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Articles avec #trucs en troc et toc en stock tag

Le chapeau : Lettre aux amoureux

Publié le par modimodi

Messieurs, les amoureux, pratiquants de l'amour,"Sortez couverts !" Ce slogan médiatisé et rabâché vous incite à acheter des préservatifs et à mettre votre petit chapeau pour entrer ou sortir, lors de vos dévotions à la grotte des plaisirs... Enfants de Marie, s'abstenir !...  Cet hymne en voix de tête, n'est pas pour vous !

Oui ! Oui ! Mes petits paroissiens, je vous assure que je connais des têtes de nœud qui ont appliqué ce conseil. Elles se sont ainsi préservés de penser profondément en o-pinant à tout. Petites ou grosses têtes, après s'être fait crêper le chignon, elles n'ont pas dû porter officiellement le chapeau !

Voici donc, la païenne litanie à psalmodier du bout des lèvres. Elle renouvelle peut-être, un peu le chant de la turlutte, tututte, chapeau pointu !

"Y'en a qui ont le melon et d'autres le chapeau mou, y'a des têtes à claque et des hauts-de-forme à calotte cylindrique ! Y'en a qui sont toqués d'amour et qui ne savent plus où donner de la tête ! Y'a des têtes de pipe culottées et même décalottées. Y'a de jeunes étudiants, des bizuts qui ont la faluche impudique et exhibent leurs pompons ! Y'en a même qui ont des chapeaux ronds, sûrement des marins bretons ! Des Jean-Yves costauds, qui ont la tête près du bonnet !

Y'a des as de la tête à l'envers et qui font des têtes à queue ! Y'a des fortes têtes qui s'entêtent à ne pas porter le chapeau et d'autres qui vous entêtent du parfum des petites vertus !... A en baver des ronds de chapeau, moi, je vous le dis !

Y'en a qui, sur les chapeaux de roue, dégomment et dérapent à vouloir foncer, tête baissée ! Heureusement ! Je ne connais pas d'enragés ou de gloutons à la mords-moi le nœud qui se soient fait manger leur chapeau. Juste cabossés ! Nom d'une pipe !

Y'a des artistes et des rêveurs, des têtes de linotte qui pour être original au plum' ont la plume au chapeau ! Y'a des prudents qui ont peur de capoter et qui ne veulent pas se laisser déborder. Y'a des basques qui enfoncent leur béret jusqu'aux oreilles et des poulbots qui se préservent hâtifs et se vissent la casquette. Y'a des têtes de turcs enturbannées et des délicats qui cherchent toujours des modèles en velours ou en soie pour leurs coups fourrés.

Y'a des puritains qui ont peur de se prendre un coup de mitre ou de tiare sur la tête et auxquels leur religion interdit d'accrocher un chapeau à leur sacré porte-chapeaux !... Si elle n'en veut pas, remets-la dans ta calotte... Oh ! Toi, le jeune séminariste, jeûne et abstinence ! Marie doit rester vierge ! Lex, Durex lex, sed lex !... L'amour est un heureux hasard comme le divin plaisir qui se prend au doigt mouillé, comme l'eau bénite dans le bénitier !

Par contre, y'a des partisans de l'amour libre, des incontrôlables impossibles à chapeauter ! Y'en a qui n'ont pas la tête à porter le chapeau et qui, sans avoir le caractère rigide, refusent fermement de s'affubler ! Mais après le coup du père François et du polichinelle dans le tiroir, il n'y a pas de ballon d'essai. Quand retentira : "il est né le divin enfant", peut-être seront-ils alors contraints de porter le chapeau !

Y'a des fervents amoureux qui travaillent assidûment du chapeau et qui font grand honneur, à l'expression : "L'amour ça décoiffe !". Y'en a qui n'hésitent pas à donner au passage, un petit coup de barrette ou de chapeau à droite ou à gauche à quelques besogneuses en charlotte.

Mais assagis, une fois qu'ils ont trouvé l’âme sœur, ceux-là ôtent définitivement leur chapeau devant leur dame ! Espérons que la vie conjugale leur évitera de se faire coiffer et de devoir porter d'abondance, bicorne ou tricorne."

Voilà ! Reprends ta respiration !... Chapeau bas, lecteur amoureux et têtu, si tu as tenu jusqu'au bout, la lecture de ce texte un peu gonflé, qui se répand dans une facilité linguistique, un peu trop spermissive. Moi, l'amoureux passionné des mots et de l'amour, je t'en ai fait voir de toutes les couleurs et je crains même ta débandade à me payer si gentiment ta tête !

Même si le sujet est plutôt juteux, je crains fort que tu n'y aies compris goutte. Ce serait sûrement heureux pour mon honneur de petit écrivain, avec sa plume, flamberge au vent !

Oh oui ! Je sais ! Je ferais mieux de me presser le citron ! Mais je me gorge de prétentions enflées, je fais bande à part et je boursoufle dans un style turgescent d’orgueil littéraire pour bibliothèque rose.

Je te le con-cède ! Mon talent ce jour, est sur la corde raide ! Il me passe par-dessus la jambe et déborde sans le moindre espoir d'atteindre le dessus du panier ! Allons, rassure-toi quand-même, je ne ferai pas comme V. Hugo. Je ne mettrai pas "un bonnet rouge au vieux dictionnaire." Je prendrai mon pied, au pied de la lettre !

Je garderai haute, ma petite tête en l'air ! Peut-être, suis-je en train de découvrir chez moi, une vocation de modiste contrariée... Mais oui ! Mais c'est bien sûr ! Elle est forcément pour bibi, l'expression toute trouvée : travailler du chapeau !

 

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Le tire-bouchon : lettre au pauvre pêcheur

Publié le par modimodi

Pauvre prêcheur que je suis ! Pauvre pêcheur que tu es ! Il nous faudrait un tire-bouchon mais nous n'avons qu'un hameçon !

Nous sommes frères sans le savoir ! Toi, tu pêches par passion moi, par manque de modestie !

Même destin, même ligne de conduite ! A la fin de ma ligne d'écriture, au bout de ta ligne de pêche, toi, tu amorces et tu tends un appât aux poissons, moi, j'esquisse et je tends des appâts à ma muse !

Toi, tu jettes et lances ta ligne à l'eau moi, je me lance et je m'y jette ! Mais vaine attente ! Pas de poisson vorace, pas de muse attirée ! Rien ne mord à l'hameçon ! Alors d'impatience, tu tires, tu tires sur le bouchon, et moi, j'étire, j'étire ma tirade mais la chance s'est déjà tirée ! Elle tire-bouchonne en faisant des ronds dans l'eau et des remous dans l'encre !

Avec toi, ils peuvent rester heureux et vivre vieux, tous les poissons !... Peut-être que tu pousses un peu trop loin le bouchon dans l'eau comme moi, dans la facilité ! Quand tu crois faire une touche, ta ligne chargée de plombs plonge et s'enfonce. Tu espères avoir fatigué le poisson mais tu ramènes un pneu crevé ou une godasse à la semelle édentée.

