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Tristounet

Publié le par modimodi

Pas besoin d'avoir un ciel gris,

Des nuages bas, de la pluie

Pour lui donner mélancolie

Et le faire mourir d'ennui !

 

De chez lui, le bonheur a fui.

Demain sera comme aujourd'hui,

Un jour de deuil, un jour de suie.

Le ciel a son bonnet de nuit.

 

« Changez bien vite de trottoir,

Fuyez ce Monsieur idées noires,

Sa grise mine de brouillard,

Si vous voulez garder l'espoir ! »

 

Il suffit de croiser son r'gard,

Pour vous refiler le cafard.

Vous pouvez sortir vos mouchoirs

Et vous mettre à broyer du noir !

 

D'une tristesse sidérale,

Dans une déprime abyssale

Et des soupirs de pierr' tombale,

Il va vous briser le moral.

 

Avec un entrain sépulcral,

Vous vous jetterez au canal.

Ne lui faites pas donner la soupe,

Il démoraliserait la troupe !

 

Sa p'tite bouille tristounette

Sonn' déjà l'heure de la défaite !

Ne l'invitez pas à la fête

Il vous jouera les trouble-fête !

 

Il a bien la gueul' de l'emploi,

Celle du roi des rabat-joie,

Des rembrunis et des pisse-froid.

Des pleins pots d'colle, de glu, de poix !

 

Rejetez-le ! Quand il s'amène

Avec son stress et sa migraine,

C'n’est pas distribution d'étrennes,

Il vous apporte son âme en peine.

 

Et ne soyez pas trop ému,

Ne devenez pas triste, abattu,

Compatissant et morfondu

Par son p'tit air de chien battu.

 

Tête rentrée comme une tortue,

Ne lui demandez pas : Qu’as-tu ?

N'étant jamais sûr du lend'main,

Il s’prendra la tête à deux mains.

Pour donner ses d'vises en refrain :

 

« Chaque jour est un jour crachin !

Du pain, du vin et t'auras faim !

Araignée du matin, chagrin !

Y'a pas de pomme sans pépins !

Quand ça cloche, c'est pour le tocsin

Et le glas du vendredi saint ! »

 

Tristounet ne fait qu’dans le mélo !

Des gémissements et des sanglots,

Une élégie, un lamento !

Il va, il vient mais le cœur gros,

Plus abattu que les impôts.

Du chagrin, gratis pro deo !

 

De partout, il est accablé,

Ses maigres espoirs sont ruinés,

Sa joie est au mont de piété.

Depuis qu'il est un nouveau-né

A chacun, il s'est présenté

En enfant d'Marie éploré.

Génération désenchantée !

 

Quand il vous dit qu'il est tout gai

C'est d'un air piteux et navré !

Son rire est une jérémiade,

Son sourire prend un ton maussade.

Rien n'vaut une bonne prière,

Un ave, un pater noster

Pour supporter cett' vie austère.

 

Oui ! Pour traverser ces ténèbres

Il a appris la march' funèbre !

Chevalier de triste figure,

S'il a du goût pour la peinture,

C'est pour le style en clair-obscur !

Comm' l'avenir est sinistre et terne,

Il a crêpé son cœur en berne.

 

L'amour n'est pas un bouquet d'roses,

Mais une gerb' de mots moroses,

Un don d'épines et d'amaurose !

Il aime pourtant sa p’tite Myriem !

Pour lui déclamer ses je t'aime

Avec sa bell' face de carême,

Pas de roses ni de poèmes,

Il a choisi les chrysanthèmes.

 

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Défaitiste

Publié le par modimodi

L’défaitiste est mal dans ses shoes,

C'est un has been fait pour la loose,

Le bourdon et les coups de blues.

Avec ses deux pieds dans la bouse,

La mouise lui coll' comme une ventouse !

Des prunes, des nèfles, des arbouses

Toujours par treize au lieu de douze.

 

 Du malheur, il a la compil :

« Profites-en, toi qui jubiles !

Regard' la dévein' qui s'profile

T'auras des pannes, t'auras des tuiles,

Tu ne peux te fair' que d'la bile

Car ça ne baign' jamais dans l'huile !

Toi, qui t’regardes le nombril

Tu t'feras prendre au talon d'Achille ! »

 

Inutile de retourner l’disque !

Vous courrez d’identiques risques

De supporter les mêmes suppliques :

Le grand désastre économique,

L’absurdité des politiques,

Avec eux, tout tourne au tragique !

Les résultats sont rachitiques,

Les déficits sont tous chroniques

A déboussoler Copernic !

Le moindre accroc, c'est la panique,

Bérézina, le Titanic !

Tout devient apocalyptique !

 

Plus rien n'tourne sur des roulettes,

Plus rien ne roule, sauf les boulettes

Et les binettes tristounettes ! 

« Elles sont funestes ! Je le regrette !

Mais c'est ta vie que l'on maltraite !

On t'fait tirer la chevillette

Mais c'est toi, la marionnette ! »

 

Lui, il se crève la peau et trime

Mais il restera anonyme

Avec en prime, une belle déprime !

Il n'est pas sérieux, il est triste

Pas motivé mais défaitiste !

« Tous malheureux, tous des lampistes ! »

Il peut vous en dresser la liste 

" A moins d’être rêveur, utopiste

Ou un triomphant j’men-foutiste,

Si t'es pas fleuriste ou touriste

A quoi te sert d'être optimiste ! »

 

Il a l’moral en-bas d’la cave

Si son petit bobo s’aggrave

Il se voit finir en épave

Au milieu des crapauds qui bavent !

De se sentir vieux, avant l'âge

Ça lui retire tout courage !

Pas de sauvetage ! C'est un naufrage !

Y'a plus qu'les épav' qui surnagent !

 

Pour n’pas tirer la queue du diable

Ne bâtis jamais sur le sable,

T’auras un résultat minable !

C'est d'une rigueur implacable.

Il vaut mieux rester à l'étable,

Ruminer, pleurer comme un veau,

Malchanceux com' Caliméro,

Le poussin noir de Mirano !

 

Tout est foutu dans ce pays !

La poul' qui est au pot, pourrit.

Manque de blé et trop de riz,

Ne chantent plus qu'les canaris !

Lui, dépérit et rabougrit.

« C'est sûrement le béribéri,

La maladie, d'la pénurie ! »

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Mea culpa ! Lettres d'excuses

Publié le par modimodi

Excuses en tout genre !

 

Tu le sais toi, mon semblable en humanité, notre belle vie se déroule dans l'affirmation de notre personnalité. C'est la somme de nos propos et de nos faits et gestes qui justifient notre présence au monde. Nous existons par la réalisation de nos beaux actes et de nos bonnes paroles. Les événements les plus divers rythment nos journées et structurent notre temps. Rituels, agendas, travail, relations, échanges, loisirs et repos, amour et amitié composent notre quotidien. Le bonheur est notre quête et notre lot.

Il n'est nul besoin de légitimer nos modes de vie ni de nous défendre, il suffit d'être nous-mêmes. Mais devant l'adversité des situations les plus impromptues, il faut parfois expliquer, s'excuser, argumenter pour se faire pardonner. Il faut toujours s'adapter, en fonction du contexte et de l'interlocuteur. Par oral ou par écrit, en public ou en face à face, par mail ou par lettre, il est nécessaire alors, de fournir des explications plausibles et crédibles.

Voici quelques exemples qui pourront t'aider, le cas échéant. Ils ont une constante : le motif du retard.

Tu es salarié, tu rentres de vacances. C'est ton premier jour de reprise et tu es en retard à ton travail. Quelle qu'en soit la vraie raison, tu peux t'excuser et invoquer le bouchon, dû à un accident sur la route ou sur l'autoroute. Tu peux évoquer l'incident sur la voie ou la ligne du train ou du métro, le débrayage surprise des agents, la panne de bus ou d'automobile...

Dans tous les cas, évite l'emphase et les excès mélodramatiques ! Ne va pas dire :

_"Monsieur le chef de service, vous, qui avez du retard à l'allumage, vous comprendrez aisément ma panne de voiture... Pourtant elle sort du garage, je lui ai fait faire sa révision hier, dès notre retour du Portugal. Comme quoi chef, c'est comme les objectifs, il ne suffit pas de les réviser pour faire démarrer la reprise de l'activité !"

_"Chef, mais comment avez-vous fait pour arriver à l'heure ? Vous n'avez pas été bloqué par l'accident ? Ah oui, c'est vrai ! Vous ne prenez pas cette route-là ! Mais non, j'suis bête ! Vous, vous bénéficiez d'un logement de fonction. Vous ne savez donc pas ce que c'est, la galère des embouteillages et des bouchons ! Vous le matin, vous n'êtes jamais gêné et vous pouvez même être, le premier arrivé. Enfin, comme disait Ulysse à Pénélope : mieux vaut tard que jamais ! Hé oui, Chef !  V'la enfin, votre meilleur élément ! Cachez votre joie !"

Dès la première semaine, évitez la rébellion et la revendication. Ne dites pas d'emblée :

_"Monsieur le directeur, c'est à cause d'une politique ultralibérale comme celle pratiquée dans cette entreprise, que l'infortuné salarié, brutalement licencié, père désespéré de cinq enfants, s'est jeté ce matin, sur les voies, paralysant la ligne du RER B. Vous me permettrez de faire une collecte pour cette malheureuse victime du capitalisme sauvage."

