas sans compter: six jours de travail pour un jour dit de repos. Première cadence céleste qui devint hélas humaine et infernale. 

DIEU EST EROS

Tout allait pourtant pour le mieux dans le meilleur du Monde. En cet état originel que vous avez appelé Paradis, il n'était nul besoin d'amour ou de connaissance. Alors, si ce rampant serpent n'était venu jouer les trouble-fesses, vous pouvez imaginer qu'Adam et Ève auraient vécu, comme disent les terriens, ad vitam aeternam, heureux, végétariens, abrutis et sans obligation d'amour.

Je me donnais du mal pour parfaire ma création. Au final, c'est Lui, le Malin, le tentateur, l'incarnation du mal rampant qui triompha. J'aurais certainement du être attentif à l'anagramme de l'origine du monde: la religion du démon! Mais voilà! " Ce qui est écrit est écrit " dira un jour Pilate! C'est quand le ver fut dans le fruit que tout se gâta et qu'il fut nécessaire, vous l'a t'on peut-être fait croire, d'inventer les plaisirs de la chair, l'accroissement des populations et la multiplication des pains pour les nourrir...

Alors la lèpre de l'amour allait pouvoir se répandre sur la terre... Mais mensonges, sornettes et billevesées, vision déformée que ce fléau universel dressé comme un glaive de justice entre les deux plateaux de la balance divine. Utopie que ce désenchantement généralisé dans l'instable équilibre entre haine et amour.

Mystification religieuse! Caïn et Abel ne sont les premières tares en bascule de l'oeuvre rédemptrice, et urbi et orbi, que pour la papauté régnante... Mais assez de potins et de papotages!

Je vais vous conter la Peste Bucolique!

Voyez-vous, si Dieu a par un charme d'amour donner du sans pareille à la pomme tentatrice, si Eve a fait sa douce Api à Adam, transformant le plaisir de voir et de sentir en désir de consommer et de jouir, si l'innocent s'est fait con peloteur, s'il fut chassé de l'Eden, c'est que je n'étais peut-être pas l'Etre Parfait imaginé.

C'est en créant l'Homme que j'ai créé mon avatar, à mon image, comme dit l'Evangile. En effet, il fallait bien que je reste un Principe, inaccessible et divin. Nul ne peut concevoir Dieu. Qui pourrait représenter l'Esprit, l'invisibilité, le Vide et le Plein, le Silence et l'Absolu, l'Unité et le Tout? Nul ne me voit ni ne m'entend, je ne parle qu'aux anges.

Nul ne peut m'aimer sans une représentation charnelle. Je suis ontologiquement une Idée qui voudrait être perceptible mais mon être reste non incarné et volatile comme votre intuition. Nul ne peut m'atteindre, nul ne peut me concevoir. Nul ne peut percer tous les mystères de l'univers. Je reste à jamais le Tout Puissant et le Très Haut.

Alors dans ma bonté incommensurable, j'ai regardé ma création. J'ai vu l'Homme dans sa fragilité et ses aspirations, ses ambitions et ses besoins d'élévation pour dépasser sa petitesse et ses limites. J'ai adapté le monde à sa mesure malgré l'immensité qui le dépasse.

Je lui ai envoyé mon messager. A vous tous frères en humanité, j'ai offert ce gage de ma généreuse bienveillance.  Oui, j'ai fait battre la Vie à vos tempes et en votre coeur. Je vous ai laissé Eros, une divinité qui rassure, un dieu que vous pouvez aimer. N'allez pas croire à l'amour de Dieu, vous ne pourriez le définir. Aucune pensée n'est accessible. Mais vous pouvez au moins louer Eros, ce dieu que je vous ai dépêché pour combler vos manques. A travers lui, c'est encore moi, un peu de moi, l'immanence de ma transcendence.

Vous pouvez en faire un idéal et dire que ce Dieu d'amour est un cadeau du ciel, du spirituel devenu matériel en coeur et en corps, en rêves et en désirs, en frissons et en gémissements. En aimant l'autre, vous m'aimez un peu. Chaque cri d'amour est une prière.

Alors je m'efface pour laisser la place au grand, au magnifique, au magicien, au dieu d'Amour. Le seul dieu vivant pour vous, pour moi et vos émois, Eros l'unique qui proclame et tonitrue, Dieu est amour puisque je suis dieu! 

Révélation! Oui! Le Verbe s'est fait chair. Il vous dira par ma voix, mes cris et mon chant, la peste bucolique. Auparavant, je dois vous raconter la Genèse et vous confier le secret des origines.

LA DIVINE SURPRISE

Au commencement donc, n'était pas le chaos. Au commencement était l'esprit, l'énergie, le fluide, la pensée, le souffle, la conscience de l'être et du non être, l'infini et l'inétendu, l'impalpable et l'invisible.

