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Articles avec #lecteurs et ecrits vains tag

Lettre sur le fil à Damoclès 3/3

Publié le par modimodi

Damoclès ! Il suffit de tes intimidations incessantes ! Tu ne pourrais pas un peu faire relâche ou laisser tomber une bonne fois pour toutes, tes menaces en l'air !

Car on le dit partout : Max la menace, c'est toi, l'épouvantail à moineaux, c'est toi !  Le spectre à la hache, c'est toi, le raseur, rasoir à lame à double tranchant, c'est toi ! Pourquoi, n'es-tu pas passé à la postérité, en étant valeureux comme Ivanhoé ou Lancelot ? Pourquoi ne t'es-tu pas fait le champion des coups d'épée dans l'eau qui dort ? Pourquoi n'as tu pas vanté les délices enivrants des petits coups du pouce-rapière ?

Pourquoi n'es-tu pas devenu simplement un héros et n'as-tu pas rendu mémorables tes exploits et légendaire ton épée : comme la Joyeuse de Charlemagne ou la Haute-Claire d'Olivier ? Pourquoi ne t'es-tu pas illustré comme Cartouche ou d'Artagnan ? Tu aurais pu être célèbre par tes moulinets et inventé la botte secrète de Nevers ? Tu aurais pu chevaucher comme Renaud de Montauban, flamberge au vent, lancer le concours de Durandal et ouvrir les brèches comme Roland à Roncevaux. Tu aurais pu ! Que ne l'as-tu voulu, chevalier errant dans le labyrinthe du déshonneur des paladins !

Pourquoi n'as-tu pas démontré ta vaillance comme le roi Arthur avec son épée Excalibur ? Te manquait-il la puissance surnaturelle de saint Georges et de son épée Ascalon pour terrasser le dragon ? Ne pouvais-tu faire preuve de démesure comme Siegfried, de force foudroyante comme Thor ? Pourquoi ne nous as-tu pas dotés de la flamboyance de ton épée comme un Séphiroth sur le sentier de l'énergie spirituelle ? Pourquoi ne pas avoir cherché à affronter les géants plutôt que de t'en prendre aux petits, à nous, les sans-défense ? Te sens-tu responsable de tant de manquements au code de l'honneur chevaleresque ?

Oh ! Si je le pouvais, je croiserais le fer, volontiers avec toi ! Car je redoute ta puissante malédiction, Damoclès ! Personne, même un preux et pieux croisé n'a encore su l'esquiver ! Alors si en plus, le ciel nous abandonne !...

Et puis, si la fatalité de ton épée conduisait à la sagesse, à la prudence, à la morale stoïcienne, passe encore ! A défaut d'accepter, nous pourrions en supporter le sort. Mais non, nous ne savons toujours pas admettre que des événements ne puissent pas dépendre de nous et nous ne pouvons nous détacher de tes menaces en l'air ! Tu es hautain de défi, point de noblesse !

Tu nous effares, tu esbrouffes et parades. Tu fais du chiqué pour mieux nous choquer. Pour tout dire, tu nous prends la tête en évitant le corps à corps ! Alors, je tente de me mettre à ta hauteur, je reste sur mes gardes, redoutant toujours hautement une de tes feintes sournoises !

Oui, nous avons compris ici-bas et bien évidemment, mal admis que nous ne vivons pas pour l'éternité. Mais faut-il pour autant renoncer aux plaisirs, sous prétexte qu'ils sont éphémères et que le bonheur est par nature fragile et précaire ? Faut-il vivre pour autant dans l'angoisse oppressante du prochain malheur, de l'imminence d'une catastrophe ? N'avons-nous pas droit à un moratoire ?

Faut-il vivre en redoutant la mort parce qu'elle est inéluctable ou profiter de la vie présente car en l'état, elle est sûre et acquise ? Faut-il prendre le vent favorable et serrer la voile ou rester en rade dans l'attente de vents contraires ? Faut-il aimer "Hélène" comme Ronsard ou la "Charogne" comme Baudelaire ?

"Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :

Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie."

ou

"Alors, ô ma beauté dites à la vermine

Qui vous mangera de baisers,

Que j'ai gardé la forme et l'essence divine

De mes amours décomposés !"

Vois-tu, Damoclès, sans être un bras cassé, j'ai du mal à dégainer les idées, à embrocher sur le vif les pensées. Mon imagination s'enferre à fond, jusqu’au pommeau. J'essuie des coups de revers de ma fantaisie débridée. J'écris à l'arme blanche de mes nuits. Certains jours, je suis tout près de rengainer. En littérature, même dans les romans de cape et d’épée, je reste un piètre mousquetaire, un mauvais spadassin, j'ai partout du mal à percer !

Je te le dis Damoclès, rien ne te rend sympathique à mes yeux ! Jamais, je ne t'adouberais ! Tu aurais mieux fait de raccrocher et de laisser l'épée au fourreau. Une seule chose me retient dans mes reproches et ma colère... C'est le risque que je prends à garder un espoir insensé, enfoncé jusqu'à la garde en moi ! Revêtir un jour l'habit vert et ceindre l'épée d'académicien ! Encore me faudrait-il en plus d'être sur le fil, être au moins à la pointe !

 

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Lettre sur le fil à Damoclès 2/3

Publié le par modimodi

Pourquoi as-tu agi ainsi Damoclès ?

Oui vraiment ! Tu as été imprévoyant car tu as infligé une bien mauvaise réputation à toute ta descendance ! Depuis, ton nom est comme ton épée, accroché au danger ! Chevalier qui fait peur, chevalier des reproches, après l'ennemi public, tu es devenu le danger public !

Le poète s'est exclamé dans un soupir : "Ô temps, suspends ton vol !" Moi, je t'en conjure dans un cri : Ô Damoclès, décroche-la vite ! Oh oui ! Dépend et range sur le champ, ton épée ! Cette histoire de péril imminent m'assomme !

Je fais des fixations de peur bleue sur les éventuels coups du sort. Je m'agrippe à l'espoir mais je vois le danger partout. Je suis à un poil de m'arracher les cheveux pour aller renforcer le crin de la suspension ! Dis-moi, tu n'aurais quand même pas voulu que je casque à ta place !

Il suffit vraiment ! Car sans toi, la vie nous fait la leçon ! Tout petit déjà, chacun est mis dans le droit chemin par la morale. En cas d'écart de conduite, la menace du glaive de la justice, civile ou céleste est brandie ! Mais comme si ceci ne nous suffisait pas, à cause de toi désormais, chacun doit craindre en plus, le couperet du destin ! Je t'adjure haut et fort, raccroche et rengaine l’épée dans son fourreau !

Ta réputation est devenue si sinistre, mon décevant Damoclès qu'elle a entaillé ma confiance en l'avenir. Tu aurais mieux fait de trancher efficacement le fil de mes récits, dénouant le nœud gordien de mes pensées inextricables. Mais au final, sur le fil de l'épée, j'ai eu beaucoup trop à en découdre avec toi. En effilant la trame de mes histoires, tu as rendu mon style filandreux et rasoir.

Tu es pour moi comme pour l'humanité, un désastre généralisé. Tu as balafré l'optimisme, taillé d'estoc le moral des hommes d'action et pourfendu leur espérance ! Tu es un obstacle à l'assurance, tu menaces et fais chantage à l'échec permanent ! Tu mines de prudence défaitiste toute volonté d'entreprendre.