Ne hurlez pas dans le mégaphone :

_"Camarades, rejoignez-moi, à la porte de l'usine ! Les vacances continuent ! Cessez le travail ! Nos camarades syndiqués de la RATP nous montrent l'exemple. Soyons solidaires !  Désormais y'a plus de retard, tant que le patron refusera de nous augmenter. Le seul attardé, c'est lui et ses méthodes !"

Ou encore, au retour des vacances, si tu es invité chez des amis et que tu as deux belles heures de retard ! Abstiens-toi, si c'est pour dire au gré de tes différentes humeurs :

_"Ah ! vous ne m'avez-pas attendu ? Je n’arrête pas de courir, depuis ce matin ! Je ne me suis pas arrêté, une seule seconde depuis qu'on est rentré... Le canari a fait une crise d'asthme et j'ai dû le conduire chez le véto ! Ça m'a décalé toute ma journée. Sur la route, j'en ai profité pour développer les photos de cet été. Je vous les ai amenées ! Et puis, j'dis ça, j'dis rien ! ...Bien sûr que vous serez d'accord avec moi !... Tout le monde ne peut pas être en grandes vacances, toute l'année et retraitée, comme mamie Paulette !... Ah ! Mais je vois, pour finir, je suis même en avance pour le dessert !"

_"Continuez !  Ne vous dérangez pas pour moi ! Je n’avais pas très faim et puis, pas de regrets ! Je n'aime pas le poisson, surtout le rouget, y'a trop d'arêtes ! Et les épinards à la crème ! J't'en parle pas ! Ça me rappelle les repas de cantine !... Ah ! C'est vraiment une mauvaise journée ! Mon horoscope avait bien raison !... Au fait, Martine, je ne t'ai pas apporté de chocolats, ils risquaient de fondre par cette chaleur ! On va avoir une belle arrière-saison !"

_"Oh ! Vous êtes déjà tous là ! Pour la bouffe, comme disait grand-papa, y'a pas de fainéants ! Mais on dirait qu' j'arrive comme un cheveu sur la soupe à la grimace ! Ne vous gênez pas pour moi !  Continuez à vous goinfrer comme de pauvres affamés, à vous bourrer comme des saucissons ! J'peux bien vous comprendre, car moi aussi, je suis comme vous, à la bourre ! Pour mieux vous remplir, vous allez rire, j'ai même des excuses bidon !... D'ailleurs, ne vous mettez pas en retard pour moi !... Et puis, ne répondez pas tous en même temps, c'est pas poli de parler la bouche pleine !"

_"C'était bien pour aujourd'hui, l'invitation ? J'ai eu un doute ! Je m'suis dit, n'y va pas trop tôt, ça fait mort de faim ! ...Ah ! Y'a plus de poulet, Jeanine, c'est pas grave, je n'en suis pas privé. J'en avais déjà mangé ce midi et dimanche également, un Bresse aux morilles, chez ma mère ! Elle le fait divinement bien ! Et j'te parle pas non plus de cet été, en Espagne et de la paella géante, une tuerie ! Je me réserve pour la salade, c'est le plat de roi des escargots qui vont comme moi, toujours au plus vite ! T'en as fait, j'espère ?"

Après ces conseils, si tu gaffes encore, tu es inexcusable !

 

 

Lettre à mon percepteur :

 

L'existence se déroule en affirmation de soi ou en excuses. Il y a toujours une bonne raison pour exprimer sa personnalité sous la forme péremptoire, du : "moi, je dis, je pense, vous assure et certifie que..." ou mille autres occasions d'exprimer un regret ou une maladresse, par un banal et vite expédié : "je m'excuse !"

La forme est plus ou moins habile et sincère. Ainsi, pouvez-vous, comme moi, exprimer à votre cher, toujours trop cher percepteur, les raisons de votre retard de déclaration d'impôt :

« Monsieur, je vous adresse ma déclaration avec près d'un mois de délai. Je me suis trompé de date. Je pensais être dans les temps et même, j'avais escompté me trouver en avance !

En effet, vous constaterez que je vous l'envoie le 15 juin, pour, dans ma tête, répondre à l'échéance du 20. A l'aise donc, m'étais-je exclamé ! Ô comble de malchance, je m'étais trompé de mois ! Pourtant, je m'impose ainsi, à la base et en toutes occasions, toujours quelques jours de latitude !...

Comme je suis ignorant du traitement que vous me réservez, je n'en mène pas large ! Vous verriez, Monsieur, mon sale air, vous n'en reviendriez pas comme je n'en suis, moi-même pas revenu ! Depuis, pour une fourchette de quelques jours, je ne suis plus dans mon assiette ! J'ai le moral qui boit la tasse !  Je me taxe même d'attardé !

Mais en pareille circonstance, ne pourriez-vous dire, mieux vaut tard que jamais et avoir raison de m'accorder généreusement un sursis ? Après tant d'années d'exactitude et souvent d'anticipation durant lesquelles, je devançai les appels de paiements des tiers provisionnels, n'ai-je pas en acomptes, gagné votre patiente compréhension ? En retour, ne serai-je pas payé de gratitude plutôt que de devoir payer les frais, d'un si léger oubli. Ne m'expédiez pas, sur le champ !

Rendez-vous compte, Monsieur ! J'ai toujours tout déclaré sans rien omettre et payé rubis sur l'ongle. Je n'ai jamais contesté les montants, demandé des comptes ni réclamé la moindre faveur ! Aujourd'hui, mon compte est bon pour un mauvais compte à rebours ! Sur qui puis-je compter, à présent ?

Dites, Monsieur le percepteur, si les bons comptes font les bons amis, ne pourriez-vous être un ami qui me veut du bien ? Ne pourriez-vous pas tenir compte de cette exemplarité et la faire rentrer en ligne de compte ? Enfin, si erreur n'est pas compte, ne puis-je être rassuré à bon compte ?

Je pensais être infaillible et irréprochable ! Mais vous en conviendrez, comme c'est la première fois, qu'une telle mésaventure se produit en 24 ans de contributions, j'espère bien recueillir votre indulgence plénière ! Vous pourriez m'accorder cette facilité en un souverain délai de grâce !

J'ai toujours été un bon petit soldat, discipliné, dès qu'on criait : "à vos rangs, fisc !" J'ai toujours répondu présent et largement payé de ma personne sur le front de la fiscalité !

D'ailleurs, je suis un bon citoyen qui aime son pays. Cette déclaration peut donc être considérée comme une déclaration d'amour. Et vous reconnaîtrez aisément qu'en amour, il n'y a pas de taxation, car il n'y a pas de date limite, pour déclarer sa flamme. Seule la vieillesse est un décale-âge qui peut provoquer des retards à l'allumage !

Bien sûr, Monsieur, si vous estimez que l'amour commence en faisant des avances, alors me trouverez-vous anachronique et retardé, ayant perdu un temps précieux ! Mais je garde peut-être une chance dilatoire ! Si un jour, malheureusement, vous-même, vous avez vu aussi repousser vos avances !

Serez-vous sensible à la similitude de nos situations si vous avez échoué malgré vos meilleures intentions ? Vous en conviendrez, certes amèrement ! Mais quelle immense déception de voir ruinés, d'un coup, ses honnêtes et intimes espoirs !  Quelle injustice que votre sort, alors que vous déclariez ce jour-là, en public, à l'élue de votre cœur, qu'elle était votre trésor ! Notre déconvenue est la même ! L'innocence la plus sincère n'est pas récompensée ! 

Cette sommation sans frais du mauvais destin, servira-t-elle d'exemple, pour moi espérer bénéficier de votre aimable compréhension ?

Bien sûr, déjà pressuré en vain et écrasé, je sais que je ne fais pas le poids, devant l'Etat, qui ne prône pas le régime d'allègements ! Puisque vous en avez seul le pouvoir, ne m'imposez pas, je vous prie, la rigueur extrême du calendrier. Évitez-moi la double peine, les impôts et l'imposition du terme. Je sais bien que je n'ai pas le choix dans la date et, que j'avance ou que je recule, ce n'est pas un bon calcul, dans tous les cas, je l'ai dans...l'os !

Mais quelle déchéance pour une simple échéance ! Voyez, je fais amende honorable alors, n'ayez pas la dent dure contre moi et ne me mettez pas à l'amende ! Je broie du noir, je mâche ma déception, je suis rongé par les regrets, ne me laissez pas sur les dents ! Ne me plombez pas, ce serait vraiment payer trop cher !

Monsieur le percepteur, ne me condamnez-pas comme un Saint-Just de la Haute Cour des Finances. Après toutes ces régularités d'acquittement de bon et loyal contribuable, j'ai mérité enfin, d'être acquitté. Cela fait tant d'années que je crache au bassinet, qu'il est inutile de me faire rendre gorge.

Vous savez comment l'Etat fait tomber le couperet, toujours plus affûté de la guillotine et combien il me saigne, prélèvements par prélèvements. Ce serait pour le coup, en plus, avoir la cruauté de vous payer ma tête ! Jusque-là, j'ai tenu le cou, ne me débitez pas en tranches ! J'ai droit comme tout citoyen aux réductions, mais pitié, pas à celle-là !

