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Tome 1

Publié le par modimodi

 

 

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Tome 2

Publié le par modimodi

 

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Plaisirs fous

Publié le par modimodi

 

Je voudrais cette nuit, m'endormir contre vous,

Tendrement enlacé, vos lèvres à mon cou

Et ranimer les braises à nos cœurs d'amadou.

Vous faisant murmurer les aveux les plus doux

Vous me diriez : "Amour, je brûle, je suis à vous,

Entre vos tendres bras, tout mon cœur se dissout."

 

Mais quand à vos genoux, je vous crie archifou :

"Votre nom, je tatoue, votre corps, je m'y cloue !"

En haussant les épaules, votre moue me rabroue.

 

Etant bien plus têtu qu'un âne du Poitou,

Je braierais mon bagout, fût-il de mauvais goût !

Mes milliers de "je t'aime" sont mon meilleur atout

Pour apaiser d'amour, votre furieux courroux,

Votre mauvaise humeur, vos propos aigres-doux,

Chaque fois qu'emporté, je me rue vent debout,

Affolant votre pouls, vos sens aux quat' cents coups.

 

Je me ferais marabout, sorcier, grand manitou,

Papou, zazou, zoulou, s'il le faut loup-garou

Pour chasser les grigous, les jaloux andalous

Afin de m'adonner aux délices de Capoue,

Vous couvrant d'or, de soie, de parfums, de bijoux.

 

Conquistador fiévreux de tout l'or du Pérou,

Je me ruerais sur vous, risque-tout, touche-à-tout ;

Vous gémirez pâmée : "Mon bel ami, tout doux !"

Je braverais les dangers, courrais le guilledou

Pour baiser vos paupières, souple cuir de Cordoue

Et faire battre vos cils, souple soie de Trévoux.

 

Je boirais à vos lèvres tous les vins de l'Anjou.

De mille chattemites, montrant patte de loup,

Je grappillerais vos seins, raisins mûrs de Corfou.

Enflammant vos désirs comme fusée à Kourou,

Je ferais jaillir la vie comme or noir de Bakou !

 

Je vous ferais clamer les serments les plus fous.

Accrochant de vos ongles notre lit d'acajou,

Vous mènerais goûter aux voies de Katmandou

De somptueux délires, pleins de sagesse hindoue.

 

J'invoquerais alors, Jéhovah ou Vishnou,

Prierais dévotement, Saint-Antoine de Padoue,

Pour m'avoir fait trouver les trésors, je l'avoue,

Dans le soyeux froufrou de vos légers dessous.

 

Si, à bout de raison et le corps sans verrous,

Vous me laissiez cueillir, en haut de vos genoux,

L'épi de thermidor doré au soleil d'août !

 

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Entre les gouttes

Publié le par modimodi

Lecteur assidu ou de passage, ne me cherchez plus ! Je suis là ! Je suis dans mes nuages. J'y joue au professeur Nimbus.

Sachez que l'écrivaillon ne craint jamais l'eau ! Il se croit capable de faire la pluie et le beau temps ! D'ailleurs, quand la pensée rouille d'humidité, qu'alors l'idée bégaye, que le mot juste ânonne, que la solution ne coule pas de source, il n'hésite pas un seul instant, il se jette à l'eau, disons plutôt, à l'encre.

Hélas ! Trois fois hélas ! Comme je n'ai moi-même inventé, ni l'eau chaude, ni l'eau tiède, ni l'encre sympathique, souvent je n'y vois goutte. Je reste les yeux dans le vague, mi terrestre, mi céleste, pénétré jusqu'au tréfonds d'une idée fixe. Je m'abrutis à répéter que ce n'est quand même pas la dernière goutte de ma veine asséchée qui fera déborder le vague de mon âme, en manque d'inspiration !

Hors de question de me noyer dans une goutte d'eau et de donner raison à cette expression dépassée : "La goutte qui fait déborder le vase !" déjà plein de mes mots… D'ailleurs, à moins d'être pris pour une cruche, l'affirmation apparaît bien trop évasive pour me faire perdre contenance.

Au contraire ! Je remue l'eau dormante de mes pensées, j'en filtre les impuretés afin de couler des phrases claires comme de l'eau de roche. Qu'elle soit un filet d'eau ou un torrent de mots, j'évite soigneusement de me répandre. Je prends soin à ne pas m'épancher pour ne noyer personne sous un déluge d'idées éparpillées.

