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Train de vie ! Lettre à mon estivante !

Publié le par modimodi

" Ma douce, mon estivante ! Tu as pris le petit train touristique : les plages, la vieille ville, le port, la mer ! Tes yeux ont la flamme du soleil, tu es harmonie et lumière dans l'azur brûlant de la Riviera. Le temps est suspendu aux battements de ton cœur.

C'est l'été, tu te reposes pour reprendre des forces. Jouis, ma tendre amie, de la douceur méditerranéenne. Ô mon héliotrope, fais le plein de plein ciel, de clair bonheur et de douce énergie ! Sois à jamais le ruban bleu ciel accroché à l'écharpe des nuages qui voilent parfois mon cœur, dans la saison d'hiver.

Depuis tant d'années, nos routes se sont croisées et nous nous sommes accordés. Je t'ai déjà célébrée et je t'exhorte encore. Toi, qui marches à mes côtés, à pas comptés, à marche forcée, pèlerin de la vie, ma compagne de route, tiens bon le rythme et la cadence !

Il n'y a qu'une semaine que tu es partie. Tu ne reviendras qu'à la fin du mois et tu me manques. J'ai hâte de te serrer dans mes bras sur ce quai de gare...

Nous n'avons pas souvent l'occasion de nous écrire. Je profite que tu sois, ces quelques jours loin de moi à profiter de vacances bien méritées pour me livrer et t'exprimer mon amour. Je ne connais pas ton passé, aussi je l'imagine ! Je sais seulement que ta personnalité compose notre bonheur et donne une importance essentielle à ta présence à mes côtés.

Tu es une météorite tombée du ciel de lit, un grain de sable d'éternité, un tout petit caillou roulant sur le chemin de l'existence. Par tes confidences chuchotées sur l'oreiller, je n'en n'ignore plus grand chose !...

Ta famille t'a ouvert la voie, celle de maman était lactée. L'école t'a fait faire tes classes et la vie donné des leçons... Sur la voie, très tôt, tu étais ferrée ! Mais l'important du circuit ferroviaire, c'est toujours le bon aiguillage ! Tu as eu cette chance ! A la croisée des rails, au carrefour, de tes expériences sociales ou amoureuses, c'est plein d'entrain et d'espérances que tu as cherché ta destination. Ta route est ainsi faite de destins aux rails parallèles. Par la vitre du compartiment panoramique, tes rêves filent encore vers la lumière et les étoiles.

Descendue du marchepied, tu as cherché le sentier de la gloire et arpenté les allées de la réussite. Tu as pris le chemin des amours printanières, au vert tendre des noisetiers. Tu as suivi, entre deux mirages, la piste des caravanes et couru à perdre haleine, le marathon des jours. Tu t'es tracé un itinéraire, souvent sans carte ni boussole, en évitant, perte de trajectoire et sortie de route, voie sans issue, voie de garage ou déraillement. 

Je t'imagine fort bien hier, active et entreprenante, moderne, curieuse et ouverte à ton environnement ! D'ailleurs, à l'époque, je suis certain qu'il n'y a pas de train-train dans ton existence ! Dans l'agitation de ton esprit, tu ne connais pas la routine. L'actualité te file le train : autoroute de l'information, T.G.V. du quotidien, activités sans arrêt, ni salle d'attente. Chaque étape de ta vie, chaque station est un passage à niveau.

Comme tes semblables, tu as été poussée à monter dans le train de la mode, aux wagons de pubs pour citadins et de réclames pour banlieusards, aux rames bourrées d'indispensables futilités. Mais tu leur as laissé, j'en suis sûr, cette course au paraître !  Tu en as perçu les risques et périls dans ses fallacieux et périlleux aspects ! Tantôt sur circuit de formule 1, comme une dangereuse compétition au chrono ou tantôt comme une course au standing, en première classe exigée, en mode express, dans le train de luxe de la vie...

Tu es prudente comme moi et c'est sans manière, qu'aujourd'hui, tous les deux, nous savons qu'un jour, au dernier cri, nous serons passés de mode. Car si un train peut en cacher un autre, le train de la vie cache hélas, le dernier convoi qu'on ne voit pas arriver à train d'enfer et qui nous débarque, au terminus, sans crier gare !

Qu'importe cette menace et cette angoisse existentielle ! Nous cherchons tous deux, le bonheur et l'amour et nous désirons, sans repos ni répit, leurs bons de transports. C'est pour cela que toi et moi impatientons, sans nous soucier, sur le quai, plein à craquer, avec un billet, aller simple.

Course contre la montre du temps, tyrannie des horaires ! Jour après jour, nous prenons l'omnibus, voyageurs sans bagages. Nous empruntons le train de vie, le train de notre vie, dans la lumière des sémaphores qui balisent notre parcours et les cloches électriques qui nous tiennent en éveil. Nous roulons vers notre destin, le malheur est à la consigne ! En voiture, la vie et l'amour ! Amour, reviens-moi, plein d'entrain !"

 

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Lettre à mes petits enfants. 2/2

Publié le par modimodi

Mes tout petits, mes chéris, mes sales mômes ! Oui, nous avons des nouvelles de l'oncle Cro-Magnon ! Nous avons reçu une carte de vacances. Il les passe chez Lucy avec grand-père Mathusalem !

Ils vont même aller au festival des vieilles cavernes ! Ne vous moquez pas ! Nous leur ressemblons ! Nous aimons les shows, les concerts, les sunlights, les teufs comme vous dites, eux, aimaient les jeux du cirque et les combats des arènes. "Autres temps, autres mœurs !"

La vie elle-même, nous donne la représentation ! Levez la tête, mes p'tits zamours pour la danse de la Grande-Ourse ! Monsieur Loyal annonce l'ouverture de la piste aux étoiles. Ah ! Bien sûr, vous voulez y briller comme des stars, d'un jour, d'un soir !

Nous, évidemment, nous sommes des saltimbanques, de vieux guignols, des rasoirs et des funambules sur le fil de l'existence ! Vous, vous êtes des enfants de la troupe, des artistes acrobates. Vous jonglez avec des bulles de bonheur multicolores, vous êtes des enfants de la balle. Votre destin est dans votre paume ! Votre vie, est un grand chapiteau pour la toile de vos rêves. Nous devons vous laisser la scène et vite descendre des tréteaux ! Heureusement parfois, jeunes allumeurs de réverbère, les étoiles et les morveux se font moucher !

Vous avez une âme d'enfant. Vous ne pouvez donc être que puérils et nous, que des vieux jeux, déjà hors-jeu, à mettre sur la touche ! Vous êtes sévères avec nous, sans indulgence, de vrais enfants terribles ! Nous ne comprenons rien !... Nous ne devons surtout pas penser que vous êtes bêtes comme chou qui vous a vu naître ! Vous ne faites pas l'enfant, vos gamineries sont des caprices créatifs, vos enfantillages des preuves géniales d'ingénuité ! C'est nous qui gardons, pensez-vous, des traumatismes infantiles.

Et pourtant ! Sans qu'on s'y attende, sans qu'on le souhaite, un jour, une heure !... Un sanglot, une plainte sourde, un nuage dans le ciel bleu de l'adolescence, une barre au front de l'insouciance ! Une peine immense, la première trahison, celle de l'amitié !... "Allo maman, bobo !" Pauvre petit oiseau blessé, petit enfant perdu ! Voilà, le retour de l'enfant prodigue !... Vous ne pensez plus à votre tablette, votre cœur se met à table. Retour aux sources de la vie et de l'amour ! Vous vous pressez en confiance dans l'abandon et la douceur du réconfort. Vous retrouvez nos bras, votre nid d'ange. Dieu ! Que c'est bon alors, de se faire dorloter par papa et maman !

Mes enfants chéris, je vous le dis, le temps passe toujours trop vite à travers les branches du temps. Vous vous accrochez aux rameaux tendres des amourettes comme nous, aux frondaisons dégarnies de notre arbre généalogique !

Un jour, vous verrez, mes cascadeurs de la vie, vous renoncerez à vos voltiges pour le fun et les frissons. Vous prendrez le balancier du petit bonheur des jours, vous aimerez l'équilibre du cœur comme ses emballements, les saluts spontanés de vos vrais amis et les aveux tremblants de l'être aimé. 

Un jour, un soir, pas encore le grand !... Vous vous souviendrez et vous saurez comme moi, qu'il devient plus périlleux de jouer le vieux casse-cou.