Au commencement, j'étais celui qui est. Certains ont prétendu que j'étais éclos de l'oeuf primordial. Baliverne élucubrée, gloussements de chapons de basse-cour paléontologique! Quel coq avec quelle poule aurait pu s'égarer dans une nuée quelconque, couver et pondre l'oeuf cosmique? Et qui, me direz-vous, de l'oeuf ou de la poule? ... Vieille question jetée en pâture à quelque dindon huppé, crêté, ergotant et décrétant.

Laissons également de côté tous les récits aussi erronés que traditionnels, aux versions les plus variées. Oublions le style roman fleuve conduisant Océanos et Thétis à s'accoupler pour donner naissance au ciel et à la terre. Laissons la version au style chaotique et éruptif qui suggère que la Terre émergea un jour de l'abîme.

Négligeons les légendes qui font de l'espace un gouffre sans fond de glace et de feu fusionnant et distillant, gouttelettes après gouttelettes le géant Ymir. Passons sur la légende de Luonotar "la vierge de l'air à l'origine de la création du monde. Savez-vous qu'elle s'ennuya sept cents ans durant, s'occupant  en tant que mère des eaux à nager dans toutes les directions. Un jour, une cane cherchait où nidifier à l'abri des vagues et du vent. Elle lui offrit son genou sur lequel il put faire un nid douillet prêt à recevoir sept œufs, pondus par un aigle et couvés pendant trois jours sur la mer.

Ressentant une chaleur ardente, la vierge remua la jambe. C'est en tombant à l'eau que les oeufs se brisèrent pour se métamorphoser en voûte céleste. Les jaunes d'oeuf devenaient soleil, les blancs, la lune ( au glaire de la lune??? )et les éclats de coquilles, étoiles ou nuages.

Etrange omelette cosmique et comique, norvégienne dans sa version ougro-finnoise aux oeufs en neige ou pochée dans sa version oeufs brouillés. L'univers ne serait ainsi qu'un grand coquetier vide! Délire mythique ou traditionnel!

Mais je vais probablement vous décevoir, l'événement est plus banal en soi. Le pur esprit échauffé que j'inspirai et qui a déclaré qu'il ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec les allumettes avait raison même s'il ne convient pas d'en faire tout un monde. Je m'en suis moi-même chargé.

Donc, à cette époque, je ne savais pas encore que j'étais capricieux. J'occupais mes journées à parcourir l'Ether, immense et éternel, roulant en mon Esprit les idées les plus extravagantes. Je concevais un univers à créer sans commencement ni fin.

Je plaçais ça et là des courbes et des spirales, des ovales, des ellipses et des globes aux galbes fantastiques. J'inventais les trajectoires les plus fantasques, imaginais des corps et des nébuleuses trouant la lumière noire. Je traçais dans la poussière des structures aux contours et aux volumes polymorphes que je transformais à ma guise.

Je façonnais sans le savoir la théorie du Grand Oeuvre quand le Hasard a bien voulu faire le reste... Quoique m'interrogeant encore aujourd'hui, je sois de moins en moins assuré qu'il s'agisse de Lui!

Les circonstances contingentes n'ont pas été fatales ou accidentelles, elles seraient plutôt le résultat de la grâce. Non pas de l'état de grâce mais de la grâce dans tous ses états allumant en moi des tisons d'inspiration et d'enthousiasme pour ma création.

Plus se dessinaient les étendues, plus le projet me brûlait. Je sentais monter en moi des flambées d'allégresse. Je battais le briquet de mon imagination ardente, je frottais les allumettes de mes féeries visionnaires, j'enflammais l'amadou de mes songes creux, pourtant emplis de rêves hallucinés.

Ainsi peu à peu mon souffle créateur incendia tous mes mirages inspirés. Les hypothèses exaltées et attisées, s'entrechoquèrent, flamboyèrent, crépitèrent et explosèrent. De partout jaillirent tels des éclairs les éléments de mon génie. Un gigantesque flash illumina l'univers devenu torride. Des nuages gazeux se dilatèrent, se condensèrent et se volatilisèrent semant des pépinières de galaxies et d'étoiles. Enflammé par ma création, je l'avais embrasée d'un amour inextinguible.

L'ouvrage incandescent éclatait de partout, pétillant et giclant en milliard d'étincelles qui retombaient en bouquet d'astéroïdes et de comètes scintillantes et chatoyantes. Les feux du firmament constellant l'univers me couronnaient déjà. Le monde irradiait, resplendissant de mon triomphe.

