Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles avec #boite aux lettres tag

Du coq à l'âne ! Lettre d'un écrivain aux critiques et aux censeurs.

Publié le par archibald_06

Jean de La fontaine, n'a pas écrit de fable sur le coq et l'âne. Sans doute avait-il l'esprit un peu plus flamboyant et la crête plus conquérante que votre homme de plumes ! Je peux donc, Messieurs, sans craindre aucune rivalité, user et muser, à ma guise, dans la basse cour ou les champs d'honneurs.

J'ai l'esprit empâté et je vis déjà comme un coq en pâte, mais pas assez toutefois en allure triomphante de Chantecler ! Mes cocoricos n'éveillent pas la curiosité du Landerneau littéraire ni n'empourprent mes écrits, du sang de la colère et de la révolte de mon inspiration cocardière.

Petits critiques ergoteurs, je peux donc à ma guise voler, dans vos plumes en bataille de pamphlétaires. Cessez de me reprocher d'être un rustique littéraire, un terrien terre à terre et de passer du coq à l'âne. Oh ! Mais non ! Je ne vais pas faire ma poule mouillée pour quelques gratte-papiers, à la plume ébouriffée et acérée.

Je ne suis pas en cour, qu'importe ! Je le sais ! Pour que je puisse passer dans la cour des grands de la littérature, il me faudrait atteindre la Cour des Miracles ou écrire avec une plume de paon.... Mes infirmités sont innées et tenaces, elles demeurent, car elles ne sont pas feintes. Je ne suis pas Victor Hugo, simplement le Quasimodo, à l'écriture ronde bosse, et encore moins Bertold Brecht, mes œuvres ne sont qu'Opéra de Quat' sous !

Dans la cour de ferme, je chante le réveil de l'inspiration et je décrête fièrement, du haut de mon perchoir. Je coquerique mes bêtises pour le bétail ou la volaille qui caquette ! Ah Dieu ! "Veaux, vaches, cochons, couvées".

L'étable fait la loi ! Vive le style en poulets, qui fait glousser les dindes ! Vive la grosse farce pour dindons, les choux gras pour pintades, le gavage pour les oies et la soupe bourrative pour que les critiques puissent cracher dedans !...  C'est l'amer constat ! Pas un cancan, dans le canard du bec en coin, pourtant parfumé aux navets campagnards ! Bon hi-han, mal an, il n'y a que l'âne pour me saluer de son bonnet, heureux de me voir passer du coq à l'âne.

Je me sens stupide et balourd : Aliboron et Buridan, gentil Cadichon mais jamais, héros d'or d'Apulée ! Mes écrits vains d'écrivain décrié, font de moi, une bête de traits et de ratures. Je tourne en bourrique, gueule et brait mon infortune. Plus rien ne me retient de ruminer, ruer et piaffer, d'impatience contre tous les polémistes qui glosent et dénigrent, sans un pet de créativité !

Un jour, si j'ai l'occasion, je leur ferai moi aussi tâter de mon sabot, ils verront la force de mon coup de patte. La Fontaine a déjà rendu célèbre, mon coup de pied de l'âne et j'ai toujours en plus, du mordant en réserve. Ils peuvent sonner la charge, ma valeur n'attend pas le nombre des ânées !

Aujourd'hui, tous mes gribouillis sont offerts en pâture. Au lieu de me lancer des fleurs, je ne m'étonne pas qu'on dise que mon talent broute le ras des pâquerettes. Je reste abattu sur la litière du dépit... La curée et l'écurie, quelle vacherie !

Moi, qu'on dit bête à manger du foin à la fourche, je panse donc, j'essuie les revers, à tout crin, de tous les bêtes et méchants, qui m’étrillent, faute de savoir me passer la brosse à reluire. Ça fait un bail que ma prose ne trouve plus preneur et fait bâiller. Personne ne veut me louer, les lauriers sont coupés et déjà mis en couronne pour mon oraison funèbre !

La barbe, si je biche encore ! L'insuccès me fait tourner chèvre mais l'optimisme béat l'emporte malgré moi. Comme la chèvre de Monsieur Seguin, j'espère que la réussite viendra un jour me tirer par la barbichette. Je suis toujours prêt à me perdre en cabrioles, dans la montagne des illusions orgueilleuses.

Pas de jugements dithyrambiques, tant pis ! Je me console des avis dépréciateurs, en pensant que de leur vivant, tous les génies ont été incompris ! Je me réserve le luxe d'un dernier coup de corne d'abondance de ma déveine littéraire. Les dieux de la poésie sont des satyres et des faunes aux pieds de chèvre, ils m'ont pris pour leur bouc émissaire. Je suis Capra Ibex ! Bouquetin premier ! Tant pis ou tant mieux ! C'est sûrement kif-kif bourricot !

 

Voir les commentaires

Train de vie ! Lettre à mon estivante !

Publié le par modimodi

" Ma douce, mon estivante ! Tu as pris le petit train touristique : les plages, la vieille ville, le port, la mer ! Tes yeux ont la flamme du soleil, tu es harmonie et lumière dans l'azur brûlant de la Riviera. Le temps est suspendu aux battements de ton cœur.

C'est l'été, tu te reposes pour reprendre des forces. Jouis, ma tendre amie, de la douceur méditerranéenne. Ô mon héliotrope, fais le plein de plein ciel, de clair bonheur et de douce énergie ! Sois à jamais le ruban bleu ciel accroché à l'écharpe des nuages qui voilent parfois mon cœur, dans la saison d'hiver.

Depuis tant d'années, nos routes se sont croisées et nous nous sommes accordés. Je t'ai déjà célébrée et je t'exhorte encore. Toi, qui marches à mes côtés, à pas comptés, à marche forcée, pèlerin de la vie, ma compagne de route, tiens bon le rythme et la cadence !

Il n'y a qu'une semaine que tu es partie. Tu ne reviendras qu'à la fin du mois et tu me manques. J'ai hâte de te serrer dans mes bras sur ce quai de gare...