Oh! Je le sais ! C'est bien trop tôt pour vous ! Mais un jour, comme dans la pantomime, vous pressentirez alors qu'il faut vous préparer au grand saut avant de tirer votre révérence. Aujourd'hui, votre insouciance est bien légitime et réconfortante à constater. Vous avez tout l'avenir devant vous. Profitez-en !

Vous ne pouvez pas encore l'avoir appris mais, quand la représentation tire à sa fin, indifféremment de la comédie ou de la tragédie, il faut être prêt à baisser le rideau... Moi, déjà je m'y prépare !

On ôte sa perruque, on se démaquille des jours qui vous ont fardé. Les cheveux blonds sont devenus des cheveux blancs !... De la neige pour vos souvenirs glacés !

Mais je souris rien que d'y penser. Je vous imagine... A votre tour, vous vous agacerez et répéterez en marmonnant : "Ah ! Les sales gosses, les petits polissons ! De mon temps, la marmaille était plus respectueuse, elle rentrait à l'heure au bercail. Il n'y a plus d'enfants !"

Alors, vous sentirez bien, comme un pieux paroissien, que la messe est presque dite. L'enfant de chœur que vous avez été se rappellera d'avoir bu les burettes en cachette, d'avoir aimé la ferveur des cantiques, la nuque parfumée et les cheveux fauves d'Emma quand elle se baissait pour recevoir l'hostie de la communion.

C'est l'œil humide, qu'à la fin du repas, vous vous souviendrez, des grivoiseries de régiment du père Jules et que vous rirez du coup du père François. Votre sourire s'éclairera quand vous évoquerez la douce sévérité paternelle et les cadeaux de papa-gâteau. Ah ! Mes aïeux ! C'était une autre époque, celle des langes, des blouses et des culottes courtes !

Mais en cet instant, je vous observe en souriant ! Gentils frères et sœurs, vous patientez, vous soupirez dans ce repas qui s'éternise ! Vous vous provoquez à voix basse, vous balancez des coups de pied, sous la table, fin prêts pour la chamaille ! Entre deux rappels à l'ordre, vous écoutez distraits en espérant enfin le dessert chocolaté de grand-maman ! Et puis soudain, vous vous taisez quand l'ancêtre se met à fredonner, un sanglot voilé dans la voix, une berceuse, celle que lui chantait sa maman !

Soudain ! En l'observant, vous pensez qu'il vieillit davantage, que sa mémoire commence à fuir. Vous ne comprenez pas son émotion, quand par la fenêtre, ses yeux se perdent un instant, dans le silence du jardin et qu'ils traversent lentement l'espace pour se noyer dans une trouée d'azur. Vous le voyez plonger comme par mystère, dans le bleu céleste, exactement celui du regard maternel. Vous le croyez absent. Vous ne pouvez alors percevoir sa piété filiale, le pèlerinage au sanctuaire du cœur. Tout au plus, pensez-vous peut-être, intrigués et touchés que votre-grand père a l’œil qui larmoie quand il se souvient avec pudeur et recueillement de son enfance.

Ne vous moquez pas enfants ! Un jour, vous aurez son âge ! Vous comprendrez pourquoi, il a plus que jamais le sens de la famille, qu'il pressent le devoir impérieux de laisser une empreinte, de délivrer des messages, de transmettre des valeurs à sa postérité. L'héritage qu'il vous laisse est spirituel et moral. Écoutez-le ! Il ne vous parle que d'amour !

 

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Lettre à mes petits enfants ! 1/2

Publié le par modimodi

Mon tout petit, qui veut devenir grand avant l'âge ! Mon rebelle adolescent aux trois poils sur ta lèvre impatiente ! Ma donzelle au maquillage en cachette pour être plus belle que maman ! Mes apprentis de la vie, de la première cigarette, du premier baiser, du premier grand secret ! Vous qui trichez avec votre âge pour un ciné avec la poupée Chucky ou qui espérez séduire un ange de la téléréalité !

Mes révoltés du chewing-gum et du bounty, mes petites fraises Tagada, mes petites terreurs de la Monster Academy, mes accros du Haribo, mes princesses du M&M's, vous qui trouvez vos parents et les adultes, relous, chelous, bouffons, cons grave, nuls, yeuves, oui, trop vieux cons ! Vous qui pensez avoir le look, le kif, le bon ice, tout savoir mieux que vos vieux ringards, tout comprendre mieux que tous ces boloss...

Je vous entends mes p'tits filous, piailler comme des moineaux et vous chipouiller. Je vous chope au passage quelques bribes et vous prends sur le vif avec vos potes :

"Allôôô quoi ? T'es encore québlo sur Candy Crush ! Pourtant c'était fastoche !

"Hein ! C'est ouf ! T'as chopé son 06 mec, j'suis dègue, tu vas la pécho alors !"

"Pourquoi t'as le seum, Margot ?" "Vanessa est la crush de Rapha ! J'ai trop les boules, ça m'fout la haine !"

"T'en mêle pas, c'est ma life !"

"Hé, Milou, j'te kiffe ! T'as trop le swag avec ta casquette !"

"Ouais, mais là, j'suis trop vénère ! Comment tu t'la joues grave avec ta mob ! Mais, c'est vrai qu'elle déchire !" ...

"Eh toi, tu penses que j'mate ton keum ! C'est vrai qu'il est BG mais t'es une mytho ! Quoi ! T'as craqué ton string !"...

"Allez ! Casse-toi, va jouer avec les cassos !"

Oui, mes petits amours ! Au fond, toi, tu fais ton Kévin et toi, ta Barbie ! Mais pour moi, vous serez toujours mes petits enfants ! On ne se comprend pas toujours, vous avez vos codes, nous avons les nôtres ! Mais nous partageons le même idéal, celui de la jeunesse. Je ne serai, vous ne serez jamais vieux tant que vous la croirez éternelle !

Mes petites fleurs de l'âge tendre, vous êtes des enfants de l'amour, des enfants de cœur ! C'est lui qui vous a conçus. Vous avez beau feindre le détachement, c'est lui qui vous a attachés à nous par un lien indéfectible, une cordelette de tendresse infinie. Vous n'êtes pas garrottés mais soudés. Nous sommes forgés par le feu et fécondés de sève par le sang. Même si vous en rejetez l'idée, vous nous ressemblez jusqu'au fond des fibres de la vie. Certains l’appellent, un petit air de famille ! Oui ! L'amour familial, fraternel et encore plus filial est sincérité et vérité car bon sang ne saurait mentir !

Vous êtes bénis des dieux ou de Dieu, vous êtes des enfants de Marie ! L'amour est d'ailleurs mystérieusement la seule immaculée conception qu'il vous sera donné de vivre. Vous êtes tantôt des petits saints ou des bons petits diables ! Mais pour nous, vous serez toujours les anges de notre paradis même si certains jours, mes affreux chérubins, vous nous faites l'enfer des joyeux diablotins !

A notre grand dam, vous voulez vous vieillir, être indépendants, vous affranchir de notre attention comme de notre bienveillante autorité. L'âge de raison n'est pas que de bon sens. Mes chers criseux, colériques ou cafardeux, vous avez pris sans le savoir un abonnement perpétuel à la crise... aujourd'hui d'appendicite mais pour demain de rhumatismes erratiques ! J'en sais quelque chose.

Mes petits douillets, vous n'avez pas fini d'en avoir plein le dos !... Comme vous voulez voler de vos propres ailes, vous nous mettez à dos et vous vous opposez.... Vous cherchez à nous diviser en nous renvoyant dos à dos ! Nous sommes, paraît-il, toujours sur votre dos. Il faut vous lâcher les baskets ! Vous étouffez !

Vous êtes jeunes mais vous n'êtes plus petits !...Il vous faut être libres et respirer pour avoir l'air d'être quelqu'un !... Au genre indéfini ! Un mixte de votre idole pailletée et acnéique et de votre idéal fashion, fluo et fantasmé. Mais par-dessus tout, par pitié ! ... Quelqu'un qui ne nous ressemble pas ! Ah non, surtout pas un clone de vos vieux clowns ! Trop la honte, trop la gerbe, les darons, les ancêtres, à qui, mes bons ados, vous tournez résolument le dos !