L'énergie était née du rayonnement de ma pensée intelligente et consciente. Des tempêtes de lumière, des orages de poussières déréglaient l'harmonie préétablie. Bizarrement l'indéfini se disloquait chahutant des limites turbulentes, des horizons se brisaient pour renaître ailleurs. L'univers était une gigantesque collision. L'immensité n'était plus que brasier et fureur, cacophonie et capharnaüm musical, opéra de multi couleurs et de polyphonie sérielle.

Des déchirures et des fractures modifiaient mes brouillons imaginaires et m'échappaient inexorablement. J'assistais tout à la fois puissant et impuissant mais serein à la transmutation du Grand oeuvre. 

De violents tourbillons déplaçaient les éléments déchaînés et curieusement la frénésie avait des éclats de beauté sauvage. La dysharmonie apparente avait des lueurs éblouissantes sculptant dans les interstices spatiaux des épures peu à peu ordonnancées. La structure d'un monde nouveau se plissait, se dilatait et s'élaborait dans des proportions exceptionnelles et symphoniques.

LE SOLEIL ET LA TERRE

J'étais le désir, la tendance, le maître et l'artiste. Mes essais étaient des prodiges en expansion. L'indicible et l'ineffable parachevaient l'unique chef-d'oeuvre marqué du sceau suprême de la perfection. Je contemplais l'infini, ivre de ces délices.

L'apothéose allumait des feux d'artifice dont je refusais vite l'artifice. Si ma passion créative avait pu ériger un ordre nouveau et cadencé, je ne souhaitais pas en rester là. Le génie triomphait pour toujours sur l'insuffisance immobile du destin.

J'étais le virtuose d'une partition improvisée dont je désirais être l'artisan. Si une germination spirituelle et un simple souffle d'inspiration avaient réveillé et animé la matière, alors plus rien désormais ne devait échapper à ma volonté intérieure et agissante.

Ces préliminaires me paraissaient trop rudimentaires pour demeurer en l'état. J'étais la source et le berceau d'un ordre inchoatif sans précédent qui devait se façonner dans la discipline. Il me fallait donc organiser les dérèglements et les dispersions.

De toutes les formes tentées, la spirale avait ma préférence. Je capturais donc un maximum d'éléments que je condensais en vaporeux nuages et je les lançais en tourbillons autour de moi comme des ballons. Plus j'en tirais, plus le souffle des déplacements devenait puissant et entraînait dans un mouvement continu et circulaire toujours plus loin et toujours plus vite les premiers.

Un circuit vertigineux en accélération effrénée se dessinait, élargissant ses courbes, écartant ses disques de révolution en révolution. L'univers s'enroulait dans toutes les directions autour de mes envies les plus folles en une multitude de faisceaux phosphorescents.

Sous la force de la gravitation, des spirales éblouissantes concentraient les substances rayonnantes autour des noyaux incandescents. Par millions et par milliards des toupies propulsées comme des bolides tournoyaient à une vitesse enivrante. Le monde se dévidait tel un écheveau en immenses mouvements giratoires, parsemant ici et là des masses en fusion, comme les grains d'un chapelet infini.

L'une d'entre elles beaucoup plus volumineuse que les autre irradiaient plus intensément comme alimentée et nourrie de mon feu créateur. Je décidais de l'appeler Soleil et d'en faire le centre, le point alpha du monde. J'y satellisais en orbite toutes les autres sphères effervescentes  et brûlantes avec lesquelles je jonglais au gré de ma fantaisie excentrique.

Je venais simplement de créer le système solaire avec en son cœur l'étoile, l'astre autour du quel graviteraient à jamais celle que je baptisais la Terre, huit planètes et une multitude de satellites.

La grandeur et la beauté de cet édifice dépassaient les esquisses originelles et m'enchantaient. L'odyssée cosmique dévoilait son sens. Le grandiose était né du précaire et fragile engouement que je portais à l'aventure inattendue et imaginaire d'arabesques tracées sur la toile de l'univers. La légèreté du trait s'opposait à la force de ma pensée agitatrice et puissante. Un moment dépassé par des réactions turbulentes incontrôlées, j'étais parvenu à disposer une architecture révolutionnaire à laquelle me semblait-il manquait un pinacle. 

Le magicien de l'infini, le dompteur spatial d'éléments incontrôlés se devait de couronner son cirque planétaire. La voûte céleste serait mon arc-de-triomphe protecteur tendu entre les deux arches de mon génie et de mon imagination. Je décidais d'enluminer le chapiteau déployé.

Je fis alors de grandes brassées  et des bouquets d'étoiles, d'astéroïdes et de comètes pour ensemencer le drap déployé du ciel. Le firmament était le diadème dont je ceignais mon esprit souverain. Les constellations moiraient de lueurs bleutées le crêpe céleste. Je tenais mon chef-d'oeuvre.