Je compte donc, Monsieur, sur votre cœur, sensible à mes excuses. J'espère avoir crédit auprès de vous et obtenir, sans délai, votre pardon. Je demande simplement à bénéficier de votre mansuétude, patente ! Alors là, je vous promets que je vous en serai toujours redevable, en temps et en heure !

 

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Lettre en clin d’œil aux François !

Publié le par modimodi

Le premier !

Brave Français et bon François comme on disait autrefois, je confie au Père Noël qui connaît le père François, le soin de te diffuser ma lettre ! A tous les coups, tu la recevras à Pâques ou à la Trinité !

Quel destin mes aïeux ! Oui ! Chers compatriotes, François de ce pays, soyons fiers et confiants, nous avons un avenir assuré ! L'Histoire elle-même est rassurante ! Oui ! Nous portons un nom identitaire et un prénom célèbre ! Feuilletons ensemble, sourire aux lèvres, le livre de souvenirs et d'images de la petite et de la grande Histoire de ceux qui nous ont précédés ou qui influencent aujourd'hui encore nos existences !

Oui, comme François, comte d'Angoulême et duc de Valois, vous pouvez vous aussi, vous prendre pour le Roi et même jouer les jeunes premiers, promis à la Renaissance ! Mais si vous n'êtes pas Soleil, vous devez briller et rayonner par vos humanités et votre humanisme mais ne pas être clinquants ! Soyez artistes, créatifs et cultivés !

Ne confondez pas Marignane et Marignan ! 1515 n'est pas un code, un carré magique, une référence de jantes alu de 15 pouces, une section de tuyau 15/15 ! Ne soyez pas les roturiers de la quincaille en ferblanterie ! Just married avec la médiocre pacotille en réclame qui tintamarre aux oreilles du bon peuple !

Ne vous laissez pas plomber davantage vos ailes de pigeon : "Les 15 Kilos perdus en 15 jours pour 15 euros ! Les 15 jeux, les plus stupides pour QI de 150 : si 15 minutes font un quart d'heure, combien de minutes et de quarts à 15h15 ? Répondez en quinze secondes !" Laissez le cliquetis de la chance et les boniments aux ferrailleurs du clinquant avenir assuré. Passez votre chemin devant ceux qui croient dur comme fer que tout ce qui brille vaut de l'or ou que le fer à cheval porte bonheur aux chevaux de bois !

Soyez fer de lance mais n'ouvrez pas davantage la plaie, comme ceux qui nous surinent quotidiennement les trompes de leur eustache et de leurs babioles de bas arts ! Portez plutôt dans l'inspiration de la plume ou dans la force du ciseau plutôt que dans les armes, la magnificence des arts et des lettres ! Faites-les resplendir comme des écus d'or au soleil.

Aimez les livres, soyez un royal lecteur ! Soutenez la création, écrivez si vous pouvez d'élégants badinages comme Clément Marot ! N'attendez pas que "le beau printemps et l'été fassent le saut par la fenêtre !" Inspirez-vous des idées, des maîtres de la Renaissance, de leurs trésors et du génie de Léonard de Vinci !

Aimez la vie, les joutes, le spirituel et les spiritueux vins de Loire du Clos Lucé. Vénérez la beauté dont chaque femme est une œuvre qui vous enveloppe dans ses courbes aux gracieuses arabesques, qui vous enivre de ses voluptueux parfums du désir ! Soyez peintre, sculpteur, alchimiste par amour.

Toutefois, gardez raison car : "Souvent femme varie, bien fol est qui s'y fie !" Du Camp du Drap d'Or à la Paix des Dames, il n'y a pas que de tendres guerres ! Venez, si vous le pouvez, goûter à la paix de Nice !

Soyez audacieux mais tout n'est pas à conquérir ! Les cœurs des belles sont des terres d'aventures lointaines qui se refusent souvent à vos aspirations les plus secrètes même pour tout l'or du nouveau monde ! Enflammez-vous pour les projets mais imposez-vous une ambition maîtrisée. Crachez le feu de la salamandre et vivez si vous pouvez la vie de châteaux ! Que l'amour y mène le bal, si "tel est votre bon plaisir !"

 

Le pape !

Braves Français et bons François, compatriotes de mon pays ! J'espère que vous avez bien reçu ma lettre au premier royal François et que vous recevrez cette deuxième missive ! Je sais que je risque l'excommunication de par cet écrit pas très catholique, tout encombré de salades pas très romaines !

Doux Jésus ! Chers concitoyens, je vous sais l'esprit fidèle et subversif, tout à la fois attachés aux principes républicains et laïques et au dogme de la Trinité qui n'est pas toujours, quand vous croisez les mains, Liberté, Egalité, Fraternité !

Si vous ne voulez pas être plus royalistes que le roi, alors, soyez fiers comme un pape peut l'être ! Comme notre pape peut l'être, Franciscus primus, en latin, of corse ! N'est-il pas le premier pape à avoir pris le nom de François en hommage à la vie de saint François d'Assise pour l'exemple de son dénuement et de ses actions en faveur de la paix ! Curieux destin pour ce jésuite, cardinal argentin du pays du tango, devenu un autre François, Ier de la grande Histoire du monde catholique. Pape en mules pour ses émules !

Mais il ne suffit pas pour Vous de papoter avec la chrétienté, il faut prêcher, par l'exemple, la bonne parole aux quatre coins cardinaux. Cher Souverain pontife, Urbi et Orbi, faites œuvre de bonne chaire et incarnez en chair et en os, le désir charnel et spirituel. Pas de frayeur pudibonde comme chez certains de vos chanoines, prédicateurs en chaire et gras missi dominici. Car ces bien en chair qui s'adonnent à la bonne chère se mettent, la bouche pleine et lippue, à décrier la petite et délicieuse chair fraîche et rose !

Ne coincez pas la bulle, ô mon bon François ! Personne ne va vous chercher des crosses ni des poux dans la tiare, sauf si vous vous entêtez à parler de l'amour du prochain en ne le réservant qu'à la prochaine ! Ceux qui ont l'esprit de chapelle ne sont pas toujours des enfants de chœur ! Le plain-chant d'amour a cappella est parfois profane. La rose au cœur de la rosace se découvre toujours sous la dentelle, mais elle n'est pas toujours de pierre, ô grand Saint Pierre !

Par notre Sainte mère l'Eglise, ce n'est pas toujours la loi du genre de prendre de sacrées positions sur les choses de la vie !... N'est-ce pas péché d'orgueil que de se croire en plus infaillible, quand on est paraît-il interdit d'expérimentation !

Ô vous, le successeur de Pierre, vous qui devez rester ferme sur vos positions, je vous admire de tant d'abstinence et de maîtrise mortificatrice sur l'aiguillon de la chair... Votre paradis terrestre est sans doute pavé de toutes vos bonnes intentions de prières pour ne pas tomber dans le péché et succomber à la tentation de la chair. Comment en faisant chair avec votre Eglise, célébrer avec tant de ferveur la résurrection de la chair et prêcher le dénuement, en pensant davantage à St François qu'à Ste Françoise ?

Ô pasteur suprême, porter la soutane blanche exige de vous de veiller sur les ouailles mais également de vous abstenir de parler du sexe des anges aux petites oies blanches, en confesse comme en messe basse ! "Vade retro me, Satana" avec tes frissons de chair de poule !

Elles ne sont pourtant pas toutes nées de la dernière pluie céleste ! Mais j'avoue que se référer au secret de l'Immaculée Conception pour leur faire la grande croisade de la contraception, c'est tout de même faire preuve d'un saint et subtil esprit pénétrant ! Une belle histoire à l'eau de rose et à l'eau bénite pour un simple Ave Maria et trois Pater !

Rien que d'y penser, je suppose qu'il y a des jours où il vous est bien difficile de rester sérieux comme un pape ! Alors que vous connaissez forcément la position du missionnaire et la sulfureuse réputation du couvent St François où l'on rentre à deux pour en sortir à trois !

Ô facétieux Saint Esprit ! N'avait-il pas aussi l'esprit de corps quand il inspirait les apôtres Marc et Mathieu d'un évangélique message : "l'esprit est vif et la chair est faible !" ? Nous rêvions tous d'un nouveau test-amant et nous voilà à jamais pauvres d'esprit et grands pêcheurs, convaincus que les petits anges joufflus ne sont jamais fessus ! Exception faite de la baie des anges à Nice ! Tous nice, very nice !

Comme la plume au vent, "la donna è mobile", vous avez, ô pape François, votre petite papa-mobile et si vous pouviez, je suis sûr que vous chanteriez aux bons chrétiens, l'air du duc de Mantoue. Car si "le roi s'amuse" alors, pourquoi pas le pape sur les vers de Victor Hugo empruntés à un autre François, François premier, le tout premier !

Voilà, ô bon Saint Père, la grâce est avec vous car grâce à vous, la boucle est bouclée et l'enveloppe de mes missives est fermée ! Vous pouvez chanter en grégorien avec le chœur des vierges : "La femme est changeante/ Telle une plume au vent !"

 

Le dernier héros connu !

