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Articles avec #boite aux lettres tag

Ecologie du langage. Lettre aux buzzers, jargonneurs, pollueurs ! 4/4

Publié le par modimodi

Tous copains, COP 21 ! Hier à Paris, demain à Glasgow pour la COP 26 ! Êtes-vous prêts ?

Petits journalistes jargonneurs, à votre tour, mettez-vous au vert chlorophylle ! Soyez de vrais écolos ! L'accord que vous devrez commenter et couvrir à nouveau doit pour passer au vert, être en photosynthèse.

Messieurs les moralistes au lyrisme écologique, ne riez plus jaune, ne chantez plus : "Nuit de Chine, nuit câline", cette bonne vieille rengaine ozonée pour ringards, cette mauvaise complainte à nous couper le souffle ! Oui ! Constatez-le ! Nous voilà tous asphyxiés à force d'aller au charbon, nous, les amoureux de la nature et de la bonne expression littéraire !

Les dix commandements de l'écologie sont la nouvelle religion ! Il faut convaincre ou croire ! A Paris, le miracle œcuménique des idéalistes et des faux c... a eu lieu en  2016. Le pape avait promis la fumée blanche ! Mais, c'est depuis, fumées permanentes et toujours l'état d'urgence !

La faute à qui ? A quasiment tous les états terroristes pollueurs. Pas de progrès mais une aggravation régulière de l'état de la planète comme chez vous-mêmes, les journalistes. Oui ! C'est encore et toujours l'heure de la mobilisation générale contre les coups d'état de plumes vindicatives et brutales, aux néologismes imposés à vos auditeurs ou lecteurs.

Messieurs, parlez sérieusement et juste ! Parlez peu mais bien et uniquement de ce que vous connaissez... Parler pour soi au nom des autres et parler de ce qu'on ignore est une imposture !... 130 chefs d'état réunis pour La COP 21, cherchant à désamorcer l'énorme bombe à retardement du climat ! Mission impossible ! Vous le saviez intimement mais vous avez fait semblant afin de faire partie de la kermesse médiatico-écologique et d'être au rendez-vous de l'histoire.

Deux degrés de moins et le monde, l'océan et les terres seraient presque sauvés, disaient avec énergie quelques théoriciens fossiles, adeptes des énergies renouvelables, qui tentaient bien de ne pas brasser que du vent ! Mais aujourd'hui le dérèglement climatique s'intensifie de plus en plus rapidement. 195 gouvernements, membres du GIEC approuvent même, mot à mot, le désespérant constat de son dernier rapport !

Les climatologues alertent. Des événements météorologiques extrêmes nous menacent : sécheresses, inondations, cyclones tropicaux, pluies torrentielles, catastrophes écologiques. Avec la fonte de la calotte glaciaire et la montée des eaux, des îles pourraient même disparaître : les îles Vierges, les îles Caïmans, les Bahamas... Qu'en pensent les futurs réfugiés et ruinés climatiques ?

Garderons-nous au moins, "L'île au trésor" et celle de Robinson ? Pas de réactions, hormis chez les voyagistes. Alors moi, je chante avec Raoul de Godewarsvelde : Quand la mer monte, j'ai honte !

Messieurs, veni, vidi viciée, comme l'eau de vos idées journalistiques quand elles ne coulent pas de source ! Je vous exhorte ! Soyez en crue de mots courants. Renoncez à vous réchauffer aux néologismes, cessez d'agiter vos aérosols de franglais. Vous êtes tous des producteurs de méthane et de gaz sémantique à effet de serre.

Minéralisez votre langage, ne croyez pas pour autant que votre prose sera plate. Un style simple est toujours potable. Même dans le désert apparent des pensées, l'eau puisée au fond de la conscience peut remonter du puits, pleine de fraîcheur d'intuition !

Ici et là, sur nos rivages, ça vase et ça gaze à flots. Alors, laissez respirer vos lecteurs ! Les lauriers attendus forment déjà un tapis d'algues vertes et rouges.