Nous vous avons donné le jour ! Mais nous appartenons à présent, à la nuit des temps. Nous sommes vos vieux, des fossiles antédiluviens ! Nous vous avons gâtés, pourris mais c'est nous, qui nous décomposons aussitôt, quand vous nous dites que nos idées sentent le moisi. Vous ne pouvez plus nous piffer ! Nous sentons le renfermé, nos conceptions démodées sont du siècle dernier ! Vous vous moquez, allègrement !...Vous nous quittez goguenards, en haussant les épaules : "Au fait, vous avez des nouvelles fraîches de l'oncle Cro-Magnon ?"

 

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Nouvelles fraîches ! Lettre aux amateurs de buzzes.

Publié le par modimodi

Nous sommes sans doute des girouettes ! On nous pousse sans cesse à être dans l'air du temps où souffle un vent nouveau ! Il faut tout connaître des nouvelles tendances, être à la mode, vivre branchés, ne pas se laisser dépasser !

Je devrais créer une nouvelle rubrique d'actualité : "Ruminations ère buzz !" Oh oui ! Me voilà bien broutant dans les verts pâturages de l'opinion. Tantôt dans le troupeau des herbivores et tantôt dans la connexion avec mon époque. Obligé de mâcher et digérer l'information, contraint d'être en prise directe avec les sujets du jour, les on-dit, les tweets, les bouches à oreilles, ceux qui font parler, bruire et zonzonner : les buzzes ! Le pas très net d'internet, l'info virale et contagieuse.

Ce qui est formidable, c'est que ma tête pensante de bovin ruminant est honorée des bzzz, bzzz, bzzz des taons et des mouches bleues, grosses buzzeuses agitées. Moi-même, pour ne pas être has-been, je vibre plein de zèle comme un hanneton, me donnant tant de mal pour faire partie de l’élytre de la nation ! Je bourdonne dans la confusion des bruits de voix, afin de me piquer d'être de mon temps !

Illusions de modernité ! Impossible d'être en continu un buzzeur zappant et de tout connaitre des idées en vogue, des thèmes à la mode, des rumeurs qui alimentent les réseaux, des ragots qui secouent la twittosphère, des révélations qui se colportent et vous mettent en dépendance des suites attendues ! La vérité fait le grand écart ! C'est international et french cancans ! Les parties de jambes en l'air sont les sautes d'humeur des vedettes, les foucades, des petits béguins !

Feuilletons, films, jeux vidéo, vêtements, spectacles, hits, la liste des sorties et créations n'en finit pas ! Il faut être à l’affût pour ne pas être de la revue ! Faute d'être soi-même, original, créateur inspiré, on suit les avant-gardistes ! Il faut être le premier pour propager à son tour, l'inédit et l'inouï ! Place à la salade de première fraîcheur, aux fruits défendus des belles à croquer et aux primeurs plantureuses pour grosses légumes ! Place aux insipides aventures quotidiennes de l'incroyable famille Karda, chiante !

Dans cet insolite jardin d'Eden, j'ai le melon et la citrouille ! Ma pauvre tête bouillonne et s'enflamme ! Hier, j'étais le candidat idéal pour l'Ice Bucket Challenge ! Mais personne ne m'a désigné pour relever le défi du seau d'eau glacée sur la tête ! Je ne fais pas partie des people, j'ai plus les nerfs que la tête froide !

De partout, j'entends bruire des rumeurs. Je prends la mouche, une, puis deux, puis cent. Je ne sais plus où donner de la tête et des oreilles ! Alors fiévreux, dois-je de ma vilaine écriture de pattes de mouche, noircir d'illisibles papiers et jouer la mouche du coche de l'échotier ? Dois-je faire vinaigre pour attraper des délations de petits mouchards et des indiscrétions de moucherons mielleux ?

Dois-je ébruiter et persifler en piquant à fleuret moucheté ? Dois-je naviguer dans les eaux troubles du parisianisme et tenir la gazette malsaine du bateau-mouche ? Dois-je bombiller et filer le bourdon à quelques belles en guêpières ? Dois-je leur tenir la chandelle pour au final me faire moucher ?

Qu'entends-je ? Il y a des parasites et de la friture sur la ligne. Sont-ce de nouvelles marottes ou petites lubies sociétales qui vrombissent dans l'air saturé des médias ? Sont-ce baudruches, ces bulles gonflantes qui enflent dans l'air et alimentent les affamés de communications sensationnelles ? Sont-ce acouphènes, ces bruissements d'ailes des oiseaux de mauvaise augure et ces petits bruits de pages froissées des journaux spécialisés qui vous font et défont une réputation ! Sont-ce du bruit pour rien, ces vidéos amateurs qui racontent n'importe quoi en provenance de nulle part et que les merdias qui fakes et qui défèquent, recyclent en clips pour les réseaux sociaux ?

Sont-ce des actualités sérieuses, ces potins de commères, ces canulars de plaisantins, ces coin-coin criards de méchant canard, ces vilains coups de torchon pour mieux essuyer les revers ?... L'indiscrétion transpire, le bobard se répand, le fiel se distille, le venin affile la langue et la médisance bave dans l'information qui fuite ! Le monopole de la bassesse ou du mauvais goût s'affiche ou allume les écrans. Vive le scoop et le spectaculaire pour gros naïfs et louches borgnes, à regarder d'un œil neuf !

Ce n'est plus du buzz, c'est de la beuse ! Elle dégouline et éclabousse le plancher des vaches, elle excite les bzzz bzzz bzzz des mouches à m..., heureuses de tant de fraîcheur ! Tant pis, si je m'embourbe dans l'histoire ancienne, n'étant pas assez fine mouche, je me sauve vite de ce cloaque ! Je refuse d'être le bad boy du bad buzz, le barbouze bouseux de la bouse et de la beuse fumante !

Je t'avertis ! D'un grand coup de tête, je fais mon dernier caprice et j'appuie sur le buzzeur ! Je déserte le Landerneau médiatique et te laisse à ta guerre des boutons ! Tu vas pouvoir zapper à loisir.

 

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Ordre et désordre 3/3

Publié le par modimodi

Mes amis, tout est ordre ou désordre dans le monde, en nos esprits ou nos cœurs !

Depuis la grande omelette cosmique jusqu'à nous-mêmes, nous avons fait la découverte et l'apprentissage de l'ordre et du désordre. Nous savons qu'en cassant des œufs, nous en brisons l’unité et l'homogénéité. Et pourtant ! ... C'est en les battant qu'il est possible de leur donner une nouvelle homogénéité et d'atteindre aux délices des œufs brouillés ! "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme." Lavoisier reprenant le philosophe grec Anaxagore a raison ! " Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau." La matière se conserve et le désordre engendre l'ordre. "Ordo ab chao", bien plus qu'un symbole...

Dès l'école, nous avons appris la logique et la suite des nombres. Nous avons admis sans pouvoir nous y soustraire, le principe des combinaisons opératoires ! Nous savons que nos vies sont des équations aux multiples inconnues. La logique mathématique nous a constitué les enchaînements de notre structure mentale. Elle a imprégné la physique et notre compréhension de l'univers. Elle en a donné l'esprit des lois.

Elle a offert et imposé même une morale à la classe sociale. Elle nous a préparés à tenir notre rang ! De l'ordinal aux vertus cardinales, elle a distribué des ordres de grandeur à nos actions et nos valeurs.

Comme d'instinct, nous avons su rêver, il a fallu donner un cadre logique à notre imagination. Nous avons appris à penser pour agir. Le sens de l'ordre et de la méthode nous a été donné pour organiser nos jours, quadriller nos années, organiser nos vies et géométriser à la manière pascalienne nos probabilités.

Le préférant à l'anarchie, le monde aime l'ordre, il en a grand besoin pour se maintenir. De la simple demande à l'injonction, l'ordre s'impose. Et Oui ! Commander, c'est bien, mais être obéi, c'est mieux !... "Oui, Chef, Monsieur, Maîtresse, à vos ordres !" A l'école ou à l'armée, pour faire ses classes, il faut des règles et du règlement, de la rigueur et de la discipline dans un système bien structuré.

Alors, le troufion suit le mot d'ordre. Il s'exécute sur le champ, qui n'est pas encore son champ d'honneur. Il est prêt à passer avec la troupe, en revue et à défiler au pas, poitrine gonflée de sentiments patriotiques, aux éclats cuivrés de la musique militaire et de son hymne national. Et pourtant bien souvent, jusqu'à nouvel ordre : "avant d'exécuter l'ordre, il lui faut attendre le contre ordre."