Comme certains sont parfois imperméables, je ne cherche pas à pénétrer leur esprit par quelques averses de propos ou un déluge de textes. Je préfère glisser doucement en eux, voilà pourquoi, je garde toujours pour chacun, une goutte d'huile essentielle, une perle de bon sens et de culture…

Mais comme je n'y vois pas toujours clairement goutte, le souffle a tendance à s'envoler et quand le talent s'évente, je sèche au fond de l'écritoire. Mon inspiration crève comme un nuage mais pas la moindre gouttelette.

A ce moment -à, j'apprécie vos larmes qui ruissellent de rire ou de désespoir tandis que je me dissipe dans la brume de ma pensée et la bruine de mes idées. Car, c'est alors que je peux me disperser avec vous, chers lecteurs, passagers de la pluie, dans la fine pluie de vos petits reproches ! C'est l'eau tiède du printemps qui arrose mes fleurs de rhétorique. J'écris pour les oiseaux qui s'abritent sous mes feuilles.

Par chance, l'eau des soucis stylistiques glisse sur moi comme sur les plumes du canard. Mieux encore, comme un poisson dans l'eau, je tourne calmement et silencieusement en rond dans mon petit bocal, répétant avec force bulles, la métaphore aquatique, dans l'espoir insensé de vous rendre bouche bée… J'ai tout mon temps… L'aquarium ne risque pas de déborder pour une petite queue de poisson dans ma vie littéraire !

Je ne vais pas non plus, par dépit, crier : "La coupe est pleine !" Je prends d'ailleurs grand soin de m'en éloigner. La coupe de fiel peut devenir un fatal bouillon d'onze heures si la goutte est de poison. Ainsi, Socrate qui ne philosophait pas au compte-goutte, y a laissé son âme, goutte-à-goutte, jusqu'à la dernière de l'élixir de vie !

Pour autant, n'allez pas croire, que je vive à l'épargne, en rétention de cette belle eau jaillissante de l'esprit et du cœur !... Non ! Je vous offre toutes mes libations d'une eau-de-vie, distillée dans l'alambic du bonheur. D'ailleurs, une petite goutte d'excès, si elle est d'optimisme ne fera pas déborder le vase du bon sens. De même, la goutte d'eau bénite tombée du Haut des Cieux ne va pas noyer la grenouille du bénitier de "la Cathédrale" de Huysmans ni mouiller la poule d'eau du "Lac" de Lamartine ! 

Sans tout laisser filer à vau-l'eau, je suis plutôt comme la couleur du temps, "à la coule", afin de suivre allègrement le fil de l'existence. Vous pouvez donc, sans crainte boire à la rosée des jours perlant de mes feuilles quotidiennes et passer confiants entre leurs gouttes de pluie, loin de vos ennuis crachins ou averses d'orages. Le souffle emportant la brise de mes mots séchera vos larmes, je vous ferai venir l'eau à la bouche.

Au fil de mes pages, venez vous désaltérer à mon eau vive, à mon eau courante. Dégustez jusqu'à la dernière goutte, ma belle eau de jouvence. Vous ne tarderez pas à constater que vos petits tracas ne sont plus que des gouttes d'eau dans l'océan de ma tranquillité littéraire.

 

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Googlito

Publié le par modimodi

Espérant lauriers et laïus,

Auréole et gloire de Phébus,

Cela fait des jours, tant et plus

Que je s'coue mes puces sur G+...

Je dédie, ce billet cactus

Aux Romulus et aux Rémus

Qui ont fondé l'réseau++,

Aux dix milliards d'Olibrius,

Qui se prennent pour Confucius !

Je viens célébrer les Vénus,

Les Nimbus et les Marius,

Tous les gogols de Google+.

 

A toi, insignifiant gugusse,

A toi, ô glorieux minus

Qui poste orbi et omnibus,

Je tire ma langu' Lucullus !

 

Le principal, c'est d'apparaître,

D'être toujours dans le paraître

Et de sans cesse reparaître

Pour recycler, faire compost

De potins, à longueur de posts !

Celui-là croit qu'il poétise,

Hélas ! Hélas ! Il prosaïse !