Depuis la nuit des temps, nous sommes tous menacés par ce qui pourrait nous tomber sur la tête. Une pluie de météores affola les Gaulois. Une tuile tua le grand Pyrrhus. Une tortue dans les serres d'un aigle, lâchée sur le crâne d'Eschyle fut fatale au tragédien.

Ton épée de parade de petit fier-à-bras est encore aujourd'hui l'image de notre tragi-comédie humaine ! Ah ! Coquin de sort ! L'incertitude est notre lot commun. Nous sommes tous des gagnants à la loterie du hasard de la vie ! Oui ! Si le destin a la faveur de ne pas nous laisser tomber, en la circonstance, c'est bien toi et toi seul, qui nous fais tomber de haut et nous prédispose à la chute libre.

Est-ce d'ailleurs, depuis toi que le plaisir est ainsi éphémère et que la contrainte de la peine ne tarde jamais à surgir ? Si un homme averti en vaut deux, l'humanité doit se tenir sans cesse sur ses gardes. Chaque événement est un présage qui nous provoque d'un "Vous ne perdez rien pour attendre." Alors, vous mes frères humains de passage, en garde ! Pas question de la baisser !

D'ailleurs, les va-t-en guerre, pessimistes ou extrémistes, à tout crin, comme toi, sinistre Damoclès, en usent et en abusent. Les aurais-tu influencés ? Quand toi, tu parodies peut-être, quand tu joues l'allégorie de l'imminence du danger en accrochant ton épée au-dessus de nos têtes affolées, les autres matamores t'imitent. Ils jouent l'intimidation en nous plaçant un couteau sous la gorge. Avec toi, comme avec eux, l'imminence du malheur est quasi certaine. Depuis toi, l'homme a une épée dans les reins et court aveuglément à sa perte. Un poignard dans le cœur, sa vie est un coupe-gorge.

Damoclès ! Prends garde ! Je te reproche à jamais, ta néfaste influence, cette malsaine attitude qui renforce encore aujourd'hui l'impact des semeurs de troubles, de ces Zorros masqués de la panique généralisée. Tu confortes ainsi tous les inquiets qui broient du noir dans un monde, sans cesse en alerte ! C'est à qui dégainera le premier pour attaquer ou se défendre !

Mon triste Damoclès, avant d'être à la dernière extrémité, nous sommes déjà tous dans une situation critique. Par ta faute, la vie n'est plus une grande aventure, c'est un piège ! Moi, dans l'arène de la vie, je suis un gladiateur. Je suis cramponné à ma lame, l'épée en mains, je suis tenace, acharné, accrocheur ! Je fais partie de la vieille garde qui espère la relève et je veille. Je suis sur le qui-vive, muet comme Bernardo, rusé comme un renard !  

Mais toi, tu n'en as cure, je vois bien que tu menaces de me fendre le crâne ! Tu vises la surprise en te payant ma tête. Penses-tu ainsi provoquer un choc salutaire ? Crois-tu que tu vas pouvoir m'ouvrir, d'un coup tranchant, les idées et le chemin de l'intuition illuminative ? Décapiteras-tu enfin le sort qui s'acharne sur moi et abrégeras-tu mes hésitations linguistiques ?

Tu sais, mon inspiration se taille déjà d'elle-même et mon style est châtré. Je suis à tout crin, d'aucuns diraient crin-crin... et ma plume est un archet pour le violon des âmes tourmentées ! Oreilles sensibles s'abstenir !

 

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Lettre sur le fil à Damoclès 1/3

Publié le par modimodi

Mon cher Damoclès, tu trouveras cette missive déposée dans la boite aux lettres des couloirs du temps.

Je ne sais pas si tu l'as appris, j'ai un vieux frère en éloquence, un homme politique athénien qui vivait au IVème siècle avant J.-C. Mince ! "Ça ne nous rajeunit pas tout ça !"

Mais ce qui t'intéressera sans doute, c'est qu'il s'appelait Damoclès, comme toi ! Un homonyme pour toi, un homologue pour moi.

C'était un orateur, disciple de Théophraste "le Divin Parleur", un ardent défenseur des enfants de Lycurgue. Si je m'identifie à son art rhétorique, je ne pérore pas pour autant et si j'ose t'envoyer cette bafouille, je ne bafouille pas pour autant.

Oh non ! J’affûte mes arguments et j'aiguise ma pensée à la taille de ma plume. Je les veux tranchants ! Si je fais fort dans l'expression, si j'ai l'exorde vigoureux, c'est dans l'espoir de valider l'opinion répandue que "la raison du plus fort est toujours la meilleure." Je me veux convaincant, j'ai l’orgueil du péché de chaire sans toutefois sermonner !

Je suis un écrivain pacifiste, plutôt du côté "Paix" que du côté "Guerre". Mais je sais à l'occasion, quand il le faut, engager et croiser le fer. Je ne suis peut-être pas une fine lame mais ma plume a la pointe acérée, même si de nature, je préfère bretter les esprits, à fleuret moucheté. Pas d'excès d'épéiste zélé ! Je ne cherche pas à laisser quiconque sur le flanc. Je m'escrime plutôt, par petites touches à atteindre mes lecteurs ! Il faut dire que je suis du bon côté du manche pour leur chatouiller les côtes !

Par contre, à l'inverse de toi, intrigant Damoclès, je ne suis ni flatteur, ni courtisan. Je ne recherche pas l'estime des puissants et des rois ! Ma noblesse est dans la distinction des actions, l'élégance des pensées et des écrits. Je fustige si nécessaire mes contemporains, mes amis, mes liseurs de passage. Je ne les pommade pas pour percer de reconnaissance, me faire un nom et devenir ainsi un écrivain à la pointe de la cime littéraire ! Je tente simplement qu'ils ne s'éloignent pas sur la pointe des pieds.

Brrr ! Sinon, je leur ferais plutôt tâter de la pointe de ma plume piquante comme d'une aiguille de curiosité... Vois-tu ! Mes coups de pointes sont des pointillés appliqués de plumitif pointilleux ! ...Mes pointes sont des pointes d'esprit et je sais aussi jouer de l'épée à deux talons envers tous ceux qui me les tournent !

Je n'envie pas pour moi comme pour eux, d'autres richesses que celles de l'esprit et du cœur. Mon bonheur n'est pas dans l'admiration éphémère de mes proches mais dans les joies durables que je leur procure. Je veux être utile pour leur seul profit, celui d'une vie qualitative. Vivre, c'est donner de l'amour, pas des leçons.

Mais dis-moi ! Qu'est-ce qui t'a pris, Damoclès, toi, le roi des orfèvres, d'exciter ainsi le roi Denys l'Ancien, le tyran de Syracuse ? Pourquoi as-tu voulu rassurer cet inquiet, en maniant l'encensoir ? Pourquoi envier et louanger sa magnificence et son opulence, sinon pour espérer en tirer un profit secret ?

En homme avisé, lui, l'avait sans doute perspicacement perçu... Tu n'as rien ressenti. Il a habilement saisi ton désir profond de courtisan flatteur pour t'approcher des puissants et bénéficier de leur considération.

En monarque éclairé et faussement généreux, il ne s'est sûrement creusé qu'un court instant, la tête pour répondre à ton intrigante avidité ! Mais ne va pas te plaindre ! Il t'a ainsi permis d'apprécier ses splendeurs princières et t'a offert ses largesses. Hélas pour toi ! Que le temps dérisoire d'une unique et mémorable journée !