Ainsi parfois nos dépits sentimentaux ! "Souvent femme varie, mal habil qui s'y fie.", aurait gravé François 1er sur la fenêtre de sa chambre. Victor Hugo avait presque reprise mot à mot cette sentance et l'avait complétée de : "Une femme souvent n'est qu'une plume au vent." Réalisme amoureux ou déçu, cette misogynie n'était en fait que la projection du désordre des aventures et des amours de leurs auteurs.

En voulant organiser nos existences, réguler nos sentiments, prendre influence sur la sphère de l'intime, aucun système, aucun pouvoir n'ont réussi à éliminer l'incertain et supprimer l'incertitude. L'application méthodique de la raison n'empêche pas l'expression des différents degrés de violence personnelle ou sociale. Les révolutions se sont nourries de ces tensions humaines et contradictoires entre l'ordre imposé et le désordre provoqué.

Heureusement, cette plume est douce et légère afin que les idées effleurent le lecteur et que les expressions caressent chaque page. Ses sentiments et ses impressions font le reste. Elles atomisent son esprit d'affinités avec son cœur. Elles lui permettent de voir plus loin qu'avec ses yeux en lui offrant une vision intérieure.

Paul Claudel a dit : " Si l'ordre est le plaisir de la raison, le désordre est le délice de l'imagination." J'ai moi-même ce goût du fatras des idées et des mots ! Quand chacun s'évertue à ne pas perdre le sens commun, moi j'évite par tous mes sens emportés et figurés d'être commun ! Les dérèglements intellectuels de certains de mes écrits prouvent l'instabilité rationnelle quoique volontairement méthodique de l'auteur et sa jouissance imaginative !...

Celui qui "délire", par anagramme est en train de "délier" ce qui l'entrave : ses obsessions, ses incohérences, ses carcans du réel, ses rêves hallucinés. L'illuminé fuit la lucidité, ébloui peut-être par trop de lumière. Celui qui divague se débat dans la houle agitée de ses contradictions, dans les déferlantes ou les ressacs de ses intuitions tourmentées, dans les remous déchaînés de la tempête d'idées écumantes, sous son crâne. Peut-être parce que la raison qu'on croit acquise, procède elle aussi du désordre des fausses convictions !

Pour ne pas devenir une croyance figée, la foi doit-elle rester inébranlable et hermétique face aux preuves de la science ? Ne convient-il pas de bouleverser ou au moins de déranger ses propres certitudes ? Examiner n'est pas renoncer... A quoi peut bien servir d'être fidèle à sa parole si on ignore à qui on l'a donnée ? Pourquoi promettre et s'obliger si on ne sait envers qui on s'engage ?

Devant le désordre des incertitudes et le silence glacé de la réponse, ne reste-t-il qu'à confirmer sa foi par l'abandon du questionnement ? Croire n'est-ce pas finalement accepter dans la joie, le mystère par-delà les doutes ?

Salutaire introspection et merveilleux problème épistémologique et philosophique à cogiter sans fin, au hasard des études comme des pensées fugaces ! A. Rodin a donné forme humaine et dimension universelle au Penseur. Si l'esprit est libre, l'Homme se débat entre l'ordre et le désordre de ses pensées, de sa raison et de son cœur.

 

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Ordre et désordre 1/3

Publié le par modimodi

Ah la vie ! Quel méli-mélo, dis ! Est-ce déjà l'heure d'alimenter la rubrique familière du : "sans queue ni tête" ? Car c'est à peu près ainsi chaque matin ! Aux prises avec le désordre de ses cheveux et de ses idées, l'Homme s'interroge et se dit : quel est l'ordre du jour ?

A bien y réfléchir, quelle bizarre expression ! Comme s'il pouvait ordonner le temps, organiser le présent, jouer avec les moments et les instants, bouleverser leur durée, en interrompre leur continuité. Pourrait-il seulement, une fraction de seconde s'immiscer dans une fracture de l'espace-temps, se glisser dans un intervalle ? Qui aurait le pouvoir de prendre du temps passé pour le ressusciter en présent ou de saisir le présent pour le transformer en devenir ? Qui pourrait s'affranchir du phénomène psychologique de la durée ?

Pourquoi d'ailleurs, cet a priori de petit bureaucrate et préférer l'ordre du jour à l'ordre de la nuit ? L'un et l'autre ne s'enchaînent-ils pas puisque une même journée les contient tous deux ! A moins d'avoir la tête dans les nuages, l'ordre du jour s'impose dans les variations de la lumière. D'ailleurs,  depuis la nuit des temps, qui dort à la belle étoile connaît la distinction entre nuit blanche et nuit noire. Quelqu'un qui Trenet par-là a dit "que le soleil a rendez-vous avec la lune, mais que la lune ne le sait pas et que le soleil l'attend !"

L'humain n'a pas toujours les pieds sur terre. Il chemine, parfois la tête en l'air et le nez au vent... Mais généralement, pour être efficace, celui qui a la tête sur les épaules, pressent l'ordre cosmique. Il a besoin dans sa vie de méthode et de programmation.

A l'ère de la réunionite et des débats télévisés, la maîtrise des horaires et des sujets oblige le journaliste à prioriser et structurer les thèmes, à distribuer la parole et à planifier. Il faut de l'ordre et de la méticulosité pour passer en revue les problèmes !

Douce illusion parfois ! Pur formalisme souvent ! Désillusion soudaine ! L'animateur a précisément aménagé l'espace pour les échanges. Il a coordonné l'ordre de passage et les interventions. Il croit avoir tout prévu ! Tout, sauf la suite dans les idées. Car autour de la table et sur le plateau, on discourt et on parle à qui mieux mieux pour ne rien dire.

Il a supposé avoir réuni des têtes pensantes bien faites, aux pensées ordonnées et logiques. Mais ici, l'esprit est à la traîne, la compréhension se prend les pieds dans les pédales, les arguments s'entrechoquent sans airbag ni warning, les marottes se mettent en travers de la voie du dialogue, elles bloquent la circulation des idées et le bon sens est en file d'attente.

Joyeux désordre cacophonique ! Bataille d'incongruités, démonstrations broussailleuses, raisonnements inextricables, empoignades indescriptibles ! Chacun n'écoute que lui-même dans ce pêle-mêle. Le modérateur a beau rappelé le mot d'ordre, il est dépassé et bousculé, il vitupère et s'empêtre dans d'infructueux rappels d'orchestration : "chacun son tour", "cette idée a déjà été débattue", "laissez parler votre consœur", "respectez l'ordre de passage", "plus personne ne peut vous comprendre !"...

Le malheureux animateur est désorienté. Il n'arrive plus à mettre bon ordre au tour de table. Il s'enchevêtre dans les controverses sauvages, il se débat dans le sac de nœuds d'idées sens dessus dessous, il cafouille dans les embrouilles, il se dépêtre du roncier des réflexions confuses. Car il a tout organisé sauf les dispositions mentales, les capacités intellectuelles et la bonne foi des débatteurs.

L'ordre est un principe intangible de la bonne organisation sociale et spatiale. Chaque chose a sa place. Une place pour chaque chose. Qu'importe la quantité ou la taille, l'ordre est une loi d'efficacité du bon fonctionnement. A l'armée, elle ne fait pas dans le détail ni ne se perd dans les principes. Elle s'exécute sans discussion en serrant les rangs.

Au fil des jours, l'ordre des actions et des pensées garantit la cohérence de notre existence et fait date dans nos souvenirs ! Elle quadrille le présent et sème des indices dans le passé. Seul l'avenir est un espoir de l'aléatoire, le triomphe du désordre à l'état latent.

Oui ! L'ordre trop strict, au point d'en devenir obsessionnel est une entrave à la fantaisie et un obstacle à l'imprévu ! Mieux vaut un désordre vivant qu'un ordre mort ! "C'est un grand agrément que la diversité... L'ennui naquit un jour de l'uniformité" (Antoine Houdar de la Motte). Mieux vaut une maison débordante de présences et d'activités qu'un musée assoupi, mieux vaut un bureau encombré d'écrits et de livres qu'un bureau vide...

" Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin

De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;

Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espère ;

Elle entrait, et disait : Bonjour, mon petit père ;

Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s'asseyait

Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,

Puis soudain s'en allait comme un oiseau qui passe."