Il gorge chaude, il gargarise 

Et s'ébahit d'une queue d'cerise,

D'la queue du chat qui électrise,

Du penchant pour la tour de Pise !

Lui, dédicace et pindarise,

Clame ses stances à la Marquise,

En espérant qu'elle vocalise

Quand il la prendra par surprise.

L'autre, courtise et Rousseauise

Sa Julie, Nouvelle Héloïse !

 

Sur G+, on idéalise,

On se fait miel et mignardises,

On est complices, on sympathise,

Avec Lulu, Lise et Élise,

Les girls, les miss et les ladies !

Amie, ami, on fraternise !

On remercie, on s'fait la bise !

On pédantise, on latinise

On bêtifie, on ringardise

On trouve géniale, la sottise,

On commente, on hyperbolise, 

On flatte un peu, on Ronsardise !

On se fait sucre et friandises,

On roucoule ! Pigeons à Venise

Pour fair' rêver, la douce exquise

Et finir comme cul et chemise !

 

Y'a plus d'une astuc' sur G+

Pour rechercher le consensus :

Eviter les sujets cactus,

Ne pas faire d'honneur, au médius.

Adoucir les mœurs de Brutus :

Un chorus : le "Christus, Agnus",

Un Mozart : "Clémence de Titus",

Un Racine : le "Brittanicus"  

Représenté sans un lapsus

Dans une version biélorusse !

Tu peux même espérer en su :

Le son d'un stradivarius,

Un zoom su'l'sabot-de-Vénus,

Un ciel bleu d'altocumulus,

Un smile enivrant de Bacchus,

L'embarquement pour Uranus,

En fumant de l'eucalyptus ! 

 

Tu peux écrire, tu peux crier,

Tes cris, écrits sont étouffés

Dans les portugaises ensablées

Des overblogueurs aveuglés.

Dans un incessant défilé, 

G+ t'enverra promener,

De posts en posts, pied à pied,

Dans un désordre échevelé :

Vlà, un souvenir du temps passé

D'un vieux romantique esseulé,

Un chat, une fleur, une poupée,

Un' têt d'oiseau ébouriffée,

Des chats, des chiens dans un panier

Qui s'animent, au doigt appuyé,

Un pigeon, deux cygn' enlacés.

La mer toujours recommencée, 

Le bonheur en train de filer

Avec tes textes délaissés,

Ta prose et tes vers ignorés.

 

Ô symphonie inachevée !

V'là un aria, un andante,

Pour tes mots, tes petits voiliers,

Qui rêvent sous les alizés

D'enfin rencontrer le succès.

Tiens ! Pour toi sur ton blog, penché

Vlà ! Un banc, un chien, un muret,

Une girouette, un clocher,

Une citation illustrée,

Un proverbe dédicacé.

Des tournesols Van Gogh-lisés,

Illusions, miroirs et reflets :

La définition d'la beauté ! ...

Des commentaires, à la volée

Et des platitudes, par flopée ! ...

Des ratons laveurs, un baiser,

L'inventair' de Prévert entier !

 

Du bon sentiment étalé,

A toute heure de la journée !

Du "good morning" à "bonne soirée" :

Des "merci, amis !", rabâchés

Des "bisous, bisous" par milliers

De tous pays, du monde entier !...

Arrête, arrête d'espérer,

Ô laborieux écrivassier

Tu ne peux pas être prisé,

Tes textes sont trop compliqués,

Y'a trop d'idées, trop de pensées

A réfléchir, à déchiffrer !

 

Sur l'écran, les yeux explosés,

Googlito, le cerveau bloqué,

N'a plus d'suite dans les idées !

Sur le Web, il s'est échoué,

Débranché et déconnecté !

 

A quoi bon, donc se lamenter,

Me disait un jeun' Facebooké !

On cherche tous à se montrer,

A troller ou à podcaster

Par procuration, s'afficher.

Mais sur les réseaux, prisonnier,

De la grande toile d'araignée,

On est peinard, on est planqué,

On peut faire discret ou kéké,

Avoir l'impression d'exister,

D'avoir de l'esprit, de penser,

De pouvoir aimer, être aimé,

D'être actif, toujours occupé,

D'avoir des amis par milliers

Et de vivr' comme un naufragé,

Comme un oiseau emmazouté,

Dans le virtuel englué.