Thank you Pégase, les tankers dégazent ! Ah bien sûr ! L'égout de votre analyse critique cherche à évacuer l'eau de ruissellement des problèmes linguistiques et des solutions usées. Vous ne craignez pas grand reproche ! Car les rouleurs, truqueurs sans talent, les censeurs, conseilleurs de propositions miracles ne disputent pas votre pseudo-mérite, faussement lyrique, suintant et dégoulinant de générosité formelle.

Que votre style s'impose donc un passage à la station d'épuration pour décontaminer vos impropriétés dialectales, vos expressions méta langagières, qui planent en particules fines dans l'air à la mode. Assez de comédie, vous nous asphyxiez de propos fumeux. Bas les masques !

Les cliques dans les cloaques se font amies à miasmes. Ne vous embourbez pas dans les marécages des terminologies approximatives. Peste soit de vos pesticides qui infectent la terre promise de mes écrits fertiles et qui encrassent mes ans de grâce littéraire et féconde.

Messieurs, écoutez beaucoup ! Dire et parler ne sont pas synonymes. Une maxime de sagesse nous a enseigné que : "Beaucoup disent pour parler, peu parlent pour dire." N'oubliez pas alors la valeur du silence et la joie de parler d'amour, rien qu'avec les yeux ! 

Messieurs, tout nous menace. Même mon alter ego altère les goûts et les couleurs. Amis des mots authentiques et de la nature, sauvons la vie ! Enfants de larmes et de rosée, amoureux éternels, vous êtes une espèce protégée ! Ne défoliez pas la marguerite par quelques pluies acides. Peignez les nuages à la lumière bleue du vitrail des jours. Soyez bois et soyez pierres, roulez comme des graviers dans les doigts de nos enfants lecteurs.

Nous sommes responsables de la qualité littéraire comme de notre environnement. La nature se découvre par tous nos sens. Elle ouvre à travers nous la porte d'autres mondes dans l'infiniment petit ou l'infiniment grand des mots et de nos rêves.

La nuit criblée d'étoiles a éraillé le ciel.

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Ecologie du langage. Lettre aux buzzers, jargonneurs, pollueurs ! 3/4

Publié le par modimodi

Brave en-mazouté !

Messieurs les jargonneurs et distillateurs d'une pensée alambiquée, je me sens directement au parfum et con-cerné. Mon environnement est directement menacé par les pollueurs de mots, par les délinquants écologiques de notre écosystème grammatical et syntaxique.

Halte à la marée noire des écrivains ayant jeté l'encre ! Moi, le poète albatros, ne me mazoutez pas la plume ! Rendez-moi le babil animal du premier jour, le vert paradis végétal de mes amours enfantines, pas le bavardage des beaux parleurs. Ne menacez pas mes équilibres morphosyntaxiques par des présents imparfaits et des futurs hypothétiques. Épargnez-moi les saumures potassiques et chlorées de vos périphrases plombées. Laissez-moi mes allusions, je vous laisse vos alluvions résiduaires et vos propos fumeux sur les plaines nitratées de vos mornes pages. Je préfère l'argile du potier des mots aux boues rouges de vos ortografes assassinées.

Au-delà des éclaboussures lexicales, j'abhorre encore plus les généreuses déclarations philanthropiques qui contaminent les discours humanitaires ou écologiques ! Ils ne savent plus faire que des transitions énergétiques !

Vous voilà jargonneurs, amis des puissants, édités au Mercure de France ou chez Plon ! Votre discours politique est un manifeste aux lendemains qui déchantent ! La libre fantaisie des mots est une écologie de la conscience littéraire ! Je préfère l'usage domestique d'un vocabulaire accessible et sans engrais, aux effets de parisianisme pédant, à usage industriel intensif et chimique avec des propos, dignes d'une usine à gaz !

Ne désertez pas la simplicité et le bon sens ! Ne reniez pas vos propres règles grammaticales et lexicales ! Ce sont les bases de votre développement durable ! C'est votre or vert ! Ne prenez pas exemple sur les déserteurs d'engagements d'une vie meilleure. Je me contrains moi-même à jouer avec les mots pour ne pas m'enliser dans une prose neurasthénique ! Si j'étais poète, je me mettrais aux vers qui aèrent la terre nourricière de l'inspiration !