C'était bien, la preuve ironique de son cœur altier mais ô combien mesquin ! Derrière ton rictus, avoue qu'il t'a bien eu, "en beauté, de toute sa hauteur et dans les grandes largeurs". Ta joie et ta fierté sont restées en suspens !

Un instant, je peux me mettre à ta place et aisément concevoir ton orgueil de recevoir une invitation royale personnalisée ! Je te vois même y courir en grande pompe et même à toutes pompes, te prenant sur l'instant, pour le roi ! Mais j'aurais voulu aussi assister à la scène et voir ta mine stupéfaite et affolée quand, au milieu du festin, tu as levé la tête pour te rendre compte qu'un glaive était suspendu au-dessus d'elle.

J'imagine ta panique quand tu as réalisé que le support n'était qu'un simple crin de cheval ! Plus question pour toi de hausser le col et de t'enorgueillir ! Ta vie de petit crâneur ne tenait plus qu'à un cheveu, toi, le chevalier d'un jour ! Ah ! La triste figure devant cette menace en suspension !

Oh ! L'exquise dérision et le vertueux message symbolique de la part de ton maître ! Oh ! La cruelle mais judicieuse démonstration pour te signifier que le danger peut, d'un moment à l'autre, s'abattre sur chacun, autant sur toi, pseudo-monarque d'un jour que sur le roi lui-même. Oh ! La leçon de sagesse de l'existence, elle-même ! La jouissance et les plaisirs ne sont pas illusoires, ils sont aléatoires dans leur dispense et leur durée. Chacun est tributaire du destin ! Le bonheur est souvent à double tranchant.

Moi, je reste méfiant et prudent, mon vieux Damoclès ! Dans l'existence, tout peut arriver, le meilleur comme le pire. Personne n'est à l'abri du risque ni interdit de chance. Ne sois pas rabat-joie ! Il ne faut pas laisser tomber, ni les bras ni l'épée. Oh ! Surtout pas l'épée !

 

 

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Lettre au bourreau de travail

Publié le par modimodi

Regarde ! Est-ce que tu les vois, toi, le bourreau de travail ? Aperçois-tu tous ceux, comme moi, qui n'ont pas le temps de faire le joli cœur ! Non ! Absolument pas le temps !

Vois-tu ? Même s'ils en ont plein le dos, ils s'échinent pourtant à longueur de temps. Ils se tuent au travail. Ils se torturent le corps et l'esprit. Moi-même, je m'écorche sur mes trois pieux taillés comme des crayons, en soufflant comme un bœuf, comme autrefois, je suis un esclave sous le joug.

Oui ! De par ma libre volonté, je suis, à mon bureau, mon propre bourreau de travail ! Mais eux, n'ont pas d'autre choix que de se supplicier sur l'autel patronal du rendement, de la compétitivité et du profit ! Qui a le sort le plus enviable ? Ne me plaindrais-je point d'aise ?

J'ai tout confondu : travail et œuvre, technique et art. Je tisse les fils de l'écheveau de mon destin dans la toile ajourée du temps, dans le tissu effiloché de la morale sociale et parfois même dans le saint suaire de la religion ! ... Une apothéose mystique pour ma passion masochiste ! Je trame des récits cousus de fil blanc que j'étire et emmêle sur le métier d'écrivain.

Eux, j'en suis certain, connaissent davantage la souffrance que la joie rédemptrice du travail qui délivre ! Ils secouent leurs chaînes sans parvenir à les briser... Avec mes compagnons, mes frères humains, je crie souvent sans en comprendre toute la portée symbolique : "Gloire au travail ! Gloire au travail !"

Jamais désœuvré, éternel travailleur, je suis toujours à la bourre dans mon propre harnais ! J'ahane et je cravache ! C'est la vie qui me débourre quand l'activité me bourre. Heureusement, la littérature m'offre quelques chiquenaudes cérébrales tandis que l'existence me donne des bourrades. Pendant que l'environnement me fait du bourrage de crâne, moi, je bourre et bourre et ras le tam-tam comme le mou de mes lecteurs.

Oh ! Je ne veux pas la mort du petit cheval ! Mais j'agis hélas, comme un bourrin ! Je prends des coups de collier et des coups de fouet. De tant de coups de bourre, je suis même devenu un vieux canasson bourru, bougon et bouchonné, un ridicule bouffon bouffi, bouillonnant de boutades ! Et si, j'ai parfois l'esprit dans la ouate, c'est à force de me bourrer de tranquillisants. Oh oui ! Je préférerais mille fois être rembourré de petits et précieux bourrelets au portefeuille que bourré de tant de remords !

Il le sent bien d'ailleurs, lui, mon fidèle et rare lecteur que je lui bourre son crâne comme s'il était un bourre-couillon écervelé ! Si, en boute entrain, je mets du cœur à l'ouvrage comme au ventre, je le nourris pourtant mal de mes maigrichonnes prétentions d'écrivaillon.

D'ailleurs, mon pain posé sur la planche est un pain complet, mal levé et souvent trop bourratif ! Je lui en coupe de pleines tranches ! Oui, mais je m'étale trop et je tartine ! Je suis un boulimique de boulot, j'aérophage et je boursoufle, je suis gonflant, je le souffle et je l'époustoufle ! Mon style croûteux et pâteux l'épate et l'étouffe ! Je n'arrive plus à m'ôter le goût du pain. Il peut penser que je suis un bourreau de travail, en fait, je ne suis que son bourreau textuel !

A l'instar du penseur de Rodin, je n'ai pas vraiment de socle artistique. Je sculpte au ciseau et au burin les mots en ronde-bosse comme un écrivain bosseur. Je me tape sur les doigts. Non ! Je n'ai pas trop la bosse du commerce, je la roule, mais je me vends mal.

Je me donne pourtant beaucoup de mal pour réussir. Mais feuille à feuille, je sédimente et je bloque ma progression dans la veine du talent. Je voudrais donner un plaisir qui reste en suspension comme les yeux dans le gras du bouillon littéraire. Mais, allez savoir pourquoi, mon bouillon de culture ne s'avale que les jours maigres.

Je cours après l'inspiration, que j'appelle ma belle au bois dormant. Mais dans la forêt des arbres abattus pour quelques minables pages, destinées surtout à noircir le tableau des belles-lettres, moi, je divague et m'égare dans les laies de l'anonymat. Je m'écorche sur la hache des bons sentiments. Je suis un bûcheur souvent en plaies et bosses. J'opère en coupes réglées faute de n'avoir pas su faire des coupes sombres dans mes textes ou éviter les bûches et les embûches !

Voilà bien l'hérésie ! Avec ce genre mal fagoté, je mets mon dernier lecteur à une torture que je m'inflige moi-même. Je nous crétinise. C'est atroce à penser mais j'aurais dû trancher depuis longtemps dans le vif de mes écrits, il n'aurait pas vu rouge !

Et moi ? Probablement que j'aurais eu plus de temps et de plaisir à bûcher sur les belles pucelles d'Orléans ou d'ailleurs. Plutôt que de faire de ma vie un enfer dans l'autodafé de mes lettres, j'aurais pu m'enflammer et jouer moi aussi, au petit bourreau, non pas de travail mais des jolis cœurs !

