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Articles avec #trucs en troc et toc en stock tag

Lettre à mon plombier : Le tuyau

Publié le par modimodi

Cher plombier, tu coules des jours tranquilles. Alors laisse couler ! Ne cherche pas à te racheter une conduite, sauf si ton avenir est bouché ! Tu peux même accepter qu'on te traite de buse car il n'y a rien de plus banal et de plus utile qu'un tuyau. L'eau y circule, le gaz et le pétrole y mènent leur vie de grands ducs !

En cas de grave problème, si tu brûles tes réserves et que tu es sous pression, plutôt que d'exploser, tu peux toujours avoir du pot et espérer en silence, un tuyau d'échappement. Mais alors, attention ne tente pas une percée !

Hier, tu avais des pieds de plomb mais te voilà désormais, branché et raccordé au monde par la bouche et le regard ! Tu tournes peut-être en rond mais tout est logique : qui se ressemble s'assemble ! Tu peux donc te laisser pousser du coude ! D'ailleurs, si ça ne rigole pas toujours, nulle inquiétude !

Où il y a de la gaine, il n'y a pas toujours du plaisir, disait un confrère électricien ! Toi, sans que les fils ne se touchent, tu peux toujours t'euphoriser au narguilé ou à l'humour de Fluide Glacial.

Tu sais l'égout pour les trop-pleins de tes contemporains et les couleurs argentées du liquide ne se discutent pas ! Il te faut être souple et flexible et éviter de te laisser refouler, pomper ou entuber. Le débit, c'est bien mais le crédit, c'est mieux, surtout quand on croit être de bon conseil et qu'on veut donner un bon tuyau !

Certains jours, c'est dur de faire la soudure par les deux bouts ! Il faut être franc, un sacré coup de collier ne suffit pas toujours ! Parfois, la vie te serre même un peu trop la vis. Prends-le comme une chance si celle-ci n'a pas en plus, le vice de foirer ! Il te faut alors inlassablement reprendre le collier.

Ici-bas, tout a les goûts du jour ou de l'air du temps ! Tout finit au collecteur. Tout s'enfuit et s'écoule sans demander son reste ! Mais un siphon, font font les petites marionnettes avant de vider les lieux ! Ceux qui lâchent les vannes et déconnent à pleins tubes peuvent d'ailleurs passer pour des siphonnés. Ceux qui ne maîtrisent pas leur réaction et dont les idées fusent en tous sens, n'y vont d'ailleurs pas avec le dos de la tuyère !

Toi, tu as toute ma sympathie. Tu sais toujours prendre la bonne décision et je te réaffirme mon estime pour ton grand professionnalisme. Mais moi, bizarrement, à cette heure, j'ai l'impression de faire fausse route. J'ai grand besoin de me tuyauter car nom d'une pipe, qu'est-ce qui se passe ? Chercherait-on à m'influencer par le tuyau de l'oreille. Renseigne-moi vite, svp, en PVC.

Vois-tu ! Le propos fumeux d'un esprit alambiqué me suggère que l'homme pourrait bien être l'incarnation vivante du tube, tant sa définition tubulaire lui correspond parfaitement : "un objet creux plus haut que large" ! Je me demande, si je suis alors moi-même souple ou rigide, déjà sous pression, bouché ou mal embouché ?

Les uns cherchent à me convaincre que la biologie n'est souvent que la science des tubes à essai et que les plus beaux bébés sont éprouvettes. Les autres m'affirment avec insistance que la famille tuyau de poêle n'en finit pas de s'emmancher !

Faut-il donc d'abord tout gober et tout avaler avant d'être sous pression et d'évacuer cette question existentielle par les tuyaux d'arrosage ? Ne serait-on qu'un tube digestif avec deux trous aux extrémités : la bouche et l'anus ? Ben mon côlon, même si c'est dur à digérer, l'humanité qui a du bol est, pour finir, c'est recta et rectum, dans la m... (Pardonne ce propos de proctologue, dû au subit relâchement d'une fuite de gaz dans le pipeline !)

D'ailleurs par les Grands dieux et demi-dieux du stade oral ou anal, nous constatons que nous avons tous la mort aux trousses et les fèces aux fesses ! Rabelais, passant du divin savoir au grotesque, nous avait déjà conté et poétisé les surprenants torche-cul de Grangousier et les petites misères "du boyau culier" dans l'incroyable et énorme chapitre 13 de Gargantua...

Allons, laisse s'envoler ces paroles de faces de pets. N'en rougis pas, continue à croire en ta vie d'ange ! N'en fais pas non plus des caisses ! Aère ton esprit et ventile ton local !

Oui ! L'homme n'est sûrement pas à tirer par le bas. Il est un joyeux drille de nature, un héros de Carnaval, toujours prêt pour la fête populaire ! C'est à qui poussera la chansonnette et fera vibrer les tuyaux d'orgue de barbarie !

"Comme à Ostende et comme partout / Quand sur la ville tombe la pluie ... Mais voilà que tout au bout d'la rue / Est arrivé un limonaire / Avec un vieil air du tonnerre / A vous faire chialer tant et plus..." Jean-Roger Caussimon me le fredonne dans le tuyau de l'oreille d'une douce nostalgie.

Oh ! La vie ou la gloire ne sont ni faciles ni garanties, même quand on force sa conduite. Mais à notre époque, c'est à qui veut être chébran ! Certains dépriment de patienter depuis trop longtemps. Seul Jérémie est parvenu à devenir célèbre avec ses Lamentations, son livre et son mur. Toi, tu l'es heureusement, de réputation par le tuyau cuivré et retentissant des trompettes de ta renommée. Ton nom éclate sur le bottin professionnel des entreprises de plomberie et robinetterie.

Aujourd’hui, à Jérusalem, New-York ou ici, il y a plein de cons primés dans les tubes du hit-parade mais les rengaines de leurs chansons scient rapidement leur succès. Des radios-crochets du bal des lampions aux néons des tubes cathodiques, chacun se voit déjà vedette, mis en lumière, en paillettes et fluo ! Et tout est permis ! De tourner sur les platines, d'être dans les tuyaux ou de passer sur Canal+, chacun peut rêver à plein tube ! La meilleure chance est... pour les buses !

Moi, je rêve simplement d'être primé au concours des belles lettres mais personne n'a voulu me tuyauter ! Tu as peut-être un débouché et une idée ? 

 

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La brosse : lettre aux marchands de brosses 2/2

Publié le par modimodi

Chers et joyeux congressistes, je suis heureux de vous retrouver après cette bienfaisante pause fraîcheur ! Bravo ! Personne n'est allé brosser ailleurs un peu de poudre d'escampette !

Mes amis, vous le savez sûrement le produit le plus prisé de notre catalogue reste incontestablement la brosse à luire et à reluire ! Un produit coup de coude, coup de main et coup de cœur !