Nous n'avons pas souvent l'occasion de nous écrire. Je profite que tu sois, ces quelques jours loin de moi à profiter de vacances bien méritées pour me livrer et t'exprimer mon amour. Je ne connais pas ton passé, aussi je l'imagine ! Je sais seulement que ta personnalité compose notre bonheur et donne une importance essentielle à ta présence à mes côtés.

Tu es une météorite tombée du ciel de lit, un grain de sable d'éternité, un tout petit caillou roulant sur le chemin de l'existence. Par tes confidences chuchotées sur l'oreiller, je n'en n'ignore plus grand chose !...

Ta famille t'a ouvert la voie, celle de maman était lactée. L'école t'a fait faire tes classes et la vie donné des leçons... Sur la voie, très tôt, tu étais ferrée ! Mais l'important du circuit ferroviaire, c'est toujours le bon aiguillage ! Tu as eu cette chance ! A la croisée des rails, au carrefour, de tes expériences sociales ou amoureuses, c'est plein d'entrain et d'espérances que tu as cherché ta destination. Ta route est ainsi faite de destins aux rails parallèles. Par la vitre du compartiment panoramique, tes rêves filent encore vers la lumière et les étoiles.

Descendue du marchepied, tu as cherché le sentier de la gloire et arpenté les allées de la réussite. Tu as pris le chemin des amours printanières, au vert tendre des noisetiers. Tu as suivi, entre deux mirages, la piste des caravanes et couru à perdre haleine, le marathon des jours. Tu t'es tracé un itinéraire, souvent sans carte ni boussole, en évitant, perte de trajectoire et sortie de route, voie sans issue, voie de garage ou déraillement. 

Je t'imagine fort bien hier, active et entreprenante, moderne, curieuse et ouverte à ton environnement ! D'ailleurs, à l'époque, je suis certain qu'il n'y a pas de train-train dans ton existence ! Dans l'agitation de ton esprit, tu ne connais pas la routine. L'actualité te file le train : autoroute de l'information, T.G.V. du quotidien, activités sans arrêt, ni salle d'attente. Chaque étape de ta vie, chaque station est un passage à niveau.

Comme tes semblables, tu as été poussée à monter dans le train de la mode, aux wagons de pubs pour citadins et de réclames pour banlieusards, aux rames bourrées d'indispensables futilités. Mais tu leur as laissé, j'en suis sûr, cette course au paraître !  Tu en as perçu les risques et périls dans ses fallacieux et périlleux aspects ! Tantôt sur circuit de formule 1, comme une dangereuse compétition au chrono ou tantôt comme une course au standing, en première classe exigée, en mode express, dans le train de luxe de la vie...

Tu es prudente comme moi et c'est sans manière, qu'aujourd'hui, tous les deux, nous savons qu'un jour, au dernier cri, nous serons passés de mode. Car si un train peut en cacher un autre, le train de la vie cache hélas, le dernier convoi qu'on ne voit pas arriver à train d'enfer et qui nous débarque, au terminus, sans crier gare !

Qu'importe cette menace et cette angoisse existentielle ! Nous cherchons tous deux, le bonheur et l'amour et nous désirons, sans repos ni répit, leurs bons de transports. C'est pour cela que toi et moi impatientons, sans nous soucier, sur le quai, plein à craquer, avec un billet, aller simple.

Course contre la montre du temps, tyrannie des horaires ! Jour après jour, nous prenons l'omnibus, voyageurs sans bagages. Nous empruntons le train de vie, le train de notre vie, dans la lumière des sémaphores qui balisent notre parcours et les cloches électriques qui nous tiennent en éveil. Nous roulons vers notre destin, le malheur est à la consigne ! En voiture, la vie et l'amour ! Amour, reviens-moi, plein d'entrain !"

 

Voir les commentaires

Boîte aux oubliettes : lettre en absence 2/2

Publié le par modimodi

 

Pourquoi veux-tu me délaisser et laisser au mauvais vent d'oubli ma boîte aux lettres ?

Quel gaspillage de temps et d'écriture, d'élans et d'expressions spontanées ! Autrefois, nous laissions parler nos sentiments, tous deux exaltés et intarissables d'éloquence. Pourquoi supprimer ou laisser tarir les preuves matérielles de nos cœurs en correspondances ?

Nous étions en symbiose épistolaire. Toujours de l'authentique, jamais de vulgaires copies ou d'emprunts dans la prose de quelques romans de gare. Notre amour véritable pouvait se lire entre les lignes. Ma boîte aux lettres était comme une salle d'attente pour mon cœur en consigne. Je n'imaginais pas t'attendre un jour, au terminus.

Notre passion avait ses lettres de noblesse et toutes les majuscules de l'AMOUR. Nous pouvions y puiser toutes les combinaisons inspirées pour décliner nos sentiments en lettres de feu de joie ! Nous avions l'humeur fantaisiste et vagabonde, notre boîte était débordante d'imagination.

Aujourd'hui, le clavier noir de mon ordinateur ou de ma tablette les a figées. Plus de belle écriture. Elles attendent mon doigt ou mes pouces pour marteler les mots d'une passion virtuelle.

Hier, ma main imposait sa pression à la plume choisie, grasse, légère, épaisse. La trace était sonore et visuelle, je te faisais signe. La conception de mes désirs se transposait sur chaque page. Le froissement, l'effleurement ou la griffure sur le papier étaient un prélude à notre sensuelle expression physique, à nos prochains et soyeux touchers. En gravant, toi et moi, nous apprenions à nous aimer.

Nous prenions notre pied au pied de la lettre et nos lettres comme nos corps étaient liées et déliées, penchées et entrelacées dans les jambages. Nous en possédions l'élégance. Notre sincérité avait un accent grave, nos cris, de petits accents aigus, notre étonnement, un joyeux accent circonflexe. Aucune faute de grammaire pour exprimer l'intensité des émotions.