Idem ! Quand je crois avoir ferré l'idée, ma pensée plonge et je m'enfonce ! N'ai-je pas assez de plomb dans la cervelle ? Résultat commun : déception au bout de la ligne ! Poisson d'avril ! Y'a que lui qui frétille !

Si tu espères la pêche miraculeuse, tu peux t'armer de patience et bâiller comme une carpe en attendant que ça morde ! Rêve les yeux dans les vagues et dans l'eau. Alors, il te sera difficile d'hausser le thon, d'harponner le poisson-volant, de capturer le poisson-chat, de réveiller le poisson-lune, de faire avancer le mulet et de faire trotter l'hippocampe !

J'ai moi-même tenté de ravir les muses en les appâtant de mes mots doux ! Mais piqué au jeu, c'est moi qui me suis fait prendre à l'appel des sirènes. Érato a trouvé mes élégies tendres mais trop tristes ! Euterpe et Polymnie ont moqué ma poésie dissonante aux pieds tordus et piqué tous les vers au bout de mes lignes.

Impossible de m'écrier : "A la fin de l'envoi, je touche !" Le succès m'a fait le pied de "Nez". Au final, ce sont elles qui m'ont jeté le trouble et ramené dans leur filet,  mort d'amour et séduit par leurs tournures littéraires ondoyantes. Hélas ! Elles se sont détachées et dérobées, en n'offrant à mon style que de superbes queues de poisson !

D'énervement, tous deux nous aurions bien le droit et l'envie de noyer le poisson ! Car, plus le temps passe comme l'eau sous les ponts, plus nos vies ressemblent à une partie de pêche de nos passions filantes comme des poissons !

Elles nous précipitent dans la nasse des jours. Impossible de s'en échapper ! Les ans coulent dans l'entonnoir et accumulent leurs bouchons au goulot d'étranglement. Nous sommes pris dans l'embouteillage du temps et de l'espace. Il nous faudrait plus que jamais un tire-bouchon universel inoxydable mais notre destin s'en tamponne. Il nous entortille dans les circonvolutions du Hasard. 

Pauvre prêchi-pêcheur que je suis ! J'aimerais bien avoir un tire-bouchon pour déboucher les oreilles de ma muse ! Pourquoi n'ai-je qu'un hameçon pour taquiner le goujon de l'inspiration ? Ne devrais-je pas arrêter de mettre ma plume en tension et l'encre en ébullition, dans l'encrier sans fond de mon cœur tourbillon ?

J'ai sacrément dû lui en boucher un coin car la Providence s'est bouché les yeux et les oreilles. Elle est sourde comme un pot bouché à l'émeri ! Avec elle, je cours le risque d'être le dernier bouche-trou de la littérature ! Pour déboucher l'horizon et les perspectives de ma muse, où trouverai-je le tire-bouchon magique ? Il me faut, sans aucun doute, bien plus qu'un poinçon pour piquer l'impression, éperonner l'expression et pêcher l'émotion !

Mais sur la berge, nous voilà, tous deux bredouilles ! Avec l'âge, on prend plus de chimères, d'épinoches et de brèmes que de poissons d'argent. On prend de la bouteille que l'on jette à la mer ! En vain, pas de réponse ! Nous buvons la piquette de l'amertume et du dépit jusqu'à la lie. Nous ne sommes pas comme les bons vins, nous ne bonifions pas en vieillissant. Toi, si ton épuisette et ta bourriche sentent le renfermé, moi, je repousse du goulot de mon encrier ! Nous sommes sans doute, mal embouchés, nos espoirs sont éventés !

Nous cherchons des débouchés mais la vie qui nous fait des tours de cochon ne nous donne pas le bon tire-bouchon, elle nous vrille. A tire-larigot, elle nous le fait à l'estomac et joue les tire-au-flanc. Pas moyen de fuir à tire-d'aile d'oiseau lyre ou à grands coups de nageoires.

L'expérience nous conseille  peut-être d'imiter le poisson. S'il veut sortir la tête de l'eau, il ne doit pas rester ferré au bout de la canne, agrafé à son leurre, à ramasser à la cuiller. Si le tire-bouchon veut remplir son office, il doit se pousser du col et se détacher du bouchon.

Gentil pêcheur, garde ta ligne de flottaison ! Inutile de tirer sur tout ce qui bouge ! Écrivain, accroche-toi à l'idée comme le tire-bouchon au flacon. Sois de mèche avec elle. Ne donne pas dans le vice de l'hermétisme, tire-toi de ce mauvais pas en lui tournant le dos. Prends appui sur ta pensée et élève ton esprit !

Si les belles lettres sont des vins de grande garde, pour libérer leurs arômes, je dois moi aussi creuser comme le tire-bouchon, dans le bon sens et trouver le levier qui soulèvera l'inspiration. Elle doit jaillir, elle doit sauter comme un bouchon de champagne sans coincer la bulle au tirage ! Perçons ensemble ami dans l'existence, hâtons-nous avant qu'elle ne nous taraude ou que le bouchon ne s'effrite ou ne casse !

Alors tu vois, je me réjouis de notre entente. Quand tu visses, moi je dévisse et réciproquement ! Nous tournons en rond comme une hélice ! Ta ligne flottante zigzague comme un ruban au vent. Moi, je m'enroule avec ivresse dans les boucles de mes expressions alambiquées. Chacun de nous tire-bouchonne comme la queue des comètes dans son ciel d'illusions. 

Au fond, nous ne sommes que de pauvres pêcheurs !

 

 

 

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Le presse-purée : lettre à marraine Jeanne

Publié le par modimodi

Je passe ma vie à Menton à me presser le citron pour relever la fadeur de mes écrits. Je cherche à obtenir un jus acidulé pour piquer la curiosité de mes lecteurs. Mais certains qui sont aussi bêtes que leurs pieds me reprochent de faire plutôt du jus de chaussettes.

Tandis que je me fâche, d'autres me suggèrent plutôt d'écraser les raisins de ma colère et de donner de l'ivresse à mes propos. A tous ces fâcheux, j'ai bien envie de balancer la purée ! Oh ! Je ne parle pas de la purée septembrale du pressoir, chère à Rabelais. Cette cuvée-là, je la réserve en partage, aux amateurs de bon vin, pas à des bourrus, bouchés et agressifs. Ce serait négocier et me fouler en vain !

Non ! Je ne vais pas perdre mon temps en patati et patata pour ce tas de tubercules terre-à-terre qui passent leur temps à éplucher mes textes ! Je conseille plutôt à ces patates en robe des champs de s'écraser et de filer comme des rattes. Car je leur réserve le fouet et j'appuie moi-même sur leurs grosses têtes au carré !

Je leur réserve ma moulinette car je vais les réduire en purée ! Ensuite, ils pourront toujours venir ajouter leur grain de sel ! Mais qu'ils ne viennent pas se plaindre !... C'est même une récompense et un cadeau que je leur offre car j'ai gardé de mon enfance le doux souvenir du presse-purée, à grandes pattes d'araignée ! Quand l'ennui ou les tracas s'installent, son nom de passe-vite m'étonne voire me fascine encore aujourd'hui.