C'est le plus vieux produit du monde ! Au paradis de la séduction, entre Ève et le serpent, n'y avait-il pas déjà, une coquine histoire de brosse Adam ? D'ailleurs, sans en faire tout un fromage, chacun sait bien, depuis Jean de La Fontaine, que "Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute" !

Un bon cireur se mire même dans le reflet de vos bouts vernis comme dans les éclats de votre plaisir. Un frotte-manche et un lèche-cul de tout poil vous papouillent et vous épilent à la pince, à la crème ou à la cire ! Trop polis pour être au net, vous voilà parfois victimes consentantes de ces agents de peau lisse ! Vous n'avez rien vu venir, vous étiez déjà dans le cirage !

Depuis des lustres, l'encaustiqueur aux nobles cires d'abeilles ou à l'huile de lin, nourrit et flatte les bois, de ses chiffons de laine. Il fait briller tables et beaux meubles comme le prétentieux qui s'illusionne de son propre vernis. Au haras, le palefrenier flatte les croupes des pouliches mais c'est pour les étriller. Douceur et caresse dans un sens, vigueur et rudesse dans l'autre sens ! Honni soit qui mal y panse ! Hennit soit qui mâle y pense, messieurs les cavaliers et jamais cavaleurs !

Car vous le savez, il faut savoir brosser dans le sens du poil, les vieux chevaux de retour ! Ceux qui prennent trop vite le mors aux dents sont enclins à s'emballer et à n'en faire qu'à leur tête pour monter sur leurs grands chevaux ! Tant pis pour eux ! Puisqu'ils sont à tous crins, qu'ils aillent ruer dans les brancards et se brosser eux-mêmes !

Les blaireaux qui se font mousser et les raseurs qui vous barbent ont mérité aussi un traitement au poil, un bon coup de brosse à barbe en poil de sanglier. Mais attention à bien lisser dans le sens du poil, sinon ils risquent de devenir une figure rébarbative, sauvage, mythique et hugolienne de la Légende des Siècles :

"Lorsqu'avec ses enfants vêtus de peaux de bête, / Échevelés, livides, au milieu des tempêtes, / Caïn se fut enfui de devant Jéhovah..."

Je constate avec plaisir que certains d'entre vous, en murmurant les vers, ont gardé de beaux souvenirs de leurs humanités. Ah mais ! Passe encore amis, d'avoir comme Caïn, le cheveu hirsute car celui qui a le caractère hirsute est souvent, ô bonheur !... Un farouche en amour. "Vir pilosus, aut fortis, aut luxuriosus"... L'homme chevelu est fort et luxurieux !

Fougueux ou désordonné, il aime à rebrousse-poil et finit par ébouriffer les belles oiselles qui rêvent de se faire voler dans les plumes. Mesdames, ici présentes, je vois bien pudiquement que vous acquiescez ! Oh ! Les jolies coquines toutes émoustillées et... toutes mes félicitations, à vous messieurs les oiseleurs !

A l'amour charnel ou de la patrie, nous disons oui, pour toujours ! Mais dans cette guerre, loin d'être toujours tendre, la chance, la belle et bonne chance, c'est aussi l'aléatoire du destin. Comme ce le fut d'ailleurs, pour nos chers poilus de 1914, souvent à un poil près du trou de la bombe et comme c'est le plus souvent le cas, pour les poètes à une plume près, arrachée à l'aile ou au croupion de leur Muse !

Alors vous, les valeureux de la brosse triomphante, vous qui n'êtes pas des manches, vous les braves à trois poils, dont aucun ne se dresse dans la main, je vous exhorte : Chauve qui peut !

Restez optimistes ! Ne vous arrachez pas par touffes votre tignasse ! Même si un jour, c'est la vie qui va venir vous brosser son dernier tableau. Car après vous avoir fait dresser les cheveux sur la tête, l'existence finira malheureusement par vous tomber sur le poil. Elle vous mettra la boule à zéro et vous enverra un jour chez Plumeau !

La grande chance de vivre dans la joie et avec passion votre métier vous est ainsi offerte ! En connaissant parfaitement votre produit, vous savez déjà ce qui vous attend ! D'où l'importance d'être des professionnels sans cesse plus performants ! La Maison vous fait confiance ! En décrochant vos balais télescopiques, vous atteindrez les sommets et décrocherez la timbale !

Ouais ! C'est ainsi mes brothers, mes gentils bosseurs brosseurs ! La vie, c'est du chiendent qui s'associe aux têtes-de-loup et qui vous trouve toujours un poil à gratter quand votre araignée court toute seule au plafond !

Si quelqu'un s'avisait alors de dire que vous ne craignez rien parce que vous êtes des indécrottables, il se tromperait méchamment. L'existence vous nettoiera, vous comme lui, gratuitement à grandes eaux car l'âge lui-même viendra vous récurer gratte-os, à petits coups de balayettes puis à grands coups de balai-brosse !  C'est notre slogan professionnel : "La brosse un jour, la brosse toujours !"

Oui ! Vous, vous êtes le peuple élu, vous êtes à jamais voués à la brosse, c'est votre noble vocation ! Souriez aux anges ! Réjouissez-vous, mes amis de ce sort enviable... S'il ne vous laisse pas toutes vos dents, il vous laissera au moins votre amour, propre, très propre !... Et vous avez déjà la brosse pour le jour où vous tomberez en poussière, à condition de n'être pas des manches et de se trouver du bon côté !

En ce jour solennel et triomphal, après vous avoir élevés philosophiquement à la sagesse, je vous souhaite de faire entre vous le plein d'enthousiasme et de plaisir, sans aucune ombre de morosité. Mes amis, place aux réjouissances de tout poil !

Car vous avez tout : l'amour et l'humour, et toute la vie devant vous ! Je le sais et je le vois à vos mines resplendissantes et épanouies ! Alors oui ! Bonheur et joie pour vous, nobles confères, marchands et philosophes de l'existence. Bienfaiteurs de l'humanité, avec vos brosses d'orfèvres, vous êtes les derniers amis de la Toison d'or. Vous ne ferez jamais faillite. Vous êtes comme votre produit, indispensables à la Vie !

 

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La brosse : lettre aux marchands de brosses 1/2

Publié le par modimodi

La Compagnie des marchands de brosse a le grand plaisir de vous adresser le discours inaugural prononcé lors du dernier congrès de votre profession. Prenez plaisir à la découverte de ce tableau brossé avec la brosse à peindre et le pinceau de la fantaisie.

"Mesdames et messieurs, soyez les bienvenus à votre grand congrès annuel. J'ai l'immense honneur d'avoir été choisi par vos pairs pour rendre hommage à l'article que vous chérissez et qui a fait votre renommée internationale. Je vous parle bien sûr, mes chers confrères de la Brosse, de cet objet multi-usage qui fait partie intégrante de votre activité quotidienne et de la vie de vos clients. 

Chez soi, chacun en possède au moins une sous la main et chacun la manie au moins une fois par jour ! Je vous en esquisse une présentation que je passe en revue, comme il se doit, évidemment sur un ton poilant !