 

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Le factice

Publié le par modimodi

Bigre ! Bigre ! Après que les grands mégalos dogmatiques et leurs charniers à ciel ouvert, nous aient convaincus de la tyrannie de l'utopie et du caractère terroriste de la vérité, nous vivons l'ère du vide, des crises économiques et de la faillite des idéologies des états providence.

Parallèlement dans la surabondance du mauvais goût, avec la recrudescence du faux et des apparences, par le désir d'éphémère et de sensationnel, sous l'emprise de la passion du factice, du simili et du simulacre, le trompe-l’œil nous fait des clins d’œil. Oh ! Même si nous savons bien que " Tout ce qui brille n'est pas or", nous nous illusionnons nous-mêmes en croyant donner l'illusion.

De tout temps fasciné par la magie de l'image et du verbe, l'homo mediaticus n'en finit pas de se prendre au miroir aux alouettes de la duplicité et de la duplication. Il copie ou il fait semblant. Tricheur et truqueur autant par son désir de se singulariser que d'appartenir par le look à un clan, il choisit les signes de reconnaissance de sa tribu.

La vogue et la vague du faux et du jeu déferlent d'ailleurs sur nos mièvreries publicitaires et rousseauistes qui prônent le retour à la nature. Nos lessives sont lavées plus blanc que blanc, sur fond de champ de blé ou de cascades aux chants d'oiseaux. Sur " Les quatre saisons " de Vivaldi, les changes nous font des risettes célébrant le printemps de la vie.

Avec " La truite " de Schubert dans son iPod, la nana qui connaît moins oncle Vania que sa périodicité féminine s'en tamponne sous forme d'activité sportive intense. Les dessous de bras et les aisselles qui ruissellent, sentent les embruns vanillés d'îles exotiques ! Vivre sur les dents mais toujours éclatantes et manger sain et bio sont les valeurs refuges de la bonne santé, vendues artificiellement sur fond de carton-pâte et de trompe-l’œil écolo.

Mais tout est déjà dans la nature. L'homme n'a rien inventé. Les oiseaux donnent la parade nuptiale ou amoureuse. Pour séduire, l'homme, ce drôle d'oiseau qui promet le paradis, joue comme il peut de son dimorphisme sexuel et glandulaire. Il met ses plus belles plumes colorées, gonfle son jabot ou sa crête au gel béton et se pavane devant l'oiselle sous les sunlights ! Il roucoule ses chants les plus mélodieux, pousse des cris les plus sonores et saute et danse en ondulant du croupion chatoyant et irisé.

Il déploie ses arguments et ses courbettes, il vibre en harmonie discrète ou se donne en spectacle, sous forme d'acrobaties ou d'affirmation de sa testostérone. Tout en s'offrant, il fait offrande pour mieux convaincre la douce et belle femelle. Il espère, il attend la prise de bec. Pour conclure, il ira même lui promettre un nid douillet.

Et moi ? Que fais-je d'autre que parader en écrivant et en agitant ma plume ? D'un battement d'aile, je crois vous emporter. Je joue de l'art du leurre et du factice. Que ne tentai-je pas à mon tour de vous séduire, d'attirer n'importe quel lecteur hermaphrodite de cette littérature con, plaisante. La preuve m'est souvent donnée, quand j'obtiens l'effet inverse par mon style trop gonflant ou trop ébouriffant.

Je suis mon propre faux semblant d'aimer, de partager et je fuis pas à pas. Ma création me nargue et m'échappe. Ce qui me paraît original n'est peut-être qu'une pâle copie. J'imite le talent sans jamais l'égaler. Je m'illusionne.

Poésie et philosophie sont souvent mes garde-fous pour éviter les pièges de moi-même et de mes semblables. Si je cherche à comprendre, Lévinas m'apporte sa réponse. Si la relation à autrui est asymétrique, la relation à l’œuvre que je contemple est donc un face à face entre l'être que je suis, vivant et animé et ce qui s'apparente au néant, une œuvre figée dans sa beauté intemporelle. Rien n'empêche que certaines créations que je contemple et scrute m'interpellent et dépassent mon simple regard.

Comme chaque visage rencontré et observé est offert dans son dénuement, aucun ne peut à lui seul faire sens en dehors de ma propre perception et de ma participation émotive. Chacun de mes textes est ainsi un visage d'encre offert à votre vue et à votre regard intérieur !

Il n'y a pas d'ambivalence dans cette conversation muette, uniquement parfois dans mes intentions. Il n'y a rien de possible dans la rencontre avec l'autre comme dans la contemplation d'une œuvre en dehors de ma propre volonté. J'en suis donc responsable, ma subjectivité ne peut m'en dédouaner. Le reste n'est qu'arrangement avec le ciel et soi-même. Mais le ciel ne saurait mentir...

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Tous les coups sont permis ! Baisser de rideau ! 3-3

Publié le par Modimodi

Coucou ! Lecteurs et spectateurs, hypothétiques amis, voici venu le temps de mon ultime chiquenaude littéraire !

Allez ! Encore un coup, un dernier coup ! Oui ! Pour vous, un vrai cadeau : un joli coup de collier si vous tenez le cou sans y prendre vos jambes !

Je devine votre impatience et votre étonnement. Sûrement, pensez-vous que je vous ai réservé un dernier coup, par surprise et que voulant atteindre mon but, je vous ai préparé un coup de p... ! Gentils poètes du dimanche, aux coups d'éclats de rimes, je vous fais confiance pour trouver la consonance.

Vous êtes en droit de l'espérer. Normalement, au troisième acte, avant le baisser de rideau, de la pièce intitulée : "Plais et bosse", vous attendez de l'auteur, un ou plusieurs coups de théâtre.

Personne n'imagine que le créateur n'a pas suffisamment bossé pour surprendre et plaire à son auditoire. Personne ne compte tomber sur un cas pareil au mien : un apprenti dramaturge, à son premier coup d'essai !

Excédés et déçus, n'allez pas vous mettre à crier : "Remboursez !" Vous n'avez qu'à imaginer la suite et espérer le coup de génie. Et puis, pas de mauvaise foi, vous auriez dû vous renseigner et le savoir ! L'auteur ne tient pas le coup. Je ne vaux pas le coup !

Mon talent faute de pièces à succès est bien trop rapiécé. Jusqu'alors, aucune de mes créations n'a fait d'un coup, d'un seul, un tabac. Sans doute, suis-je plus, dans le passage à l'acte que dans le passage à tabac !... Pétunez donc à plein nez et ne vous traumatisez pas de cette mauvaise blague.

Comme le dirait vulgairement, la crème des patates : "Purée de nous autres !" En effet, moi aussi, j'en suis réduit à écraser le coup. Fi donc ! N'allez pas vous plaindre pour si peu. Non ! Non ! Non ! Vous n'êtes pas dans le brouillard ni dans la purée de pois. D'ailleurs, il n'en reste plus ! Ils sont tous, comme moi, cassés à force de pains dans les miches ! Pas d'exagération ! Vous n'êtes pas non plus, devenus marrons à cause de cette châtaigne littéraire, à la bogue hérissée !

Je peux admettre qu'à la fin de ce texte, vous ayez quelque mal à tenir le coup et estimiez avoir été victimes d'un coup fourré de coups de plumes. Rassurez-vous, il y a toujours pire ! J'ai en préparation un essai appelé : "L'assommoir". Une histoire de café littéraire où vous pourrez boire des petits coups tout en découvrant l'infortune de Gervaise et les coups de cœur de Lantier pour Adèle.