Au plus profond de nous-mêmes, nous allions puiser l'essence de nos sentiments dans l'étymologie de l'amour ! Tous nos mots étaient consacrés. De la racine de nos vibrations phonétiques à la terminaison de nos vocables, nous en exprimions toutes les nuances à chaque missive échangée. Chaque pli cacheté frémissait de la puissance de notre sensibilité et du bruissement de nos écritures, caresse impatiente et fiévreuse de la plume sur le papier. La boite aux lettres de nos désirs, porte de rêves et d'évasion en frissonne encore.

Chaque écrit était sans équivoque, expressif, pittoresque, lyrique ! Nous nous aimions au sens propre, le sens figuré n'était que stylistique. Notre langage était clair comme la lumière en nos pensées et la clarté dans nos désirs.

Mais aujourd'hui tout a changé. Pas besoin de me l'envoyer dire. La boîte aux lettres vide est le symbole de ton amnésie. Plus d'autre envoi désormais que moi-même sur les roses et quelques inutiles dépliants publicitaires !

Je vois bien que tu manques à ton serment par négligence ou reniement. Tu me jettes aux oubliettes de notre histoire comme un manuscrit à l'oubli des esprits. J'ai tout le temps de méditer dans ma cellule de réclusion et de chercher si nos écrits avaient quelques lacunes.

Je ne les ai pas chiffonnés de colère ! Je les regarde, ému de constater que les couleurs sont défraîchies, laissant un sentiment d'estompe et de flou... Il est paraît-il possible aujourd'hui de restaurer les teintes et les images... Pourrais-je retrouver l'état d'origine de notre amour, au moins son apparence lustrée et ses reflets moirés ? Je te promets alors de n'en retoucher aucun détail.

Je les relis attentivement un à un. Je ne trouve pas de troubles graphiques, de lettres géminées dans une écriture bâclée, par trop abrégée. Pas de caractères mal formés, ambigus, pas de lapsus calami. Pas de lettres empâtées par excès de taches d'encre dans des épanchements exaltés. Pas de trous de plume agressive par élans impulsifs ou de ratures par hésitations affectives.

Pas de lettres illisibles ! Non ! De la calligraphie en toutes circonstances et des adresses bien rédigées. Pas de grimoire, de texte torchonné, pas d'enveloppes déchirées. Pas de manque de franchise ou d'affranchissement, un amour plein de cachet comme une lettre à la poste !

Je t'envoie sans répit des lettres, des télégrammes, des S.O.S. Aucune réponse à mes dépêches, pas un signe, pas le moindre courrier ! Pas même une lettre de condoléances ! Mes lettres recommandées me reviennent avec la mention : "Retour à l'envoyeur". Je me fais taxer par toi, d'indifférence. Dois-je encore attendre devant ma boîte aux lettres, le fameux facteur chance ?

Voir les commentaires

Boîte aux oubliettes : lettre en absence 1/2

Publié le par modimodi

Où est cet heureux temps où ma boîte aux lettres débordait de tes missives parfumées, où ma boîte vocale saturait de tes impatients appels, où chacun de tes SMS me murmurait : je t'M, t'M, t'M !

Je n'ai jamais voulu t'enfermer ! Aucune soumission, nulle entrave, tu es libre comme l'air, pas comme un courant d'air !

Je pensais simplement n'être ni une contrainte, ni un caprice de ton cœur, ni une conception sans choix, ni une fantaisie de ta spontanéité ! J'avais cru que tu m'avais mis en en-tête et que j'étais ton unique destinataire. Je n'imaginais pas que la flamme que tu m'avais déclarée était une flamme d'oubli.

Cette flamme d'oblitération sur ta lettre d'amour était pour moi la preuve de ta foi en moi, ton cachet personnalisé. J'ignorais que tu connaissais l'étymologie du verbe oblitérer : faire disparaître, rendre illisible et incompréhensible, effacer, faire oublier...  

Voulais-tu donc t'enflammer pour mieux disparaître progressivement de mon souvenir ? Si les paroles s'envolent au vent de l'absence, les écrits restent dans la poussière du temps. Ne fais pas de moi, un écrivain aux vains écrits.

Mon cœur est un coffret en bois précieux. Le papier jauni de tes lettres garde ton empreinte, l'illusion de ton parfum n'en finit pas d'enfleurer mes émois, tes mots gardent dans ma gorge muette leur force brûlante. Il aurait fallu m'aveugler ou brouiller ma vue pour que je ne puisse plus les lire. Tu aurais dû les écrire à l'encre sympathique pour les rendre invisibles. Mais en mes souvenirs, rien ne s'efface ni ne s'estompe. Tu es inoubliable et vitale comme un battement de cœur !

Si chacun garde à jamais sa langue maternelle, l'amour est la seule langue universelle qu'on ne peut mal dire ou désapprendre. Toujours vivante, elle s'invente un espéranto qui laisse de l'espoir à chacun, un signe dans les sentiments et la pensée de l'homme. Nous parlions en puristes cette belle langue. La tendresse était notre syntaxe.

Aujourd'hui, tu as voulu renoncer au vocabulaire et fuir la grammaire de nos sentiments. Tu t'es exilée, tu fais défection littérale. Tu manques à l'appel, tu restes lettre morte. Ma boîte aux lettres est une boîte aux oubliettes. Elle est désespérément ouverte aux courants d'air, bouche béante en hiver pour abriter des oiseaux de passage.

Fente gravée dans l'attente, elle bat au vent, au rythme de mon cœur. Elle s'éclaire par intermittence d'une lueur de chance, elle prend, au hasard des souvenirs, la lumière d'une de tes anciennes promesses. Elle est un œil ouvert sur le vide de ton absence. Elle n'est plus qu'une simple trouée, un passage frayé dans les broussailles d'un bonheur à retrouver.

Après avoir fait le cœur buissonnier, elle espère encore ton retour au nid, elle guette la trace de ta plume. Reviens ma belle oiselle, ma douce, ma colombe et que ton bec verseur dépose ses messages fleuris de poésie.