Sais-tu, toi qu'on honore comme le dernier des z'héros connus que tu as eu de la chance de présider au destin de notre beau pays ! Toi, François, le premier des Français, le premier des François comme on disait autrefois ! En ce premier septembre, jour de rentrée pour quelques millions de laborieux, je t'envoie une lettre ouverte qu'il n'était point besoin de cacheter ! Il suffit à notre histoire ce souvenir des lettres de cachet royal d'emprisonnement ou d'exil !

Aujourd'hui, pour échapper à tes lettres frappées d'impôts, certains choisissent leur propre exil fiscal. Ils ne veulent en rien t'être redevables ! Il faut dire que pour l'écriture des douloureuses, tu t'y connais en charges et surcharges et que tu peux même te taxer d'un talent foncièrement imposant. Plus d'un bon François, en défaut de perception, n'en est pas encore revenu !

Ô grand François, tes lettres de recommandations, comme autant d'exemples à suivre, ne manquent pourtant pas ! Saint François d'Assise a su donner ses lettres de noblesse au nom de Francesco. Après une vie de plaisirs faciles, sa conversion l'a poussé vers les pauvres. Au service des plus démunis, il épouse Dame pauvreté et fait don de tous ses biens ! Un bel exemple social pour une fraternité socialiste, avant l'heure !

A part les griffures de ta rose au poing qui te servent de stigmates politiques, te voilà loin de la pauvreté matérielle, de l'abnégation et de l'ascétisme ! C'est nous qui en avons gros sur la patate de l'indigence des résultats... Minces alors d'un tel régime ! Un mardi gras pour six jours maigres, c'est carême et carnaval ! En gros, seules tes promesses de nous décrocher la lune fondent vraiment comme cire au soleil. Toi, tu te développes et t'épanouis, pléthorique d'engagements mais sitôt démentis. Tu es sûrement meilleur en serments d'amour qu'en serments de fidélité... économiques bien sûr !

Tes écrits, lois et règles, chartes, manifestes et pactes n'ont pas le souffle inspiré du "Cantique des Créatures". Tes syntagmes anaphoriques : "Moi, président" n'ont pas la grâce ni la lumière du "Cantique de Frère Soleil". Ils convoqueraient plutôt à la manière de Charles Van Lerberghe : "ma sœur, la pluie" !

Ton projet écologique lui-même n'est qu'un hymne incantatoire à la Nature, pas une vraie volonté énergique pour la protéger ! Seuls tes discours de tribune s'apparentent à des sermons mais tes fidèles croient de moins en moins aux miracles financiers ! Toi, tu multiplies tes apparitions en majesté. Tu as ta référence à Dieu le père ! Ainsi, préfères-tu entre deux coups de Jarnac poursuivre le rêve social, le mythe errant d'un autre François.

Plutôt que de nous jouer du violon, François Couperin aurait pu t'inspirer des compositions musicales plus élevées pour tes grands messes populaires ou tes récitals au ras des pâquerettes ! Par contre, François Mauriac t'a peut-être préparé au désert ! Du désert spirituel au désert politique, il n'y a souvent que quelques voix d'écart qui ne sont pas du tout célestes ! 

Bien sûr, que tu es normal, mon cher François mais tout de même l'histoire de France et la musique italienne ont peut-être présidé à ton destin national. Connais-tu : "Le roi s'amuse" ? Victor Hugo parle de François 1er, de la cour de France, pas du président, bien sûr !

Mais quel destin et quel beau rôle que celui de Rigoletto, le bouffon bossu, fou sublime et romantique de l’opéra de Verdi ! Après les illustres références royales et papales que porte ton prénom, il ne te manquait peut-être plus que le patronage du bossu françois, Nicolas Triboulet qui clamait que le roi, François 1er était son cousin !

Toi, tu aimes tant le calembour et le bon mot que tu aurais pu dire, comme lui, plein d'esprit au roi qui lui avait accordé le privilège de choisir sa manière de mourir ! "Bon sire, par sainte Nitouche et saint Pansard, patrons de la folie, je demande à mourir de vieillesse." De mandature en mandature, ainsi vont les espoirs portés par la gouvernance de notre beau pays, demeurer et persister ! 

La politique est peut-être, un livret d'opéra. Dès le prélude, Rigoletto nous offre un premier thème menaçant et nous livre un drame aux multiples tensions sociales. Il nous emporte dans les intrigues de la passion où la trahison et la vengeance font merveille !

"Maledizione" ! Rien ne manque au drame de la cour de Mantoue, au point qu'on le croirait hexagonal, national, franchouillard et déjà digne de Closer : la condition féminine y est subalterne. La vie du grand Duc échappant aux courtisans comploteurs aurait presque pu se jouer en deux allers-retours... de scooter ! Le vieux Monterone avait raison ! Le duc infidèle fait grand honneur à l'inconstance des femmes ! A "la donna è mobilé" répond le couac de la cantatrice : "Merci pour ce moment" ! Oui, elle peut alors chanter, la reine du moment, la répudiée sur l'instant !

François ! Je te le dis au pied de la lettre, quelle chance tu as d'avoir de si bons François pour citoyens et compatriotes ! En effet, quelle politique alléchante et quel menu as-tu à leur proposer entre les bonnes poires d'électeurs et le fromage de Hollande !... Je ne le sais que trop! Queues et croûtes garanties et service compris ! Pendant que nous affinons, toi, en champion de l'ortografe, tu te réserves l'édam !

Ton lignage nous permet pourtant tous de croire et espérer encore ! Formons des vœux ! Avec François Premier pour une nouvelle période de Renaissance de la France, avec le pape François un second vœu pieux, en la miséricorde miraculeuse d'une politique efficace pour ton bon peuple ! Alors, courage François, mimolette 1er, cette lettre ne peut rester lettre morte ! Nous te disons, pleins de bons sentiments français, les cinq lettres de la chance ! Tu nous y as mis dedans ! 

 

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Ecologie du langage

Publié le par modimodi

Eco-buzz

 

Si Raymond Devos et Pierre Dac nous ont amusés avec l'expression : "parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler", et "s'il vaut mieux la fermer avant de l'ouvrir", des questions restent à régler ! A qui parle-t-on et de quoi, et pourquoi ?

Il est des professions, pour informer, défendre et convaincre ! Ce sont celles de journalistes de la presse radiophonique ou télévisée, d'éditorialistes, de chroniqueurs, d'animateurs qui en ont fait un métier en vogue ! Car aujourd'hui, plus les mots sont vagues, plus ils sont en vogue.

Voguent donc les galères de tous ces mots prisonniers des buzzs de l'audimat. Ils font chemin dans l'opinion et imbibent les auditeurs et téléspectateurs, avachis dans leur fauteuil ! Les dictionnaires s'enrichissent chaque année de tous ces néologismes venus de la rue ou de la presse ! Si la littérature est un vert pâturage pour lecteurs ruminant, qui aurait cru que les lexiques seraient ainsi engraissés et que l'agriculture serait aussi forcée et polluée !

Désormais, le vacher cherche "l'amour dans le pré" aux nitrates, en organisant un speed dating de prétendantes !... Sur l'écran TV LED Full HD, grand jeu de retoquage de bucoliques névrosées, envoyées sur les roses artificielles des amours défraîchies, grande rumination amoureuse de bergères refoulées, envoyées paître à la campagne et transhumer dans les alpages, grande pastourelle bêlante de bergers hystériques comptant sur leur bâton pour donner envie de souffler dans le flageolet !

Eco-buzz permanent ! L'océan est souillé ! Voguent donc les mises en bouteilles journalistiques de l'onde amère aux algues vertes à l'empire des ondes hydrocarburées ! 

Les nouveaux vocables se pressent à la une des quotidiens ou se lancent à la hune des mâts télévisuels. Esquifs surfant sur les vagues du direct et de l'audience, coquilles de noix vides souvent de sens mais pleines de nouvelles expressions ! Ils fluent et refluent sur les pages des baveux ou s'échouent triomphants sur les plages horaires et sonores des access prime time des chaînes publiques ou câblées.

Attention ! Vous êtes perdus si vous avez manqué un épisode et si vous ne savez pas revoir l'émission en replay ! Vous êtes archaïques et ringards, si vous ne savez pas répondre en direct et hashtaguer. L'univers est googlisé, vous êtes en compte, facebookés et vous savez twitter votre pensée raccourcie en signes ou smser en 160 caractères émoticônés. Les vacances se prennent en low-cost dans des apparts B and B et vous pourrez compléter votre fitness par des afters zumba !

Holà ! Messieurs les jargonneurs ne faudrait-il pas respecter l'auditeur ? Vous contentez-vous d'être compris à demi-mot ? Avez-vous besoin de réfléchir pour trouver quelque chose à dire ? Parler, vous évite-t-il de penser ou vous permet-il de penser tout haut pour finalement ne faire que du bruit ? Fondamentalement dire et écrire, n'est-ce pas chercher à être compris ? N'est-ce pas s'adresser intelligiblement à l'esprit, au cœur, à la raison pour expliquer, argumenter, exposer les thèses, développer en antithèses les points de vue et tenter d'en dégager des perspectives ou des solutions provisoires ? Faut-il "néologiser" dans le lisier médiatique pour briller ?