L'ERREUR FATALE

J'aurais dû m'arrêter là et laisser l'incertain et l'indéfini s'exprimer en dehors de tout plan établi. Qu'importe si emporté par mes extraordinaires réalisations, je ne pouvais en maîtriser la multitude! 

Tout était parfait. Qu'avais-je besoin de désirer le plus que parfait? Mais voilà, je ne pouvais que constater que l'oeuvre ne tarderait pas à échapper à mon contrôle si je ne mettais pas de la méthode dans la construction.

Et ce fut là ma toute première faiblesse. Vous le pressentez. Un génie n'a pas de limites. S'il lui prend la folie d'organiser, il bride alors ses capacités, il restreint tous ses dons. Je n'aurais jamais dû interrompre l'imprévu de la création, l'inattendu était mon plaisir suprême. L'élaboration continue ne devait pas être bousculée dans ses incessantes apparitions. Je devais laisser se produire les merveilles.

Or donc, malencontreusement, j'en décidais autrement. Pour contempler mon ouvrage, je laissais échapper un " Fiat Lux!" Tout s'illumina, les ténèbres disparurent, l'azur m'apparut distinctement. Le ciel m'offrit sa clarté et son firmament. Pour mieux les distinguer, je séparais la nuit du jour, leur offrant la lune et le soleil.

J'avais rompu le charme, j'avais créé le Temps, le rythme de ses successions. Hélas, je m'enchaînais moi-même dans ses enchaînements. Il y aurait désormais un début et une fin. Le commencement de l'univers, la naissance du monde, l'enfantement de l'origine s'appelleraient Genèse. " Il y eut un soir, il y eut un matin et ce fut le premier jour. "

La suite de l'entreprise pour structurer le tout m'occupa six jours durant. Le récit figure dans le livre des livres: La Bible. Je fis apparaître les quatre éléments: l'eau, l'air, la terre, le feu, me réservant la quintessence. 

Ma nature ayant horreur de l'immobilité et du vide, je décidais d'animer et de peupler les étendues du sol, des océans et de l'éther. Je remplis les espaces d'énergie et d'expressivité, de sons et d'harmonie. J'ensemençais la vie en myriades de fleurs et de fruits, de plantes et d'animaux. Je les classais même selon leur espèce en leur octroyant pattes, ailes et nageoires et la faculté de courir, voler, nager, ramper. Un vent de Liberté exaltait ma créativité et son incroyable diversité. 

J'aurais pu arrêter là mes prodigalités mais exalté par la beauté des formes et des couleurs, je commis ma deuxième erreur. Je leur donnais le don de se multiplier et de s'accoupler pour se reproduire. Le monde était à jamais en expansion, il m'échappait dans son immensité. Mais son dynamisme et sa beauté me subjuguaient.  Je " vis que cela était bon. "

Alors grisé et exalté, je commis ma troisième erreur, la plus fatale. Elan de générosité ou orgueil démesuré? Je m'interroge encore aujourd'hui. Qu'avais-je besoin de penser: " Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance. " 

Les ébauches furent pourtant incroyablement laborieuses. Pur Esprit, je ne pouvais me représenter moi-même en volume, contenance et dimension. Penché sur la terre, je traçais dans la poussière des épures qui ne représentaient rien mais exprimaient plutôt une plate imagination. Je pris alors un peu d'humus et modelai patiemment l'argile. Deux formes récurrentes m'apparurent, je ne savais trancher. Je les animais donc et comme disent aujourd'hui les exégètes, Dieu à la fin du sixième jour: " Homme et Femme, il les créa."

Ne croyez pas ceux qui vous disent qu'emporté par ma fatigue, je me reposai le septième jour. Non! Bien au contraire! Je m'activais à parfaire l'oeuvre. Ma représentation anthropomorphique serait sexuée, elle permettrait l'accouplement et la reproduction, la perpétuation de ma puissance et de mon image. Mais il manquait encore quelque chose qui pourrait donner du sens aux deux premiers battements de coeurs apparus dès la Genèse. Il manquait une spécificité humaine qui offrirait un rythme à leurs élans.

Je leur fis don des sentiments qui allaient les transporter dans une autre dimension. Les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, ils s'élèveraient vers les hauteurs de ce que j'ai appelé l'Amour. Dans la noblesse ou la générosité de leurs élans, ils pourraient ainsi s'émouvoir, rire et pleurer, frissonner et gémir. 