Je te revois Jeanne, ma jolie marraine, la main sur la boule rouge de la moulinette, tourner la manivelle. Moi, accroché à ton tablier, je voulais évidemment, sur la pointe des pieds, presser et malaxer avec toi. J'étais fasciné par les pommes de terre tièdes qui en passant dans les couteaux se comprimaient pour former une pâte compacte, mi-blanchâtre, mi-jaunâtre, de plus en plus fine, à chaque passage. Le lait et le beurre doux qui fondaient et s'amalgamaient au fur et à mesure rendaient l'ensemble peu à peu onctueux et crémeux ! Une délicieuse promesse...

J'ai conservé dans ma mémoire olfactive l'odeur douceâtre qui émanait du mélange de cette écrasée avec le parfum Cologne de ta nuque et de tes épaules, penchées sur le carrousel du moulin à légumes. Je garde vive la sensation sucrée au bout de mon doigt léché. Car le défi consistait à tromper ta vigilance pour furtivement glisser mon majeur sur les parois de l'appareil et ramener ainsi un bonbon de mousseline. Ce plaisir culinaire et alchimique participe encore aujourd'hui au bonheur sans mélange de mon enfance !

Aujourd'hui, c'est le temps qui passe vite, trop vite et qui malaxe les impressions et les images en ma mémoire. Je me presse dans mon époque ! Je peux chantonner la complainte du progrès de Boris Vian et célébrer : "la tourniquette à vinaigrette, le ratatine-ordures et le coupe-friture, le canon à patates et l'éventre-tomates."

J'ai remplacé mon presse-purée par un mixer et un blender ! Je me suis installé dans la vie. Je fais partie des grosses légumes, des huiles et des truffes avec lesquelles je fusionne et mitonne des potées d'activités. Mais avec lesquelles, je fais aussi des ratas et des ratés.

Purée de nous autres ! Sans avoir la tête comme une patate ni pris trop le melon, je brasse encore de l'air mondain et souvent des idées dans des cocktails. Je suis même parfois dans la panade et je dois alors compoter quelques pommes de discordes.

Au final, j'ai toujours su sortir des purées de pois et éviter de me retrouver dans les bouillies et les marmelades de tracas. Pourtant, imperceptiblement, je sens bien que c'est la vie qui me pressure. Je me tasse et je fonds lentement dans l'épaisseur des jours. Je touille dans mes souvenirs qui s'entassent et s'emmêlent en mon cœur. Je les panache et les métisse dans l'émotion de mes nuits blanches et mes nuits noires.

Par nostalgie, j'en garde encore parfois, un peu gros sur la patate, pourvu qu'elle demeure douce !

 

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La cloche

Publié le par modimodi

Je ne sais pas si j'ai envie de me taper la cloche mais par Notre Dame, mes oreilles bourdonnent.

J'ai le syndrome de Quasimodo ou du bedeau de l'église de Corneville. Je suis le grand virtuose des cloches de Canterbury. Découvrirai-je sur le tard une vocation de carillonneur ? Finirai-je, si je m'accroche, campaniste dans un beffroi ou résident d'honneur de Clochemerle ?

Mais au fait, dans ces inutiles querelles de clocher, dit-on du bien ou dit-on du mal de moi ? Sont-ce des acouphènes ? Qui me tape sur l'enclume et le système ? Est-ce Eustache qui me joue de sa trompe ? Dois-je baisser pavillon ? Ai-je un souffleur de sornettes qui tarabuste mon inconscient ou des bruits de sonnettes dans mes esgourdes ? En tout cas, il y a quelque chose qui cloche !

J'ai beau être un battant et boxer la vie à poings fermés, je suis sonné comme si j'avais été uppercuté. Je suis désarçonné et renversé, j'ai vidé les étriers. Ai-je pris le melon sous cloche ou une pastèque sur la calebasse mais j'ai l'éclairage vacillant à tous les étages. Je vois trente-six chandelles et j'ai modestement en tête la symphonie de Moussorgski. Les cloches de la porte de Kiev me lancent leurs croches et triolets.

Pourtant, nulle majorette à l'horizon ! Alors, qui joue du tambour dans mes caissons ? A part ce foutu crachin, nulle fête bretonne. Pourquoi entends-je ces obsédants couinements de biniou comme un bagadou ? Je me croirais à la grande parade celtique du festival de Cornouailles ! Holà ! Pour que l'inspiration me bombarde, ma vieille muse prend-elle abondance de plaisirs à me souffler dans sa corne ?

Il n'est pourtant pas encore l'heure de me faire sonner les cloches ou de prendre ma volée. Nous ne sommes pas à Pâques ni à la Trinité ! Ce ne sont pas non plus les vacances d'été et la grande transhumance des bisons pas futés qui, avec leurs bufflonnes, quittent le plancher des vaches pour le grand air ! Ah ! Le bonheur des alpages et le son des clarines !

Alors, quelqu'un dira que j'ai entendu un son de cloche mais que je ne sais plus dans quelle étable. Après avoir été fondu, on me croira fêlé. Sur mon passage, les enfants crieront drelin, drelin, le bélin ! On pensera que le coq de mon clocher troué fait la girouette aux quatre vents de la folie et que mes cloches rentrent de Rome !

Si je suis ainsi déréglé, j'ai grand peur que ça s'entende ! Frère Jacques m'en voudra-t-il à l'heure de sonner les mâtines ! Pourquoi ce grand désarroi dans le couvent, aux premiers coups des vêpres ! Entre "La récolte des pommes de terre" et "Les glaneuses", Millet lui-même ne sait peut-être déjà plus quand peindre "L'angélus" !

Alors, si c'est une facétie de ma bonne fée clochette, j'aimerais qu'elle me lâche le grelot et qu'elle renonce à l'agiter ! Je veux bien passer pour une cloche mais je ne veux pas être marteau. Je suis un vrai dur, un écrivain dur de la feuille. Je n'ai que faire de cette jolie lectrice ingénue qui va à cloche-pied. Je ne vais quand même pas me faire traiter de clochard par une belle ou quelques esprits boiteux aux raisonnements de travers !

Dois-je tenter quelque interprétation du phénomène et y voir un avertissement funeste ? Bon sang de bois ! Un jour, c'est la loi d'airain, je partirai, c'est sûr ! Comme une promesse en fumée ou entre quatre planches. Sans faire grand bruit, je déménagerai à la cloche de bois, au son lugubre du tocsin et de la marche funèbre. A gla-gla, j'ai les grelots, j'ai le bourdon et je refroidis déjà ! Sonnez pour le couvre-feu.

Ou alors, avant que ne sonne le glas de mon départ, dois-je le prendre comme une insistante invitation à me taper la cloche ? Il est vrai que j'ai gardé un solide appétit de vivre. J'ai encore faim d'aventures et d'émotions. Dans ce cas, j'ai bien volontiers l'esprit de clocher. Mais dans son clocheton, le sonneur de cloches ne doit pas me faire entendre qu'un seul son de cloche à fromages ! Qu'il carillonne dans tous les terroirs ! Je veux une symphonie de sonnailles à m'en emplir les deux oreilles et la panse ! C'est pain bénit !