N'abandonne pas ce vide que tu offres au silence. Je ne peux être une faille, un simple trou vacant laissé en ta mémoire. Tire-moi de l'oubli ! Moi, je suis en poste restante, toujours à la même adresse. Je t'attends et t'attendrai toujours ! 

Si tu ne veux pas être en boite, tu peux venir déposer tes missives en mains propres. En moi, tu ne peux pas te perdre. A jamais, tu es assurée de me retrouver.

Voir les commentaires

Le chapeau : Lettre aux amoureux

Publié le par modimodi

Messieurs, les amoureux, pratiquants de l'amour,"Sortez couverts !" Ce slogan médiatisé et rabâché vous incite à acheter des préservatifs et à mettre votre petit chapeau pour entrer ou sortir, lors de vos dévotions à la grotte des plaisirs... Enfants de Marie, s'abstenir !...  Cet hymne en voix de tête, n'est pas pour vous !

Oui ! Oui ! Mes petits paroissiens, je vous assure que je connais des têtes de nœud qui ont appliqué ce conseil. Elles se sont ainsi préservés de penser profondément en o-pinant à tout. Petites ou grosses têtes, après s'être fait crêper le chignon, elles n'ont pas dû porter officiellement le chapeau !

Voici donc, la païenne litanie à psalmodier du bout des lèvres. Elle renouvelle peut-être, un peu le chant de la turlutte, tututte, chapeau pointu !

"Y'en a qui ont le melon et d'autres le chapeau mou, y'a des têtes à claque et des hauts-de-forme à calotte cylindrique ! Y'en a qui sont toqués d'amour et qui ne savent plus où donner de la tête ! Y'a des têtes de pipe culottées et même décalottées. Y'a de jeunes étudiants, des bizuts qui ont la faluche impudique et exhibent leurs pompons ! Y'en a même qui ont des chapeaux ronds, sûrement des marins bretons ! Des Jean-Yves costauds, qui ont la tête près du bonnet !

Y'a des as de la tête à l'envers et qui font des têtes à queue ! Y'a des fortes têtes qui s'entêtent à ne pas porter le chapeau et d'autres qui vous entêtent du parfum des petites vertus !... A en baver des ronds de chapeau, moi, je vous le dis !

Y'en a qui, sur les chapeaux de roue, dégomment et dérapent à vouloir foncer, tête baissée ! Heureusement ! Je ne connais pas d'enragés ou de gloutons à la mords-moi le nœud qui se soient fait manger leur chapeau. Juste cabossés ! Nom d'une pipe !

Y'a des artistes et des rêveurs, des têtes de linotte qui pour être original au plum' ont la plume au chapeau ! Y'a des prudents qui ont peur de capoter et qui ne veulent pas se laisser déborder. Y'a des basques qui enfoncent leur béret jusqu'aux oreilles et des poulbots qui se préservent hâtifs et se vissent la casquette. Y'a des têtes de turcs enturbannées et des délicats qui cherchent toujours des modèles en velours ou en soie pour leurs coups fourrés.

Y'a des puritains qui ont peur de se prendre un coup de mitre ou de tiare sur la tête et auxquels leur religion interdit d'accrocher un chapeau à leur sacré porte-chapeaux !... Si elle n'en veut pas, remets-la dans ta calotte... Oh ! Toi, le jeune séminariste, jeûne et abstinence ! Marie doit rester vierge ! Lex, Durex lex, sed lex !... L'amour est un heureux hasard comme le divin plaisir qui se prend au doigt mouillé, comme l'eau bénite dans le bénitier !

Par contre, y'a des partisans de l'amour libre, des incontrôlables impossibles à chapeauter ! Y'en a qui n'ont pas la tête à porter le chapeau et qui, sans avoir le caractère rigide, refusent fermement de s'affubler ! Mais après le coup du père François et du polichinelle dans le tiroir, il n'y a pas de ballon d'essai. Quand retentira : "il est né le divin enfant", peut-être seront-ils alors contraints de porter le chapeau !

Y'a des fervents amoureux qui travaillent assidûment du chapeau et qui font grand honneur, à l'expression : "L'amour ça décoiffe !". Y'en a qui n'hésitent pas à donner au passage, un petit coup de barrette ou de chapeau à droite ou à gauche à quelques besogneuses en charlotte.

Mais assagis, une fois qu'ils ont trouvé l’âme sœur, ceux-là ôtent définitivement leur chapeau devant leur dame ! Espérons que la vie conjugale leur évitera de se faire coiffer et de devoir porter d'abondance, bicorne ou tricorne."

Voilà ! Reprends ta respiration !... Chapeau bas, lecteur amoureux et têtu, si tu as tenu jusqu'au bout, la lecture de ce texte un peu gonflé, qui se répand dans une facilité linguistique, un peu trop spermissive. Moi, l'amoureux passionné des mots et de l'amour, je t'en ai fait voir de toutes les couleurs et je crains même ta débandade à me payer si gentiment ta tête !

Même si le sujet est plutôt juteux, je crains fort que tu n'y aies compris goutte. Ce serait sûrement heureux pour mon honneur de petit écrivain, avec sa plume, flamberge au vent !

Oh oui ! Je sais ! Je ferais mieux de me presser le citron ! Mais je me gorge de prétentions enflées, je fais bande à part et je boursoufle dans un style turgescent d’orgueil littéraire pour bibliothèque rose.

Je te le con-cède ! Mon talent ce jour, est sur la corde raide ! Il me passe par-dessus la jambe et déborde sans le moindre espoir d'atteindre le dessus du panier ! Allons, rassure-toi quand-même, je ne ferai pas comme V. Hugo. Je ne mettrai pas "un bonnet rouge au vieux dictionnaire." Je prendrai mon pied, au pied de la lettre !