Admiratifs devant des impulsions et des agitations internes qui les dépassent, ils ne tarderaient pas à relever la tête et à planter les yeux au ciel, interrogeant les nues muettes. Comment leur faire comprendre que comme leurs utopies, je suis partout et nulle part? Alors, je leur permis de croire, de remercier et de prier. J'insinuai l'idée du divin et des divinités dans un au-delà de leurs limites. 

Pas celle de Dieu, inconcevable et ineffable par essence. Je reste à jamais inaccessible à toute représentation symbolique ou humaine. Non! En me décréant, je pouvais à ma convenance me recréer... Entre autres, je m'appellerai Eros, c'est à dire force, puissance et grâce d'amour. Mon avatar, le dieu Eros, le petit dieu d'amour serait le souverain d'un royaume éternel et absolu.

Il m'assistera et vous dira avec moi, frères en humanité et en amour, la peste bucolique.

NOMS DE DIEUX

Jeune amoureux ou vieil amant, tout le monde n'a pas la chance de trouver l'âme soeur. Pour certains, l'amour demeure un mythe, un fantasme obsessionnel, un rêve troublant ou une chimère à chevaucher. Certains s'illusionnent en pensant l'avoir trouvé, confondant caprices et sentiments, certains fabulent des relations amoureuses voire révèlent de faux secrets, d'aucuns désespèrent de ne savoir en percer les mystères, certains mélangent les élans du coeur avec les pulsions du sexe.

J'ai créé pour eux un panthéon de petits dieux et de déesses, tous de joyeux avatars. Ainsi Eros à son tour peut se démultiplier en portant d'autres noms suivant les lieux de ses invocations terrestres. Il s'appelle ici ou là, Cupidon, Aphrodite, Vénus, Semara, Oenghus, Shiva, Bastet, Hathor, Inanna, Epona, Tanit, Astarté, Freyja, Xochiquetzal, Ischtar. Il se personnifie en esprits et allégories.

Tous sont actifs et encouragent les aventures en convertissant les regards des humains à la beauté. D'une flèche, ils peuvent piquer la curiosité et transpercer les coeurs purs comme inspirer désirs et passions, promesses et serments. Ils vous enflamment la chair de plaisirs sensuels et de délices voluptueux. Ils offrent la fertilité et la possibilité d'engendrer et de semer des descendances. Grâce à eux, les couples s'attachent, s'unissent et fusionnent pour ne faire qu'un en corps et en esprit.

Au paroxysme de leurs ardeurs, les amants se prennent à leur tour pour des dieux et des déesses, des héros et des magiciens. Ils rugissent comme des lions superbes et généreux en agitant leur crinière, ronronnent comme des chattes et gagnent le septième ciel comme des oiseaux ivres et libres. Ils sont réellement et symboliquement le courage et la force, la sève d'un éternel printemps d'aimer et la vigueur jaillissante de la nature et de la vie. Dans la surabondance de leurs sentiments, ils oublient qu'ils sont mortels en s'abandonnant pour mourir d'amour dans les bras de l'autre.

Les divinités permettent de percevoir la subtilité des nuances entre le corps, l'esprit et l'âme. Mais au final, dépassé par l'inexplicable de ses bouleversements intérieurs, l'Homme lève alors la tête pour invoquer le Ciel. De la multitude des sensations physiques naît en lui une impression persistante de mystère. Les profanes sensations des battements de coeur et des frissons le conduit même au sens sacré, à l'invocation du numineux, seul capable de qualifier la profusion de ces divins plaisirs. 

Les principes de l'amour se confondent aux éléments de la Vie, en pensées et en actes, en réalisations matérielles comme en accomplissements personnels. Ils visent à garantir un environnement de beauté et de vertu, de bonheur et de paix. Mais quand le Mal s'insinue dans le quotidien des médiocres en artifices de séduction, en facilités immédiates, qu'il s'incarne en superficialités et en apparences, alors il sème le trouble, la jalousie et la haine et porte la guerre. L'idéal devient le pire, la sagesse, la déraison et la folie. La lumière se couvre de ténèbres. La douceur se fait douleur, la tristesse habille le malheur.

Alors qu'importe le nom du dieu que vous invoquez, l'amour est une aventure et un risque. La mythologie foisonne de récits fantastiques et d'enseignements moraux à déchiffrer. Quel que soit votre pays d'origine et vos références, la sagesse antique emprunte des figures allégoriques et mythiques. L'amour se présente à la fois comme un mythe et une réalité.

Vous qui pensez l'avoir trouvé, peut-être apprendrez-vous à mieux le percevoir et vous comprendre.  

Moi, je vous le dis: Eros est rosse avec son pathos, Aphrodite est une maudite hypocrite, Vénus vous tend son mont et son médius, Cupidon offre ses dondons aux dindons. Qu'y puis-je? Je vous avais pourtant donné pour vivre, l'essentiel.