 

Cess' de taper sur ton clavier, 

D'écrire comme un acharné,

De caler, touches enfoncées,

De te croire seul, abandonné,

De jouer les désespérés.

Sur le net, faut te connecter,

Rejoindre les communautés.

A l'univers, tous reliés, 

Tous inconnus mais réseautés,

Sur le mêm' pied d'égalité.

Tu vas pouvoir les retrouver....

Petit écrivain raté,

Démodé, aigri, isolé,

Inspiré, réac, exalté,

Tu seras enfin apprécié

Si t'es branché et Googlisé !

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Le savon 2/2

Publié le par modimodi

Je ne sais pas si quelques uns de mes ancêtres ont été de chevelus Gaulois qui utilisaient déjà le savon de Marseille. Pline a rapporté qu'ils se rougissaient les cheveux avec un mélange de suif et de cendre. De là, peut-être a-t-on tiré des expressions toujours vivaces : "voir rouge comme César à Alésia, passer un savon ou se faire laver la tête". Auquel cas, le savon entre bien dans mon héritage historique ! 

En tout cas, cette collection commencée par ma grand-mère trouve, à mes yeux, une meilleure explication, bien plus logique. Ayant vécu les difficultés des deux guerres, elle avait eu à supporter les privations et la pénurie des denrées les plus élémentaires. Pain, lait, viande, beurre et même le savon s'achetaient alors, au marché noir. 

Dans ces périodes sombres, il fallait bien manger et garantir l'hygiène: nettoyer, lessiver, faire sa toilette. Le savon était au quotidien indispensable et précieux...

De douces années plus tard, dans mon enfance heureuse, en temps de paix, je me souviens du rituel de mes grands savonnages. Nu, dans la bassine d'eau chaude, ma mère pour me débarbouiller, me frottait énergiquement avec un savon au contact granuleux, tenant plus de la pierre ponce à récurer que de la caresse... La salle de bains et les savons doux et parfumés à la lanoline viendront plus tard avec l'évolution sociale et les changements des modes de vie.

Je me rappelle encore que même usé, réduit à l'état de morceaux cassants, il ne fallait pas le jeter ni le gaspiller. Le moindre petit bout de savon était placé au milieu du linge dans la grande lessiveuse qui bouillait sur le réchaud à trois pieds. Je peux ainsi affirmer que nous avons toujours lavé notre linge sale en famille.

Aujourd'hui, je comprends mieux pourquoi mémé Virginie aimait à répéter, lorsqu'elle avait accompli une lourde tâche ménagère : "Ah ! Mes aïeux, je suis rincée" ou pourquoi, d'autres fois , elle nous gratifiait d'un: "Ah ! Mes enfants, je suis lessivée !"

Dans cette ambiance familiale, de tendresse et d'affection mutuelle, d'ablutions et de blancheur nous n'avons jamais eu de problème d'amour propre !

Un jour,  au retour d'un voyage, mes parents ramenèrent des mini savons de toilette mis à disposition par l'hôtel. Joie de ma grand-mère qui se découvrit alors une vraie passion de collectionneuse. Avait-elle peur de manquer ? Craignait-elle une nouvelle disette ?

Toujours est-il que toute la famille et les amis qui connaissaient son emballement lui rapportaient systématiquement ces échantillons, qu'elle plaça d'abord dans une grande corbeille en osier puis qu'elle disposa en exposition dans la vitrine d'une bonnetière, fermée à clef! Je sens encore les odeurs fortes de parfums mélangés, pot pourri persistant de fragrances lourdes, mi-agréables, mi-écœurantes. Quand elle ouvrait la porte du meuble, immanquablement, elle disait: "ça sent le propre !"

Les conséquences de cette passion se propagèrent dans toute notre tribu, marquant les caractères de chacun. Ma mère était une acharnée du nettoyage, des lavages à grandes eaux savonneuses au savon noir. Le carrelage était décrassé, brossé, briqué et shampouiné. Le temps passé devant l'évier de la cuisine, de la buée plein les lunettes, l'avait distinguée du titre tendrement moqueur de scaphandrier des eaux de vaisselle! 