Je garderai haute, ma petite tête en l'air ! Peut-être, suis-je en train de découvrir chez moi, une vocation de modiste contrariée... Mais oui ! Mais c'est bien sûr ! Elle est forcément pour bibi, l'expression toute trouvée : travailler du chapeau !

 

Voir les commentaires

Le tire-bouchon : lettre au pauvre pêcheur

Publié le par modimodi

Pauvre prêcheur que je suis ! Pauvre pêcheur que tu es ! Il nous faudrait un tire-bouchon mais nous n'avons qu'un hameçon !

Nous sommes frères sans le savoir ! Toi, tu pêches par passion moi, par manque de modestie !

Même destin, même ligne de conduite ! A la fin de ma ligne d'écriture, au bout de ta ligne de pêche, toi, tu amorces et tu tends un appât aux poissons, moi, j'esquisse et je tends des appâts à ma muse !

Toi, tu jettes et lances ta ligne à l'eau moi, je me lance et je m'y jette ! Mais vaine attente ! Pas de poisson vorace, pas de muse attirée ! Rien ne mord à l'hameçon ! Alors d'impatience, tu tires, tu tires sur le bouchon, et moi, j'étire, j'étire ma tirade mais la chance s'est déjà tirée ! Elle tire-bouchonne en faisant des ronds dans l'eau et des remous dans l'encre !

Avec toi, ils peuvent rester heureux et vivre vieux, tous les poissons !... Peut-être que tu pousses un peu trop loin le bouchon dans l'eau comme moi, dans la facilité ! Quand tu crois faire une touche, ta ligne chargée de plombs plonge et s'enfonce. Tu espères avoir fatigué le poisson mais tu ramènes un pneu crevé ou une godasse à la semelle édentée.

Idem ! Quand je crois avoir ferré l'idée, ma pensée plonge et je m'enfonce ! N'ai-je pas assez de plomb dans la cervelle ? Résultat commun : déception au bout de la ligne ! Poisson d'avril ! Y'a que lui qui frétille !

Si tu espères la pêche miraculeuse, tu peux t'armer de patience et bâiller comme une carpe en attendant que ça morde ! Rêve les yeux dans les vagues et dans l'eau. Alors, il te sera difficile d'hausser le thon, d'harponner le poisson-volant, de capturer le poisson-chat, de réveiller le poisson-lune, de faire avancer le mulet et de faire trotter l'hippocampe !

J'ai moi-même tenté de ravir les muses en les appâtant de mes mots doux ! Mais piqué au jeu, c'est moi qui me suis fait prendre à l'appel des sirènes. Érato a trouvé mes élégies tendres mais trop tristes ! Euterpe et Polymnie ont moqué ma poésie dissonante aux pieds tordus et piqué tous les vers au bout de mes lignes.

Impossible de m'écrier : "A la fin de l'envoi, je touche !" Le succès m'a fait le pied de "Nez". Au final, ce sont elles qui m'ont jeté le trouble et ramené dans leur filet,  mort d'amour et séduit par leurs tournures littéraires ondoyantes. Hélas ! Elles se sont détachées et dérobées, en n'offrant à mon style que de superbes queues de poisson !

D'énervement, tous deux nous aurions bien le droit et l'envie de noyer le poisson ! Car, plus le temps passe comme l'eau sous les ponts, plus nos vies ressemblent à une partie de pêche de nos passions filantes comme des poissons !

Elles nous précipitent dans la nasse des jours. Impossible de s'en échapper ! Les ans coulent dans l'entonnoir et accumulent leurs bouchons au goulot d'étranglement. Nous sommes pris dans l'embouteillage du temps et de l'espace. Il nous faudrait plus que jamais un tire-bouchon universel inoxydable mais notre destin s'en tamponne. Il nous entortille dans les circonvolutions du Hasard. 

Pauvre prêchi-pêcheur que je suis ! J'aimerais bien avoir un tire-bouchon pour déboucher les oreilles de ma muse ! Pourquoi n'ai-je qu'un hameçon pour taquiner le goujon de l'inspiration ? Ne devrais-je pas arrêter de mettre ma plume en tension et l'encre en ébullition, dans l'encrier sans fond de mon cœur tourbillon ?

J'ai sacrément dû lui en boucher un coin car la Providence s'est bouché les yeux et les oreilles. Elle est sourde comme un pot bouché à l'émeri ! Avec elle, je cours le risque d'être le dernier bouche-trou de la littérature ! Pour déboucher l'horizon et les perspectives de ma muse, où trouverai-je le tire-bouchon magique ? Il me faut, sans aucun doute, bien plus qu'un poinçon pour piquer l'impression, éperonner l'expression et pêcher l'émotion !

Mais sur la berge, nous voilà, tous deux bredouilles ! Avec l'âge, on prend plus de chimères, d'épinoches et de brèmes que de poissons d'argent. On prend de la bouteille que l'on jette à la mer ! En vain, pas de réponse ! Nous buvons la piquette de l'amertume et du dépit jusqu'à la lie. Nous ne sommes pas comme les bons vins, nous ne bonifions pas en vieillissant. Toi, si ton épuisette et ta bourriche sentent le renfermé, moi, je repousse du goulot de mon encrier ! Nous sommes sans doute, mal embouchés, nos espoirs sont éventés !

Nous cherchons des débouchés mais la vie qui nous fait des tours de cochon ne nous donne pas le bon tire-bouchon, elle nous vrille. A tire-larigot, elle nous le fait à l'estomac et joue les tire-au-flanc. Pas moyen de fuir à tire-d'aile d'oiseau lyre ou à grands coups de nageoires.

L'expérience nous conseille  peut-être d'imiter le poisson. S'il veut sortir la tête de l'eau, il ne doit pas rester ferré au bout de la canne, agrafé à son leurre, à ramasser à la cuiller. Si le tire-bouchon veut remplir son office, il doit se pousser du col et se détacher du bouchon.