Il faut ainsi attendre dans la fièvre ou l'émoi, Léopoldine ou le passage de la Muse ! Ce n'est pas, notre grand poète national qui nous contredirait !...

Mieux vaut une tête bien pleine et débordante qu'une tête bien faite de quelques idées bien rangées, toujours les mêmes, dans le même sens, fût-il le bon ! Il est parfois salutaire de sortir des sentiers battus et de déranger l'ordre établi de ses pensées et de son cœur.

 

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Lettre à un syndicaliste : exagération syndicale 2/2

Publié le par modimodi

Bien sûr, camarade syndicaliste, que tes convictions, ton histoire et tes valeurs t'ont mis au cœur, la mission de défendre les pauvres et les opprimés et d'exercer, sans relâche, ta vigilance citoyenne. Bien sûr, que tu sais, comme le disait l'humoriste, que le capitalisme, c'est l'exploitation de l'homme par l'homme et le socialisme l'inverse ! Bien sûr, que tu ne brodes pas par plaisir, des jours sombres mais reconnais que tu ne fais pas, non plus dans la dentelle !

Tu ramasses partout la misère et le chômage et tu n'as pas de peine à faire du catastrophisme ! A gauche toute, contre les profiteurs exploiteurs, les odieux actionnaires qui mettent tout à Gauche ! La crise est ton fonds de commerce.

Tu ne dois pas te faire oublier de tes camarades, car bientôt aux élections, il faudra battre le ou les collègues syndicalistes en face. Si tu veux rester majoritaire, il te faut être le plus actif, le plus pertinent et le plus convaincant aux yeux de tes adhérents ou sympathisants. Ce n'est jamais l'extinction de la lutte ni du brasero !

Pas de détail et pas de quartier ! Tu as des revendications à revendre et des pétitions à faire signer. Salaires, temps de travail, emplois, pouvoir d'achat, santé, sécurité et modes de production sont tes articles en magasin. Tu en as le monopole et tu en fais réclame au porte-voix. Tes flyers sont tes tracts et ton enseigne est ta banderole et ton drapeau.

Tu vends de la lutte et de l'espoir. Tu es dans le combat permanent. Délégué par ton syndicat, désigné et élu par tes camarades, ta colère est légitime. Contrôler, analyser, sonder, suspecter le prochain coup de grisou patronal, creuser et tailler dans les mesures est ton filon inépuisable ! Tu as bonne mine de défendre ceux qui n'ont pas le choix ou la veine d'aller au charbon.

Tu es dans l'étude de chaque événement et tu prônes la résistance aux changements qu'on te propose. Pourtant tu souhaites imposer les tiens à longueur d'arguments et de slogans. Tu perturbes sans cesse en attendant le grand chambardement.

"Le poisson commence par pourrir par la tête".  Alors, tu te réfères toujours au sommet de l'entreprise. C'est ainsi que tu es sans cesse au comble de l’écœurement. Les méthodes qui descendent du plus haut degré de la hiérarchie, sont de la dernière extrémité ! Bien informé, tu es d'ailleurs au faîte de tous leurs projets.

Tu échafaudes des contre-propositions. Tu contestes à fond, tu sapes les actions et les résultats pour toujours mieux en protestant, tester, agiter et consulter ta base. C'est sur elle que se fondent l'énergie de tes convictions et la légitimité de ta révolte...

Voilà, c'est fait ! Enfin ! La direction a daigné répondre. Tu es mandaté pour négocier ! Demain, tu feras entendre ta voix. Tu vas exiger, taper du poing sur la table. Avec la force collective des camarades, tu vas asséner tes contre-propositions et poser tes exigences. S'il le faut on bloquera l'usine et prolongera la grève ! Ce n'est pas pour rien que tes camarades t'appellent "crame-palettes" !

Les propositions qu'on va te soumettre, seront comme toujours inacceptables, irrecevables, et justifieront le maintien de la grève. En face, le patronat dont c'est l'intérêt, joue bien sûr, la montre et le pourrissement. Toi-même, à force de repousser les offres, tu vas te retrouver acculé au fond de l'impasse.

Alors, au final, tu vas encore être dans le compromis, sans bien sûr, te compromettre pour n'obtenir que quelques clopinettes. Tu vas sauver la face. Chacun aura l'impression d'avoir gagné... surtout le patron qui n'a cédé qu'au minimum, selon la limite qu'il s'était fixée et une issue qu'il avait largement anticipée !

C'est ainsi, en idéaliste idéologue, qu'au fond de toi, tous les soirs sont des grands soirs... Tu le promets au plus grand nombre. Tu voudrais donner le la de l'hallali ! Tu rêves sûrement, la nuit, du défilé du prolétariat autour du catafalque de la bourgeoisie. A la lueur vacillante des 36 chandelles du front populaire, au son de l'internationale, les camarades processionnent, tous derrière toi, ô grand thuriféraire de la révolution sociale ! On le chante dans les congrès et les universités : "Insoumis un jour, insoumis toujours !" La véracité est dans l'hologramme !

Oh ! Camarade, mais, excuse-moi, voilà à mon tour, que j'exagère ! On peut adhérer à un syndicat, être adhérent d'un parti, coller à un point de vue, sans être adhésif ! C'est pourquoi, il ne faut pas se remplir comme une outre de vaines promesses mais passer outre, toute outrance... Dans le pays de Parmentier, des bourguignons, de Hollande et des macs (à) ronds, il est vain, de balancer la purée, d'en faire tout un plat ou tout un fromage !

L'histoire de France nous l'a appris. Un croissant avalé trop vite, au café ou dans la rue, peut être néfaste. La sagesse dit : " Qui trop embrasse mal étreint ! " Quand la démesure atteint des sommets, souvent la souris accouche d'une montagne et le passage du col se fait dans la douleur ! Alors faut pas pousser trop fort ni traiter l'autre d'enflure. Un jour ou l'autre, on se déballonnera comme une baudruche.

La grenouille qui a voulu se faire plus grosse que le bœuf n'est pas devenue forte comme un bœuf ! Tu sais coâ ? Elle a muté en grenouille-taureau mugissante et elle pousse désormais, des cris taurins. Dans l'atelier, sur ton estrade, sous la pluie parfois, dans ton mégaphone, quand à la place de cocoricos, tu pousses tes beuglements, que tu crois faire un effet bœuf, tu en es, un peu la caricature...

Tu as gagné la lutte et tu la crois finale, quand au nom de la justice sociale, fiscale et environnementale, dans la rue, désormais la nouvelle arène syndicale, le peuple défile drapeau rouge et muleta en tête. Ce n'est que le marais qui court en sautant de joie ou de colère pour assister à la corrida des batraciens de la politique ! Le marais espère en débordant, noyer et faire vaciller la République. Les médias sont à l'affût des moindres signes.

Les rassemblements sont le conglomérat de manifestants en meutes qui déboulent de partout dans l'espoir d'obtenir la convergence des conflits sociaux. Il n'y a plus de service d'ordre, chacun se presse en mots d'ordre et, en ordre dispersé... bien vite par des forces de l'ordre, musclées et souvent prises à partie. Pourtant, tu te dis que la cause est juste puisqu'on manifeste pour le droit à manifester.

La lutte n'est jamais finale. Hier, c'était les bonnets rouges. Ici, ce sont les gilets jaunes jonquille qui rêvent du printemps social, du muguet d'un nouveau 68 et d'un bonheur partagé et certifié par un référendum d'initiative populaire ! R.I.P, requiescat in pace, la cinquième République !

Là, ce sont les Verts écolos en détresse climatique qui ne manquant pas d'air pollué, s'accrochent aux branches des arbres de la liberté dans l'espoir de respirer à pleins poumons. Ce sont les scaphandriers qui plongent à l'aveugle dans des mers de plastique !

Ce sont des mécontents de la politique d'austérité, des contestataires des dernières lois passées en force, des revendicants du droit à la différence, à l'égalité professionnelle hommes-femmes, à la liberté d'expression, etc. Ils accourent de partout, crient leur ras-le-bol et battent le pavé.  Avec leurs meilleures intentions, ils croient ainsi échapper à leur enfer.

"Tant va la cruche à l'eau, qu'à la fin, elle se casse !" Qu'importe, toi, tu ne crains pas la rupture ! Car tu as le choix dans le renouvellement constant des motifs de revendications et des moyens d'actions !