Ma chère sœur était mon aînée. Un peu précieuse, toujours en recherche d'effets, elle se maquillait joliment en cherchant à briller et à étinceler. C'est elle, qui chaque année voulait faire scintiller davantage le sapin de Noël au point, un jour de provoquer une surtension et de plonger le repas du réveillon dans le noir ! De là, tenait-elle sans doute, sa préférence pour le savon en paillettes.

Sa progéniture, d'adorables jumeaux, hérita de son atavisme. Prenant ensemble leur bain, ils découvrirent très tôt, grâce à la plongée de la savonnette dans le fond du tub, la poussée verticale du principe d’Archimède. Ils s'en amusaient, à celui qui la ferait remonter plus vite ou plus puissamment de l'eau. Ce fut le début d'une vie de petits génies.

Mes neveux, ces deux jeunots érudits, pétillants et brillants d'intelligence, étaient d'exaspérants petits Pic de la Mirandole. Ayant réponse à tout, ils désappointaient leurs maîtres d'école, qui chaque fois qu'ils s’efforçaient de leur apporter connaissances et explications, s'entendaient répéter en chœur: "Nous le savons, nous le savons !". Aujourd'hui, ils sont ingénieur et universitaire.

Moi, j'ai cumulé de nombreux profits de l'héritage familial. Même si je ne me fais jamais mousser, je peux reprendre une expression de mon petit-fils : "Ça baigne !" J'ai appris a faire le net dans mes relations. Je fuis autant ceux qui veulent laver plus blanc que blanc que ceux qui vous savonnent la planche.

Doux Jésus, la famille a d'ailleurs été épargnée par les sales affaires. Mis à part, l'oncle Pierre qui avait l'énergie d'un savon mou et que la famille avait en cachette appelé Pilate. En effet, il passait pour être fourbe et lâche, car devant chaque difficulté, lors de chaque échec, il affirmait en guise d'explications : "De toutes façons, je m'en lave les mains !"

Alors, moi je vis heureux, en soufflant sur les bulles légères et irisées de mon propre bonheur. Je prends consciencieusement plaisir, dans mes moments de loisirs, à coincer la bulle pour éviter qu'elle ne crève trop vite ! Mes cheveux en sont mêmes devenus tout blancs comme le savon à barbe qui met fin à ce récit peut-être un peu rasoir.

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Le cheval à bascule 2/2

Publié le par modimodi

Les sexes et les genres sont généralement différenciés par le choix des jouets. Nous étions trois enfants à la maison, une fille et deux garçons. Sans tomber dans les stéréotypes souvent répandus et tenaces, j'admets volontiers que si chacun jouait à la balle, sautait à la corde et câlinait son nounours, nos occupations ludiques étaient dissemblables. 

Ma sœur jouait avec ses poupées et son baigneur, sa dînette, son nécessaire de toilettes, sa trousse à maquillage, ses colliers de perles et ses bijoux à fabriquer, ses châteaux de princesse... Mon frère et moi préférions jouer aux billes, faire des courses de voitures, manipuler et guerroyer avec nos soldats de plomb, combattre en preux chevaliers à l'épée, tirer du revolver comme des gangsters et arborer nos panoplies d'indiens....

Mais ce que j'aimais le plus, c'était de me balancer dans mon cheval à bascule. Combien de fois, je m'y suis endormi, bercé par le mouvement lancinant qui oscillait ma vision d'avant en arrière et la troublait peu à peu, estompant la netteté des objets et du décor.

Je me revois encore enfourcher mon ami, en bois clair, m'asseoir à califourchon, sur la selle-siège, empoigner chaque bâton d'oreille et d'une poussée vers l'avant du corps commencer à balancer. J'ai tout de suite la sensation d'avancer, de trotter puis dans un rythme croissant de galoper. Au comble de l'excitation, je marque mon plaisir de bruyants éclats de rire tout en caracolant, les mains accrochées à la crinière de mon petit Pégase.

Même en grandissant, lors de la ducasse annuelle du village, je grimpais invariablement sur les chevaux de bois, qui en montant et descendant me donnait à nouveau, l'illusion de galoper. Rênes en mains, pieds calés dans les étriers, j'entreprenais des chevauchées débridées, renforcées par la vitesse du manège.