Allez ! Soyons politiquement incorrects ! Ravivons les mémoires des anciens ! C'est go ! C'était tout go, Ségo ! Ah ! La Royale bravitude et les verts écolos qui ne cherchaient qu'à se Placer, loin du talent d'un Vincent d'Arles ou qui vous disaient Causse toujours, eh Manuel ! Y'a du beau pain sur la planche pourrie et du beau linge sur la planche à laver plus blanc !

Après les verts, les revers des petits vers dans le carré des grosses légumes et dans les fruits de la discorde ! Ah ! Les retournements de veste et les mauvais tours de copains comme cochons ! Voilà tout lard de l'altruiste politique qui patauge dans la bauge à truies !

Mais le peuple n'a que faire de tous vos atomes crochus et de la prolongation du nucléaire. Il prie aujourd'hui avec des mots et expressions consacrées, comme hier, en dévotion envers notre Dame des Landes ! Il vous crie en bombant le torse : "Un pour tous, tous pourris ! Chacun pour soi, chacun pourceau ! Des sous, toujours des soues " Arrêtez donc de faire du gras avec nous, vos cochons de payants !

"Sauvons les espèces menacées", crie l'élégante qui suffoque sous son manteau de bébé-phoque ! "Pitié pour l’Amazonie, les zéléphants, la couche d'ozone" zozote l'amazone gainée en croco, bottée en serpent, agitant ses ivoires !

Messieurs les chroniqueurs pollueurs, entendez ce plaidoyer. N'aggravez pas non plus la couche d'ozone de la sémantique ! Ne rendez pas notre langue irrespirable ! Bien sûr, il faut qu'une langue se renouvelle et évolue et pourquoi pas, créer de nouvelles espèces de termes. Mais avant recyclez toutes vos promesses d'essayistes, mettez de la couleur au florilège de vos idées poubelles, triez vos déchets : faux-sens, solécismes et barbarismes. Mettez-vous, vous-mêmes à l'index !

Sur la voie du succès ! Messieurs les commentateurs, avancez à l'énergie propre ! Restez branchés et au courant des nouveautés littéraires. Mangez bio, et si possible avec appétit, hélas, même les navets des autres, puisqu'il le faut ! Heureux ceux qui végètent à rien ! La chaîne alimentaire ne peut être rompue !

Opération sens propre et mains propres. Lessivez biodégradable tous vos discours ! Vous pouvez espérer passer au « vingt heures », surtout si vous avez bonne mine et bas goût ! Ah ! La bonne heure ! Chaque spot publicitaire (greenwashing) blanchit l'argent et la mini mire télévisuelle paye un maximum, beaucoup plus hélas, que les prix littéraires !

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Ecologie du langage. Lettre aux buzzers, jargonneurs, pollueurs ! 2/4

Publié le par modimodi

Pollué et ringardisé !

Je le suis car vous me plombez ma couche d'ozone et embrumez mon esprit ! Messieurs les jargonneurs, adeptes des termes techniques, oyez ici quelques charabias et galimatias entendus dans la bouche de vos confrères :

"Il nous faut apprendre à vivre dans un vécu quotidien globalement conflictuel"... Bigre ! Fichtre ! "

Le petit monde politique se trouve actuellement décentré par l'entourage influent du milieu"... Diantre ! Saperlotte !

Enfin, voici probablement le must : "Pour sortir du contexte de la crise actuelle, il faut attendre la reprise de la conjoncture qui devrait prochainement se normaliser grâce aux nouveaux dispositifs de régulation récemment mis en place et adapter les réponses économiques au marché structurellement invariant."... Palsambleu ! Le roi n'est pas mon cousin !