Soyez heureux et confiants mes chers confrères ! Il y a de l'avenir pour tous les marchands de brosses ! Jugez par vous-mêmes ! Il existe une brosse spécifique à chaque activité !

Vous aspirez à dépoussiérer votre intérieur ? Vous avez une brosse adéquate... Vous avez de la bouteille ? Il vous faut un goupillon... Vous êtes en présence d'une gourde à nettoyer ? Pour atteindre le fond, saisissez-vous d'un écouvillon !... Vous voulez ramoner une cheminée ? Un hérisson vous attend... Vous-mêmes, vous pouvez vous hérisser pour quelques piques de méchante ironie et vous mettre en boule, sans pour autant avoir la brosse à effacer.

Mais avez-vous vraiment l'oreille fine ? Entendez-vous un peu partout la chanson des brosses : "et tchic et tchoc, et tchic et tchoc !" Dans les salles de bain, nos brosses à dents papotent dans leurs verres sur leurs vertus ou caractères, plus ou moins durs, plus ou moins doux, plus ou moins souples !

"- Pourquoi, te dresses-tu sur ton manche pour me tourner le dos ? Aurais-tu une dent contre moi ?

- Et toi, es-tu jalouse parce que j'ai la chance d'être exclusivement réservée aux dents du bonheur ?"

Nos brosses à cheveux, elles, se crêpent bêtement le chignon :

"- Moi, je te dis que celui-là, c'est le premier cheveu blanc de Madame !

- Moi, je suis certain que c'est un cheveu de Monsieur et pas un poil de sa moustache ! Je les reconnaîtrais entre mille depuis le temps qu'il coupe les cheveux en quatre et qu'il barbe tout le monde !

- Oh dis ! Au moins, on est sûres toutes les deux que c'est pas celui de Suzanne, la petite pipelette frisottante et zozotante, au cheveu sur la langue !

- Ni celui de Poil de Carotte, il est de notre famille mais il a déjà une coupe en brosse !"

Oui ! C'est ainsi mes remarquables consœurs et collègues, il y a de l'émoi chez toutes nos brosses ! La brosse à mascara aux cils en ramasse-miettes fait les yeux doux à la brosse à ongles et à vernir, dans l'intention, un jour de lui demander sa main. Avec constance, elle s'accroche au pinceau, tandis que l'autre pique un fard !

La brosse à vêtements et à tapis ont été mises au placard parce qu'elles avaient tendance à ramasser les poils du chat angora et que cette petite peste de Suzanne est bêtement allergique !...

"- Allergique à nous, bien sûr, mais jamais à ses peluches !

- Arrête, tu amuses le tapis ! Tu n'en as pas assez de déblatérer à petits cris persans et d'être ainsi, tout le temps, de mauvais poil de chameau !

- Holà ! Holà ! Cessez, vous deux de vous rebrousser la touffe ! Ne vous montez pas le bonnet, ne vous prenez pas la tête et le bibi !" dit la brosse à chapeaux.

Vous voyez, amis de tout poil, si je veux vous sortir des broussailles et vous brosser un tableau encore plus complet, je peux renforcer votre conviction et affirmer avec vous que la brosse a envahi notre espace de vie et de pensée.

Vous le savez ! Le vil flagorneur est passé maître dans l'art de passer la brosse à reluire aux tristes sires. Les cireurs de pompes et les lèche-bottes sont à nos pieds pour leurs basses flatteries. Ceux qui nous pommadent varient les couches de crème de leurs compliments comme le cirage nourrit le cuir des chaussures. D'ailleurs, allez savoir ! Certains d'entre vous prennent peut-être ainsi leur pied !

Réjouissez-vous, amis congressistes, après la pause fraîcheur que vous avez bien méritée, la saga des brosses en remettra encore un sacré coup !

Alors, profitez pleinement de cet intermède pour échanger et accueillir vos jeunes compagnons et déjà, talentueux professionnels. Vous les reconnaîtrez à leurs badges distinctifs. en forme de brosse aux couleurs bleu-blanc-rouge.

Si vous désirez encore mieux connaître la collection de nos modèles, arrêtez-vous au stand des nouveaux produits ou feuilletez à l'entracte, le très beau recueil de nos articles en vente sur le Net ! Mais ne planquez pas la poussière sous le tapis rouge que nous vous avons déployé !

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Lettre aux amoureux : le chapeau

Publié le par modimodi

Messieurs, les amoureux, pratiquants de l'amour, "Sortez couverts !" Ce slogan médiatisé et rabâché vous incite à acheter des préservatifs et à mettre votre petit chapeau pour entrer ou sortir, lors de vos dévotions à la grotte des plaisirs... Enfants de Marie, s'abstenir !...  Cet hymne en voix de tête, n'est pas pour vous !

Oui ! Oui ! Mes petits paroissiens, je vous assure que je connais des têtes de nœud qui ont appliqué ce conseil. Elles se sont ainsi préservées de penser profondément en o-pinant à tout. Petites ou grosses têtes, après s'être fait crêper le chignon, elles n'ont pas dû porter officiellement le chapeau !

Voici donc, la païenne litanie à psalmodier comme il vous chante, du bout des lèvres. Elle renouvelle peut-être, un peu le chant de la turlutte, tututte, chapeau pointu !

"Y'en a qui ont le melon et d'autres le chapeau mou, y'a des têtes à claque et des hauts-de-forme à calotte cylindrique ! Y'en a qui sont toqués d'amour et qui ne savent plus où donner de la tête ! Y'a des têtes de pipe culottées et même décalottées. Y'a de jeunes étudiants, des bizuts qui ont la faluche impudique et exhibent leurs pompons ! Y'en a même qui ont des chapeaux ronds, sûrement des marins bretons ! Des Jean-Yves costauds, qui ont la tête près du bonnet !

Y'a des as de la tête à l'envers et qui font des têtes à queue ! Y'a des fortes têtes qui s'entêtent à ne pas porter le chapeau et d'autres qui vous entêtent du parfum des petites vertus !... A en baver des ronds de chapeau, moi, je vous le dis !

Y'en a qui, sur les chapeaux de roue, dégomment et dérapent à vouloir foncer, tête baissée ! Heureusement ! Je ne connais pas d'enragés ou de gloutons à la mords-moi le nœud qui se soient fait manger leur chapeau. Juste cabossés ! Nom d'une pipe !

Y'a des artistes et des rêveurs, des têtes de linotte qui pour être original au plum' ont la plume au chapeau ! Y'a des prudents qui ont peur de capoter et qui ne veulent pas se laisser déborder. Y'a des basques qui enfoncent leur béret jusqu'aux oreilles et des poulbots qui se préservent hâtifs et se vissent la casquette. Y'a des têtes de turcs enturbannées et des délicats qui cherchent toujours des modèles en velours ou en soie pour leurs coups fourrés.