Je laissais à ma sœur la balancelle de son carrosse de princesse, tandis que mon frère tournait frénétiquement le volant de sa voiture de sport. Pour faire un maximum de bruit, il klaxonnait avec ardeur, en appuyant sur une belle grosse poire rouge, aux cris rauques et enroués. Au-delà du bonheur retrouvé de mon brave cheval à bascule, j'étais une fois perché, favorisé pour attraper le pompon qui donnait droit à un tour de manège gratuit.

Aujourd’hui le temps a passé pour me convertir en cheval de retour. J'évoque avec une douceur nostalgique ces amusements enfantins. Je mesure comment mon imagination m'a permis de vivre d'un cœur chevaleresque de folles aventures. J'imagine aussi qu'ils ont influencé ma vie.

On me dit à cheval sur les principes et toujours prêt à enfourcher le cheval de bataille de mes convictions. En effet, je ne me laisse pas désarçonner par la difficulté. Je suis plutôt franc du collier et n'hésite jamais à monter sur mes grands chevaux. Impossible de m'en balancer quand  je suis emballé de tous mes sabots par une noble cause.

Quelques belles pouliches ont testé mes côtés fringants et fougueux. Lorsqu'elles ont tenté de convertir mon jeu de dames en jeu d'échecs, je n'ai pas hésité à dévoiler mes aspects ombrageux et à prendre le mors aux dents... Je n'ai pas succombé à leurs jeux d'amour, lorsqu'elles ont voulu me bercer de promesses et d'illusions pour me faire tourner bourrique. Sans ruer comme une rosse, je suis alors parti, à bride abattue, battre la verte campagne.

"Qui veut voyager loin ménage sa monture". Aujourd'hui, c'est moi que je cravache pour garder la joie de jouer avec les plaisirs de la vie, sans être vieux jeu... Je ne suis pas un crack mais mon dada, c'est de dompter l'écriture et ses jeux de mots rythmés et renversants, du grand rodéo littéraire. Je veux divertir le plus grand nombre sans faire vaciller son intérêt ni le faire chuter dans la lassitude.

Je ne prendrais pas le risque de finir moi-même étrillé. J'occupe une grande partie de mes passe-temps à distraire chacun pour éperonner sa curiosité. Je m'efforce toujours d'emporter le lecteur, sans le désarçonner sur le cheval à bascule de l'émotion de mon enfance.

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La cafetière et le moulin à café 2/2

Publié le par modimodi

Aujourd'hui, avec les capsules, les dosettes à insérer dans la machine à café, vous ne percevez plus l'odeur d'arabica au moment du pressage, uniquement pendant le filtrage et le service en tasse. Le progrès a privé les dégustateurs de leur odorat pour privilégier le goût. C'est ainsi, qu'on vous fait voyager en vantant la typicité des cafés de pures origines (bourbon, robusta...), évidemment tous des grands crus de Brésil, Colombie, Equateur, Ethiopie, Pérou, Mexique, Egypte, Kenya, Jamaïque...

Alors, vous vous laissez séduire par les descriptions subtiles de leurs nuances: une force douce, légère, équilibrée, charpentée, corsée. Vous êtes intrigués par la nouvelle expérience que vous offrira un Maragogype, un Moka, un Sidamo, un Santos, un Excelso ! Votre imagination travaille pour spéculer sur la complexité de leurs arômes : fruités, floraux, épicés ou chocolatés. Vous cherchez des références différenciatrices pour retrouver la chaleur des déserts, la fraîcheur des hauts plateaux. Vous aimeriez bien être en capacité d'apprécier la plénitude des sensations de tous les parfums et les goûts promis: ronds, capiteux, boisés, herbeux et légèrement acides, sucrés ou cacaotés !

Leur provenance exotique et leurs qualités délicates s'affichent sur la carte du dessert pour en faire un argument raffiné de dégustation, voire rehausser le prestige de la table. Quelle insolence que le choix ! La tentation d'une nouvelle expérience ou la poésie des mots finit souvent par l'emporter. Tout ça pour ça ! Car il est un peu fort de café de commettre alors, le sacrilège de le sucrer ou d'y ajouter crème ou lait !

Si votre génération Moulinex, Nespresso a perdu la primeur odorante du café à moudre vous ignorez aussi le rituel de son élaboration. A l'époque, un même verbe résumait le parfait accord temporel entre "passer son temps et passer le café". Pour nos anciens, c'était le bon temps qu'il fallait prendre !