Alors, ce coup-ci, si je vous parais abattu, si j'ai les yeux battus, je ne m'avoue pas pour autant vaincu. Pas question de donner des coups de sabre à mes écrits. En toute prétention, je me dis que même, s'il m'hante au logis, le grand Victor n'a qu'à bien se tenir !

J'ai en réserve quelques coups durs de ma trempe, toujours plus durs encore au corps des lettres.  Alors nulle inquiétude ! Je ne suis pas de ceux qui s'en tapent. Je ne vous donnerai pas le coup de grâce. Je vous préviens : mon simple coup de semonce devrait suffire. Toutefois, si vous persévérez, c'est à vos rixes et périls !

Et à la fin, qu'importe, vos humeurs ! Ce texte ne vous a pas plu ?... Tant pis ! Je préfère avec vous éviter tout accrochage, au grand dam de mes idées… Si vous en avez perdu le fil, c'est que mon style, à tous les coups, était téléphoné ! ….

Eh bien non ! Je renonce. Je ne vais pas tamponner votre inappétence phraséologique contre mon autosuffisance textuelle. Je me refuse à entrechoquer vos goûts littéraires comme à entrer en collision avec votre esprit frappeur, frappé, sans doute de belle indifférence.

Je suis un surréaliste des mots fulgurants. J'assène les sons qui se tissent et qui viennent frapper de leurs petits marteaux mon esprit. René char et Pierre Boulez me cognent de leur "Marteau sans maître". Les premiers termes résonnent en moi : "Tu es pressé d'écrire, / Comme si tu étais en retard sur la vie. / S'il en est ainsi fais cortège à tes sources. / Hâte-toi. / Hâte-toi de transmettre / Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance. / Effectivement tu es en retard sur la vie."

Soit ! Il est vrai que l'inspiration défaillante me tient à distance et me ralentit. Par manque de talent, mon style est percutant, mon talent embouti, faute d'être abouti… Je donne donc un coup d'arrêt au sort, qui m'est contraire. Je m’exécute sur le coup, sans attendre. Allez ouste, pas de rouste ! Ça baigne sans beignets !

Pas de contrariété pour des prunes ! Je me retire meurtri, encore sur ma faim, sans distribution de pains. Je le fais calmement, sans coup de calcaire ou de boutoir ! Pas de coup de boule pour quelques nerfs en boules ni de pugilat sans une vraie mise aux poings ! Ici d'ailleurs, une simple mise au point devrait suffire, des points en pointillé avant le point final…

J'espérais mieux ! Je me suis fourvoyé. J'attendais trop et sans doute tout de vous ! Vos encouragements auraient dû avoir l'effet d'un coup de fouet. J'aurais apprécié vos vibrants coups d'archet, mais en francs-tireurs, vous ne m'avez envoyé, à jets continus, que vos flèches de méchants archers. Vous m'avez matraqué de mauvais commentaires. J'avais la grosse tête, vous me l'avez faite au carré !

Aujourd'hui, j'ai beau respirer à grands coups, je suffoque. Je suis hors-jeu ! Vos coups ne sont pas francs, je tente de les amortir mais vous me dégagez en coups de coin ou en touche.

Je meurs au champ d'honneur des incompris, victime du coup fatal de votre ennui mortel. Je vous ai surinés, je me suis mis votre patience à dos, je prends votre coup de poignard… Blessé pourtant, je tente de me répandre encore. Voyez ! Je m'obstine à vous offrir une dernière pinte de bon sang de ma veine d'écrivain !... Considérez cela comme mon dernier coup de Jarnac ! Je resterai un mythe errant dans l’Élysée des belles lettres.

Je demeure placide. Je ne ruerai pas dans les brancards, sur lesquels gisent les cadavres exquis de tous mes frères poètes, rongés par leurs propres vers. Il me suffit déjà, de votre coup de patte, un vrai coup de pied de l'âne !… Mais sachez-le, "même pas peur !" Si vous me cassez la figure, ce n'est que ma figure de style.

Inutile de pleurer un bon et dernier coup ou de jouer des castagnettes, sous la menace d'une castagne. Je ne serai pas mis à bas, sous l'emprise d'un coup de barre ! Je l'ai placée trop haute, je m'esquive en passant dessous ! L'auteur, bon ou mauvais a bien des droits d'hauteur !

Oh ! Je déguste bien sûr ! Votre indifférence dépitée est pour moi une gifle, une tarte, un soufflet cuisant qui n'est pas près de retomber dans mon orgueil offusqué. Vous avez mijoté votre coup. Vous me cuisinez des critiques, aux petits oignons, vous me rentrez dans le chou et dans le lard. Vous me mettez la pâtée. Qu'importe ! J'irai désormais, à la soop populaire des romans de gare.

Mon style avait du swing. J'ai donc pris un crochet du droit d'auteur ! Je suis sonné et sommé, alors n'en jetez plus ! Ce coup d'éponge m'oblige à m'effacer, par l'arrêt de votre libre arbitre. Fin du combat par coups bas. KO ! KO !... OK ! Je reconnais ma défaite, je n'étais pas dans la bonne catégorie… Je ne suis qu'un poids plumes ! L'assommant assommé !

Petits juges et censeurs, je suis passé du ring au tapis. Me voilà, pour le compte, pieds et poings liés avec vous. D'ailleurs, il vous est apparemment, plus aisé de me mettre à vos pieds ou à pied, à grands coups de pompes !

Je prends donc provisoirement mes cliques et mes claques et m'esbigne, à grands coups de blues, le vague dans le regard et l'âme. Je décolle en coup de vent comme une bulle de savon. J'ai eu tort de me faire mousser ! Le coup de gong bourdonne dans mes oreilles. Au coup de cymbale, fin du bol de soap opéra d'quat' sous, fin de ma ptit' œuvre à deux balles !

Je vais sûrement gagner le prix "tannée" de la rentrée littéraire. Ça me fera peut-être un coup de plumes et un coup de pub !… J'attends des jours meilleurs et les coups de cœur de mes lecteurs. Je sais, cela paraît sûrement contradictoire mais de tels coups, j'en redemande en corps et encore !

Alors, au finish et au final, je m'incline. Vous pensez peut-être juste !… Je perds trop vite la tête sur un coup de tête, mais je ne lâche rien. Je fais à coup sûr, ma forte tête à claque ! J'attends ! Vous pouvez non pas me la donner mais me la faire !

Pour le coup, après toutes ces déplumées, vous auriez raison de penser que votre plumitif doit sûrement travailler du chapeau à plumes. Oui ! Même, si je suis, grâce à vous, sans panache, à force d'y avoir laissé des plumes, je vous donnerai encore, aux douze coups de minuit de cette nuit d'encre, un dernier coup de chapeau bas, de mon haut-de-forme littéraire !

 

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Tous les coups sont permis ! Les quatre cents coups. 2-3

Publié le par modimodi

Nous nous exprimons souvent avec les mêmes mots. Le mot COUP en est un exemple frappant, qui entre à tous les coups, dans de nombreuses expressions idiomatiques courantes.