Comprenne qui pourra ! Nous sommes tous sensibles des oreilles et des méninges. Messieurs les pollueurs de la planète médiatique, réduisez, je vous en prie, vos impacts écologiques ! Ne gâtez pas nos acquis culturels. Le temps déjà se dégrade et nous détériore par une asphyxie lente, inutile d'aggraver notre fragilité en nous exposant à vos radiations radio-actives et à vos émissions aux nuisances linguistiques chroniques.

Mais il est vrai que tout ceci passe un peu mieux quand le chant s'élève de la douce voix d'une sirène audiovisuelle ! Pour autant, soyons justes, les émissions ne sont pas souvent rébarbatives, elles cherchent plutôt à vulgariser. Les sujets ne durent jamais plus de quatre à cinq minutes pour ne pas perdre l'attention de l'auditeur ou mettre en surchauffe ces derniers neurones. Les dialogues entre débatteurs choisis pour leurs oppositions, sont interactifs et assez souvent animés et expressifs ! Les commentaires sont illustrés de reportages et d'images. Notre intérêt est soigneusement entretenu.

Pour être honnête, les programmes thématiques économiques et financiers, philosophiques ou culturels, spécialisés et plus difficiles d'accès sont rarement interrompus par des coupures publicitaires. La formule des talk-shows eux-mêmes, en variant le choix des invités, des sujets d'actualités et des débats alternent sérieux et sourires, mêmes les plus pincés ! Globalement, ça passe plutôt bien comme l’information reçue se dissipe lentement dans les brumes cathodiques.

Parler ou écrire est un choix volontaire. La presse-papier peut aussi avoir des articles difficiles, réservés aux initiés ! En voici, un terrible exemple : "Que l'économie de marché ait pris son essor définitif en Europe, et non en Chine ou ailleurs, relève de la contingence historique, au regard de l'impact fondamental de son irrésistible expansion à l'échelle de la planète et de son avènement comme mode de régulation unique des échanges et de la production, voire de la vie sociale tout court." Exemple encombré, ô combien nébuleux, tiré d'une revue économique ! Le sujet m'avait mis l'eau à la bouche, mais la voilà polluée par accumulation de résidus syntaxiques et de concepts !

Expression écrite et écologie, même combat ! L'éducation nationale est, elle aussi, devenue championne en la matière. Elle avait déjà noyé les parents entre méthode globale et syllabique, acquis et prérequis, mots et syntagmes... Aujourd'hui, dès l'école maternelle, le stylo, le crayon ou le feutre sont "des outils scripteurs" tenus par l'élève, par "l'apprenant". Le vocabulaire est classé par "catégories sémantiques" et la légende urbaine a fait du ballon, "un référentiel bondissant". Le snobisme intellectuel est toxique, nocif et ridicule mais encore plus, tragique et beaucoup moins comique que chez Molière, son Bourgeois Gentilhomme et sa belle marquise !

Bien sûr, messieurs les jargonneurs, vous n'êtes plus crus ni compris sur parole. D'ailleurs, quand vous ne voulez pas nous exposer à la complexité, vous savez nous abreuver d'émissions de télé-réalité qui polluent notre bon goût. Le journaliste se fait bateleur, bonimenteur, amuseur et charlatan pour nous offrir la mise en scène quotidienne d'amours vulgaires et adolescentes autour d'intrigues dont le seul but est de se pécho pour des coquins plans-cul !

Les monologues hystériques rebaptisés dialogues sont des échanges de tics verbaux pour se soulager entre insultes et psychodrames. D'écologie, il n'y a plus que la langue verte, certes créative ! C'est un truc-de-ouf mais les anges de la télé-réalité, de Marseille à Miami, sont des cassos patents et pathétiques qui ne vivent que de bad trip !

Et je ne parle pas des pollutions sonores avec rires sur commande de programmes en direct ou de la pollution visuelle et intermittente de nombreux spectacles vivants ! Excusez mon mauvais goût rétro ! Mais avez-vous déjà subi la pollution chronique et diffuse, de l'émission au succès constant : "Touche pas à mon poste" et de ses gimmicks cultes : "ma petite beauté" et "mes chéris" qui vannent le public, cartonnent et explosent l'audimat ?...