Tu peux tout te permettre, même grenouiller et être dans les débordements de la vase. D'ailleurs, tu es déjà dépassé par ta base et tes défilés sont infiltrés par des casseurs. Alors, inutile de pleurer sur ton sort. Dans les affrontements, on t'offre illico les lacrymos gratos !

Mais tu n'es pas en peine. Tu survivras à tout, tu es déjà vacciné ! Tu peux toujours corser la dose pour que ce soit fort de café et la lutte encore plus robusta ! Tu peux forcer la note pour faire entendre tous les couacs et faire croire aux lendemains qui chantent. Tu peux aller à la pêche aux adhérents et pousser le bouchon pour noyer le poisson. Tu peux faire monter la mayonnaise pour agiter les huiles et même charrier dans les bégonias pour le leur dire avec des fleurs ! C'est le printemps des luttes !

 

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Lettre à un syndicaliste : exagération syndicale 1/2

Publié le par modimodi

Too much, camarade, tu en fais toujours trop !... Une circulaire du grand patron : voilà que tu rougeoies, que tu t'enflammes et t'embrases aussitôt comme une grille de barbecue ! Tu es chaud patate ! Tu t'agites !...

On t'entend gueuler au mégaphone :

"Camarades, ne vous laissez pas avoir par le grand patron ! Ce n'est qu'un salaud de dirigeant exploiteur, y'a sûrement une entourloupe dans sa proposition ! C'est trop louche cette soudaine augmentation pour les bons résultats du trimestre !

Camarades, c'est encore une manœuvre de la direction pour nous faire travailler davantage et augmenter la production. Voulez-vous travailler davantage ?

Camarades, ne vous laissez pas endormir par les promesses de ce patron voyou qui a toujours refusé de vous augmenter ! Y'a pas de cadeau ! Cet argent, il vous le doit !

Camarades, n'oubliez pas ! Les cadeaux ne sont pas pour vous mais toujours pour les actionnaires !"

Allez ! Vite ! Alors, toi, tu rédiges un tract et un bon slogan pour la manif : "Mobilisez-vous ! Mobilisez-vous ! Halte aux cadences infernales pour un profit maximal ! Halte aux cadences infernales pour un profit maximal ! " C'est ainsi ! Tu l'espères ! La répétition fixe les obsessions et prépare la révolution.

Petit syndicaliste hyper actif, tu abuses un maximum car il faut systématiquement que tu t'opposes à toute nouvelle offre du patronat. Sans cesse, tu es méfiant et tu dramatises accusant le capital ! Un comble même ! Voilà que tu montres le poing et gonfles la poitrine. 

Ne crois-tu pas que tu grossis l'événement et que tu majores, ce qui n'est qu'une simple revalorisation salariale ? Pour le coup, qui aura la première majoration de sale air, devant ses camarades syndiqués qui à l'inverse de toi, apprécient plutôt l'aubaine pécuniaire ?

Pourquoi devenir excessif et excédant pour quelques bienvenus excédents ? Pourquoi être dans l’hyperbole quand pour une fois, tu as du bol et pas du bolchevik ? Ne réveille pas tes vieux démons ! Oublie ta formation idéologique, laisse en repos le petit Père des peuples, fuis la police de la pensée du marxisme stalinien. Le monde dans lequel tu vis, a évolué, les conditions sont différentes. Tu dates ! Tu as trois luttes et trois métros de retard ! Le système dans lequel tu agis, a choisi l'impérialisme libéral ! Tu n'es qu'un vieux grognard à contre-courant de tes modèles.

Autrefois, le mois d'octobre était meurtrier, plus aujourd'hui ! Le léninisme est lénifié. Alors pourquoi invoquer encore le grand Karl Marx, quand tu es en tendance Harpo et Groucho.

Tu as raison ! Les syndicats sont utiles, tu es bien payé pour le savoir ! La lutte des classes a laborieusement permis d'obtenir l'amélioration des conditions de travail et de nouveaux droits à la classe ouvrière. Chacun a aujourd'hui la possibilité de grimper à l'échelle sociale mais il n'y a pas que celui qui tient l'échelle qui reste en bas. Alors toi, tu encourages l'escalade des revendications.

C'est à Leningrad, qu'on proclame encore : "Crois la Pravda et tu seras sauvé !" En vérité, Tovarich, tu peux bien sûr, chanter un soir, au théâtre municipal avec les chœurs de l'Armée Rouge, mais méfie-toi des cantiques accompagnés aux orgues de Staline.

Comme le disait babouchka : "Camarades, bateliers de la vodka, faut pas charger la barque, pour descendre la Volga !" Tu l'as déjà constaté. Tes camarades ouvriers, ivres de liberté préfèrent de beaucoup la plage et ses dunes à la grève sur le tas.

Tu honores honnêtement, ton mandat syndical mais tu es bien trop gauche, ardent gauchiste ! Tu restes imprégné par ton idéologie. Tes slogans sont encore de la monnaie de singe, du mauvais emprunt russe aux grandes figures révolutionnaires, aujourd'hui démodées. Ressaisis-toi ! Il te faut être de ton temps !

Malgré tes références à la grande Russie, à la discipline esthétique des défilés des gardes rouges, au bonheur promis aux masses populaires avec le muguet du premier mai, malgré toute cette apologie triomphante de la lutte des classes, tu n'as jusqu'à présent, vraiment pas fait école. Ne t'en surprends pas ! Les espèces sont menacées, pourquoi pas les syndicalistes et les syndiqués ?

Regarde ! Les rêves de nationalisation n'ont produit que des besoins individuels et des désirs de bonheur égoïstes. Tu parles de politique d'austérité aux salariés comme tu l'aurais fait autrefois aux esclaves d'un travail aliénant, aux forçats du labeur. Aujourd'hui, c'est aux victimes du capitalisme sauvage et de la mondialisation, auxquels tu t'adresses. Oui ! Tu as beau chercher... Mais où sont passés les damnés de la terre ?

Hormis encore quelques fanatiques, on n'appelle plus désormais aux manifestations de violences, aux révoltes armées et l'on craint davantage la répression. Ce n'est plus l'heure de la grande lessive, au nom de la liberté. II est heureusement aboli le temps de la terreur, blanche de linceul et de peur comme rouge d'horreurs et de sang...

N'oublie plus désormais la sagesse populaire. Celle-ci échappe à toute loi de la douma ou à tout pouvoir de libre soviet : "Qui savonne la planche, ferait mieux de laver d'abord son linge sale en famille." C'est peut-être le propre du collectivisme !

Car l'histoire l'a prouvé, camarade, avec les vertus de l'argousier : "Qui veut se faire mousser, risque de se faire laver la tête, pour un simple Kopeck !" Pour le cerveau, c'est sûrement déjà fait ! La réforme agraire a autrefois promis de l'herbe verte aux moutons de Panurge et de la taïga ! Oh oui ! Ils ont brouté et ruminé !... La révolution industrielle elle-même, n'a guère fait naguère, mieux que forger pour la guerre (tank you, Vladimir !) l'acier des canons en mettant ainsi du plomb dans l'aile de la colombe de la paix !

Avec ton affiche rouge, tu colles, causes, tant que tu peux ! Avec le petit père des peuples, toujours présent dans ta tête, tu sauves, causes, tant que tu peux ! Mais tu as l'impression de prêcher dans la toundra.

Par Trotski et le marteau, enfonce-toi bien cela, dans la tête ! Par ta moustache et celle de Nietzsche, par la barbe de Karl Marx, les temps ont changé ! Le syndicalisme de gauche a fait sa critique marxiste et tu n'es plus aux ordres du Parti, lui-même aux ordres du Kremlin.

A présent, le prolétariat ne se reconnaît plus dans un parti communiste affaibli et inaudible, sans doute plus préoccupé de questions sociétales que de questions sociales. Il se sent abandonné, mal défendu par des syndicats politisés et peu convaincants.

D'un mouvement ou d'un parti à l'autre, la base et les syndicalistes sur le terrain restent authentiques et motivés. Mais au niveau national, les étiquettes changent plus que les programmes. Les sacro-saints combats sont souvent de chapelle et les leaders sont des professionnels aguerris, en querelles d'égo comme en rivalités de scores d'audimat. Ils s'affrontent sur des détails sans parvenir à s'unir sur l’essentiel.