Du coup, le modeste écrivain que je suis, a frappé les trois coups d'une fantaisie intitulée : "Plais et Bosse ! " Il espère même fidéliser sans les heurter ses délicats lecteurs…

Or donc, disais-je alors, si j'ai trimé et bossé, j'ai plu aussi tant et plus ! Les belles interlopes ont été gentilles avec moi, j'ai eu chattemites plutôt que coups de griffes. J'ai connu des chattes qui se faisaient souris et même parfois tigresses. J'ai connu le plaisir et la jouissance, d'un seul coup, du premier coup, au coup par coup et parfois après coup ! J'ai eu des coups fourrés et fait parfois coup double mais ni coups de mou, ni coups de pompe !

Plutôt une brillante vie d'amour à petits coups de brosse à faire reluire. Des coups de maître pour de maîtresses femmes ! Pas de coup d’État sinon de tous mes états ! Une guerre en dentelles, sans coup de canon pour une quelconque grosse Berta ! Mes belles étaient toutes canon, même si j'étais souvent, je le pense, leur boulet.

Toujours à la pointe, j'ai dégainé, tiré l'épée, j'ai ajusté les coups et porté l'estocade mais je n'ai pas donné de coups d'épée dans l'eau afin de ne pas finir mes récits comme mes amours, en eau de boudins ! Les belles étaient modèles en galantes, in ! Oui ! Pas besoin de dégelées. Je suis parfois resté figé et tremblant, sous le coup de l'émotion. A mourir de plaisir, j'aurais pu, plus d'une fois, mourir sur le coup. Oh ! La belle petite mort sur un petit nuage rose !

Orgueilleux en amour autant qu'en prétention littéraire, j'ai tenté de les mettre à la page, à mes pages. J'ai usé de tous mes atouts. Au gré de mes souvenirs, je me remémore en tendresse mes coups de poker amoureux. Ma carte maîtresse était une carte du tendre. J'égrainais ainsi en jouisseur délicat, mes coups de rein et mes coups de folie.

Je ne connaissais pas le coup du Père François mais je retiens de mes ébats d'antan, quelques jolis coups montés : le coup de l'étrier avec une écuyère qui hennissait de plaisir, le coup de bambou avec une belle asiatique, le coup de filet avec une sirène et le coup de torchon et de sirocco avec Aïcha, une rose des sables au désert de l'amour.

Que du bonheur, sans peur, sans heurts, sauf une seule fois ! Oh ! Ce jour endiablé, où pour un coup d'un soir, une diablesse de belle de Cadix m'a chassé à grands coups de balai, quand elle connut l'amour sorcier ! Je subis pour la seule et unique fois le coup de la panne.

Aucune douce victime, légèrement bouleversée, lors de touchants assauts charnels ou émue au sortir de quelques tendres accrochages, ne s'est écriée : je m'en tamponne ! Sans doute, parce que dans les collisions amoureuses, si on ne manque pas son coup, presque à tous les coups, on gagne… Ah ! Pas toujours le Paradis mais au moins le septième ciel du paradis artificiel. Le mont de Vénus fut mon mont de piété. Oui ! J'ai été très pieux, assidu dans mes dévotions. Miséricorde ! Ça, je le jure sur la tête du soldat inconnu.

J'ai eu des coups de veine mais heureusement pas de coups de sang ! Je n'ai pas eu à accuser le coup, comme ce bon roi Louis qui eut tort d'agir, sur un coup de tête ! Pas de coups bas ! Au contraire, la tête haute, j'ai su dévier la hache et tenir le cou en échafaudant de bons coups. Au bilan même, on peut m'accrocher la cocarde tricolore du coq gaulois, sans un coquart !

Joyeux drille mais pas querelleur, il m'est arrivé de me laisser prendre au coup du dernier verre. J'ai eu un coup dans les carreaux, un petit coup dans le nez mais jamais un gros coup sur le nez, de ceux qui vous envoient à carreau !

Joyeux amis, buvons vite un bon coup ! C'est ma tournée ! La rasade mais pas la bourrade ! … En cet instant, l'ivresse des sens et des mots a probablement envahi les lecteurs qui pensent que la vie n'est pas un roman, ni un conte de Cambrinus pour buveurs de bière !

L'ivresse n'est évidemment pas la même, quand tout à coup, le sol se dérobe sous vos pieds et que vous ne valez plus un clou. J'ai donc tenu le coup et évité de rendre coup sur coup ! Un coup d'épaule qui vous aide, c'est mieux que le sale coup de boule ou de massue d'un abruti cogneur qui vous déstabilise, vous laisse commotionné et mal en points de suture ! Je me pique même de n'avoir jamais donné, même un petit coup d'épingle !

J'ai ainsi toujours tenu à être dans le coup et pas en dehors du coup. Mais en passant devant le miroir du temps, j'admets qu'il n'est pas facile d'attraper un coup de jeune alors qu'il est tellement aisé de prendre un coup de vieux… Que n'ai-je encore gardé, année après année, l'espoir de devenir célèbre en montant comme Romain Gary un grand coup littéraire à la Émile Ajar ! Si le talent ne nous est pas commun, au moins partageons-nous le goût de la farce.

Au bilan, je me suis souvent trouvé dans tous mes états sans commettre pour autant le moindre putsch, en ma vie. Aucun coup de cafard à broyer du noir ni de coup de canif dans le contrat ! Sans coup de fatigue, mon cœur, lui-même a tenu le coup de grâce… De sa grâce, bien sûr ! Celle de ma Muse, l'amour de ma vie, mon unique coup de cœur... La seule, qui sache lire dans mes pensées, à livre ouvert.

 

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Tous les coups sont permis ! Plais et bosse ! 1/3

Publié le par modimodi

Notre vie est remplie d'événements extrêmement variés que nous exprimons souvent avec les mêmes mots !

Dans ce domaine, le mot COUP est un exemple frappant. Son emploi est immense. Il entre à tous les coups, dans de nombreuses expressions idiomatiques courantes. A coup sûr, il y a une locution ou une expression lexicale qui coïncide avec la situation que vous voulez décrire.

Oh oui ! Sûrement que depuis l'invention du langage, le vocable tient le choc, car tous les coups sont permis, tous les coups me sont permis ! Je frappe donc les trois coups de ma plume, pour donner le coup d'envoi et lever le rideau sur cette fantaisie intitulée : Plais et bosse !

Certains lecteurs s'attendaient peut être au titre : Plaies et bosses… Sûrement plus en écho et dans l'attendu du thème ! Mais non ! Mais non ! Mes parents m'ont appris qu'il fallait, dans la vie, savoir se donner du mal pour plaire, pour réussir et rester dans le coup…

Paraît-il qu'à notre naissance, une fée se penche sur notre berceau, s'il n'est pas trop près du mur ! Moi, je n'ai pas eu de coup de baguette magique, elle l'avait probablement cassée ! Il ne lui restait qu'un bâton, mais par chance, c'était un bâton de pèlerin, taillé pour la route, pas pour la baston.

J'ai donc beaucoup bossé et bien roulé ma bosse ! J'ai fait de ma vie un chemin d'efforts et de vertus, de plaisirs et de joies communicatives. Quand il a fallu, j'en ai mis un sérieux coup, ne rechignant pas dans les différents coups de feu.

Mais on ne fait pas sa place au soleil, sans prendre de temps en temps, un coup sur la tête, voire un coup de soleil ! Depuis d'ailleurs, j'en connais bien-sûr, un rayon !... Je me vois même déjà en garnir un niveau dans votre bibliothèque de bibliophiles.