Y'a des puritains qui ont peur de se prendre un coup de mitre ou de tiare sur la tête et auxquels leur religion interdit d'accrocher un chapeau à leur sacré porte-chapeaux !... "Si elle n'en veut pas, remets-la dans ta calotte"... Oh ! Toi, le jeune séminariste, jeûne et abstinence ! Marie doit rester vierge ! Lex, Durex lex, sed lex !... L'amour est un heureux hasard, comme le divin plaisir qui se prend au doigt mouillé, comme l'eau bénite dans le bénitier !

Par contre, y'a des partisans de l'amour libre, des incontrôlables impossibles à chapeauter ! Y'en a qui n'ont pas la tête à porter le chapeau et qui, sans avoir le caractère rigide, refusent fermement de s'affubler ! Mais après le coup du père François et du polichinelle dans le tiroir, il faut savoir qu'il n'y a pas de ballon d'essai. Quand retentira : "il est né le divin enfant", peut-être seront-ils alors contraints de porter le chapeau !

Y'a des fervents amoureux qui travaillent assidûment du chapeau et qui font grand honneur, à l'expression : "L'amour ça décoiffe !". Y'en a qui n'hésitent pas à donner au passage, un petit coup de barrette ou de chapeau à droite ou à gauche à quelques besogneuses en charlotte.

Mais assagis, une fois qu'ils ont trouvé l’âme sœur, ceux-là ôtent définitivement leur chapeau devant leur dame ! Espérons que la vie conjugale leur évitera de se faire coiffer et de devoir porter d'abondance, bicorne ou tricorne."

Voilà ! Reprenez lentement votre respiration !... Chapeau bas, lecteurs amoureux et têtus, si vous avez tenu jusqu'au bout, la lecture de ce texte un peu gonflé, qui se répand dans une facilité linguistique, un peu trop spermissive. Moi, l'amoureux passionné des mots et de l'amour, je vous en ai fait voir de toutes les couleurs et je crains même votre débandade à me payer si gentiment votre tête !

Même si le sujet est plutôt juteux, je crains fort que vous n'y ayez compris goutte. Ce serait sûrement heureux pour mon honneur de petit écrivain, avec sa plume, flamberge au vent !

Oh oui ! Je sais ! Je ferais mieux de me presser le citron ! Mais je me gorge de prétentions enflées, je fais bande à part et je boursoufle dans un style turgescent d’orgueil littéraire pour bibliothèque rose.

Je vous le con-cède ! Mon talent ce jour, est sur la corde raide ! Il me passe allègrement par-dessus la jambe et déborde sans le moindre espoir d'atteindre le dessus du panier ! Allons, rassurez-vous quand-même, je ne ferai pas comme V. Hugo. Je ne mettrai pas "un bonnet rouge au vieux dictionnaire." Je prendrai mon pied, au pied de la lettre !

Je garderai haute, ma petite tête en l'air ! Peut-être, suis-je en train de découvrir chez moi, une vocation de modiste contrariée... Mais oui ! Mais c'est bien sûr ! Elle est forcément pour bibi, l'expression toute trouvée : travailler du chapeau !

 

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Lettre aux pauvres pêcheurs : le tire-bouchon

Publié le par modimodi

Pauvre prêcheur que je suis ! Pauvre pêcheur que tu es ! Il nous faudrait un tire-bouchon mais nous n'avons qu'un hameçon !

Nous sommes frères sans le savoir ! Toi, tu pêches par passion moi, par manque de modestie !

Même destin, même ligne de conduite ! A la fin de ma ligne d'écriture, au bout de ta ligne de pêche, toi, tu amorces et tu tends un appât aux poissons, moi, j'esquisse et je tends des appâts à ma muse !

Toi, tu jettes et lances ta ligne à l'eau moi, je me lance et je m'y jette ! Mais vaine attente ! Pas de poisson vorace, pas de muse attirée ! Rien ne mord à l'hameçon ! Alors d'impatience, tu tires, tu tires sur le bouchon, et moi, j'étire, j'étire ma tirade mais la chance s'est déjà tirée ! Elle tire-bouchonne en faisant des ronds dans l'eau et des remous dans l'encre !

Avec toi, ils peuvent rester heureux et vivre vieux, tous les poissons !... Peut-être parce que tu pousses un peu trop loin le bouchon dans l'eau comme moi, dans la facilité ! Quand tu crois faire une touche, ta ligne chargée de plombs plonge et s'enfonce. Tu espères avoir fatigué le poisson mais tu ramènes un pneu crevé ou une godasse à la semelle édentée.

Idem ! Quand je crois avoir ferré l'idée, ma pensée plonge et je m'enfonce dans les remous ! N'ai-je pas assez de plomb dans la cervelle ? Résultat commun : déception au bout de la ligne ! Poisson d'avril ! Y'a que lui qui frétille !

Si tu espères la pêche miraculeuse, tu peux t'armer de patience et bâiller comme une carpe en attendant que ça morde ! Rêve donc, les yeux dans les vagues et dans l'eau. Alors, tu seras heureux, même s'il te sera bien difficile d'hausser le thon, d'harponner le poisson-volant, de capturer le poisson-chat, de réveiller le poisson-lune, de faire avancer le mulet et de faire trotter l'hippocampe !

J'ai moi-même tenté de ravir les muses en les appâtant de mes mots doux ! Mais piqué au jeu, c'est moi qui me suis fait prendre à l'appel des sirènes. Érato a trouvé mes élégies tendres mais trop tristes ! Euterpe et Polymnie ont moqué ma poésie dissonante aux pieds tordus et piqué tous les vers au bout de mes lignes.

Impossible de m'écrier : "A la fin de l'envoi, je touche !" Le succès m'a fait un pied de "Nez". Au final, ce sont elles qui m'ont jeté le trouble et ramené dans leur filet, mort d'amour et séduit par leurs tournures littéraires ondoyantes. Hélas ! Elles se sont dérobées et détachées, en n'offrant à mon style que de superbes queues de poisson !

D'énervement, nous aurions bien tous deux, le droit et l'envie de noyer le poisson ! Car, plus le temps passe comme l'eau sous les ponts, plus nos vies de pêcheurs ressemblent à une partie de pêche de nos passions filantes comme des poissons !

Elles nous précipitent dans la nasse des jours. Impossible de s'en échapper ! Les ans coulent dans l'entonnoir et accumulent leurs bouchons au goulot d'étranglement. Nous sommes pris dans l'embouteillage du temps et de l'espace. Il nous faudrait plus que jamais un tire-bouchon universel inoxydable mais notre destin s'en tamponne. Il nous entortille dans les circonvolutions du hasard. 

Pauvre prêchi-pêcheur que je suis ! J'aimerais bien avoir un tire-bouchon pour déboucher les oreilles de ma muse ! Pourquoi n'ai-je qu'un hameçon pour taquiner le goujon de l'inspiration ? Ne devrais-je pas arrêter de mettre ma plume en tension et l'encre en ébullition, dans l'encrier sans fond de mon cœur tourbillon ?