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Le clou 3/3

Publié le par modimodi

Hello, les têtes de clou, me revoilà avec mes paquets de clous et mes idées fixes d'écrivain ! Vous avez toujours le choix ! Mais choisissez le bon clou.

Oh oui ! Éminents lecteurs, sommités en pointe, n'allez pas jusqu'à la dernière extrémité ! Là où, il ne vous reste plus que deux possibilités : prendre une bonne dérouillée ou choper un bon vieux tétanos !

Quant aux collets montés qui voudraient clouer mes textes au pilori, je les aurais prévenus ! "Tenez bien le cou afin qu'il ne furonculose pas ! Car ce n'est pas le clou du spectacle, avec à l'anthrax distribution de bubons gratuits, que je vous ai réservé ! "

La saga humaine des têtes de clou vous concerne toujours ! Ceux à qui la vie a fait faire tapisserie et qui rêvent encore d'une famille nombreuse se reconnaîtront peut-être dans "les clous semence", effilés, de petites tailles mais capables de rentrer dans les cœurs au bois très dur et de maintenir les tissus qui ont du corps.

Ceux qui s'accrochent à la barre quand l'existence met les voiles au jour le jour, auraient intérêt à avoir une tête de "clou à crochet" pour garantir la tenue et la retenue, quand la vie fait rideau ! Ainsi pratiquent les montagnards qui se retiennent de dévisser, en plantant dans la paroi rocheuse des clous d'alpiniste appelés pitons.

Vous le voyez, il y en a pour tout le monde ! Chacun ses goûts ! Savez-vous planter les clous à la mode, à la mode, savez-vous planter les clous, à la mode de chez vous ?... Cherchez dans la quincaillerie de mes propositions ou dans le catalogue du joyeux bricoleur du dimanche ! Les compagnons de la poche percée comme les nez et oreilles percées de par le monde trouveront, à coup sûr, leur bonheur.

Le clou est partout ! Mon texte, amis lecteurs, en est truffé et mon style est acéré. Je les dépose un à un sur votre route comme une herse aux clous hérissés pour ralentir volontairement votre lecture. Je veux ainsi vous contraindre à traverser dans les clous de mes passages cloutés... mais en toute sécurité ! Pas de pleurs, j'écris à la pointe sèche ! Pas de bobos ni de vains cris !

Inutile de me clouer sur la croix de vos détestations, j'ai cloué mes idées sur la page de l'émotion. Alors ne me réservez pas la giroflée ni les cinq clous de girofle de votre douce main, vous me cloueriez au sol !

Bien sûr, ceux qui ne pensent qu'à critiquer systématiquement en disant que tout cela ne vaut pas un clou ou ceux qui ne viennent que picorer en piquant du bec, j'ai pour eux, un moyen de les éloigner. Je vais fixer sur le rebord de mon clavier d'ordinateur une bande plastique avec des pointes pour empêcher tous ces pigeons de se poser. Je n'aurais plus besoin de leur jeter de la graine pour mieux ensuite leur clouer le bec.

Moi, je me présente plutôt à vous, en travailleur de force au cerveau percutant comme un marteau piqueur dans des blocs d'idées brutes et hérissantes. Je suis un fakir posé comme un sâdhu, un dur de la clouure. Sur mon texte à clous, prenez-moi au pied de la lettre.

Si j'étais maigre comme un clou, je pourrais vous clouer sur place mais comme mon style est gras comme un cent de clous, je fais plutôt ma ballerine empotée et des pointes devant vous ! Je m'enfonce dans le plancher des mots. Voyez ! Quand je m'extirpe, mes figures cloutées ont les pieds tordus.

Mais toi, ma douce amie, ma pointe à tracer ma ligne de chance, toi, tu sors du lot ! Je t'ai offert ma tête de clou et je me suis noyé dans le bois de ton cœur. Pas de cris perçants, je suis à présent chevillé à toi ! Mon choix s'est définitivement fixé sur toi. J'ai à loisir, des idées fixes, des fixettes, des chevillettes et des broquettes. Moi, ton métallo à l'esprit frappeur, je t'ai forgé les clous d'assemblage de ta cotte de mailles, je suis ton heaume !

Oh oui ! Je suis soudé à toi. Je suis pénétré de ta douceur, j'ai le cœur qui cogne, perforé des clous de notre passion. D'ailleurs, tu le sais, ce sont eux qui nous retiennent sans jamais nous érafler. Notre crucifixion d'amour n'est pas un sacrifice sanglant mais une radieuse rédemption.

Si j'en pince pour toi, je ne veux pas pour autant être pris en tenaille et m'arracher à toi. Nous sommes chevillés et sertis l'un en l'autre. Pas question de nous éparpiller ni de nous décourager dans la pensée proverbiale : qu'un clou chasse l'autre ! Nous sommes librement enchaînés et assujettis l'un à l'autre. Nous sommes même solidement enfouis en nos mois profonds.

Notre richesse est en nous ! Nous sommes dans nos multiples facettes, deux diamants taillés, couronnés et polis. Nous sommes brillamment précieux l'un pour l'autre. En cas de disette, il nous sera difficile de mettre nos cœurs d'or au clou ! Nous y tenons trop !

Au faîte de notre tendre relation, je dois te le confier. J'ai moi aussi une catégorie qui me correspond. Tu l'as sans doute devinée ! Oui ! Je pense à toi comme un couvreur et tel que tu me vois, planté devant toi, je suis ton vaillant et robuste "clou à tête large".

Je me rive à toi, je me cramponne à toi. Je ne chaume pas. Je garde notre amour en couverture car je veux éviter les tuiles et ne pas te laisser d'ardoises. Tu sais d'ailleurs, comme j'adore être cloué au lit avec toi et combien je raffole de nos pannes d'oreiller.

A mon ciel de lit, tu as clouté les étoiles de la nuit.

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Le clou 2/3

Publié le par modimodi

Pan ! Pan ! Toc ! Toc ! Me revoilà ! Je me repointe !

Vous allez penser que je suis marteau, à taper ainsi comme un sourd sur l'enclume et le clavier. Vous pensez qu'il me manque un clou ou vous me pensez sans doute un peu frappé comme un écrivain en recherche de force de frappe.

N'est-ce pas vous qui déclariez ici et là, sur un ton pointu et avec une pointe d'ironie que j'étais trop occupé à passer mon temps à marteler mes marottes ? N'est-ce pas vous encore qui asséniez vos reproches en énonçant que je bosselais votre esprit pour y enfoncer un texte par trop pointilleux sur les clous ?

Agacé, ne tapotiez-vous pas le bras de votre fauteuil en disant que je vous prenais vraiment le chou et que je vous défrisais avec mes "têtes de clou ?" Certains ont même osé dire que je faisais mauvaise impression avec ces vieux caractères typographiques de hérisson préhistorique ! Vous me piquiez au vif en me traitant de bricoleur du dimanche et de bidouilleur en semaine.