Par chance, mes bons parents qui m'ont très tôt, mis dans le coup, ne m'ont pas traumatisé ni administré de baffes et de taloches. Encore aujourd'hui, par le petit Jésus en culotte de velours, je n'ai pas eu à manifester, en battant le pavé et en criant : A bas la calotte ! A bas la calotte !

J'ai maintes fois bataillé avec la vie. N'étant pas un mauvais cheval, j'ai pris le mors aux dents et donné des coups de collier, sans jamais porter d’œillères. Je n'ai pas rué dans les brancards, filé de coups de sabots mais j'ai plutôt donné des coups de mains. J'ai joué des coudes en y mettant beaucoup d'huile pour rester dans le bain. En de nombreuses occasions, quand ça en valait la peine, c'est à dire vraiment le coût, j'ai souvent tenté le coup. 

Pas de plaies et bosses ! Prudent, j'ai su me tenir éloigné des drôles d'oiseaux moqueurs, de leurs coups de bec et de pattes. Pas de coup d'éclat, j'ai préféré briser là et me tirer à grands coups d'ailes que de prendre un coup dans l'aile ! Je n'aime que l'oiseau rare qu'on appelle l'oiseau lyre ou cet autre que je nomme l'oiseau-lire et que je vous dédie. C'est notre oiseau de paradis.

Pour ne pas toujours compter les coups, en guise de contrecoup, j'ai de temps en temps donné un coup de dents, un coup de corne, un petit ou un grand coup de gueule et quelques coups de langue. Mais pas de raclée ni de numérotage d'abattis !

Personne ne m'a appelé petit lord-gnon ! Pourtant à bien y regarder, faut dire qu'il y a parfois des faux-derches à qui on rêve de claquer le baigneur et pour lesquels, des tas de coups de pied au cul se perdent, à grands coups de pompe.

Par Notre Dame, je n'ai pas eu de coup tordu à la Quasimodo. Je n'ai pas eu de coup de génie, non plus ! Heureusement, par un surprenant coup de pot, le destin n'est pas resté sourd et m'a souvent donné des petits coups de pouce. Par la pichenette de la chance ou un petit coup de dé favorable, le coup de la Providence m'a offert la grâce du ciel.

Cela m'a permis d'éviter de me faire envoyer paître comme de recevoir en vache, des coups de pied de l'âne. Au final, j'ai eu autant de coups de chance que de coups de chaud. Avec les belles, si je n'avais pas le ticket chic, il m'est arrivé souvent d'avoir le ticket-choc de tendres secousses corporelles.

Et bien qu'un peu chaud lapin, j'ai eu heureusement plus de coups de foudre que de coups de fusil. J'étais et je reste fleur bleue, d'ecchymoses ! Faut dire qu'elles valaient toutes le coup d’œil et les battements de cils, pour vous faire faire les quatre cents coups. Elles m'ont d'ailleurs, souvent mises aux cent coups !

Avec elles, j'ai cueilli la rose des vents afin de ne jamais désorienter mes lecteurs.

 

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Nos mots

Publié le par modimodi

Chaque jour, nous nous étonnons que de nos doigts courant sur le clavier naissent des contes ou des récits, des pensées ou des poésies.

Les mots de notre vocabulaire, ceux qui sommeillent dans les dictionnaires, ceux qui viennent à notre rencontre sont un trésor inépuisable pour écrire, parler, imager nos émotions tissées de l'alphabet du cœur, aux lettres enluminées.

Comme V. Hugo, le révolutionnaire de la langue française, nous pouvons mettre un bonnet rouge au dictionnaire. Nous sommes riches de lettres et de sons gravés et sculptés dans notre mémoire du cœur, aériens et azurés pour l'envol de nos rêves.

Les mots sont à la fois, les témoins du réel des choses et des êtres et à la fois, les veilleurs de notre inconscient. Ils nous permettent de nommer, décrire et énoncer comme de nous connecter à ceux qui les lisent ou les entendent. Le style doit être soigné pour décrire en phrases ciselées tout autant l'insignifiant que l'important.

Les mots comme des papillons s'envolent de la page ou comme des fleurs éclosent sur les bouches. C'est alors qu'en vibrant, ils nous échappent déjà et se réinventent dans une polyphonie de sonorités musicales et d'images multicolores.

Il est impossible de mesurer leur intime effet. En eux comme en nous, sur le terreau de notre culture, ils germent, ouvrent leurs bourgeons et nous irriguent de sève séminale. Mots rouge cerise suspendus à l'arbre de la Liberté ! Oui ! "Les fruits passeront la promesse des fleurs."... Pour vivre et pour aimer !

Dans les surprenants mystères de nos destins individuels, ils nous construisent et nous élèvent au sommet de la cathédrale lexicale, dans une mosaïque chatoyante de termes et de couleurs. Ils se propagent en ondes concentriques dans le labyrinthe des expressions, au centre de la nef linguistique. Ils sont motifs sur des lambeaux de fresques aux notions tombées en désuétude. En les découvrant, notre esprit et notre imagination chamarrent au cœur de la rosace des significations et des métaphores.

Nous nous réinventons. Nous sommes une partie de chaque écrivain et de chaque poète qui nous ont nourris de leurs écrits et que nous exhumons dans la lumière et la poussière du temps. C'est un peu de leur sang qui coule dans nos veines. Chacun par son talent unique balise le chemin de nos vies, célèbre des instants intimes, exprime nos interrogations existentielles et les transfigure dans le surréalisme de nos songes et de nos désirs.

Leur voie intérieure croise la nôtre. Ils sont des référents qui valident nos doutes, nos peurs, nos joies, nos peines et nos amours. Leur legs est collectif. Dans la verte prairie de la littérature, ils nous prennent parfois la main pour danser avec eux la ronde des vocables, la pavane du langage. Dans cette apparente légèreté, ils nous émeuvent et nous mettent face à nous-même.

Ainsi, les mots fouillent notre chair et notre mémoire et nous font rencontrer les autres, nos semblables, qui avec des mots identiques expriment et ressentent des sensations différentes. Quelle que soit notre langue, personne ne peut prétendre avoir le monopole du sens premier, de ses origines étymologiques, de sa richesse d'interprétations.

Nous nous promenons dans les œuvres avec des colliers de mots accrochés à notre cou. Chacun reçoit et interprète leurs parfums et leurs couleurs comme il l'entend et en perçoit l'écho en lui. Les mots sont là comme chez Eluard pour "Donner à voir". Ainsi, le simple terme de pluie peut évoquer les différentes sortes d'ondées déjà subies mais le poète saura seul, faire sentir l'odeur de la pluie et écouter son chant. Le souffle des mots fait entendre leur respiration à travers les éclats des voix écrite, parlée ou déclamée.

Nul besoin d'être obscur, savant, alambiqué. Francis Ponge embellit nos existences en évoquant les objets les plus usuels de notre quotidien avec les mots les plus simples. Quelques effets poétiques peuvent encore être obtenus par la maladresse feinte. Ainsi la répétition ou l'allitération des consonnes et des sons, des voyelles et des rimes embellissent les mots.

Comme dans la caverne de Platon, le cerveau et le cœur appréhendent la réalité à travers le prisme des ombres et des lueurs mouvantes projetées sur les parois de la sensibilité et de l'imaginaire. Au kaléidoscope des émois, les mots ont une polysémie étourdissante de signifiants et de signifiés. Eluard peut écrire : "Tu es le grand soleil qui me monte à la tête."