J'ai même sacrément dû lui en boucher un coin car la Providence s'est bouchée les yeux et les oreilles. Elle est sourde comme un pot bouché à l'émeri ! Avec elle, je cours le risque d'être le dernier bouche-trou de la littérature ! Pour déboucher l'horizon et les perspectives de ma muse, où trouverai-je le tire-bouchon magique ? Il me faut, sans aucun doute, bien plus qu'un poinçon pour piquer l'impression, éperonner l'expression et pêcher l'émotion !

Mais sur la berge, nous voilà, bien toi et moi, tous deux bredouilles ! Avec l'âge, on prend plus de chimères, d'épinoches et de brèmes que de poissons d'argent. On prend de la bouteille que l'on jette à la mer ! En vain, pas de réponse !

Nous buvons la piquette de l'amertume et du dépit jusqu'à la lie. Nous ne sommes pas comme les bons vins, nous ne bonifions pas en vieillissant. Toi, si ton épuisette et ta bourriche sentent le renfermé, moi, je repousse du goulot de mon encrier ! Nous sommes sans doute, mal embouchés, nos espoirs sont éventés !

Nous cherchons des débouchés mais la vie qui nous fait des tours de cochon ne nous donne pas le bon tire-bouchon, elle nous vrille. A tire-larigot, elle nous le fait à l'estomac et joue les tire-au-flanc. Pas moyen de fuir à tire-d'aile d'oiseau lyre ou à grands coups de nageoires.

L'expérience nous conseillerait peut-être d'imiter le poisson. S'il veut sortir la tête de l'eau, il ne doit pas rester ferré au bout de la canne, agrafé à son leurre, à ramasser à la cuiller. Si le tire-bouchon veut remplir son office, il doit se pousser du col et se détacher du bouchon.

Gentil pêcheur, garde ta ligne de flottaison ! Inutile de tirer sur tout ce qui bouge ! Écrivain, tu as beau décanter, tes écrits demeurent vains et tu restes en carafe. Accroche-toi à l'idée comme le tire-bouchon au flacon. Sois de mèche avec elle. Ne donne pas dans le vice de l'hermétisme, tire-toi de ce mauvais pas en lui tournant le dos. Prends appui sur ta pensée et élève ton esprit !

Si les belles lettres sont des vins de grande garde, pour libérer leurs arômes, je devrais moi aussi creuser comme le tire-bouchon, dans le bon sens et trouver le levier qui soulèvera l'inspiration. Elle doit jaillir, elle doit sauter comme un bouchon de champagne sans coincer la bulle au tirage ! Perçons amis, ensemble dans l'existence et hâtons-nous avant qu'elle ne nous taraude ou que le bouchon ne s'effrite ou ne casse !

Alors tu vois, pêcheur plein d'espoir comme moi, je me réjouis de notre entente. Quand tu visses, moi je dévisse et réciproquement ! Nous tournons en rond comme une hélice ! Ta ligne flottante zigzague comme un ruban au vent. Moi, je m'enroule avec ivresse dans les boucles de mes expressions alambiquées. Chacun de nous tire-bouchonne comme la queue des comètes dans son ciel d'illusions. 

Au fond, nous ne sommes que de pauvres et simples pêcheurs, maladroits mais émérites !

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Lettre à marraine Jeanne : le presse-purée

Publié le par modimodi

Je passe ma vie à Menton à me presser le citron pour relever la fadeur de mes écrits. Je cherche à obtenir un jus acidulé pour piquer la curiosité de mes lecteurs. Mais certains qui sont aussi bêtes que leurs pieds me reprochent de faire plutôt du jus de chaussettes.

Tandis que je me fâche, d'autres me suggèrent plutôt d'écraser les raisins de ma colère et de donner de l'ivresse à mes propos. A tous ces fâcheux, j'ai bien envie de balancer la purée ! Oh ! Je ne parle pas de la purée septembrale du pressoir, chère à Rabelais. Cette cuvée-là, je la réserve en partage, aux amateurs de bon vin, pas à des bourrus, bouchés et agressifs. Ce serait négocier et me fouler en vain !

Non ! Je ne vais pas perdre mon temps en patati et patata pour ce tas de tubercules terre-à-terre qui passent leur temps à éplucher mes textes ! Je conseille plutôt à ces patates en robe des champs de s'écraser et de filer comme des rattes. Car je leur réserve le fouet et j'appuie moi-même sur leurs grosses têtes au carré !

Je leur réserve ma moulinette car je vais les réduire en purée ! Ensuite, ils pourront toujours venir ajouter leur grain de sel ! Mais qu'ils ne viennent pas se plaindre !... C'est même une récompense et un cadeau que je leur offre car j'ai gardé de mon enfance le doux souvenir du presse-purée, à grandes pattes d'araignée ! Quand l'ennui ou les tracas s'installent, son nom de passe-vite m'étonne voire me fascine encore aujourd'hui.

Je te revois Jeanne, ma jolie marraine, la main sur la boule rouge de la moulinette, tourner la manivelle. Moi, accroché à ton tablier, je voulais évidemment, sur la pointe des pieds, presser et malaxer avec toi. J'étais fasciné par les pommes de terre tièdes qui en passant dans les couteaux se comprimaient pour former une pâte compacte, mi-blanchâtre, mi-jaunâtre, de plus en plus fine, à chaque passage. Le lait et le beurre doux qui fondaient et s'amalgamaient au fur et à mesure rendaient l'ensemble peu à peu onctueux et crémeux ! Une délicieuse promesse...

J'ai conservé dans ma mémoire olfactive l'odeur douceâtre qui émanait du mélange de cette écrasée avec le parfum Cologne de ta nuque et de tes épaules, penchées sur le carrousel du moulin à légumes. Je garde vive la sensation sucrée au bout de mon doigt léché. Car le défi consistait à tromper ta vigilance pour furtivement glisser mon majeur sur les parois de l'appareil et ramener ainsi un bonbon de mousseline. Ce plaisir culinaire et alchimique participe encore aujourd'hui au bonheur sans mélange de mon enfance !

Aujourd'hui, c'est le temps qui passe vite, trop vite et qui malaxe les impressions et les images en ma mémoire. Je me presse dans mon époque ! Je peux chantonner la complainte du progrès de Boris Vian et célébrer : "la tourniquette à vinaigrette, le ratatine-ordures et le coupe-friture, le canon à patates et l'éventre-tomates."

J'ai remplacé mon presse-purée par un mixer et un blender ! Je me suis installé dans la vie. Je fais partie des grosses légumes, des huiles et des truffes avec lesquelles je fusionne et mitonne des potées d'activités. Mais avec lesquelles, je fais aussi des ratas et des ratés.

Purée de nous autres ! Sans avoir la tête comme une patate ni pris trop le melon, je brasse encore de l'air mondain et souvent des idées dans des cocktails. Je suis même parfois dans la panade et je dois alors compoter quelques pommes de discordes.