LES QUATRE ELEMENTS

LA TERRE

Le philosophe grec Empédocle vous l'a d'ailleurs révélé. Il vous a même éclairés en démontrant l'importance des quatre éléments. Ceux-ci vous permettent de décrire et d'analyser le monde. La Terre, l'Eau, l'Air et le Feu sont mes plus précieux présents. Vous en bénéficiez librement sans en mesurer l'importance. 

D'ailleurs, la vie que vous idéalisez n'est pas du cinéma propice à matérialiser vos rêves. Aristote a, bien avant L Besson, introduit un cinquième élément, la Quinte Essence ou l'Ether. Bien sûr, la philosophie vous l'a apprise, à ces principes fondateurs, j'ai agrégé les planètes et les humeurs et rattaché les métaux et l'espace.

En tant qu'humains, vous êtes donc inscrits dans cette réalité sensible, avec les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. Sans les deux pieds au sol, personne ne tient debout.  Au quotidien, j'espère que vous ressentez tous l'importance de ces Cinq Eléments que j'ai voulu fondateurs pour votre corps et votre esprit. Sinon, j'entends déjà mes détracteurs vous affirmer que l'histoire de l'Homme est à dormir debout.

Sur la terre entière, prévisionnistes en tous genres, astrologues et météorologistes, faiseurs de miracles, alchimistes et magiciens comme ceux qui exercent les métiers de la science, de l'art, de la nature, etc, tous ont reconnu leurs influences et tenter de percer leurs mystères.

Avant d'atteindre la Terre Promise que quelques bonimenteurs vous ont vantée, vous essayez-de gagner votre paradis sur terre par la bonté et l'exemplarité. Mais si dans votre existence, vous vous montrez un peu trop terre à terre ou que vous courrez partout ventre à terre, ne vous plaignez pas. En amour, pour monter au fameux septième ciel, il vous suffit d'expérimenter, comme une brave pomme d'Adam, l'attraction terrestre et physique.

Ne cherchez pas le moment fatidique. L'horoscope du bonheur vous indique la voie astrale. Entre les signes zodiacaux, leurs promesses et leurs prédictions, vous ne tarderez pas à ne plus toucher terre. L'amour promis par Cupidon vous donne déjà ses ailes.

Depuis Ovide, vous pensez sûrement que c'est l'enfance de l'Art pour que l'amour opère ses Métamorphoses. Comme le Capricorne d'ordinaire si froid, voit rouge et fonce comme un Taureau sur la Vierge, faussement effarouchée, chacun de vous veut alors se transformer. Il s'enflamme et prend feu, il fend l'air et l'armure. Chevalier de l'amour courtois, chaque Dame est un astre qui frissonne au dôme de la nuit. § AMOUR COURTOIS §

Etoile de David, Salomon au coeur d'or, attendant sa reine de Saba, vous pouvez à votre tour dire et même chanter que, chaque taille de mes" sept cents femmes princesses et de mes trois cents concubines, " (1 Roi, XI, 3 ) est un gisement de désirs aurifères.

Ouvrez grand le champ des possibles. Creusez votre tête de pioche, couronnée de mille idées précieuses et détonantes. Dites haut et fort: "J'aspire, je suis avide, j'ai soif de puissance, d'extases, de jouissances." Fouillez en vos attentes, sondez toutes vos envies, cherchez à déceler si la passion affleure. Transpercez-vous le coeur pour y chercher la veine. Voyez! Vous avez déjà la mine éclatante, vous épatez la galerie, vous atteignez le filon des plaisirs. Oui! L'amour est du grisou.

De midi à minuit, votre vie est au zénith. Tout tourne rond autour du soleil incandescent de votre passion d'aimer. Votre coeur est un tournesol, votre corps est un volcan convulsé de secousses telluriques. Eros vous a comblé. Sa carte du ciel est une Carte du Tendre.

Vous le terrien, vous pouvez y vivre en apesanteur, au milieu des étoiles. Extra terrestre, emporté par Vénus, poussé par Mercure, vous grimpez aisément de la terre à la lune. Pour vos anneaux nuptiaux, vous prenez du temps avec Saturne, en vous employant sur ce terrain d'entente à chercher quelques précieuses gemmes.

Mais comme Eros maîtrise mal le cosmos, parfois le ciel vous abandonne. Alors, en perte de gravité et d'orbite, vous voilà désaxé pour vous retrouver fraîchement débarqué à terre, en retour brutal, sur le plancher des vaches!