Même si j'ai toujours eu une aversion pour les casques à pointe, j'ai bien sûr une histoire personnelle avec les clous. Mes maîtres d'école ont tambouriné à la porte de mon esprit. Ils ont vainement tenté de remplir ma "tête de clou bombé" et ma cervelle, à grands coups sur la tête. C'est d'ailleurs peut-être cette méthode pénétrante et obsédante qui a inspiré R. Char et P. Boulez quand ils ont composé : "Le Marteau sans maître" !

Les leçons de morale que l'on m'asséna devaient me mettre dans les clous de l'existence et de la société. Mais je peux vous certifier que les coups de règle ne rendent pas conformes à la règle, les petites caboches récalcitrantes ! Moi, je préférais d'ailleurs les courses en biclou dans le parc de Saint-Cloud ou les clowneries de mes congénères plantés devant mes acrobaties.

Quand par bravade, je disais, "je m'en tape !", je me retrouvais au piquet ou au clou. Dans cette pédagogie en pointe, on suspendait alors à ma bonne vieille tête de chou clouté, le bonnet d’âne aux grandes oreilles ! Je donnais le clou au spectacle et passais pour une tête de mule et de clown !

Mais assez parlé de moi, revenons à la typologie édifiante des clous de quincaillerie ! Dans la classification de l'espèce humaine, les rigides sont sûrement le premier prototype à l'image du clou en fer, droit comme un (i) et toujours ferme, quelle que soit sa longueur. S'ils ont le regard bleu acier et un moral bien trempé, ils en précisent alors le genre !

Les discrets au tempérament effacé pourraient plus facilement se reconnaître dans les clous "tête d'homme". Pour des assemblages soignés, la tête peut être escamotée et cachée dans l'ouvrage au moyen d'un chasse-goupille. Peut-être, cela expliquerait-il pourquoi vous recherchez sans fin ma trace et ma présence de tête pensante.

Bien sûr, le progrès a créé une variante : "le clou sans tête" ou "clou à finir" destiné à de fins assemblages et que l'on peut délicatement dissimuler à l'aide d'un chasse-clou ! J'y vois là un possible espoir de progrès pour un écrivain anonyme !

Le modèle "tête d'autruche" pour ceux qui veulent masquer la réalité en se bouchant la vue ou pour ceux qui ont pris un coup dans l'aile, reste encore à inventer. Moi, qui m'entête à creuser des idées, c'est la série des clous "tête de pioche", que j'attends impatiemment.

C'est sûr ! Ceux qui choisissent de bâtir leur vie sur de solides fondations sont armés pour la catégorie des clous à bétons ! Mais attention à leur bonne utilisation ! En cas de coups tordus, ils ne se tordent pas, ils cassent en brisant vos projets ! Ils se jettent, à bras raccourcis sur vous comme des inutiles.

Les ronds de cuir, ceux qui font des ronds de jambe pour la valse des circulaires administratives, ceux qui restent avec leurs yeux caramel, mous comme deux ronds de flan, les terrestres qui ne pensent qu'à changer de décor et les lunaires qui rentrent dans le décor appartiennent sûrement à la série des clous "à tête demi-ronde" !

Ceux qui s'accrochent à vous et veulent vous retenir ont leurs correspondants parmi les "clous cavaliers", en forme de "U à deux pointes", appelés plus justement "crampillons". Nous dirions plutôt crampions en picard ou crampons, surtout s'ils vous harponnent pour vous mettre un fil à la patte. Bref, vous reconnaissez ici, la nombreuse espèce de ceux qui vivent à vos crochets ou qui vous crampent, ayant ainsi rendue célèbre la crampe de l'écrivain aux écrits vains ! J'ai bien l'honneur !

Peut-être même, vous êtes-vous déjà décramponnés, désappointés par cet écrit pointu ou vous êtes-vous accrochés, à grands coups de pistolet à clous ? Est-ce vous que j'aperçois, le bec enfariné, cheveux ébouriffés, comme un oiseau cloué à la porte d'une grange ? Est-ce vous, bouche ouverte, qui vient de s'aplatir comme un rivet sous les coups de boutoir d'un écrivain marteau ?

 

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Le clou 1/3

Publié le par modimodi

Nous avons tous besoin d'être fixés ! Nous voulons savoir ce qui se présente à nous, nous attend et nous pend au nez !

Le sculpteur C. Lalanne a donné à une de ses sculptures le titre de "tête de chou". Moi, je dois être plutôt bête car je rêve de faire tourner chèvre ceux qui lisent ma feuille de chou imprimée.

D'ailleurs, je fais avec elle plus souvent chou blanc que chou-fleur ou chou gras. Certains doivent même penser que je pédale dans la choucroute. Je trouve donc que cette expression artistique pourrait convenir à votre serviteur, pseudonyme : "Modimodi, alias tête de chou" ! Maudits mots dits, alias bêtes comme choux !

Un ami strasbourgeois me faisait remarquer que nous nous attachons à percer, peut-être un peu trop souvent, les secrets de notre réalité la plus immédiate et que nous avons tendance à nous accrocher aux détails, quand bien même, ils ne vaudraient pas un clou... Une idée piquante m'a subitement traversé l'esprit.

Et si, en braves pommes que nous sommes, nous méritions d'être plus drôles et plus originaux que des têtes de chou ! Un peu moins empotés que ces gros choux verts promis à la potée ! Ne trouvez-vous pas que nous pourrions, dans un style plutôt accrocheur, ressembler davantage à de bonnes et belles "têtes de clou" ? D'ailleurs, pourquoi pas des choux cloutés, de passages culinaires, piqués de clous de girofles !... C'est tout nouveau ! Ça vient de sortir !... Ainsi êtes-vous déjà au parfum de la soupe au chou et du vilain bouillon de onze heures !

D'ailleurs, même si nous avons été un jour des petits bouts de chou, de trognons marmots et qu'adultes, nous nous sommes parfois pris le chou en oubliant les fleurs, physiquement, nous apparaissons d'une anatomie beaucoup plus proche des clous que des choux.

Nous sommes, tous dotés de têtes plates ou frisées, parfois élargies du front et posées en équilibre tout en haut de notre corps. Le problème, c'est qu'à l'inverse du clou qui se termine par une forme pointue, nous nous ancrons et nous nous relions à la terre par nos deux pieds plats ! 

Faute d'être une pointe, même dans l'esprit, certains jouent sur l’ambiguïté d'avoir une santé de fer et un moral en acier trempé. Mais ceux qui se prennent pour des flèches ne recueillent souvent que les traits des sarcasmes !

Par atavisme, l'homme est un être incroyablement attachant ! Depuis l'antiquité, il n'a eu de cesse de retenir et d'assembler des feuilles de cuivre ou des morceaux de bois. Comme les tapissiers aujourd'hui, nos ancêtres utilisaient déjà les clous en garniture décorative ou comme au temps de la République romaine, en rituel expiatoire. Planter un clou dans une paroi du Capitole protégeait, paraît-il des calamités. L'espoir est-il identique pour les représentants du peuple qui nous enfoncent le clou à la Chambre des députés ?