Au final, j'ai toujours su sortir des purées de pois et éviter de me retrouver dans les bouillies et les marmelades de tracas. Pourtant, imperceptiblement, je sens bien que c'est la vie qui me pressure. Je me tasse et je fonds lentement dans l'épaisseur des jours. Je touille dans mes souvenirs qui s'entassent et s'emmêlent en mon cœur. Je les panache et les métisse dans l'émotion de mes nuits blanches et mes nuits noires.

Par nostalgie, j'en garde encore parfois, un peu gros sur la patate, pourvu qu'elle demeure douce !

 

 

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La cloche

Publié le par modimodi

Je ne sais pas si j'ai envie de me taper la cloche mais par Notre Dame, mes oreilles bourdonnent.

J'ai le syndrome de Quasimodo ou du bedeau de l'église de Corneville. Je suis le grand virtuose des cloches de Canterbury. Découvrirai-je sur le tard une vocation de carillonneur ? Finirai-je, si je m'accroche, campaniste dans un beffroi ou résident d'honneur de Clochemerle ?

Mais au fait, dans ces inutiles querelles de clocher, dit-on du bien ou dit-on du mal de moi ? Sont-ce des acouphènes ? Qui me tape sur l'enclume et le système ? Est-ce Eustache qui me joue de sa trompe ? Dois-je baisser pavillon ? Ai-je un souffleur de sornettes qui tarabuste mon inconscient ou des bruits de sonnettes dans mes esgourdes ? En tout cas, il y a quelque chose qui cloche !

J'ai beau être un battant et boxer la vie à poings fermés, je suis sonné comme si j'avais été uppercuté. Je suis désarçonné et renversé, j'ai vidé les étriers. Ai-je pris le melon sous cloche ou une pastèque sur la calebasse mais j'ai l'éclairage vacillant à tous les étages. Je vois trente-six chandelles et j'ai modestement en tête la symphonie de Moussorgski. Les cloches de la porte de Kiev me lancent leurs croches et triolets.

Pourtant, nulle majorette à l'horizon ! Alors, qui joue du tambour dans mes caissons ? A part ce foutu crachin, nulle fête bretonne. Pourquoi entends-je ces obsédants couinements de biniou comme un bagadou ? Je me croirais à la grande parade celtique du festival de Cornouailles ! Holà ! Pour que l'inspiration me bombarde, ma vieille muse prend-elle abondance de plaisirs à me souffler dans sa corne ?

Il n'est pourtant pas encore l'heure de me faire sonner les cloches ou de prendre ma volée. Nous ne sommes pas à Pâques ni à la Trinité ! Ce ne sont pas non plus les vacances d'été et la grande transhumance des bisons pas futés qui, avec leurs bufflonnes, quittent le plancher des vaches pour le grand air ! Ah ! Le bonheur des alpages et le son des clarines !

Alors, quelqu'un dira que j'ai entendu un son de cloche mais que je ne sais plus dans quelle étable. Après avoir été fondu, on me croira fêlé. Sur mon passage, les enfants crieront drelin, drelin, le bélin ! On pensera que le coq de mon clocher troué fait la girouette aux quatre vents de la folie et que mes cloches rentrent de Rome !

Si je suis ainsi déréglé, j'ai grand peur que ça s'entende ! Frère Jacques m'en voudra-t-il à l'heure de sonner les mâtines ! Pourquoi ce grand désarroi dans le couvent, aux premiers coups des vêpres ! Entre "La récolte des pommes de terre" et "Les glaneuses", Millet lui-même ne sait peut-être déjà plus quand peindre "L'angélus" !

Alors, si c'est une facétie de ma bonne fée clochette, j'aimerais qu'elle me lâche le grelot et qu'elle renonce à l'agiter ! Je veux bien passer pour une cloche mais je ne veux pas être marteau. Je suis un vrai dur, un écrivain dur de la feuille. Je n'ai que faire de cette jolie lectrice ingénue qui va à cloche-pied. Je ne vais quand même pas me faire traiter de clochard par une belle ou quelques esprits boiteux aux raisonnements de travers !

Dois-je tenter quelque interprétation du phénomène et y voir un avertissement funeste ? Bon sang de bois ! Un jour, c'est la loi d'airain, je partirai, c'est sûr ! Comme une promesse en fumée ou entre quatre planches. Sans faire grand bruit, je déménagerai à la cloche de bois, au son lugubre du tocsin et de la marche funèbre. A gla-gla, j'ai les grelots, j'ai le bourdon et je refroidis déjà ! Sonnez pour le couvre-feu.

Ou alors, avant que ne sonne le glas de mon départ, dois-je le prendre comme une insistante invitation à me taper la cloche ? Il est vrai que j'ai gardé un solide appétit de vivre. J'ai encore faim d'aventures et d'émotions. Dans ce cas, j'ai bien volontiers l'esprit de clocher. Mais dans son clocheton, le sonneur de cloches ne doit pas me faire entendre qu'un seul son de cloche à fromages ! Qu'il carillonne dans tous les terroirs ! Je veux une symphonie de sonnailles à m'en emplir les deux oreilles et la panse ! C'est pain bénit !

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Le clou 3/3

Publié le par modimodi

Hello, les têtes de clou, me revoilà avec mes paquets de clous et mes idées fixes d'écrivain ! Vous avez toujours le choix ! Mais choisissez le bon clou.

Oh oui ! Éminents lecteurs, sommités en pointe, n'allez pas jusqu'à la dernière extrémité ! Là où, il ne vous reste plus que deux possibilités : prendre une bonne dérouillée ou choper un bon vieux tétanos !

Quant aux collets montés qui voudraient clouer mes textes au pilori, je les aurais prévenus ! "Tenez bien le cou afin qu'il ne furonculose pas ! Car ce n'est pas le clou du spectacle, avec à l'anthrax distribution de bubons gratuits, que je vous ai réservé ! "

La saga humaine des têtes de clou vous concerne toujours ! Ceux à qui la vie a fait faire tapisserie et qui rêvent encore d'une famille nombreuse se reconnaîtront peut-être dans "les clous semence", effilés, de petites tailles mais capables de rentrer dans les cœurs au bois très dur et de maintenir les tissus qui ont du corps.

Ceux qui s'accrochent à la barre quand l'existence met les voiles au jour le jour, auraient intérêt à avoir une tête de "clou à crochet" pour garantir la tenue et la retenue, quand la vie fait rideau ! Ainsi pratiquent les montagnards qui se retiennent de dévisser, en plantant dans la paroi rocheuse des clous d'alpiniste appelés pitons.

Vous le voyez, il y en a pour tout le monde ! Chacun ses goûts ! Savez-vous planter les clous à la mode, à la mode, savez-vous planter les clous, à la mode de chez vous ?... Cherchez dans la quincaillerie de mes propositions ou dans le catalogue du joyeux bricoleur du dimanche ! Les compagnons de la poche percée comme les nez et oreilles percées de par le monde trouveront, à coup sûr, leur bonheur.