Enterrés ici-bas, vos rêves de lumière, enfouies à six pieds sous terre, les plantes et fleurs  solaires, asters, héliotropes! Au Paradis perdu, plus de terre à délits ni de délices emportés. Froide est l'étoile polaire. En terrien atterré, vous désespérez de consteller votre ciel-de-lit. Mais seuls viennent y briller un court instant encore l'étoile de l'aurore ou l'astre du crépuscule.

Sur la planète terre que je vous ai confiée, vous vous plantez alors le nez  au ciel pour sonder la voie lactée et les constellations. Mais la petite et la Grande Ourse restent terrées. Le Lièvre gîte au terrier.

Vous consultez les astres en croyant toujours en votre bonne étoile, espérant découvrir en votre Maison une conjonction bénéfique avec une superstar sidérante. Mais l'opposition astrologique est infiniment astronomique et votre avenir demeure nébuleux. Le soleil noir et la lune rousse ont pris l'ascendant, c'est le désastre au logis. L'amour n'y est parfois que simple mythe au logis! Et vous voilà désarmé, face au triomphe de l'occultisme et livré à l'obscur hasard.

Alors, c'est par le petit bout de la lorgnette que vous observez les mouvements de votre coeur, dans l'espoir qu'il se télescope avec une étoile. Hélas toujours filante, même la comète s'est éclipsée et s'en est Halley! Tombée du ciel, la pluie de météores de vos désillusions et soupirs vous fait tomber des nues. Le vide est sidéral, le manque est abyssal et votre coeur est à terre. 

Sortez le des Abymes avant qu'il ne s'abîme. Mais pas de désespoir, Eros veille toujours. Du reste, si vous mourez sur le champ, votre fin sera dynamique comme la vie, car je l'ai conçue énergétique et cosmo tellurique. Pour vous, j'ai remué ciel et terre.

LE FEU

Je vous ai apporté le feu qui vous fascine et vous terrifie parfois. Il faut bien que vous m'admiriez et me craigniez un peu. J'ai confié à Eros, mon divin assistant le soin de veiller sur le foyer de l'amour pour que jamais il ne s'éteigne.

Mais ce qu'il me confie dépasse mes espérances. En parcourant le Panthéon et votre planète terre, il a vu et entendu de multiples récits anachroniques prouvant quel'oeuvre que j'ai créée  crépite encore dans un flamboyant désordre. J'y suis omni présent. Jugez en par quelques simples exemples!

Chaud devant! Il faut de l'ordre et de la morale. C'est ainsi que Yahvé est tombé des nues pour s'installer sur le mont Sinaï et dans son buisson ardent dicter sa loi à Moïse. Il vous est resté ce décalogue de préceptes et d'amour gravé dans les tables de la Loi. Ce ne sont qu'échos déformés de ma pensée, transposés en paroles et transcrites sous forme d'instructions religieuses et d'interdits puritains!

" Un seul Dieu, tu aimeras et adoreras parfaitement. " Mais bien sûr! Il ne peut y avoir qu'un seul Dieu! Une évidence pour moi, une incertitude pour vous car ma force c'est d'être invisible, inconnaissable, inimaginable.

Mais voilà! Pour donner corps et sens aux choses, les hommes ont besoin de nommer. Alors ils ont osé pour justifier leur système religieux abrahamique, m'appeler Yahvé, Adonaï, Elohim, me donner par la magie de l'immaculée Conception, un fils Jésus, me représenter sous la forme du tétragramme, me décrire comme le Saint Esprit, affirmant mon unité dans la Trinité. La religion islamique m'a invoqué sous le nom d'Allah m'affirmant unique et sans alter ego. Elle m'a toutefois attribué 99 autres noms pour qualifier ma divinité qu'il convient en bon musulman de citer pieusement un à un.

Mais " en vérité, je vous le dis, " les uns et les autres auraient pu m'en accorder, mille ou dix mille et plus encore, rien ne saurait suffire pour seulement s'imaginer approcher un début de conception de l'Idée de Dieu. Alors bien évidemment, il est évident qu'il ne peut être possible que d'aimer et d'adorer un seul Dieu!

Croyez-vous que j'eusse besoin de m'embraser, d'être tout feu, tout flamme, et d'attirer les foudres sur Moïse pour vous l'affirmer et vous y enjoindre. Comme si j'en doutais moi-même! Qu'avais-je besoin, dix fois de suite dans un style pompier et rasoir d'insister et de vous faire cette cuisante morale?

Au point que pour être libres, certains n'ont d'autre choix que de désobéir à ces dix règles divines et de braver les interdits. Faut-il condamner celui qui travaille le dimanche, celui ou celle qui sont attirés par le charme du sexe opposé, qui convoitent le confort matériel du voisin ou damner les nombreux idolâtres de pacotilles, rejeter les médisants qui se soulagent ou ceux qui jurent? Car ces derniers invoquent quand même mon nom. 