Leur reste-t-il un peu de piété naïve comme celle des pèlerins à Lourdes, qui enfoncent encore de nos jours, des clous de cuivre dans des rondins, en martelant leurs prières. Ainsi, espèrent-ils voir leurs intentions de prières et tous leurs vœux exaucés par la puissance mariale et l'intervention divine ! ... Comme il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus, de nombreux croyants se sont plantés ! 

Si l'histoire du clou remonte à des siècles en pointes et quelques broquettes, leur fabrication manuelle se réalisait autrefois en pointeries. Elle est aujourd'hui industrielle et produite en clouteries. Celles-ci en forgent quelques 300 variétés, de quoi avoir le choix pour enfoncer le clou du spectacle ou ensemencer les pavés de la course au bonheur.

En poursuivant l'idée initiale du clou, allégorie de l'être humain, convenons que c'est bien peu, pour caractériser l'infinité du genre humain ! ... Nous voilà bien éloignés de la multitude et de la diversité des 7,7 milliards de personnes, mes petits frères, "têtes de clou", à la pointe de l'humanité.

Sans doute, est-il probable que nous devons être nombreux à correspondre à un même type de clous et à nous rallier à une même catégorie ! L'hypothèse mériterait donc d'être creusée. Forons-nous un peu les méninges ! Ça peut valoir le coup !

Alors, si la saga des têtes de clou vous intrigue ou vous intéresse, ne restez pas plantés là, sur le texte d'un écrivain dernier cri, qui cherche à percer avant de crever ! Exercez-vous donc un peu, en comptant les clous de la porte ! Mais si vous ne voulez pas en ficher un clou, vous avez tout loisir de piquer les clous d'un bon roupillon. En attendant, moi, je m'en tape un ! 

 

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Le sac

Publié le par modimodi

Sur les marchés forains, s'il est un objet facile à trouver, c'est bien le sac décliné de mille façons, en mode utilitaire ou fantaisie. Sacs et pochettes en cuir ou sacs imprimés en toile, nous nous laissons tenter à pleines poignées.

Il emplit notre quotidien et bourre nos armoires. Nous ne pouvons pas nous en passer. Accessoire de mode ou objet multifonctions, cet article utilitaire a pris sa place dans nos vies de bazar.

Il est avec nous, il nous suit partout au point qu'il nous personnifie. Nous avons tous une contenance à ne pas perdre et toujours quelque chose à transporter, à protéger ou à cacher. De notre sac d'écolier, à notre sac à provisions, du sac à mains au sac de voyage, nous emballons sans cesse nos vies !

L'homme lui-même est un sac, un sac d'os, gonflé de ses provisions d'espoirs ! Au comble de son optimisme, il tapote sa cuisse en pensant : " Emballé, c'est pesé ! Cette affaire est in the pocket ! C'est dans le sac !" Il pense l'avoir mise en réserve si l'infortune l'épargne !

Tout lui sourira, s'il n'est pas panier percé ! Dans son cartable, l'enfance lui garde comme une ensacheuse ses trésors, son sac de billes, de bonbons et d'osselets. Dans sa trousse, les crayons de couleur gardent vivace l'arc-en-ciel du bonheur.

Le temps passant, il transportera toujours dans ses pudiques émotions ses sachets légers ou enflés de souvenirs. Sa jeunesse est elle-même, une joyeuse course en sac et son existence un ensachage permanent : des sacs de farine blanche d'innocence, aux sacs de charbon des idées noires.

C'est ainsi, l'individu s'est de tout temps conditionné, confondant son humaine condition avec un sac de conditionnement pour tous ses fardeaux, ses nœuds et ses embrouilles. Il a confectionné lui-même son sac, cousu main.

Regardez-le ! Chiffonné un jour, comme sa mine de papier mâché, malléable encore et déformable suivant ses activités ou ses rencontres. Il compose, il est artificiel, synthétique et rarement naturel. Il affiche la couleur même s'il a tendance à être transparent. Souvent, il n'existe que par sa plastique et cherche à vous emballer ou à vider son sac. Malheur à vous, s'il n'en voit pas le fond !

Si son corps élimine ses toxines, son esprit produit en permanence des denrées périssables, non recyclables. Seul son amour reste propre. Ses idées défraîchies, ses pensées en date de péremption ou ses projets abandonnés finiront dans le grand sac poubelle en plastique avec tous les sacs d'emballage de ses achats utiles ou compulsifs.

Pauvre monde ! N'en jetez plus ! La mer poubelle s'asphyxie, la plaine est pleine de déchets et d'oublis. Le monde est mis à sac ! Fantômes au mauvais vent d'hiver, claquant du bec comme des corbeaux, accrochés aux branches des arbres dénudés. Épouvantails dressés en pleine nature, empaillant l'univers, guenilles de la laideur crucifiant la beauté.

L'homme n'est lui-même qu'un sac, un sac de bonnes intentions et de rêves, parfois sans queue ni tête... Si vous le croyez fourbe, à double fond, gonflé de promesses fallacieuses, fuyez-le ! Si vous l'apercevez, affublé et difforme comme un sac à patates, c'est qu'il a fait en vain, provisions de chimères.

Tantôt d'un caractère de chien comme un sac à puces, tantôt roublard comme un sac à malices, il promène en bandoulière, sa besace pleine d'espoirs. Son baluchon gonflé d'aventures l'emporte parfois sur des chemins droits ou de traverse.

Il faut de tout pour faire un monde ! Celui-là gueule ouverte et avide de tout, remplit grain à grain son sac de blé. Pour lui, la bourse, c'est la vie ! Celui-ci, volatile comme un sac de plâtre cherche à épater son staff et cet autre vide son sac de pommes de discordes et de marrons.

Portant le sac, le silice et la cendre, si le saint homme fait pénitence, le jouisseur, poches sous les yeux, n'est pas forcément un sac à vin même s'il a souvent le matin, la tête dans le sac ! Parfois, il a tant collecté et amassé de litres, qu'on le ramasse sur le trottoir, directement à la rue.

Malheur à ceux qui sont pris, mendiant ou voleur de sac et de corde, la main puisant lestement dans le sac aux écus ou le sac aux jouissances. Ils garderont les poches et leur lit vides ! Leur baise-en-ville, le sac des doux transports a bien trop vite craqué ! L'amour s'est éventré.

Mon frère, mon semblable, vit ainsi ! Qu'il soit ouvert ou renfermé, qu'il soit du trou du cul du monde ou du trou du cul du sac, les Parques tirent les ficelles de la joie ou de la tristesse dans le sac de dés du destin !

Le bébé babille dans son couffin sous le tendre regard de ses fiers parents. La sacoche du facteur porte les lettres d'amour tant attendues. Le soldat parti faire la guerre, la fleur au fusil, ne sait pas s'il reviendra sans accrocs, du front avec son havresac et si la vie lui promet encore le bal dans sa musette. Dans la gibecière de la chasse aux illusions, qui est le faisan ? Qui sera le gibier ? Combien reste-t-il de munitions dans la cartouchière de la vie ?