Gentil pêcheur, garde ta ligne de flottaison ! Inutile de tirer sur tout ce qui bouge ! Écrivain, accroche-toi à l'idée comme le tire-bouchon au flacon. Sois de mèche avec elle. Ne donne pas dans le vice de l'hermétisme, tire-toi de ce mauvais pas en lui tournant le dos. Prends appui sur ta pensée et élève ton esprit !

Si les belles lettres sont des vins de grande garde, pour libérer leurs arômes, je dois moi aussi creuser comme le tire-bouchon, dans le bon sens et trouver le levier qui soulèvera l'inspiration. Elle doit jaillir, elle doit sauter comme un bouchon de champagne sans coincer la bulle au tirage ! Perçons ensemble ami dans l'existence, hâtons-nous avant qu'elle ne nous taraude ou que le bouchon ne s'effrite ou ne casse !

Alors tu vois, je me réjouis de notre entente. Quand tu visses, moi je dévisse et réciproquement ! Nous tournons en rond comme une hélice ! Ta ligne flottante zigzague comme un ruban au vent. Moi, je m'enroule avec ivresse dans les boucles de mes expressions alambiquées. Chacun de nous tire-bouchonne comme la queue des comètes dans son ciel d'illusions. 

Au fond, nous ne sommes que de pauvres pêcheurs !

 

 

 

Voir les commentaires

Lettre aux marchands de soupe 3/3

Publié le par modimodi

 

La vache maigre et enragée est dans la garbure. Les ânes ont droit à la bouillie d'avoine ! Vous-mêmes, marchands de soupe populaire, vous n'êtes plus qu'un cheveu sur la soupe de la masse laborieuse. Mais avant même que le rouge de la honte ne vous monte au front, le peuple pourrait bien décider d'y monter à son tour !

Le plat de résistance des convives enfarinés et trempés comme des soupes par des pluies de promesses leur a été servi ! Pour les sans dents, c'est le plat idéal. Mais les malheureux n'ont pas le temps de la becqueter, tout contraints qu'ils sont de devoir continuer à faire bouillir la marmite. Au final, bien avant la lutte, tous sont affamés de ne plus casser que des croûtes de pain rassis et de devoir toujours boulotter et manger, sur leur pouce en deuil, les denrées défraîchies d'une cuisine électoraliste !

Vous espérez les faire manger à la fortune du pot aux roses ! Quand ils le découvrent, ils ne trouvent qu'un déluge de déceptions en traversant le pot au noir ! Vous les noyez dans un potage de belles paroles. Votre écrasé de bonnes prédictions n'est qu'un pot-pourri de lieux communs ! Oh ! Qu'est-ce qu'ils prennent et dégustent ! Le bonheur, c'est toujours pour demain !

Bisque ! Y'a pas de homard au menu, y'a que des lézards ! Oh ! Bien sûr que vous ne coupez pas l'appétit ! Vous ne coupez que les pattes aux indigents qui font la queue aux épiceries solidaires ! D'ailleurs, plus personne n'est dans son assiette et ne veut mettre d'eau dans son vin.

Mais le comble, affreux petits marchands, c'est que vous trempez dans de sales combines et que votre chabrot est en plus tout glacé ! Attention ! La vengeance aussi risque de se manger, froid comme un gaspacho épicé ! Je crains bien, qu'à force de cracher dans la soupe et faute d'oseille, la soupe de larmes finisse par noyer complètement le reste de soupe comestible que le bon peuple avait baptisée aux suprêmes gouttes d'espoir.

Dites-donc, les mauvais marchands de soupe, n'y aurait-il pas tromperie sur la marchandise ? Ne devriez-vous pas plutôt, vous reconvertir dans la panade ? Vos potages sont des compotes pour pauvres poires en marmelade. Vous nous mettez allègrement dans la purée comme de pauvres pommes en attendant probablement que nous sucrions les fraises. Il est temps d'ouvrir une nouvelle cantine et de vous remettre à la popote !

Marchands de soupe, ne bâclez pas trop vite votre service citoyen ! Ne mettez pas trop vite le couvercle sur la soupière car le drapeau noir pourrait bien flotter sur la marmite ! Le peuple réclame une généreuse crème d'Argenteuil pas un maigre potage d'argent-deuil ! Attention à ne pas finir dans le court-bouillon, une arête en travers du gosier !

Vous avez beau faire partie des grosses légumes, si le peuple chaud bouillant est las de blanchir sous le harnais, vous blanchirez à votre tour et vous serez ébouillantés ! C'est le destin du "pot-bouille", la médiocrité communautaire, répandue à tous les étages ! E. Zola, hélas, n'a pas pris une seule ride ! L'eau de vaisselle est comme l'eau du baptême, éternelle !

A la fortune du pot, vous pourriez bien un jour ou un grand soir, rencontrer Ravaillac qui, le couteau entre les dents, vous liquiderait en deux coups de cuillère à pot et vous ferait goûter à la soupe au sang et aux fruits rouges ! A force de promettre la carotte, vous pourriez être forcés de déguster un potage Crécy et de devoir vous mettre pour cent ans à la soupe anglaise, voire même de finir à toutes les sauces !

Mieux vaudrait comme peut-être vos ancêtres, ne pas s'attacher aux pots de colle et fréquenter La Dubarry, une vraie comtesse, une fleur d'amour royal, un petit chou ! Alors, évitez par-dessus tout, les vieux croûtons et Nini Peau de chien ! Préférez les dés de la chance des belles Juliennes à la compagnie des gros poissons !

Car même si les belles jardinières vous mettent dans le potage, sachez qu'à la fortune du pot aux roses de l'amour, c'est quand même bien souvent la vie de château et qu'il n'est pas toujours en vin, "l'élixir d'amour" !

Mais sachez surtout, qu'à la fortune du pot aux roses et aux épines, le peuple aimé finit par prendre son bonnet et la Bastille et qu'il sera alors trop tard pour essuyer "una furtiva lagrima."»