Et puis heureusement, que globalement les conditions de travail se sont améliorées, que les revenus ont augmenté. On ne meurt plus de faim et la cause ouvrière est un motif et un slogan moins accrocheur. Une partie du bon peuple qui veut s'embourgeoiser préfère même, à l'heure de la soupe populaire, manger des toasts au pâté de foie et des œufs de lump sur blinis, en buvant des cocktails à la santé de Molotov ! On se retrouve plus souvent sur les barbecues que sur les barricades.

Pourtant, il n'y a pas que des consommateurs de l'essentiel et du superflu, y a toujours une vraie misère : des gens qui ont perdu leur emploi, qui ne peuvent boucler le mois, nourrir leurs enfants et qui sont mal logés. Je ne parle pas des S.D.F, des réfugiés, du quart monde. A part l'humanitaire et l'associatif, personne ne s'en occupe ni ne les représente. Il n'y a pas de syndicats pour les non productifs et pour les misérables qui ne peuvent pas se syndiquer ni alimenter les caisses du parti !

Bon ! Je suis un peu comme toi, bien sûr que j'exagère en paroles ! Tu es un pacifiste, un défenseur de la laïcité et des droits, tu t'affirmes comme un citoyen qui teinte en rose la vie des gens en agitant parfois le chiffon rouge. Tu es libre de pensées et de mouvements, alors, pourquoi nages-tu encore dans les courants ?

T'a-t-on dit que tu pouvais être formé par le parti ou le syndicat sans pour autant être conformé en copie conforme ? Évidemment, c'est tout à ton honneur, que tu restes un militant, convaincu et convaincant qui ne s'avoue jamais vaincu ! Tu es un idéologue idéaliste, tu es un solide propagandiste, un pur et dur ! Tu vas gagner au moins le droit à être connu. Tu crois et tu y crois ! Si tu n'es pas sauvé, au moins rêves-tu de sauver le monde. Respect !

Le socialisme n'a plus l'écharpe rouge du prolétariat qu'au cabaret de la butte Montmartre, chez A. Bruant. Écoute camarade ! Y Rebroff chante : "Adieu, la charrette ! Ah ! Si j'étais riche, diguediguedich !" et non pas : "La gauche caviar qui déguste du miel et crache du fiel, boira la tasse et l'amer !" J. Higelin en a fait deux albums : "Champagne pour tout le monde." et "Caviar pour les autres." Moi, je te le dis, conseil d'ami : "Aux bornés, faut surtout pas faire franchir les bornes !"

C'est certain ! Au temps des cerises, l'air est plus aimable, les cieux toujours plus bleus et le temps plus Clément ! "Les gouttes de sang" perlent encore aux "plaies ouvertes" du communisme et laissent à nos belles comme aux nostalgiques "des peines de cœur"... Aujourd'hui, la faucille emblématique ne coupe plus que les herbes folles de la rêve party de la fête de l'Huma. 

L'avenir est dangereux. Tu vois rouge, tu n'as pas d'endroit ou de résidence secondaire pour te mettre au vert alors, t'enfile ton gilet jaune et tu t'aères en tournant en rond dans les ronds-points et tes revendications ! Dans le brouillard des lacrymos, on t'en fera voir de toutes les douleurs !...

Par Maïakovski, les œillets rouges des poètes ne font même plus la révolution politique ni littéraire !

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A la tête de l'art

Publié le par modimodi

L'école de la République a la noble mission de sensibiliser nos chères têtes blondes à l'Art avec un grand A... Vaste, noble et belle ambition !

De quel art parlons-nous ? De l'art oratoire des poètes et des beaux parleurs, de l'art culinaire du latin de cuisine, de l'art dramatique des accidentés de la scolarité ?

Parlons-nous des 7 arts libéraux ? Trivium et quadrivium, des trucs en hics, en tics antiques ! Un cauchemar permanent et catastrophique pour certains écoliers, incertains en grammaire, dialectique, rhétorique, arithmétique, géométrie, histoire et musique.

Parlons-nous de l'art en tant que conceptions du Beau, d'esthétique éclatante et d'harmonie plastique des formes et des couleurs ? Parlons-nous, d’œuvres d'art dans l'élégant équilibre des proportions ? Mais encore ! …

Tout n'est-il pas, bien souvent, relatif et subjectif ? Voltaire nous l'a rappelé, "la beauté pour le crapaud, c'est sa crapaude." Mon beau-frère ou ma belle-sœur ont surtout de beaux yeux. "La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a" mais chacun sait que le plus beau réside dans ce qu'elle ne montre pas. Et chacun a une double chance. Soit à sa naissance : "Tout nouveau, tout beau", soit dans le mystère de sa beauté intérieure. Ceux que la vie n'a pas gâtés, dont on dit qu'ils ne sont pas finis ont même le secret espoir de finir dans la beauté schubertienne d'une symphonie inachevée.

D'ailleurs, l'homme, dans sa petitesse, cherche à se dépasser. Après avoir tenté en artiste de faire le beau, le voilà, en quête éternelle, d'absolu, d'excellence et de perfection. D'ordre esthétique et mystique, la divine proportion, présente dans le corps humain, avec sa section dorée et son nombre d'or, a donc inspiré, nombre de créations : dans la peinture (Dali), l'architecture (Le Corbusier, Ricardo Bofill), la musique (Y Xenakis).

Tous les styles, de toutes les époques, influences ou courants, tableaux et monuments ont une même référence, l'art de toucher, d'émouvoir, d'aiguiser les sens et de provoquer l'intuition et l’intelligence !

La tendance est aujourd'hui à la vulgarisation voire à la vulgarité d'un art autrefois impressionniste et qui s'expose faussement en techniques qualifiées de modernes. Cet art qui a détourné la richesse foisonnante du baroque s'en revendique et se dénomme gothique, avant-gardiste et parfois décadent.

L'art est partout, dans les musées, les auditoriums, les théâtres et dans la rue. Si depuis Platon, la politique est l'art de s’intéresser aux affaires de la cité, aujourd'hui, elle est même devenue un art du cirque où bateleurs harangueurs et jongleurs prévisionnistes amusent gradins, travées et amphithéâtre. Si depuis Socrate, la pédagogie est un art d'accoucher les connaissances par la découverte active de la réflexion et du dialogue, l'éducation nationale a inscrit la découverte des arts à ses programmes.

Au même titre, que la littérature ou les sciences, l'art s'est imposé comme objet d'enseignement. Il a fait école. Car l'exigence pédagogique est ainsi faite : pour faire d'une tête bien pleine, une tête bien faite, il convient de la jeter, aux fins de l'initier, à la tête de l'art !

Mais qui peut nous dire où commence l'art et qui l'a initié, exprimé, façonné, peint ou sculpté ? Sont-ce les peintures murales découvertes dans les cavernes ou les premières poteries, les os de mammouth et les silex taillés, les bijoux ciselés pour les belles primitives ?

Quel en est l'alpha et l'oméga et pour dire cool, y a-t-il un b-a ba de l'art, un b-a-ba-ba- school ? A le vulgariser, ne risque-t-on pas de le rendre vulgaire et de transformer ses face à face en terre à terre ? Quel cauchemar pour un tableau que de finir au tableau noir !

A quel art se vouer ? Pour ne pas compromettre les canons de la beauté, devrons-nous négliger l'art militaire pour les beaux-arts et répudier les neuf muses des arts libéraux pour les neuves nymphes du 7ème Art ? A quelle école, quelle période, quel génie se référer ? Le romantisme ou la Rome antique, l'art byzantin ou le pop'art, le douanier Rousseau ou le facteur Cheval, Manet ou Monet is money, en mille liarts, en dollars ou en roubles-art, c'est toujours de l'art, gens !

Et moi de tous, César, je préfère l'art Zèbre ! Faut vous dire que très tôt, j'ai affirmé de réelles dispositions, encrées en moi depuis toujours. Joyeux bonheurs de l'enfance ! Mes premiers essais grapho-barbouillés ont empâté mes cahiers que les taches, par mes petits doigts, appliquées, ont rendu originaux et camaïeux. Au CP, j'étais dernier en écriture mais premier à la compo de patato-gravure. J'avais là, sans nul doute, la révélation de mes dons précoces.

Dès l'adolescence, j'excellais encore à peindre pour ma douce et tendre, ma mie, quelques croûtes du plus bel effet. Tout à la fois zinzin, zazie, zazou, zozo, je fréquentais z'alors les musées et les zoos. Et c'est devant le zèbre que je connus z'ainsi mes z'ultimes z'émotions z'artistiques. Aucun doute, mon frère en peinture se trouvait là !