Y'a du sport permanent dans le barda de l'existence ! Poussé dans ses retranchements, chacun s'adosse au sac de terre de ses mille besoins terrestres. Devant l'adversité, serrant les poings, il punche comme un boxeur dans le sac de la vie ou se la met comme il peut, en sac à dos.

Car après l'abondance des désirs, vient parfois la pénurie des plaisirs. Le cuir se tanne et se craquelle. L'étiquette se décolle du sac, la toile s'élime et les quilles se renversent. L'anse se casse, le sac à mains se vide, il ne vous reste qu'un vieux cabas. Le sac lacrymal se crève et répand ses larmes de regret. Le sac de sable de la poudre aux yeux se déverse lentement mais inexorablement au sablier. L'âge est un saccage des joies de la bonne chère et des délices de la chair.

Oh ! Le malin se vante d'avoir plus d'un tour dans son sac mais, c'est ainsi, qu'il gaspille ses plus belles opportunités. A force de bourrer son sac de papier, il le crève. Pour faire sursauter ses compagnons d'infortune, il le claque, dans un grand bruit sec, Pan ! Il est hilare. Mais c'est lui-même qu'il déchire et disperse, mettant sa fragile vie à sac !

Au négoce de la vie, chacun fait les soldes pour épargner sa bourse aux jours déjà comptés. Du premier au dernier, la vie est emballante et bio dégradable. De saccades en saccades, elle vous emballe le cœur au point de l'affoler. Au battement final, quand la vie ne pourra plus le sacquer, l'homme sait bien qu'un jour, il atteindra le grand cul-de-sac !... Seul, le pense-t-il, bien qu'avec tous, dans le même sac ! Telle est sa destinée, notre destinée !

Oui ! Le temps nous réserve bien au chaud son sac de couchage pour le dernier grand sommeil, dans une interminable nuit blanche et noire... Mais enfin, à la belle étoile !

 

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Le porte-manteau

Publié le par modimodi

Dans le jeu des expressions, les objets ont la force de décrire les attitudes ou les tempéraments humains. Si celui-ci est raide comme un passe-lacets, celui-là pourrait-être accrocheur comme un porte-manteau.

J'avais un ami élancé, hyper contrôlé, solidement campé sur pieds, guindé. Un vrai porte-manteau du style de ceux qu'on trouve dans les halls d'entrée : bêtement en attente, bras levés pour la ola des chapeaux et des manteaux, toujours disponible et se croyant utile... dans le sens de susceptible de servir à quelque chose et de remplir une fonction !

Longtemps, il se porta comme un charme mais sa femme qu'il avait portée aux nues, finit par porter la culotte et lui porter la guigne. Alors, l'existence cessa de lui être favorable, elle lui tailla un costard sur mesure et le malheureux finit sa carrière par une mise au placard.

Quant à l'origine supposée ou exacte du vrai porte-manteau, le mystère demeure ? Un facétieux internaute attribue l'idée créatrice de l'objet à la forme des cornes de mammouth qui éperonnaient, soulevaient et embrochaient nos ancêtres... Plus poétiquement admissible, la belle qui se baignait nue dans l'eau de la claire fontaine avait pu abandonner son vêtement à la branche d'un arbre !... La salle des banquets où ripaillent les quatre-vingts chasseurs a su un jour, convertir les trophées d'andouillers de cerfs pour fusils et cartouchières...

" Ô temps, suspends à ton tour, ton vol ! ", au grand porte-manteau de l'histoire !... Rien n'est absolument certain mais dès 1850, on a trouvé trace d'accrochages des uniformes ecclésiastiques et militaires. En bois, en fer, en plastique, fixes ou pliables, uniformes ou colorés, design et figuratifs, ces objets utilitaires ont suivi les évolutions des mœurs et des voyages. Chaque époque a eu besoin de porte-croix et de porte-étendard pour transporter les foules. Certains, je les comprends ont préféré la discrétion et l'emportement des dentelles et des porte-jarretelles.

Comme les porte-torchères étaient des esclaves nubiens, porteurs de flambeaux chargés d'éclairer les allées et les demeures, le porte-manteau était aussi un officier chargé de porter le manteau du roi, du prince, des notables. Personne ne nous dit si le préposé était un valet en livrée ou une armoire à glace aux épaules de déménageur. Peut-être, était-ce quelque volontaire qui rêvait de se faire la malle ou un repenti dont le destin avait capoté le jour où il avait retourné sa veste. Le bon saint Éloi lui-même portait-il la culotte du roi Dagobert ou vivait-il à ses crochets ?

Dans la fashion religion des défilés, entre deux navets nouveaux et trois patères, les vêtements s'accrochent aux humeurs de la mode. Le ridicule ne tue pas toujours, il fait tordre de rire et cintrer, même le mâle à barre ! Mais le quidam arqué, arrondi, cambré et bombé n'est pas assuré de garder sa forme comme le ferait pour le vêtement, un crochet ou un porte-manteau. La chance lui évitera peut-être d'avoir à porter un lourd fardeau sur ses épaules en lui offrant le léger et grand cadeau de porter le bonheur en son cœur.

Suspendre n'est pas pendouiller, le cintre n'a pas besoin de porte-à-faux. Le bien portant qui veut porter beau ne doit pas avancer bras ballant et ventre à terre. Sa courbe qui le boudine a moins de charme que celles de sa belle. D'ailleurs, il a d'autant plus besoin de support, d'équilibre et de cœur bien accroché, s'il porte déjà pas mal de bouteilles. Car l'âge ne manquera pas de lui porter, assez tôt, l'estocade et ses préjudices en les cassant et les vidant toutes, jusqu'au dernier cadavre.

La vie qui nous porte et que l'on supporte, un jour, nous emporte en nous tirant à bout portant. Au porte-manteau de l'existence, il n'y a pas de vêtement de rechange, rien qu'un justaucorps ou un déshabillé.

Loin d'espérer être porté au pinacle, le poète se noiera, lui aussi dans sa bouteille à l'encre, avant d'avoir pu revêtir la pourpre royale promise au "prince des nuées". Plus il a d'étoffe, plus son manteau risque de prendre des accrocs de style, de se râper sur des rimes rugueuses et de piquer de vers perçants et déchirants, sa poésie mitée ! Au bout de l'horizon noyé de brume évanescente, sur le porte-manteau des songes diaphanes, le destin lui réserve son grand manteau de nuit piquée d'étoiles éternelles.

Homme de passage, moi, je vous appelle au porte-voix. Me voyez-vous attaché comme un "porte-paroles" à mes mots, comme un "porte-feuilles" à mes livres et comme un "porte-plume" à mon habit d'écrivain ?

Mon statut exige de ne pas vous porter sur les nerfs. J'ai le devoir de me mettre à votre portée afin de ne pas porter le chapeau. Nulle envie de devoir aller me faire pendre ailleurs où l'on croise des chats noirs !... Mais par chance, vous êtes mon porte-bonheur !

 

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L'entonnoir 1/2

Publié le par modimodi

La politique a des cycles qu'elle exprime dans des domaines qui frappent l'opinion ! Les mœurs, l'éducation, l'enseignement, la santé sont des thèmes récurrents pour enflammer les esprits et les conversations.