 

Voir les commentaires

Lettre aux marchands de soupe 2/3

Publié le par modimodi

 

Ils nous ont rassuré et garanti que nous aurons de la soupe revigorante. Ils ont tenu leurs promesses ! Dorénavant, à tous les repas, nous avons de la soupe de glands pour cochons de payants. Comme aux mauvais vieux temps de la crise, nous dégustons la soupe aux châtaignes et aux topinambours. Nous réchauffons notre soupe paysanne aux pois chiches tout chiches. Nous la dégustons à satiété.

Nous avons cru au beau slogan : "le changement, c'est maintenant !" C'était promis ! Pour une bouchée de pain, le nouveau grand marmiton, couronné d'étoiles allait pouvoir nous faire goûter au grand bonheur du changement. Place à une cuisine naturelle, équilibrée et plus digeste, tout en douceur !

Oh ! L'amer constat !  Au buffet campagnard du banquet républicain, le velouté à volonté n'est souvent qu'une lourde et aigre soupe aux boulettes !

Marianne est aux fourneaux ! On ne va pas tuer l'emblème gaulois et sacrifier le coq en vain ! Non ! Il se mitonne une bonne poule au pot de chambre de l'assemblée nationale ! Comme "nul n'est censé ignorer la loi", nous devrons tous boire goulûment le bouillon, à toute heure ! La soupe est brûlante, on souffle, on souffle dessus !

Les députés qui mijotent sur les travées chauffées à blanc, en coinçant la bulle, ont promis de nous gaver pour s'occuper de nos mines dépitées ! Voilà notre pitance ! Nous pouvons toujours bouillir et rebouillir nous aurons du réchauffé largement annoncé dans les médias !

Et paradoxalement, c'est toujours après nous avoir mis à la diète qu'on veut nous redonner confiance et appétit ! On nous serre la louche en province ! On pêche nos voix à la cuiller ! On nous sourit en plein écran au 20 heures ! Nous sommes des crèmes de citoyens ! Alors, plus de sousoupe pâteuse, plus de rata ! C'est promis et clamé ! Nous allons sortir de la purée !

En fait, comme de braves petits soupiers, nous ne sommes plus de corvée de pluches car on va nous peler et nous écosser, nous assaisonner et pour finir nous faire boire encore et toujours le bouillon clair, de plus en plus clair. Mais sachons-le, c'est pourtant, toujours nous qui faisons bouillir la marmite car le régime végète à rien !

La nouvelle gastronomie est assurée par des huiles, garanties entièrement bio comme les salades qu'elles vont nous servir et qui nous mettront sous pression, à froid ! Avec quelques cuillerées d'huile de foie de morue, en deux coups de cuillère, à peau, à fleur de sel et de peau, les promesses seront réduites en bouillie. On nous fera tout ingurgiter et avaler, grâce à la soupe minute, moulinée et prête en un rien de temps.

Pour les coups durs, tout est prévu : la soupe aux pousses de bambou ! Nous aurons même double ration : le coup de pouce avec le coup de bambou. On nous remuera les sens pour nous émouvoir et nous émulsionner les idées pour au final, nous ramasser à la petite cuillère !

Hélas ! Hélas ! Notre soupe maigre manque de radis et nous restons farcés, dans les choux farcis au petit salé des hausses permanentes. Nous ne sommes qu'une patate douce qu'on a prise pour une truffe. Nous n'allons pas chinoiser ! A l'enseigne de la pénurie, nous avons table ouverte et du bol pour une bonne soupe aux peanuts et aux vermicelles !

Pour pouvoir crier, "Madame Marianne, la soupe est servie !", nous voilà cuisinés aux petits oignons ! Vous frémissez, nous bouillonnons, on nous écume ! C'est la nouvelle diététique d'un régime minceur porté à ébullition !

Certains coincent la bulle pendant que d'autres dégustent la soupe aux cailloux et aux orties ! Ras la casquette et ras le bol, du velouté allégé, du consommé solennel ! Nous en avons tous plein le pot et ras la casserole !

Messieurs, les marchands de soupe à la grimace, nous ne sommes plus dupes !

 

Voir les commentaires

Lettre aux marchands de soupe 1/3

Publié le par modimodi

Me voilà bien embêté ! Après avoir écrit une lettre au marchand de sable, je viens de recevoir une protestation de la confrérie des marchands de soupe, me reprochant une concurrence déloyale en faveur d'une catégorie minoritaire, déjà privilégiée ! Ah ! Ils n'y vont pas avec le dos de la cuillère en me traitant de jeteur de poudre aux yeux !

Dois-je, moi le pacifiste, faire parler la poudre qu'on m'attribue et y mettre le feu au risque de me retrouver sur le sable ? Prendrais-je plutôt la poudre d'escampette ou donnerais-je suite à cette humeur épistolaire ?

En effet, je trouve plutôt louche et bien pleine, cette revendication de quelques militants qui ont brutalement les nerfs à fleur de pot-au-feu... Mais en même temps, je n'aime pas les soupes aux nouilles emmêlées et je ne tiens pas non plus à être importuné et bassiné davantage. Je ne veux pas devenir leur matière première, finir par exemple avec la rate au court bouillon ou le nez éclaté, en pied de marmite !

Je vais donc faire la promo des gros pleins de soupe et des soupes au lait ! Je sais bien que demain, je m'expose à la surenchère des marchands de tapis ou autres commerçants bouillonnants d'exigences, mais qu'importe ! Il n'est pas encore né celui qui me mettra un jour, dans le potage !

Alors oui, je vous invite tous à manger de la soupe ! Ça fait grandir ! Faites-le à toute heure du jour ou de la nuit, mais évitez le bouillon d'onze heures, paraît-il moins digeste ! Le meilleur de tous est incontestablement le grand bouillon de culture mais les bons vendeurs se font rares ! Certains ont le melon et n'invitent que des auteurs à radis et oseille. Le brouet aux courges et la soupe aux navets sont les plus prisés et celle à la grimace la plus souvent commercialisée.