De même, simuler une interview dans le seul but de se mettre en valeur et de parler de soi n'est-il pas aussi sottise et vanité ? Je ringardise très fort, car le public adore et adhère aux moqueries et aux pitreries. Plus c'est énorme, plus ça racole et caracole en tête des sondages ! Messieurs les bateleurs, vous ne manquez visiblement pas d'air auto-satisfait mais il est salement pollué et pollueur !

Bref ! A vous écouter, gens de presse et de télé, cabotins et histrions de l'audimat, nous sommes tous soumis à une obsolescence programmée par manque d'adaptation linguistique et de rigidité intellectuelle. Rassurez-vous ! Vous aussi ! Les mots du vocabulaire anglais, arabes, de la rue, etc., sont empruntés et même détournés en continu...

Quel que soit votre taff', vous risquez en permanence de ne plus être kiffés ni calculés et de passer pour des boloss ! Oh ! Sa race ! Inutile d'être vénère ou d'avoir le seum, vous gavez grave les cousins et vous êtes déjà les vieux et les bouffons des auditeurs ! C'est chelou ou relou mais sûr, c'est trop la honte ! Médiamétrie est intraitable et vous serez un jour ou l'autre, les pafs du PAF !

Spécialistes et bonimenteurs à la langue empesée ou hommes de plumes goudronnées, il serait temps d'être écolos !

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Ecologie du langage. Lettre aux buzzers, jargonneurs, pollueurs ! 1/4

Publié le par modimodi

 

Eco-buzz !

Si Raymond Devos et Pierre Dac nous ont amusés avec l'expression : "parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler", et "s'il vaut mieux la fermer avant de l'ouvrir", des questions restent à régler ! A qui parle-t-on et de quoi, et pourquoi ?

Il est des professions, pour informer, défendre et convaincre ! Ce sont celles de journaliste de la presse radiophonique ou télévisée, d'éditorialiste, de chroniqueur et d'animateur. Ils en ont fait un métier en vogue ! Car aujourd'hui, plus les mots sont vagues, plus ils sont en vogue.

Voguent donc les galères de tous ces mots prisonniers des buzzes de l'audimat. Ils font chemin dans l'opinion et imbibent les auditeurs et téléspectateurs, avachis dans leur fauteuil ! Les dictionnaires s'enrichissent régulièrement de tous ces néologismes venus de la rue ou de la presse ! Si la littérature est un vert pâturage pour lecteurs ruminant, qui aurait cru que les lexiques seraient ainsi engraissés et que l'agriculture serait aussi forcée et polluée !

Désormais, chaque année, le vacher cherche "l'amour dans le pré" aux nitrates, en organisant un speed dating de prétendantes !... Sur l'écran TV LED Full HD, grand jeu de retoquage de bucoliques névrosées, envoyées sur les roses artificielles des amours défraîchies, grande rumination amoureuse de bergères refoulées, envoyées paître à la campagne et transhumer dans les alpages, grande pastourelle bêlante de bergers hystériques comptant sur leur bâton pour donner envie de souffler dans le flageolet.

Eco-buzz permanent ! L'océan médiatique est souillé ! Voguent donc les mises en bouteilles journalistiques de l'onde amère aux algues vertes à l'empire des ondes hydrocarburées !

Alerte à la pollution sonore et visuelle ! Les nouveaux vocables se pressent à la une des quotidiens ou se lancent à la hune des mâts télévisuels. Esquifs surfant sur les vagues du direct et de l'audience, coquilles de noix vides souvent de sens mais pleines de nouvelles expressions ! Ils fluent et refluent sur les pages des baveux ou s'échouent triomphants sur les plages horaires et sonores des access prime time des chaînes publiques ou câblées.