Ne vous écoutez pas parler ! Ecoutez-vous ! Voici quelques exemples allergènes : "Les politiques, ces nouveaux Léviathans doivent être dédiabolisés." Ou bien : "Cette actrice, était un sex-symbole des sixties, aujourd'hui encore, c'est une bombe !" Ou encore repêchée dans la mare aux diableries, celle-ci : "L'examen des fadettes par la brigade financière permettra de prouver l'honnêteté du candidat." Et enfin « Les champs institutionnels de notre environnement se sont bipolarisés socio-économiquement"....

De quoi intriguer et perdre le brave téléspectateur de tous horizons entre quelques phrases, heureusement compréhensibles ! Car bien sûr, la concentration des exemples cités ici, renforce l'effet caricatural de la charge ! Qui n'a pas parfois entendu ces naïfs commentaires de braves concitoyens : "Il est calé celui-là !"... "Il connaît son sujet."... "C'est compliqué, mais il explique bien." A traduire par : "Je ne comprends pas tout ce qu'il dit, mais globalement, ça va quand-même !" (Sous-entendu, il me rend intelligent.) C'est un peu, comme l’environnement : c'est pollué, l'air devient irrespirable, mais on va, on vient, on vit et on survit quand même !

 

Ringardisé !

Messieurs les jargonneurs, adeptes des termes techniques, oyez ici quelques charabias et galimatias entendus dans la bouche de vos confrères :

"Il nous faut apprendre à vivre dans un vécu quotidien globalement conflictuel"... "Le petit monde politique se trouve actuellement décentré par l'entourage influent du milieu." et enfin, voici probablement le must : "Pour sortir du contexte de la crise actuelle, il faut attendre la reprise de la conjoncture qui devrait prochainement se normaliser grâce aux nouveaux dispositifs de régulation récemment mis en place et adapter les réponses économiques au marché structurellement invariant."

Mais tout ceci passe mieux quand le chant s'élève de la douce voix d'une sirène audiovisuelle ! Pour autant, soyons justes, les émissions ne sont pas toutes rébarbatives, elles cherchent plutôt à vulgariser. Les sujets ne durent jamais plus de quatre à cinq minutes. Les dialogues entre débatteurs choisis pour leurs oppositions, sont interactifs et assez souvent animés et expressifs ! Les commentaires sont illustrés de reportages et d'images.

Pour être honnête, les programmes thématiques économiques et financiers, philosophiques ou culturels, lorsqu'ils sont spécialisés, sont un peu plus difficiles d'accès et rarement interrompus par des coupures publicitaires. La formule des talk-shows eux-mêmes, en variant le choix des invités, des sujets d'actualités et des débats alternent sérieux et sourires, mêmes les plus pincés !

Parler ou écrire est un choix. La presse-papier peut aussi avoir des articles difficiles, réservés aux initiés ! En voici, un incroyable exemple : "Que l'économie de marché prenne son essor définitif en Europe, et non en Chine ou ailleurs, relèverait de la contingence historique au regard de la loi fondamentale de son irrésistible expansion à l'échelle de la planète et de son avènement comme mode de régulation unique des échanges et de la production, voire de la vie sociale tout court." Exemple tiré d'une revue économique !

L'éducation nationale est, elle aussi, devenue championne en la matière. Elle avait déjà noyé les parents entre méthode globale et syllabique, acquis et prérequis, mots et syntagmes. Aujourd'hui, dès l'école maternelle, le stylo, le crayon ou le feutre sont "des outils scripteurs" tenus par l'élève, par "l'apprenant". Le vocabulaire est classé par "catégories sémantiques" et la légende urbaine a fait du ballon, "un référentiel bondissant".

Bien sûr, messieurs les jargonneurs, vous n'êtes plus cru ni compris sur parole. Quand vous ne voulez pas nous exposer à la complexité, vous savez nous abreuver d'émissions de télé-réalité qui polluent notre bon goût. Le journaliste se fait bateleur, bonimenteur, amuseur et charlatan pour nous offrir la mise en scène quotidienne d’amours vulgaires et adolescentes autour d'intrigues dont le seul but est de se pécho pour des coquins plans-cul !

Les monologues hystériques rebaptisés dialogues sont des échanges de tics verbaux pour se soulager entre insultes et psychodrames. D'écologie, il n'y a plus que la langue verte, certes créative ! C'est un truc-de-ouf mais les anges de la télé-réalité sont des cassos patants et pathétiques qui ne vivent que de bad trip !

Et je ne parle pas des pollutions sonores avec rires sur commande de programmes en direct ou de la pollution visuelle et intermittente de nombreux spectacles vivants ! Vous subissez peut-être la pollution chronique et diffuse, de l'émission au succès grandissant : "Touche pas à mon poste" et de ses gimmicks culte : "ma petite beauté" et "mes chéris" qui vanne le public, cartonne et explose l'audimat !... Mais simuler une interview dans le seul but de se mettre en valeur et de parler de soi n'est-il pas aussi sottise et vanité ?

Je ringardise très fort, car le public adore et adhère aux vannes et aux pitreries. Plus c'est énorme, plus ça racole ! Me voilà sur la touche ! Heureusement, j’ai ma télécommande !

Bref ! A vous écouter, gens de presse et de télé, cabotins et histrions de l'audimat, nous sommes tous soumis à une obsolescence programmée. Rassurez-vous ! Vous aussi ! Les mots du vocabulaire anglais, arabes, de la rue, etc, sont empruntés et même détournés...

Quel que soit votre taff', vous risquez en permanence de ne plus être kiffés ni calculés et de passer pour des boloss ! Oh ! Sa race ! Inutile d'être vénère ou d'avoir le seum, vous gavez grave les cousins et vous êtes déjà les vieux et les bouffons des auditeurs ! C'est chelou ou relou mais sûr, c'est trop la honte ! Médiamétrie est intraitable et vous serez un jour ou l'autre, les pafs du PAF !»

 

Brave en-mazouté !

Messieurs les jargonneurs et distillateurs d'une pensée alambiquée, je me sens directement au parfum et con-cerné. Mon environnement est directement menacé par les pollueurs de mots, par les délinquants écologiques de notre écosystème grammatical et syntaxique.

Halte à la marée noire des écrivains ayant jeté l'encre ! Moi, le poète albatros, ne me mazoutez pas la plume ! Rendez-moi le babil animal du premier jour, le vert paradis végétal de mes amours enfantines, pas le bavardage des beaux parleurs. Ne menacez pas mes équilibres morphosyntaxiques par des présents imparfaits et des futurs hypothétiques. Épargnez-moi les saumures potassiques et chlorées de vos périphrases plombées. Laissez-moi mes allusions, je vous laisse vos alluvions résiduaires et vos propos fumeux sur les plaines nitratées de vos mornes pages. Je préfère l'argile du potier des mots aux boues rouges de vos ortografes assassinées.

Au-delà des éclaboussures lexicales, j'abhorre encore plus les généreuses déclarations philanthropiques qui contaminent les discours humanitaires ou écologiques ! Ils ne savent plus faire que des transitions énergétiques !

Vous voilà jargonneurs, amis des puissants, édités au Mercure de France ou chez Plon ! Votre discours politique est un manifeste aux lendemains qui déchantent ! La libre fantaisie des mots est une écologie de la conscience littéraire! Je préfère l'usage domestique d'un vocabulaire accessible et sans engrais, aux effets de parisianisme pédant, à usage industriel intensif et chimique avec des propos, dignes d'une usine à gaz !

Ne désertez pas la simplicité et le bon sens ! Ne reniez pas vos propres règles grammaticales et lexicales ! Ce sont les bases de votre développement durable ! C'est votre or vert ! Ne prenez pas exemple sur les déserteurs d'engagements d'une vie meilleure. Je me contrains moi-même à jouer avec les mots pour ne pas m'enliser dans une prose neurasthénique ! Si j'étais poète, je me mettrais aux vers qui aèrent la terre nourricière de l'inspiration !

Allez ! C'est go ! C'est tout go, Ségo ! Ah ! la Royale bravitude et les verts écolos qui ne cherchent qu'à se Placer sans le talent d'un Vincent d'Arles ou qui vous disent Causse toujours, eh Manuel ! Y'a du beau pain sur la planche pourrie et du beau linge sur la planche à laver plus blanc !

Après les verts, les revers des petits vers dans le carré des grosses légumes et dans les fruits de la discorde ! Ah ! Les retournements de veste et les mauvais tours de copains comme cochons ! Voilà tout lard de l'altruiste politique qui patauge dans la bauge à truies !

Mais le peuple n'a que faire de tous vos atomes crochus et de la prolongation du nucléaire. Il prie avec des mots et expressions consacrées, notre Dame des Landes ! Il vous crie en bombant le torse : "Un pour tous, tous pourris ! Chacun pour soi, chacun pourceau ! Des sous, toujours des soues " Arrêtez donc de faire du gras avec nous, vos cochons de payants !

"Sauvons les espèces menacées", crie l'élégante qui suffoque sous son manteau de bébé-phoque ! "Pitié pour l’Amazonie, les zéléphants, la couche d'ozone" zozote l'amazone gainée en croco, bottée en serpent, agitant ses ivoires !