Aussi permettez-moi de dédicacer à ce virtuose du pinceau comme à ceux qui se reconnaîtront artistes, cette pochade, en clin d’œil intitulée : 

Le Zèbre

Drôle de zèbre à rayures,

Tu ne manques pas d'allure !

Mais pourquoi ces hachures

En forme d'épluchures ?

Et pourquoi ces ratures

Faites à la peinture ?

Serait-ce l'armature,

L'ébauche d'une armure ?

Sont-ce enjolivures

Que ces quelques zébrures ?

Crois-tu que ces marbrures

Te donnent de la carrure ?

Drôle d'architecture !

Bizarre créature !

Tes quelques éraflures

Manquent d'enluminures,

Ta grossière ossature,

Manque un peu de teinture.

Je te le dis, c'est sûr,

Laisse tomber la peinture !

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Le sifflet

Publié le par modimodi

Je remue de temps en temps, les boîtes aux trésors de mes souvenirs d'enfance. Parmi le fouillis hétéroclite des soldats de plomb, canif, pièces, médailles, voitures, toupies, coquillages… Je viens de retrouver mon sifflet en métal !

Je le dépoussière avant de le porter à la bouche. Je souffle puissamment dedans mais je n'obtiens, à mon grand étonnement qu'un roulement sonore, qu'un glou glou, qu'un son plaintif, entre le sanglot et le cri étouffé.

A cet exercice, j'étais sans aucun doute, bien meilleur, enfant, lorsque je cassais les oreilles de mes parents en déambulant fièrement dans la maison, genoux bien hauts, d'un pas martial ! Un coup de sifflet à chaque enjambée ponctuait un petit mouvement de menton de ma tête à casquette galonnée.

Inutile de vous décrire la joyeuse ambiance quand de surcroît, ma chienne Carmen, une mignonne petite cocker noire me suivait en jappant, hélas à contretemps ! Je m'imaginais imprimant le rythme, à la tête d'une troupe triomphante qui défilait avec panache, dans la rue principale du village. Je croyais même entendre leurs hourras et leurs applaudissements qui couvraient le son aigu de mes sifflements impétueux.

Mais mon bonheur était à son comble, quand je réussissais à enrôler dans la clique, ma gentille sœur Marie et ses amies. Je menais, à force coups de sifflets, la revue des petites majorettes ! C'est probablement à cette époque que j'ai dû inconsciemment ressentir mes premiers émois innocents. A les voir ainsi tenter des figures gymniques et lancer bien haut leurs gambettes de nymphettes qui soulevaient avec légèreté leurs jupettes, je sais que j'ai éprouvé un réel plaisir. Trouble indicible des primes visions de chair rose et nacrée ! Je garde particulièrement vivace, le souvenir ému de la petite Céleste…

Mais voilà que je crois entendre le coup de sifflet du chef de gare et que remonte à ma mémoire une flopée de souvenirs d'été. Je me revois courant sur le quai, une petite valise verte à la main en compagnie de ma sœur, mon frère et de papa, maman. Je sens encore l'odeur de graisse sur les bras luisants des roues, je vois les crachements chuintants des jets de vapeur blanche sortant des flancs de la bête, je perçois les hoquets de la locomotive bouillante, les soupirs essoufflés de la machine fatiguée.

Impressionné, je défie du regard ce taureau vigoureux aux muscles huilés qui va nous emporter. Mais il me faut auparavant affronter les trop hautes marches du wagon, qui m'attend porte ouverte. Heureusement, mes petites jambes parviendront à les escalader, grâce à la poussée généreuse et énergique de mon bien aimé père.

"Attention à la fermeture des portes ! Attention au départ !" lance à plusieurs reprises, d'une voix nasillarde, le haut-parleur de la gare. "Attention au départ !" Au triple coup de sifflet du chef de gare, le train s'élance, dans un coup de rein courageux et puissant. En route pour les Flandres ! Trois semaines de vacances, de joies estivales ! Le bonheur simple et vrai d'une famille unie !

Aujourd'hui, dans son usage commun, le sifflet a perdu en utilité notoire, à part encore pour les arbitres de matchs sportifs ou les policiers et gendarmes régulant la circulation. Mais par le passé, il jouissait à mes yeux d'enfant d'un grand prestige. Il incarnait l'autorité de la force publique, inconsciemment, une figure paternelle ou ancestrale.

Je me revois encore sifflet aux lèvres, jouant à régler un flot de véhicules imaginaires. Je ne m'épargnais pas les efforts, gesticulant des bras et tournant sur moi-même dans toutes les directions, à m'en donner le tournis. J'étais impressionnant quand je levais mon bras, main ferme, paume tendue en opposition pour stopper énergiquement un automobiliste trop impétueusement pressé. Mon coup de sifflet était alors magistral et s'il le fallait redoublé.

Mes maîtres aussi avait un sifflet pour les leçons de gymnastique ou pour me faire ranger dans les rangs, parmi mes congénères. Aujourd'hui, il semble plus difficile de mettre la jeunesse au pas et de la faire rentrer dans le rang…  A cette époque, moins sollicités par les gadgets et les médias, un simple sifflet nous impressionnait et nous appelait à l’obéissance.

Un autre souvenir affleure en souriant, à ma mémoire. Je me revois tenter de siffler avec la bouche. Quelle rigolade ! Mes premiers essais ressemblaient plus à des grimaces, des chuintements inefficaces et des soupirs chargés de postillons. Je sifflais comme une bouilloire. Même résultat avec les mains ! Mes tentatives n'étaient que des succions de doigts léchés sans arriver à sortir le moindre son.

Mon ami Gino, un garçon italien qui sifflait à merveille de toutes ses pinces, d'une main et des deux mains, se moquait amicalement de moi. J'appris plus tard que c'était dans sa culture, un talent presque inné, d'autant que son père était maçon. Suivant la légende urbaine, les maçons italiens sifflaient au soleil, les jolies filles pulpeuses et pétillantes, du haut des échafaudages. Les cinéastes italiens en ont fort bien rendu l'ambiance dans les rues bruyantes et animées des villes.

J'y parvins moi aussi mais difficilement. Il le fallait pourtant, si je voulais me voir conférer la reconnaissance de mes camarades qui se prenaient pour de petits durs ou de grands caïds. Quand nous jouions aux gendarmes et aux voleurs, nous usions et abusions de cette méthode pour appeler ou avertir d'un danger. J'appris plus tard que ce prestige était vulgaire, sauf pour siffloter un air de chanson ou de musique. J'avais une amie, gentil rossignol, qui excellait à le faire. On attribua ce don à une oreille musicale parfaite ; elle devint, je crois, flûtiste ou saxophoniste.

Certains jours de jeune et gai printemps, quand l'air est tiède et aimable, il m'arrive encore de le faire en chantonnant, comme le pratiquait un vieil original de mon patelin. Impossible de le croiser sans l'entendre siffler l'air d'une rengaine à la mode. Figure populaire, les habitants du bourg lui réservèrent un dernier hommage. Quand il partit siffloter avec les anges, on inscrivit sur son faire-part : "Maurice, dit le merle siffleur" ! 

Oui ! J'ai gardé ma joyeuse âme d'enfant, docile quand il le faut, rebelle si nécessaire. Je n'ai d'ailleurs jamais obéi au doigt et à l’œil et personne ne s'est aventuré à me siffler comme un chien ! Sans doute, parce que j'ai moi-même ce qu'on appelle du chien d'autorité et que j'impressionne peut-être un peu ! Comment s'étonner d'ailleurs que quelques persifleurs disent, que par excès d'idéalisme et par manque de modestie littéraire, j'enfle déjà des chevilles. Je crois le deviner, car souvent mes oreilles sifflent.

Enfin, jusqu'à présent, j'ai évité de décevoir mon entourage m'épargnant ainsi quolibets, huées ou sifflets moqueurs et réprobateurs. Je me suis d'ailleurs méfié des louanges faussement admiratives et trompeuses de mes contemporains, spécialistes de l'appeau ou des coups de brosse à reluire. Peut-être, par instinct de survie, j'ai pu, jusqu'alors, résister à l'appel des sirènes, fussent-elles sublissimes, à me couper le souffle ou le sifflet.

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