Non! Il n'y a rien à retenir de ce court message que le commandement que j'ai voulu suprême, le commandement d'amour, de l'amour de Dieu et du prochain. Mais au risque de vous choquer, Votre amour est trop inconstant, il m'indiffère, il ne peut m'atteindre. Par contre, Eros vous dirait mieux que moi, l'importance de l'amour du prochain comme de la prochaine.

Lui, il est toujours avec vous et il vous accompagne partout dans vos plaisirs et distractions.  Sa tâche n'est pas de tout repos. Au Panthéon, la concurrence est rude.

Tonnerre de Zeus! Pourquoi croyez-vous que Prométhée a cherché à m'imiter en créant des hommes à partir de boue et de cendres transformés en roche, si je n'avais pas moi-même en pleine activité créatrice, disperser les météorites? Pourquoi a t-il chercher à les animer en leur insufflant les plaisirs de la vie, s'usurpant ainsi les prérogatives du domaine d'Eros?

Heureusement, par l'intermédiaire de Zeus, Eros a pu se venger de lui en le laissant voler le feu des dieux de l'Olympe pour le donner aux hommes. C'était une absurdité, une folie d'orgueil que de leur donner la flamme olympique et plus encore une stupide démesure que de leur laisser croire qu'ils puissent un jour, devenir de futurs dieux du stade. Mal lui en prit. Le pauvre Prométhée sera enchaîné sur le mont Caucase, se faisant dévorer le foie par l'Aigle. Le remords le rongera ainsi jusqu'à sa délivrance par Héraclès.

Le feu fascine les dieux et les déesses, les héros et les héroïnes comme le commun des mortels. Dans le labyrinthe de la vie et les méandres de son coeur, dans le dédale des besoins et des envies qui se présente à lui, l'homme est parfois tenté de se faire une place au soleil pour briller et séduire. S'il s'en approche trop près, il risque le sort d'Icare, finissant comme un triste sire avec un coup dans l'aile. Un jeune amoureux empressé doit veiller à ne pas fondre pour une belle envolée.

Les exemples ne manquent pas. Didon elle-même, victime d'un feu de paille, s'est consumée à feux doux d'amour pour son Enée. Le feu de la passion est un feu sacré. Mais les Vestales qui, à Rome, le gardaient ne pouvaient imaginer que le pyromane Néron puisse en faire un feu de joie pour mettre à feu et à sang, la Ville Eternelle.

Et Vulcain alors? Le dieu des métaux, de la forge et des volcans n'était pas toujours à prendre avec des pincettes? Et pour cause! Il avait beau avoir l'amour du métier mais devoir passer tout son temps entre le marteau et l'enclume pour faire un feu d'enfer ne rend pas forcément joyeux. Surtout en martelant avec force le refrain des métallos célestes: " C'est en forgeant qu'on devient forgeron. " Mais Eros vous conseillera de ne pas le plaindre.C'est grâce à lui, que l'amour vous tenaille quand vous subissez des coups de foudre qui vous mettent dans tous vos Etnas! Héphaïstos vous assure le Pathos!

L'homme l'a domestiqué. Il en a fait son flambant foyer, au centre du logis, sa lampe pour éclairer la route de ses jours, sa veilleuse de rêves au coeur de chaque nuit et son phare dans la tempête de sa vie tourmentée.

Douce amoureuse, méfiez-vous de la promesse d'une vie douillette au coin du feu. Landru, à la barbe bleue n'est qu'un bellâtre qui rêve de faire mijoter, à petit feu une poulette de circonstance pour la consommer en poularde demi deuil.

Le feu est partout en action, sous la glace, sous la peau, au lac. Follet, il va, il vient, il circule, passe du vert des amours enfantines au rouge des pâmoisons. Il est comme Eros, partout et nulle part. 

Il est sans feu, ni lieu. Il lèche ou il dévore. Il enflamme les esprits plus efficacement que ne le fit le Saint Esprit à la Pentecôte sur la tête des apôtres. Il incendie les peaux, il embrase les coeurs, les fesses et les culs. Il titille, il démange, ce sont les feux de l'amour!

Il brûle les sorcières comme les savants accusés d'hérésie. A Rouen, Jeanne d'Arc qui fait feu de tout bois, n'en finit pas de bûcher! Du feu de Dieu! Il est inquisitoire et destructeur, purificateur et autodafé pour les corps et les âmes, les livres sulfureux et toutes les Vanités.

Il attire les intrépides qui pètent le feu avant de se jeter à l'eau, il tente les réfractaires qui ne craignent pas de mettre leur main au feu comme il berne les naïfs qui n'y voient que du feu!

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