Pour y parvenir, Il faut disposer d'abord de trois éléments indispensables: une cafetière, de l'eau bouillante et un filtre. La cafetière en fer émaillé vert a un double usage, elle sert à le préparer et à le servir. D'abord, il faut transvaser les cuillerées de café moulu dans le filtre, un récipient conique posé sur le haut du pot, tapissé d'un papier absorbant, d'une toile, d'une sorte de bourse de coton. "A la guerre, comme à la guerre !" Dans les tranchées, une vieille chaussette faisait office de filtre. Vive le "système D avec la chaussette DD !"

Il ne vous reste plus maintenant qu'à verser doucement l'eau en ébullition sur la mouture et à la laisser gonfler, mousser et pénétrer, distillant en tombant un goutte à goutte de café odorant et infusé. Peu à peu, le bas de la verseuse se remplit, prête à la distribution du fameux breuvage qui sera servi délicatement dans une tasse ou un bol. Un exquis raffinement encourage même à disposer au-dessus du moulu, quelques grains de chicorée qui formeront un duo d'arômes, de saveurs douces et de goûts intenses.

En fonction du nombre de cuillerées, du dosage de café moulu, vous obtenez un café délicat, agréable, savoureux et doux qui vous séduit du bout de la langue. Dès la première gorgée, il enchante votre palais et reste long en bouche. 

Mais comme les Italiens, vous pouvez le préférer, tiré d'un percolateur, en expresso et ristretto, c'est-à-dire fort, puissant, charpenté et serré. Un franc réveil tonique garanti, contenu dans deux larmichettes mousseuses perdues au fond d'un rince-œil qui auréoleront vos lèvres d'une couleur café, crémeuse !

Faire un bon café nécessite du doigté et de l'expérience. Une casserole ad hoc permet souvent de doser la quantité de liquide frémissant bien mieux que ne le ferait le simple bec verseur d'une bouilloire. Sinon, vous noyez la préparation et vous obtenez un café clair, dilué, fade, insipide, une lavasse comme celle du front, appelée "jus de chaussette." Nous ne savons pas si cette dernière, mal rincée, accumulait au fil des opérations une teinte brune et s’imprégnait finalement de l'odeur tenace du café... Une chose est sûre ! Le liquide dans le quart, copieusement chargé de marc était à couper au couteau et donnait autant à boire qu'à manger !

Attention ! Si pour reprendre de temps en temps, dans la journée un petit jus, vous mainteniez la cafetière au chaud, à l'arrière, sur le fourneau, il fallait veiller à ne pas faire bouillir son contenu. Car comme le dit le dicton, entendu autrefois au café du commerce, entre clients accoudés au comptoir devant un petit noir et un pousse-café : "café boulu, café foutu !"

Voilà, si vous êtes vous-même frappé du café, au point de vous jaunir les dents, si vous parvenez à lire l'avenir dans le marc de café, si vous êtes un adepte frénétique de la pause café au travail ou du caf'conc' dancing dominical, rien n'est trop inquiétant ! Si vous pensez avoir un grain et si vous êtes moulu, écoutez "The coffee song" de Franck Sinatra en dégustant un café liégeois revigorant et arrêtez de broyer du noir !

Jacques Prévert réveille votre conscience et vous invite à relativiser en évoquant une situation bien pire, dans "La grasse matinée" : 

"Il est terrible

le petit bruit de l’œuf dur cassé sur un comptoir d'étain

il est terrible ce bruit

quand il remue dans la mémoire de l’homme qui a faim...

Ça ne peut pas durer

ça dure

trois jours

trois nuits 

sans manger...

Un peu plus loin le bistrot

Café-crème et croissants chauds...

L'homme titube

et dans l'intérieur de sa tête

un brouillard de mots

un brouillard de mots

Sardines à manger

œuf dur café-crème

café arrosé rhum

café-crème

café-crème

café-crime arrosé sang !...

Un homme très estimé dans son quartier 

a été égorgé en plein jour

l'assassin le vagabond lui a volé 

deux francs

soit un café arrosé

zéro franc soixante-dix

deux tartines beurrées 

et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon."

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