En cherchant le mot juste, nous appréhendons l’éphémère et la fugacité du temps et de la beauté. "L'étreinte poétique comme l'étreinte de chair, tant qu'elle dure, défend toute échappée sur la misère du monde", disait André Breton. Si les mots ne sont pas éternels, ils ont le privilège de nous faire toucher l'éternité de mille grâces légères.

Pour nos vies, la prose en dévoilant ses charmes s'habille de poésie. Les instants et les impressions se superposent sans s'effacer. Le même mot en faisant sens en nous a l'étrange pouvoir de l'évocation et du frémissement retrouvé. "Nevermore" pour un "oui" murmuré ou "Harmonie du soir" pour "la fleur vibrant sur la tige" d'un seul mot ! Sa nudité nous rend unique.

Nous pourrions à l'infini écrire sur le pouvoir invisible des mots, déjà au moins aimons-les. La sagesse de l'écrivain, c'est de se souvenir des leçons de mots appris dans l'enfance et de se réjouir de la leçon quotidienne d'écriture que lui offrent les mots. Comme chez Rimbaud, l'écrivain peut poétiquement "être et se faire voyant" pour provoquer en l'autre "un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens."

Il lui revient de célébrer les noces blanches et lilas de l'exactitude et de l'émotion, du profane et du sacré. Il doit ouvrir le regard vers l'ailleurs, au plus loin de lui-même et transporter vers l'au-delà de l'être. Il doit donner à penser et à goûter, il doit libérer et ne pas enfermer. Oui ! "Je est un autre." Il doit faire percevoir la grâce infinie des mots et leur symphonie stellaire. Il doit reconnaître le don que l'autre lui accorde en le faisant magicien. Il doit lever la tête vers le ciel et lancer ses mots au sein des étoiles.

 

 

 

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Bafouillis

Publié le par modimodi

Ô lecteur, doux amant des belles Lettres et de ta Muse ! Mon ami, mon semblable !

Tu as pris Églantine pour Rose d’Ispahan !... Tu crois que c'est l'amour, ce n'est qu'une amourette !

Ô toi, bel amoureux, tu te tiens devant elle ! Tu rosis, tu balbuties et tu bafouilles ! Ton cœur n'est pourtant pris que dans les ronces de l'églantier et déjà tes élans et tes premiers murmures portent des éraflures ! Comment seras-tu, petit Ronsard, quand tu te piqueras au rosier du grand amour et qu'il t'écorchera tout vif ?

Moi aussi, vois-tu, je me pique d'aimer la vie, la beauté et les arts ! Mais je confonds parfois arts avec artifices, artiste avec artificier ! Je vénère la littérature et j'adore les mots, comme on aime la beauté des femmes, des Muses et des Vénus ! Mais avec eux et avec elles, je suis un éternel apprenti ! Piètre écrivain et mauvais artilleur ! Oh ! je sais enflammer, mettre le feu aux poudres. Je sais, quand il le faut, être tout feu tout flamme mais je ne fais pas assez long feu. Je lance des idées qui s'élèvent et scintillent mais retombent aussitôt. Et quand j'offre un bouquet, c'est un bouquet final.

Mes mots crépitent sous ma plume qui bégaye, mes pensées fusent en étincelles bredouillantes ! Je déclare ma flamme en jaillissements de mon cœur embrasé ! Mes yeux pétillent, mon souffle littéraire attise les jets ardents de ma prose flamboyante ! Mais d'émois et de maladresses, je ne sais gribouiller que de tendres bafouilles.

Mon éloquence est comme un tableau pointilliste, criblé de paroles serrées et précipitées. Mes déclarations d'amour, toutes en points d'exclamation n’entraînent qu'interrogations et n'aboutissent qu'en points de suspension !

Mais comme une œuvre de Signac, de Seurat ou de Pissarro, j'impressionne par petites touches, la page blanche et la toile écrue de mon récit. Je fragmente et j'unis les sons. Je fonds les syllabes pour composer et nuer les mots. Il suffit alors de prendre du recul pour en apprécier la forme, l'expression, les lignes et les couleurs ! C'est l’œil du cœur qui accommode, c'est l'oreille du cœur qui me rend intelligible aux yeux du lecteur.

Pour un peu, je ferais de mes bafouillages, un art suprême du barbouillage ! Pour un peu, je me piquerais d'élever mes "méli-mélos dits" à la hauteur d'un art mosaïque. Je n'ai pas besoin d'être à la dernière mode, j'étais déjà beauté décorative dans l'Antiquité, à Capoue ou à Byzance ! Je suis intemporel ! Je fais plus qu'appartenir au décor, je suis dans l'Art déco. J'ai le modernisme de l'alphabet plastique de Vasarely et je bats encore, dans ce sud que j'aime, le pavé de la Villa Kérylos ! Mes mots et mes phrases, mes textes et mes pensées ont le vol en zigzag des hirondelles de mer !

Je courtise ma muse, ma gente dame Inspiration mais faute d'être toujours adroit, je suis gauche parfois ! Le gentil trouvère se décompose alors dans un grouillis de vers désordonnés. Oui, je suis emprunté comme un amoureux à son premier rendez-vous, aux premiers émois d'un baiser de la langue d'oc ou d'oïl !  Je desserre à peine les lèvres ! Je ne veux pas que nos langues se délient. Je reste court ! Je ne sais plus souffler mot. Je marmonne, j'articule à peine, j'annone, je zézaye et zozote ! Dans un spasme, je me pâme !

Ma plume elle-même imagine d'impossibles amours épistolaires avec une lectrice, à la page. Devant une belle inconnue, elle ose à peine tremper ses lèvres dans l'eau de son regard ! Elle rougit et sa graphie se trouble. Elle bat de l'aile, elle barbote et s'ébroue dans l'encrier. Elle blablate et débite un mot sur deux qu'elle estropie ! Ma Muse n'aime pas mon cheveu sur la langue ! 

C'est après tout, sans importance au fond, pour moi, puisque je multiplie les duplicata de couacs dans la mare aux vilains canards boiteux ! Mais peut-être, est-ce important pour vous, lecteurs de hasard, si en tombant sur mon bec claquant ses bredouillis, vous vous retrouvez alors, à votre tour, marmonnant et bredouilles d'intérêt littéraire !

Qu'importe d'ailleurs, la linguistique ou l'élocution, le style ou la rhétorique ! Ne me jugez pas embrouillé, hermétique ou confus, je suis volontairement filandreux pour que vous puissiez vous accrocher à la trame du récit et que vous n'en perdiez pas trop vite le fil ! Je babille parfois comme un enfant de la balle d'un coton à broder !

Quand mes sons, appelés mots grasseyent et se répètent dans le fond de ma gorge, ne me croyez pas pour autant polyglotte ! Je soliloque et je radote alors, car je suis plus un bafouilleur littéral, un trifouilleur littéraire, un littérateur raté et un cafouilleur à embrouilles qu'un fouilleur de pensées lexicales !

Oui, j'ai le ton saccadé, je parle et j'écris haché-menu ! Ah ! J'ai beau avoir à jamais l'amour des belles lettres ou des belles personnes, au moment d'aimer ou de les enlacer, je suis un pataud, écrivain du pathos. Ma pâte à papier est une pâte à platées plâtreuses. Je suis un piteux empoté pour des lecteurs épatés ou dépités par mes épais pâteux pâtés !

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