Le clou est partout ! Mon texte, amis lecteurs, en est truffé et mon style est acéré. Je les dépose un à un sur votre route comme une herse aux clous hérissés pour ralentir volontairement votre lecture. Je veux ainsi vous contraindre à traverser dans les clous de mes passages cloutés... mais en toute sécurité ! Pas de pleurs, j'écris à la pointe sèche ! Pas de bobos ni de vains cris !

Inutile de me clouer sur la croix de vos détestations, j'ai cloué mes idées sur la page de l'émotion. Alors ne me réservez pas la giroflée ni les cinq clous de girofle de votre douce main, vous me cloueriez au sol !

Bien sûr, ceux qui ne pensent qu'à critiquer systématiquement en disant que tout cela ne vaut pas un clou ou ceux qui ne viennent que picorer en piquant du bec, j'ai pour eux, un moyen de les éloigner. Je vais fixer sur le rebord de mon clavier d'ordinateur une bande plastique avec des pointes pour empêcher tous ces pigeons de se poser. Je n'aurais plus besoin de leur jeter de la graine pour mieux ensuite leur clouer le bec.

Moi, je me présente plutôt à vous, en travailleur de force au cerveau percutant comme un marteau piqueur dans des blocs d'idées brutes et hérissantes. Je suis un fakir posé comme un sâdhu, un dur de la clouure. Sur mon texte à clous, prenez-moi au pied de la lettre.

Si j'étais maigre comme un clou, je pourrais vous clouer sur place mais comme mon style est gras comme un cent de clous, je fais plutôt ma ballerine empotée et des pointes devant vous ! Je m'enfonce dans le plancher des mots. Voyez ! Quand je m'extirpe, mes figures cloutées ont les pieds tordus.

Mais toi, ma douce amie, ma pointe à tracer ma ligne de chance, toi, tu sors du lot ! Je t'ai offert ma tête de clou et je me suis noyé dans le bois de ton cœur. Pas de cris perçants, je suis à présent chevillé à toi ! Mon choix s'est définitivement fixé sur toi. J'ai à loisir, des idées fixes, des fixettes, des chevillettes et des broquettes. Moi, ton métallo à l'esprit frappeur, je t'ai forgé les clous d'assemblage de ta cotte de mailles, je suis ton heaume !

Oh oui ! Je suis soudé à toi. Je suis pénétré de ta douceur, j'ai le cœur qui cogne, perforé des clous de notre passion. D'ailleurs, tu le sais, ce sont eux qui nous retiennent sans jamais nous érafler. Notre crucifixion d'amour n'est pas un sacrifice sanglant mais une radieuse rédemption.

Si j'en pince pour toi, je ne veux pas pour autant être pris en tenaille et m'arracher à toi. Nous sommes chevillés et sertis l'un en l'autre. Pas question de nous éparpiller ni de nous décourager dans la pensée proverbiale : qu'un clou chasse l'autre ! Nous sommes librement enchaînés et assujettis l'un à l'autre. Nous sommes même solidement enfouis en nos mois profonds.

Notre richesse est en nous ! Nous sommes dans nos multiples facettes, deux diamants taillés, couronnés et polis. Nous sommes brillamment précieux l'un pour l'autre. En cas de disette, il nous sera difficile de mettre nos cœurs d'or au clou ! Nous y tenons trop !

Au faîte de notre tendre relation, je dois te le confier. J'ai moi aussi une catégorie qui me correspond. Tu l'as sans doute devinée ! Oui ! Je pense à toi comme un couvreur et tel que tu me vois, planté devant toi, je suis ton vaillant et robuste "clou à tête large".

Je me rive à toi, je me cramponne à toi. Je ne chaume pas. Je garde notre amour en couverture car je veux éviter les tuiles et ne pas te laisser d'ardoises. Tu sais d'ailleurs, comme j'adore être cloué au lit avec toi et combien je raffole de nos pannes d'oreiller.

A mon ciel de lit, tu as clouté les étoiles de la nuit.

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Le clou 2/3

Publié le par modimodi

Pan ! Pan ! Toc ! Toc ! Me revoilà ! Je me repointe !

Vous allez penser que je suis marteau, à taper ainsi comme un sourd sur l'enclume et le clavier. Vous pensez qu'il me manque un clou ou vous me pensez sans doute un peu frappé comme un écrivain en recherche de force de frappe.

N'est-ce pas vous qui déclariez ici et là, sur un ton pointu et avec une pointe d'ironie que j'étais trop occupé à passer mon temps à marteler mes marottes ? N'est-ce pas vous encore qui asséniez vos reproches en énonçant que je bosselais votre esprit pour y enfoncer un texte par trop pointilleux sur les clous ?

Agacé, ne tapotiez-vous pas le bras de votre fauteuil en disant que je vous prenais vraiment le chou et que je vous défrisais avec mes "têtes de clou ?" Certains ont même osé dire que je faisais mauvaise impression avec ces vieux caractères typographiques de hérisson préhistorique ! Vous me piquiez au vif en me traitant de bricoleur du dimanche et de bidouilleur en semaine.

Même si j'ai toujours eu une aversion pour les casques à pointe, j'ai bien sûr une histoire personnelle avec les clous. Mes maîtres d'école ont tambouriné à la porte de mon esprit. Ils ont vainement tenté de remplir ma "tête de clou bombé" et ma cervelle, à grands coups sur la tête. C'est d'ailleurs peut-être cette méthode pénétrante et obsédante qui a inspiré R. Char et P. Boulez quand ils ont composé : "Le Marteau sans maître" !

Les leçons de morale que l'on m'asséna devaient me mettre dans les clous de l'existence et de la société. Mais je peux vous certifier que les coups de règle ne rendent pas conformes à la règle, les petites caboches récalcitrantes ! Moi, je préférais d'ailleurs les courses en biclou dans le parc de Saint-Cloud ou les clowneries de mes congénères plantés devant mes acrobaties.

Quand par bravade, je disais, "je m'en tape !", je me retrouvais au piquet ou au clou. Dans cette pédagogie en pointe, on suspendait alors à ma bonne vieille tête de chou clouté, le bonnet d’âne aux grandes oreilles ! Je donnais le clou au spectacle et passais pour une tête de mule et de clown !

Mais assez parlé de moi, revenons à la typologie édifiante des clous de quincaillerie ! Dans la classification de l'espèce humaine, les rigides sont sûrement le premier prototype à l'image du clou en fer, droit comme un (i) et toujours ferme, quelle que soit sa longueur. S'ils ont le regard bleu acier et un moral bien trempé, ils en précisent alors le genre !

Les discrets au tempérament effacé pourraient plus facilement se reconnaître dans les clous "tête d'homme". Pour des assemblages soignés, la tête peut être escamotée et cachée dans l'ouvrage au moyen d'un chasse-goupille. Peut-être, cela expliquerait-il pourquoi vous recherchez sans fin ma trace et ma présence de tête pensante.