Messieurs les marchands de soupe, vous l'avez demandé, prenez donc le temps de lire ma lettre épaisse comme un minestrone ! 

Vous devez le savoir. Mon beau pays de promesses a un gouvernement avec plusieurs grands ministres, tous spécialistes dans leur domaine, des grosses légumes diplômées des grands potagers de l’État, des marchands de soupe populaire ! Des livres de recettes détaillent même par le menu comment tremper la soupe quand le pain est sur la planche.

Le problème, c'est qu'il y a plus de pâte dans le pétrin que de pain au four ! Le moral est rassis et le pain sec ! Faire des annonces et des prévisions à enfourner dans la crédulité béante et chauffée à blanc, certes, ça ne mange pas de pain mais ça ne nourrit pas non plus son homme !

Les marmitons de la République sont toujours prêts pour faire mijoter les citoyens au bain-marie. Les maîtres-queux de la politique veulent sans cesse les plonger dans le bain de vapeurs de leur fièvre électorale. Par ici, la bonne soupe ! Si vous avez du bol, alors ils se ramènent vite, jusqu'à vous ! Ils sont prêts à vous la servir, même si certains n'ont pas hésité auparavant à cracher dedans !

Pour aller à la soupe, c'est d'ailleurs, au clairon, sonnant la charge, qu'ils affichent des bouilles à baisse d'impôts ! La rouille ou la dérouillée ! Au menu : touille et ratatouille, salade niçoise et galéjades ! Mais le must des spécialités gastronomiques reste bien sûr la célèbre sardine bouchant le port de Marseille !... Oh Bonne Mère !

 

Voir les commentaires

Le presse-purée : lettre à marraine Jeanne

Publié le par modimodi

Je passe ma vie à Menton à me presser le citron pour relever la fadeur de mes écrits. Je cherche à obtenir un jus acidulé pour piquer la curiosité de mes lecteurs. Mais certains qui sont aussi bêtes que leurs pieds me reprochent de faire plutôt du jus de chaussettes.

Tandis que je me fâche, d'autres me suggèrent plutôt d'écraser les raisins de ma colère et de donner de l'ivresse à mes propos. A tous ces fâcheux, j'ai bien envie de balancer la purée ! Oh ! Je ne parle pas de la purée septembrale du pressoir, chère à Rabelais. Cette cuvée-là, je la réserve en partage, aux amateurs de bon vin, pas à des bourrus, bouchés et agressifs. Ce serait négocier et me fouler en vain !

Non ! Je ne vais pas perdre mon temps en patati et patata pour ce tas de tubercules terre-à-terre qui passent leur temps à éplucher mes textes ! Je conseille plutôt à ces patates en robe des champs de s'écraser et de filer comme des rattes. Car je leur réserve le fouet et j'appuie moi-même sur leurs grosses têtes au carré !

Je leur réserve ma moulinette car je vais les réduire en purée ! Ensuite, ils pourront toujours venir ajouter leur grain de sel ! Mais qu'ils ne viennent pas se plaindre !... C'est même une récompense et un cadeau que je leur offre car j'ai gardé de mon enfance le doux souvenir du presse-purée, à grandes pattes d'araignée ! Quand l'ennui ou les tracas s'installent, son nom de passe-vite m'étonne voire me fascine encore aujourd'hui.

Je te revois Jeanne, ma jolie marraine, la main sur la boule rouge de la moulinette, tourner la manivelle. Moi, accroché à ton tablier, je voulais évidemment, sur la pointe des pieds, presser et malaxer avec toi. J'étais fasciné par les pommes de terre tièdes qui en passant dans les couteaux se comprimaient pour former une pâte compacte, mi-blanchâtre, mi-jaunâtre, de plus en plus fine, à chaque passage. Le lait et le beurre doux qui fondaient et s'amalgamaient au fur et à mesure rendaient l'ensemble peu à peu onctueux et crémeux ! Une délicieuse promesse...

J'ai conservé dans ma mémoire olfactive l'odeur douceâtre qui émanait du mélange de cette écrasée avec le parfum Cologne de ta nuque et de tes épaules, penchées sur le carrousel du moulin à légumes. Je garde vive la sensation sucrée au bout de mon doigt léché. Car le défi consistait à tromper ta vigilance pour furtivement glisser mon majeur sur les parois de l'appareil et ramener ainsi un bonbon de mousseline. Ce plaisir culinaire et alchimique participe encore aujourd'hui au bonheur sans mélange de mon enfance !

Aujourd'hui, c'est le temps qui passe vite, trop vite et qui malaxe les impressions et les images en ma mémoire. Je me presse dans mon époque ! Je peux chantonner la complainte du progrès de Boris Vian et célébrer : "la tourniquette à vinaigrette, le ratatine-ordures et le coupe-friture, le canon à patates et l'éventre-tomates."

J'ai remplacé mon presse-purée par un mixer et un blender ! Je me suis installé dans la vie. Je fais partie des grosses légumes, des huiles et des truffes avec lesquelles je fusionne et mitonne des potées d'activités. Mais avec lesquelles, je fais aussi des ratas et des ratés.

Purée de nous autres ! Sans avoir la tête comme une patate ni pris trop le melon, je brasse encore de l'air mondain et souvent des idées dans des cocktails. Je suis même parfois dans la panade et je dois alors compoter quelques pommes de discordes.

Au final, j'ai toujours su sortir des purées de pois et éviter de me retrouver dans les bouillies et les marmelades de tracas. Pourtant, imperceptiblement, je sens bien que c'est la vie qui me pressure. Je me tasse et je fonds lentement dans l'épaisseur des jours. Je touille dans mes souvenirs qui s'entassent et s'emmêlent en mon cœur. Je les panache et les métisse dans l'émotion de mes nuits blanches et mes nuits noires.

Par nostalgie, j'en garde encore parfois, un peu gros sur la patate, pourvu qu'elle demeure douce !

 

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>