Hier, la question des langues vivantes et mortes comme aujourd'hui, celle du méchant virus est un beau sujet d'expression populaire pour les repas de familles et les empoignades au café du Commerce.

Bien sûr, j'évoque ici ce temps béni, où nous pouvions nous fréquenter, nous réunir, aller et venir librement un peu partout. Une époque sans circulation de la Covid, où bars, brasseries et restaurants étaient encore ouverts.

Avec des statistiques approximatives et des chiffres jamais exacts, les improvisations gouvernementales se transforment en injonctions officielles pour imposer d'incessantes mesures contradictoires. On en perd son latin. Les conseils des ministres exceptionnels, les cellules de crise décrètent au fil du temps, l'urgence sanitaire : confinement, déconfinement, attestations à présenter, achats essentiels, mais pas tous en même temps !

Plus de bisous, plus d'apéros avec les potes ! Attention ! Pauvre peuple latin, tu te contamines au forum, aux terrasses des tavernes quand tu bois, parles et te réjouis, surtout après 21 h, alors on te ferme les restaurants, les bars et les boutiques ! Les rassemblements sont interdits... "Et ça continue, encore et encore, c'est que le début, d'accord, d'accord ?"

Ici ou là, vous faites triste mine, vous faites même la gueule, mais ça se voit à peine. Vous avez le masque, ça tombe bien. On vous a obligés à le mettre après vous avoir dit qu'il était inutile... Faut dire qu'on les avait brûlés, le stock était insuffisant ! L'imprévision était nationale mais le désespoir et l'espoir étaient assénés chaque soir dans le jugement de Salomon.

Au fur et à mesure que l'épidémie progresse, les hôpitaux sont saturés. Vous n'avez plus le choix. Suivez les recommandations, vous êtes observés, en vigilance renforcée, ce matin, animés et ce soir, réanimés.

Impossible de prendre la tangente, les interdits à géométrie variable sont quotidiens comme les déplacements officiels des clowns à roulettes. Il faut sans cesse se méfier de l'autre, se compter, regarder la couleur de son département, mesurer les distances, jauger ou regarder sa montre.

Le sport n'est plus possible en salle. Y'a plus que les politiciens qui surfent sur les vagues successives de la pandémie, sa reprise et ses pics de l'épidémie. Vous ne pouvez même plus aller où bon vous semble et changer de région. Si vous n'êtes pas d'accord, on vous envoie promener mais vous n'irez pas vous faire voir chez les Grecs ni aboyer en latin avec les oies du Capitole ! Dans l'arène  du grand cirque pandémique, le citoyen gladiateur doit affronter la Covid avec un moral de vainqueur : Vincere Covidam aut mori !

Tout le monde en perd son latin, sauf pour le mot virus, repris dans tous les médias et sur toutes les lèvres. Chacun parle de ce poison, de cette infection comme d'un venin contagieux et toxique. Cet ennemi invisible et actif court les rues, accélère et feinte pour offrir des variants de tous pays. "Ah mortel !" est l'expression à la mode qui vous donne l'impression d'être dans l'actualité. "Ave Caesar, morituri te salutant !"

Les Diafoirus du gouvernement, les docteurs en pandémie veulent vous mettre au régime sec et apaiser vos craintes en vous faisant perdre votre latin... Jean-Pierre, Georges, Bernard, mes chers condisciples, souvenez-vous ! Certains autrefois avaient même prévu de l'interdire ! C'était la marotte officielle d'un gouvernement qui ne faisait que décliner : rosa, rosa, rosam... !

A l'époque, le ministère voulait chasser son apprentissage de nos chères humanités ! Oh oui ! Je me rappelle, notre moral buvait la tasse ! Hélas ! Compagnons de tablées et de pupitres, il ne nous restait plus alors, que les souvenirs des paillardes pour pratiquer à grands coups de langue vivante, notre chère langue morte et à grand coups de langue sèche et râpeuse le temps des beuveries estudiantines !

Heureuse époque où nous pratiquions un latin, jusqu'à plus soif. Amis lecteurs, vous connaissez sûrement le : "De profondis, morpionibus" ou cette autre chanson à boire intitulée : "De frontibus" où, après avoir levé son verre sans le renverser, le gai compagnon de libation est appelé à le porter : "au frontibus, au nasibus, au mentibus, au ventribus, au sexibus...", avant que toute l'assemblée entonne l'entraînant et populaire refrain : "Et glou et glou et glou... Il est des nôtres, il a bu son verre comme les autres ! C'est un ivrogne, ça se voit rien qu'à sa trogne."

C'est ainsi que l'intronisation du récipiendaire au divin nectar était actée et Bacchus ressuscité, chaque jour de la St Vincent ! C'est ainsi que nous retenions le mieux ce cher latin. Mais c'est ainsi aussi qu'en fin de fête, le taste-vin de la confrérie des chevaliers était parfois lourdement chargé ! Dans les vignes du Seigneur, après dégustation des cuvées, quatre-vingts chasseurs venaient se joindre à la chorale et les chants séraphiques faisaient alors place aux borborygmes tonitruants, aux gueulantes avinées des chants bachiques !

Cette chanson latine et imagée aurait pu s'appeler "la chanson de l'Entonnoir". En effet, elle reproduit le bruit d'un liquide s'échappant d'une bouteille et descendant dans la gorge de la personne qui boit. Car le cône évasé qui pénètre dans le goulot d'un flacon et déverse son liquide fait un bruit similaire et saccadé à celui ingurgité par un gosier.

Des éviers qui se débouchent quand on enlève brutalement la bonde, des trop-pleins qui débordent ont les sons de l'onomatopée des déglutitions de ceux qui coincent la bulle d'air. Symphonie glougloutante du transvasement et du passage du vide au plein ! Les collets montés qui se poussent du col et les soiffards qui n'ont pas le goulot d'étranglement mais plutôt la dalle en pente donnent encore plus d'élan à la descente et plus de force au concert !

Fils spirituel et spiritueux de Rabelais, j'ai à mon tour plaisir à célébrer l'entonnoir : "Chantons, buvons, un motet entonnons. - Où est mon entonnoir ? - Quoi ! Je ne bois que par procuration !"

Ma famille généalogique, plus spiritueuse que spirituelle, s'origine sûrement de la descendance de Grandgousier, mari de Gargamelle et père de Gargantua. Moi, le brave latiniste, j'ai même pris le pseudonyme de Frère Jean-Michel des Entommeures ! : "Seigneur Dieu, da mihi potum ! ... Jamais homme noble ne hait le bon vin, c'est un apophtegme monacal."

Bien sûr, mis à part quelques-uns aujourd'hui, qui ont le gosier sec, premier symptôme de la Covid,  je n'ai nul besoin de me battre pour convaincre mes condisciples au bec verseur qui ont comme moi l'esprit de chapelles. Nos mémoires d'outre-tombe sont celles des caveaux ! Vive les carafons, les tonneaux et les entonnoirs !

Ne manquez pas la suite de ce texte, à déguster dès demain, jusqu'à la dernière goutte !

 

 

 

 

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