Bien sûr, le progrès a créé une variante : "le clou sans tête" ou "clou à finir" destiné à de fins assemblages et que l'on peut délicatement dissimuler à l'aide d'un chasse-clou ! J'y vois là un possible espoir de progrès pour un écrivain anonyme !

Le modèle "tête d'autruche" pour ceux qui veulent masquer la réalité en se bouchant la vue ou pour ceux qui ont pris un coup dans l'aile, reste encore à inventer. Moi, qui m'entête à creuser des idées, c'est la série des clous "tête de pioche", que j'attends impatiemment.

C'est sûr ! Ceux qui choisissent de bâtir leur vie sur de solides fondations sont armés pour la catégorie des clous à bétons ! Mais attention à leur bonne utilisation ! En cas de coups tordus, ils ne se tordent pas, ils cassent en brisant vos projets ! Ils se jettent, à bras raccourcis sur vous comme des inutiles.

Les ronds de cuir, ceux qui font des ronds de jambe pour la valse des circulaires administratives, ceux qui restent avec leurs yeux caramel, mous comme deux ronds de flan, les terrestres qui ne pensent qu'à changer de décor et les lunaires qui rentrent dans le décor appartiennent sûrement à la série des clous "à tête demi-ronde" !

Ceux qui s'accrochent à vous et veulent vous retenir ont leurs correspondants parmi les "clous cavaliers", en forme de "U à deux pointes", appelés plus justement "crampillons". Nous dirions plutôt crampions en picard ou crampons, surtout s'ils vous harponnent pour vous mettre un fil à la patte. Bref, vous reconnaissez ici, la nombreuse espèce de ceux qui vivent à vos crochets ou qui vous crampent, ayant ainsi rendue célèbre la crampe de l'écrivain aux écrits vains ! J'ai bien l'honneur !

Peut-être même, vous êtes-vous déjà décramponnés, désappointés par cet écrit pointu ou vous êtes-vous accrochés, à grands coups de pistolet à clous ? Est-ce vous que j'aperçois, le bec enfariné, cheveux ébouriffés, comme un oiseau cloué à la porte d'une grange ? Est-ce vous, bouche ouverte, qui vient de s'aplatir comme un rivet sous les coups de boutoir d'un écrivain marteau ?

 

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Le clou 1/3

Publié le par modimodi

Nous avons tous besoin d'être fixés ! Nous voulons savoir ce qui se présente à nous, nous attend et nous pend au nez !

Le sculpteur C. Lalanne a donné à une de ses sculptures le titre de "tête de chou". Moi, je dois être plutôt bête car je rêve de faire tourner chèvre ceux qui lisent ma feuille de chou imprimée.

D'ailleurs, je fais avec elle plus souvent chou blanc que chou-fleur ou chou gras. Certains doivent même penser que je pédale dans la choucroute. Je trouve donc que cette expression artistique pourrait convenir à votre serviteur, pseudonyme : "Modimodi, alias tête de chou" ! Maudits mots dits, alias bêtes comme choux !

Un ami strasbourgeois me faisait remarquer que nous nous attachons à percer, peut-être un peu trop souvent, les secrets de notre réalité la plus immédiate et que nous avons tendance à nous accrocher aux détails, quand bien même, ils ne vaudraient pas un clou... Une idée piquante m'a subitement traversé l'esprit.

Et si, en braves pommes que nous sommes, nous méritions d'être plus drôles et plus originaux que des têtes de chou ! Un peu moins empotés que ces gros choux verts promis à la potée ! Ne trouvez-vous pas que nous pourrions, dans un style plutôt accrocheur, ressembler davantage à de bonnes et belles "têtes de clou" ? D'ailleurs, pourquoi pas des choux cloutés, de passages culinaires, piqués de clous de girofles !... C'est tout nouveau ! Ça vient de sortir !... Ainsi êtes-vous déjà au parfum de la soupe au chou et du vilain bouillon de onze heures !

D'ailleurs, même si nous avons été un jour des petits bouts de chou, de trognons marmots et qu'adultes, nous nous sommes parfois pris le chou en oubliant les fleurs, physiquement, nous apparaissons d'une anatomie beaucoup plus proche des clous que des choux.

Nous sommes, tous dotés de têtes plates ou frisées, parfois élargies du front et posées en équilibre tout en haut de notre corps. Le problème, c'est qu'à l'inverse du clou qui se termine par une forme pointue, nous nous ancrons et nous nous relions à la terre par nos deux pieds plats ! 

Faute d'être une pointe, même dans l'esprit, certains jouent sur l’ambiguïté d'avoir une santé de fer et un moral en acier trempé. Mais ceux qui se prennent pour des flèches ne recueillent souvent que les traits des sarcasmes !

Par atavisme, l'homme est un être incroyablement attachant ! Depuis l'antiquité, il n'a eu de cesse de retenir et d'assembler des feuilles de cuivre ou des morceaux de bois. Comme les tapissiers aujourd'hui, nos ancêtres utilisaient déjà les clous en garniture décorative ou comme au temps de la République romaine, en rituel expiatoire. Planter un clou dans une paroi du Capitole protégeait, paraît-il des calamités. L'espoir est-il identique pour les représentants du peuple qui nous enfoncent le clou à la Chambre des députés ?

Leur reste-t-il un peu de piété naïve comme celle des pèlerins à Lourdes, qui enfoncent encore de nos jours, des clous de cuivre dans des rondins, en martelant leurs prières. Ainsi, espèrent-ils voir leurs intentions de prières et tous leurs vœux exaucés par la puissance mariale et l'intervention divine ! ... Comme il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus, de nombreux croyants se sont plantés ! 

Si l'histoire du clou remonte à des siècles en pointes et quelques broquettes, leur fabrication manuelle se réalisait autrefois en pointeries. Elle est aujourd'hui industrielle et produite en clouteries. Celles-ci en forgent quelques 300 variétés, de quoi avoir le choix pour enfoncer le clou du spectacle ou ensemencer les pavés de la course au bonheur.

En poursuivant l'idée initiale du clou, allégorie de l'être humain, convenons que c'est bien peu, pour caractériser l'infinité du genre humain ! ... Nous voilà bien éloignés de la multitude et de la diversité des 7,7 milliards de personnes, mes petits frères, "têtes de clou", à la pointe de l'humanité.

Sans doute, est-il probable que nous devons être nombreux à correspondre à un même type de clous et à nous rallier à une même catégorie ! L'hypothèse mériterait donc d'être creusée. Forons-nous un peu les méninges ! Ça peut valoir le coup !

Alors, si la saga des têtes de clou vous intrigue ou vous intéresse, ne restez pas plantés là, sur le texte d'un écrivain dernier cri, qui cherche à percer avant de crever ! Exercez-vous donc un peu, en comptant les clous de la porte ! Mais si vous ne voulez pas en ficher un clou, vous avez tout loisir de piquer les clous d'un bon roupillon. En attendant, moi, je m'en tape un ! 

 

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