Messieurs les chroniqueurs pollueurs, entendez ce plaidoyer. N'aggravez pas non plus la couche d'ozone de la sémantique ! Ne rendez pas notre langue irrespirable ! Bien sûr, il faut qu'une langue se renouvelle et évolue et pourquoi pas créer de nouvelles espèces de termes. Mais avant recyclez toutes vos promesses d'essayistes, mettez de la couleur au florilège de vos idées poubelles, triez vos déchets : faux-sens, solécismes et barbarismes. Mettez-vous, vous-mêmes à l'index !

Sur la voie du succès ! Messieurs les commentateurs, avancez à l'énergie propre ! Restez branchés et au courant des nouveautés littéraires. Mangez bio, et si possible avec appétit, hélas, même les navets des autres, puisqu'il le faut ! Heureux ceux qui végètent à rien ! La chaîne alimentaire ne peut être rompue !

Opération sens propre et mains propres. Lessivez biodégradable tous vos discours ! Vous pouvez espérer passer au « vingt heures », surtout si vous avez bonne mine et bas goût ! Ah ! La bonne heure ! Chaque spot publicitaire (greenwashing) blanchit l'argent et la mini mire télévisuelle paye un maximum, beaucoup plus hélas, que les prix littéraires !

 

Tous copains, Cop 21 !

Petits journalistes jargonneurs, mettez-vous au vert ! L'accord que vous devez commenter et couvrir est en photo-synthèse. Messieurs les moralistes au lyrisme écologique, riez jaune et chantez ! "Nuit de Chine, nuit câline", une bonne rengaine pour ringards, à nous couper tous, le souffle ! Oui ! Nous voilà tous asphyxiés ! Tous au charbon, nous les amoureux de la nature et de la bonne expression !

Les dix commandements de l'écologie sont la nouvelle religion ! Il faut convaincre ou croire ! A Paris, le miracle aura lieu en cette année 2016, le pape a promis la fumée blanche ! C'est l'état d'urgence, contre les états terroristes pollueurs comme pour vous, c'est encore et toujours la mobilisation générale contre les coups d'état de plumes vindicatives et brutales aux néologismes imposés !

Parlez sérieusement et juste ! Parlez peu mais bien et uniquement de ce que vous connaissez... Parler pour soi au nom des autres et parler de ce qu'on ignore est une imposture !... 130 chefs d'état réunis pour La COP 21 cherchent à désamorcer la bombe à retardement du climat!

Deux degrés de moins et le monde est sauvé, disent avec énergie quelques théoriciens fossiles, adeptes des énergies renouvelables mais qui brassent surtout du vent ! Des îles pourraient même disparaître : les îles vierges, les îles Caïmans, les Bahamas... Qu'en pensent les futurs réfugiés et ruinés climatiques ? Garderons-nous au moins, "L'île au trésor" et celle de Robinson ?

Veni, vidi vicié, comme l'eau de vos idées quand elles ne coulent pas de source ! Soyez en crue de mots courants. Minéralisez votre langage, ne croyez pas pour autant que votre prose sera plate. Un style simple est toujours potable. Même dans le désert apparent des pensées, l'eau puisée au fond de la conscience peut remonter du puits, pleine de fraîcheur d'intuition ! Sur nos rivages, ça vase et ça gaze à flots. Laissez respirer vos lecteurs ! Les lauriers attendus forment déjà un tapis d'algues vertes et rouges.

Tank you Pégase, les tankers dégazent ! L'égout de votre analyse critique cherche à évacuer l'eau de ruissellement des problèmes linguistiques et des solutions usées. Les rouleurs, truqueurs sans talent, les censeurs, conseilleurs de propositions miracles ne disputent pas votre pseudo-mérite, faussement lyrique, suintant et dégoulinant de générosité formelle. Que votre style s'impose donc un passage à la station d'épuration pour décontaminer vos impropriétés linguistiques transformationnelles qui planent en particules fines dans l'air à la mode. Assez de comédie, vous nous asphyxiez de propos fumeux. Bas les masques !

Les cliques dans les cloaques se font amis à miasmes. Ne vous embourbez pas dans les marécages des terminologies approximatives. Peste soit de vos pesticides qui infectent la terre promise de mes écrits fertiles et qui encrassent mes ans de grâce littéraire et féconde.

Ecoutez beaucoup ! Dire et parler ne sont pas synonymes. Une maxime de sagesse nous a enseignés que : "Beaucoup disent pour parler, peu parlent pour dire." N'oubliez pas alors la valeur du silence et la joie de parler d'amour avec les yeux ! 

Messieurs, tout nous menace. Même mon alter ego altère les goûts et les couleurs. Amis des mots authentiques et de la nature, sauvons la vie ! Enfants de larmes et de rosée, amoureux éternels, vous êtes une espèce protégée ! Ne défoliez pas la marguerite par quelques pluies acides. Peignez les nuages à la lumière bleue du vitrail des jours. Soyez bois et soyez pierres, roulez comme des graviers dans les doigts de nos enfants lecteurs.

Nous sommes responsables de la qualité littéraire comme de notre environnement. La nature se découvre par tous nos sens. Elle ouvre à travers nous la porte d'autres mondes dans l'infiniment petit ou l'infiniment grand des mots et de nos rêves.

La nuit criblée d'étoiles a éraillé le ciel.

 

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Droits de vie et de mort

Publié le par modimodi

Droits de vie et de mort

Messieurs les législateurs, vous auriez dû garder le lit plutôt que d'aller enfiler votre robe à la Chambre !

Partout, le passé nous hante ! Passé décomposé et présent sans futur se confondent dans l'Histoire.

Hier, de guerre lasse, le conscrit prescrit découvrait le droit du plus fort et du belliqueux qui, bien que canonnant, n'en était point canonique. Aujourd'hui, vous-mêmes, vous appliquez le droit canon en tirant à boulets rouges sur les cadres, les petites entreprises et les retraités, au prétexte qu'ils ont tort de posséder trois francs, six sous qu'ils ont durement gagnés et épargnés ! Pauvres de nous, citoyens sacrifiés, nous voilà tous assommés et égaux dans la dèche programmée ! Trop de social tue le socialisme, trop de libéralités tuent le libéralisme !

Hier, pour faire bonne mesure, on jaugeait le troufion, on toisait la bleusaille pour lui faire perdre contenance. On tondait le bidasse, on gavait le pioupiou pour mieux le pressurer de gloire nationale et lui racler l'esprit, d'honneur patriotique. On le chargeait pour le faire monter au front, en première ligne.

Aujourd'hui le front, c'est celui des déficits !  Chacun apprend à ses dépens que ses droits sont dans toutes les directions, des lignes de mire que vérifie la règle : "Tu dois avoir les devoirs de tes droits, donc tu dois !" Lignes de désespoir dans la main du destin !

Pour parvenir à ses droits, l'homme, éternel débiteur doit se dépenser sans compter en obligations d'obligeance, de politesse, d'éducation, d'honneur, de dévouement et de respect. Tout citoyen social et solvable est tenu de rendre ses civilités à ses concitoyens, dont il reste pour toujours l'ayant droit et l'obligé. Tous cochons de payants ! L'équité existe bien devant votre iniquité officielle, celle de la loi du plus fort !

De montants compensatoires en totaux retenus ou multipliés, plumée ou tondue, chaque espèce à l'heure de la traite est une bête de sommes à soutirer ! Messieurs les législateurs, êtes-vous à la solde d'un état tueur à gages qui, de cotisations en exigibilités, nous crible de tant de dettes ? Par Sainte-Apolline, êtes-vous d'accord avec cet état arracheur de dents qui, d'hypothèques en créances, nous meule, nous plombe, nous fait cracher au bassinet ! Avec lui, il pleut! Surtout des promesses non tenues et des averses de taxes !

Nos devoirs de citoyen et de travailleur grevé, débité, liquidé, finissent en règlements de comptes où bons ou mauvais traitements ont toujours le même sale air ! Ne pensez-vous pas messieurs que si nous avons de bons devoirs, nous avons encore plus de mauvais droits ?

Assez de nous serrer la ceinture quand l'Etat qui pleure sur la crise multiplie les nouveaux ministres à chaque remaniement ministériel, quand il nous dit maîtriser ses dépenses, alors qu'il compose des délégations officielles de plus en plus pléthoriques à chaque voyage ! Le passeport gouvernemental est un passe-droit sans frontières pour dépasser les bornes !

Il n'y a que la sagesse antique et la philosophie stoïcienne pour nous faire méditer, faute de nous consoler ! Car si pour chaque frère humain, son premier droit fut le privilège de la vie, à l'heure du bilan, son dernier s'abolit dans la mort. Terme échu d'une ultime mise en demeure où chacun règle le passif de ses arrérages et réclame son dû. Dernier bon pour acquit d'une rente perpétuelle dans laquelle chacun s'endort en fin de non-recevoir, raide de tous ses droits et devoirs, recouvrés parce qu'accomplis à jamais ! Dura lex, sex lex !»

 

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L'esprit de la Loi !

Publié le par modimodi

L'esprit de la loi !

Messieurs les législateurs, un brin, toujours nostalgiques, le mythe de l'éternel retour à un état de grâces et de droits ne peut que vous attirer. Avec votre habileté dans l'emploi des codicilles et des arguties, vous allez défrayer les chroniques juridiques et judiciaires, quand des revenants n'en reviendront pas de devoir payer l'impôt sur le revenu !

Vous n'ignorez rien ! Surtout pas que la vie est un droit fondamental que vos collègues, magistrats, juges et avocats détiennent dans leur garde-robe où trop de toges prétextent, le droit du "prête, oh rien !"

Oh oui ! Dans tous ses états, l'ayant droit peut bien continuer de réclamer son dû à l'Etat qui monopolise ses propres privilèges et sonne les charges successives en moult impôts et redevances... Contribuant à la conquête permanente de ses droits, de régie en péage, le contribuable patenté, assujetti, aligné, ratissé et rectifié mais jamais résigné, se redresse et se hérisse encore quand il entend : "à vos rangs, fisc !"

Nécessité fait loi ! Liberté, égalité, fraternité ! Pour couvrir les besoins grandissant de minimas sociaux, vous êtes devenus, les grands champions des lois de finances. Au nom de la solidarité, vous éditez et faites voter un maximum de mesures, de normes, de taxes. Pas de loi initiale sans loi rectificative, c'est la règle du budget annuel !

Vous prônez les économies mais vous y parvenez à peine dans l'inflation stylistique de vos phrases. Ah !  Elles ont bon dos la mondialisation et les règles européennes ! Sus à l'inflation des dépenses mais pas des mesurettes ! Vous avez les coudées franches car personne ne vous dit jamais : "Au nom de la loi, je vous arrête !"

Il fallut quatorze ans de travail à Montesquieu pour achever "De l'esprit des lois". Vous, vous allez bien plus vite aujourd'hui et même, s'il le faut à coups d'Etat, à coups de 49.3.

Vous situant du côté de la lettre, il vous manque simplement un peu... beaucoup d'esprit sur les lois. Qui peut dire, sans se tromper, ce qui est bon et juste pour le plus grand nombre, pour nos concitoyens d'abord ou en termes de droit pour "les étrangers" ?

Au moins, êtes-vous certains de toujours parvenir à conserver la nécessaire séparation des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires ? Permettez-moi sérieusement d'en douter, en dehors de toute appartenance politique ! Il vous conviendrait sans doute de faire un régime détoxifiant mais le seul régime que vous suivez est le régime juridique ! Vous êtes des champions pour nous appliquer les règles auxquelles vous semblez souvent échapper !

 

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Lettre aux législateurs

Publié le par modimodi

Nos amies les bêtes !

Chers législateurs, en 1789, nos sans-culottes ne savaient pas s'ils sauveraient leur tête et plus d'un ci-devant échafaudait des plans pour la liberté en sachant qu'il devenait dangereux d'être plus royaliste que le roi !

Conquis dans le sang de la terreur, "Les Droits de l'homme et du citoyen" ont apporté un peu de sang neuf au peuple des braves gens, gavés de doléances et ivres de liberté. Ils n'ont pas coupé court au débat jamais résolu de la coexistence symétrique des devoirs en regard des droits. Ils voulaient avant tout briser en assemblée constituante, les chaînes de l'Ancien Régime en supprimant les droits féodaux. A partir du 26 août 1789, "la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen" a fixé les droits de la nation qui s'imposent à tous les citoyens.

L'idée démocratique mettra du temps à faire son chemin, accompagnée comme guidée par le travail de vos amis, des législateurs appliqués et pointilleux comme vous. A l'époque, l'égalité et la liberté en droits ont posé les grands principes légitimes d'une nouvelle société française de droit public, civil et pénal.

Depuis, pour votre plus grand bonheur, l'œuvre législative dans son immensité n'est jamais achevée. L'égalité de chacun dans l'accès aux charges publiques, (nous dirons aujourd'hui dans l'emploi), l'égalité devant l'impôt, la notion de propriété, etc, continuent de faire le bonheur de l'administration et des juristes.

En plus du droit naturel spécifique à l'Homme et à l'idéal de sa finalité dans l'univers, chacun bénéficie de droits naturels beaucoup plus utilitaires qu'utopistes. Du premier droit à la vie à l'inéluctable fatalité de la mort, l'homme dans tous ses états de croissance se confronte au code universel de ses droits et de ses devoirs.

La loi naturelle lui donne le droit licite et reconnu de naître libre et égal en droits aux autres hommes, aux autres citoyens, aux autres enfants et même aux animaux. Victor Hugo avait raison ! Ruy Blas peut écrire à la reine qu'il souffre comme un "ver de terre amoureux d'une étoile !"

Déjà non spéciste avant l'heure, notre grand poète n'était pas moralement discriminatoire dans sa considération animale. Dans son amour de l'humanité, qui aurait pu élever l'homme, ce ver de terre, cet humain plein d'humus, cet humble fouille-terreau, si ce n'est son étoile et la poésie ? Mais Victor avait dû oublier sans doute, le ver coquin qui s'était glissé dans le fruit défendu...

Toujours est-il que Monsieur Hugo s'affirme comme le premier défenseur poétique des droits des animaux, du ver et des vers des cadavres exquis ! On le sait peu mais il avait dit : "Torturer un taureau pour le plaisir, pour l'amusement, c'est beaucoup plus que torturer un animal, c'est torturer une conscience."

Les animaux ont le droit reconnu d'être aimés, défendus, protégés. Ils appartiennent à la société humaine. Certains veulent qu'ils soient considérés comme des personnes légales. C'est facile pour nos amis les bêtes, nos animaux domestiques : pour le brave toutou à sa mémère, pour Micetto, le chat du pape Léon XII et de Chateaubriand, pour Titi le canari, pour Marguerite la vache de Fernandel, pour votre tortue et votre hamster, mais c'est beaucoup plus difficile pour le pou dans la tête et la puce à l'oreille !

Vivement qu'ils puissent s'exprimer car comme le dit l'opinion répandue : il ne leur manque que la parole !

Sur le sujet de la cause animale, les uns et les autres s'affrontent aujourd'hui comme s'ils avaient bouffé de la vache enragée. Un proverbe, pourtant pas chinois, a dit : "qui veut tuer son chien, l'accuse de la rage." Mais sans autre forme de procès, la sentence est bien plus expéditive quand il s'agit de satisfaire notre appétit de carnivores ! Les végétariens et les végétaliens qui se sont mis au vert, ont pour eux, la dent dure !

Ils voudraient même faire la loi ! Alors Messieurs les législateurs, sur le thème de la cause animale, soyez rassurés, vous n'avez pas fini d'édicter et de légiférer ! Car que l'on soit bête et méchant ou à manger du foin, nous sommes déjà tous sensibilisés, nous-mêmes en tant qu'espèce menacée mal protégée.

 

 La table de la loi

Dès la naissance, droits et devoirs sont les deux mamelles de la législation qui nourrit de son lait l'humanité vagissante ! De pis en pis et d'âge en âge, le petit homme jamais sevré découvre de succions en tétées, la servitude du change et de la traite.

Dès l'école, sa table d'écolier est une table de la loi qu'il honore au hasard ordonnancé de la grammaire, de l'orthographe, des mathématiques, de la géométrie et plus tard de la physique-chimie. La loi scolaire lui impose ses leçons et ses devoirs aux droits d'apprendre, d'écouter, de noter, de traduire et de rédiger.

Sur l'estrade, il déclame : "France, mère des arts, des armes et des lois." Au tableau noir, il trace au quart de tour, obtus et obstinés, carrés et rectangles aux angles toujours droits. Il lui est interdit de tourner en rond s'il ne veut pas tomber sous le coup implacable de la loi scolaire : l'Observation et l'Obéissance. La loi souveraine est de droiture et sera de sagesse de sa première à sa dernière dent.

Nul n'est censé ignorer la loi, surtout celle de la force et de l'attraction terrestre sinon comme dit Newton, c'est pour ta pomme ! Pas d'inobservance non plus du théorème de Pythagore, sinon c'est tête au carré de l’hypoténuse, pieds à angle droit, au coin et bonnet d'âne !

Allons droit au but ! L'instruction impose ses méthodes et ses disciplines. De notes en notes, l'étudiant connaît la musique et les analpha-bêtes de l'école moderne l'a-b-c des couleurs.  De corrections en corrections, l'élève enseigné s'éduque et s'élève pour enfin se dresser citoyen instruit et si possible responsable, au centre d'un système social construit encore et toujours sur devoirs et droits ! On lui enseigne la rectitude, c'est à dire surtout la linéarité de la file où il tiendra son rang, de la limite à ne pas franchir, de l'horizon, sa dernière ligne de fuite et d'écriture de sa vie !

Je vous vois sourire, messieurs les législateurs car ce qu'il ne sait pas bien encore, c'est qu'il lui faudra monter au front en première ligne et apprendre en s'y confrontant, la loi de la jungle ! Réjouissez-vous ! Vos collègues dans les tribunaux vont pouvoir s’entre-déchirer et rugir leurs plaidoiries pour tenter d’appliquer la loi du plus fort ou du plus rusé.

C'est ainsi ! Pour marcher ou filer droit, tout citoyen habilité ne doit pas manquer d'aplomb car sans habileté, il se retrouve à bon droit, aliéné et détenu de droits communs. En effet, la vie se donne le droit de conjuguer de temps en temps, de modes en modes, le verbe devoir. A l'actif, le présent est trop souvent imparfait ou conditionnel. Au passif, l'impératif donne de la voix et taxe hélas le devoir, de la dette... »

Messieurs, vous le savez et vous vous en nourrissez ! Le citoyen est un ayant droit qui a tous les droits mais aussi tous les devoirs de sa charge et de ses charges. Ramène-t-il son grain de sel, il paiera la gabelle ! A-t-il un retard de versement, on exigera la dîme et les centimes additionnels ! A-t-il de la valeur, la taxe s'y ajoutera !

Bien que copie conforme à ses semblables, on l'imposera quand même sur ses droits d'auteur. Et nul doute que le sujet est prolifique et fécond car il est fondé "de lege ferenda" que le droit de procréation est conjoint aux droits de succession et de reproduction !

La vie est un éternel recommencement ! Les jours s'enchaînent imposant leur droit de suite jusqu'à ce que mort s'en suive ! Le premier héritage est temporel ! Il nous laisse tout loisir de nous dupliquer et répliquer, de nous multiplier et de nous perpétuer. Notre dernier héritage est le legs de notre fatale finitude. Vous n'y échapperez pas non plus !

 

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Paroles ! Paroles !

Publié le par modimodi

Gloire à la parole donnée et surtout tenue ! Dans notre petit monde surmédiatisé, la parole s'affiche et se proclame, main sur le cœur, dans des accents grandiloquents de sincérité. Aux grands maux, les petits mots et les remèdes à la petite semaine ! Serments d'hypocrites !...

Gloire aux merveilleux mots d'amour des partis politiques ! Vive la rose au poing et les godillots pour pied droit ! Aujourd'hui, on s'aime. Le lendemain, on se déteste ! Ça ne vaut sûrement pas la peine d'en parler mais quand même, parlons-en ! Les exemples historiques comme ceux de 2014 s'offrent au plus offrant... Joutes oratoires, discours trompeurs, démentis solennels ! De couillonnades en fillonnades, on se trahit ! On jure, on se parjure ! On se maudit et l'on médit ! L'heure est à l'émeute militante, pas à la fête du 14 juillet, plutôt aux trois Glorieuses ! Après la monarchie de Juillet, l'anarchie de Jouyet !

Gloire aux paroles amies ! Mais gare aux paroles de quelques vieux chameliers, à la bosse politicarde, qui déblatèrent sur vous ! Car voilà aussitôt, votre traversée du désert assurée ! Menaces voilées, attaques perfides d'allusions, critiques ironiques et cruelles, dénigrements fielleux, fausses déclarations et la méchante parole se colporte, d'oasis en oued asséché. Lentement mais sûrement, au pas des caravanes de chameaux assoiffés, elle chemine, à la recherche du moindre marigot ! Paroles de langue d'aspic des djebels et morsure de vipère des sables mouvants, piqûres de scorpions, griffes d'escogriffe et vous voilà, raide et fichu comme l'as de pique, bleu comme un touareg !

On connait la chanson : Paroles ! Paroles ! Mieux vaudrait être sourd ou parler à un mur de la pluie et du beau temps ! Paroles, paroles de politiciens, bonimenteurs ! Professions de foi de mauvais apôtres ! Au pays de promesses des beaux parleurs qui nous payent de belles paroles, le citoyen finit toujours par mourir de faim ! Quand on escompte, on décompte, même les voix des électeurs déçus !

Gloire à la parole d'honneur ! Pour vanter les qualités émérites de l'homme providentiel, on parle d'abondance, puis après, on lui met des cornes ! Trop parler nuit quand le silence est d'or ! Le politique qui parle pour ne rien dire ne brille pas, il est pesant et souvent parle moins d'or que d'ordure ! Dans ce milieu, il n'y a pas de parole d'honneur qui tienne ! Quand on n'en a pas ou si mal placé, on peut d'ailleurs y mettre un poing ou un doigt d'honneur ! Alors, de partout et allègrement, on s’époumone à souffler dans les bronches du revenant ! On sarko-phage mais l'ami de trente ans sera pendu, au croc de boucher !

Gloire à la parole mémorisée, faute d'être mémorable ! Mais gare aux mouchards, cachés dans le Buisson, gaffe aux fripouilles de la magouille ! Honte aux moutons noirs, aux taupes, aux faux amis, maîtres chanteurs, qui enregistrent votre parole donnée pour en faire scandaleusement une parole rendue ! Une parole vendue, devrait-on plutôt dire ! Détournée du contexte, elle s'interprète ! La parole la plus banale et la plus libre devient incongrue et choquante ! Temps perdu pour la victime, offerte en sacrifice sur l'autel de la calomnie médiatique ! La parole légitime n'est plus qu'à la défense. Elle est alors d'argent pour faire valoir raison et surtout d'argent comptant pour journalistes d'investigation et avocats !

Gloire aux traducteurs, en recherche d'origine, trompeurs sans le vouloir, inexacts de bonne foi ! Traduire, c'est trahir ! La Tradition orale ne peut donc, être crue sur paroles ! La traduction écrite, elle-même se paye de mots ! Ma parole qui croire, alors ? Le verbeux qui parle à tout vent ou le taiseux qui parle à mots couverts et ne dit pas un mot plus haut que l'autre ? Au moins, lui reste-t-il à déchiffrer le langage symbolique universel !

Gloire à l'éloquence, mais pas à la logorrhée ! Les débiles verbeux de la publicité font du verbiage, en racolage. Ce ne sont plus des paroles mais des slogans en boucles et accroche-cœur pour mieux friser le ridicule ! Avec eux, la nouveauté coule de sources jamais taries. Leurs raisonnements se noient dans des flux de paroles oiseuses et des flots de pensées vaseuses ! La logomachie apporte à grand débit, les mots à l'eau des moulins à parole ! Le grand bonheur n'est pourtant pas un cliché, une utopie de lieu commun, une formule truquée, un stéréotype atypique !

Gloire aux naïfs, qui croient tout sur parole ! Chacun fait ce qu’il peut ! Dans le silence glacé des nuits de décembre, celui qui croit en sa bonne étoile apprend aux enfants à croire au Père Noël ! Dans son silence éloquent, c'est lui le premier fidèle et le dernier homme de parole ! C'est lui, le p'tit Papa Noël, droit dans ses bottes, exact au rendez-vous promis du 25 décembre. Oui ! Ce héros d'une histoire millénaire et sans paroles ne nous déçoit jamais !

Gloire à la parole divine ! Honneurs à Dieu, ce grand bavard biblique ! "Au commencement était le verbe !" Que n'a-t-il, doux Jésus, répandu son message d'amour ? Pourquoi la parole évangélique de paix universelle n'a-t-elle pas été crue ? Pourquoi avoir fait mentir Saint Pierre et trahir Judas ? Cette bonne parole a-t-elle d'ailleurs été bien transcrite et consignée ? Laïus et angélus ! Les Écritures seraient-elles saintes, par l'opération du Saint Esprit ou des saints Glinglin et Frusquin ? Quelles preuves certifiées conformes à l'original ? Sacerdoce des exégètes ! Puisque les paroles s'envolent et que les écrits restent, pourquoi faudrait-il prier et demander le pardon de nos offenses ? Paroles en l'air pour le Très Haut, muet ou aphone !

Ô frères humains, à la fin même de notre propre histoire, qui aura le dernier mot ? Serait-il d'Esprit Supérieur ? Motus et bouche cousue ou histoire sans paroles ? Point de départ ou point final ? Nouvelle vie dans l'espace éternel et silencieux de l'au-delà ou terminus dans la finitude glacée de l'ultime seconde terrestre ? Lux aeterna ou requiescat in pace ?

Gloire à toi, mon amour et à ta parole donnée ! "Abracadabra" et "Sésame ouvre-toi" ! Autant de formules rituelles et mystérieuses pour garder pendant plus de mille et une nuits, le trésor de l'amour ! Je ne les ai pas mises en doute, ces paroles expressives d'engagement et de confiance. Fort heureusement, tes formules magiques ont ouvert mon cœur et éveillé mes sens. Elles m'ont séduit, elles m'ont grisé du sortilège de tes aveux. Elles m'ont étourdi mais jamais au point de t'oublier ! Ces paroles n'étaient pas en l'air mais légères de douceur, le langage des oiseaux du Paradis promis. Elles ne m'ont pas pour autant échappé, au premier vent violent de quelque orage.

Gloire à notre confiante constance et à nos paroles rassurantes, nos serments ont tenu ! Si j'ai manqué à ma parole parfois, jamais je n'ai failli à celle de la fidélité ! Il m'a d'ailleurs été facile de toujours tenir parole, celle que nous nous étions donnée. Oui, je suis resté, au secret de mon être, ton tendre porte-parole, le gardien de tes confidences. Oui, j'ai su bien souvent joindre les gestes à la parole, prendre langues et les délier délicieusement. Nous n'avons pas, comme tant d'autres, eu envie de reprendre nos serments ou de les interrompre ! Les yeux dans les yeux, nos silences sont restés éloquents. L'amour est notre parolier.

 

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