Attention ! Vous êtes perdus si vous avez manqué un épisode et si vous ne savez pas revoir l'émission en replay ! Vous êtes archaïques et ringards, si vous ne savez pas répondre en direct et hashtaguer. L'univers est googlisé, vous êtes en compte, facebookés et vous devez savoir twitter votre pensée raccourcie en signes ou smser en 160 caractères émoticônés. Les vacances se prennent en low-cost dans des apparts B and B et vous pourrez compléter votre fitness par des afters zumba !

Holà ! Messieurs les jargonneurs ne faudrait-il pas respecter l'auditeur ? Vous contentez-vous d'être compris à demi-mot ? Avez-vous besoin de réfléchir pour trouver quelque chose à dire ? Parler, vous évite-t-il de penser ou vous permet-il de penser tout haut pour finalement ne faire que du bruit ?

Fondamentalement dire et écrire, n'est-ce pas chercher à être compris ? N'est-ce pas s'adresser intelligiblement à l'esprit, au cœur, à la raison pour expliquer, argumenter, exposer les thèses, développer en antithèses les points de vue et tenter d'en dégager des perspectives ou des solutions provisoires ? Faut-il "néologiser" dans le lisier médiatique pour briller ?

Ne vous écoutez pas parler ! Écoutez-vous ! Voici quelques exemples allergènes pris sur le vif : "Les politiques, ces nouveaux Léviathans doivent être dédiabolisés." Ou bien : "Cette actrice, était un sex-symbol des sixties, aujourd'hui encore, c'est une bombe !" Ou encore repêchée dans la mare aux diableries, celle-ci : "L'examen des fadettes par la brigade financière permettra de prouver l'honnêteté du candidat." Et enfin « Les champs institutionnels de notre environnement se sont bipolarisés socio-économiquement » ....

De quoi intriguer et perdre le brave téléspectateur de tous horizons entre quelques phrases, elles, heureusement compréhensibles ! Car bien sûr, la concentration des exemples cités ici, renforce l'effet caricatural de la charge !

Qui n'a pas parfois entendu ces naïfs commentaires de braves concitoyens à l'encontre d'un journaliste ou animateur : "Il est calé celui-là !"... "Il connaît son sujet."... "C'est compliqué, mais il explique bien." A traduire par : "Je ne comprends pas tout ce qu'il dit, mais globalement, ça va quand-même !" (Sous-entendu, il me rend intelligent.) C'est un peu, comme l'environnement : c'est pollué, l'air devient irrespirable, mais on va, on vient, on vit et on survit quand même ! Au secours !

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Lettre sur le fil à Damoclès 3/3

Publié le par modimodi

Damoclès ! Il suffit de tes intimidations incessantes ! Tu ne pourrais pas un peu faire relâche ou laisser tomber une bonne fois pour toutes, tes menaces en l'air !

Car on le dit partout : Max la menace, c'est toi, l'épouvantail à moineaux, c'est toi !  Le spectre à la hache, c'est toi, le raseur, rasoir à lame à double tranchant, c'est toi ! Pourquoi, n'es-tu pas passé à la postérité, en étant valeureux comme Ivanhoé ou Lancelot ? Pourquoi ne t'es-tu pas fait le champion des coups d'épée dans l'eau qui dort ? Pourquoi n'as tu pas vanté les délices enivrants des petits coups du pouce-rapière ?

Pourquoi n'es-tu pas devenu simplement un héros et n'as-tu pas rendu mémorables tes exploits et légendaire ton épée : comme la Joyeuse de Charlemagne ou la Haute-Claire d'Olivier ? Pourquoi ne t'es-tu pas illustré comme Cartouche ou d'Artagnan ? Tu aurais pu être célèbre par tes moulinets et inventé la botte secrète de Nevers ? Tu aurais pu chevaucher comme Renaud de Montauban, flamberge au vent, lancer le concours de Durandal et ouvrir les brèches comme Roland à Roncevaux. Tu aurais pu ! Que ne l'as-tu voulu, chevalier errant dans le labyrinthe du déshonneur des paladins !

Pourquoi n'as-tu pas démontré ta vaillance comme le roi Arthur avec son épée Excalibur ? Te manquait-il la puissance surnaturelle de saint Georges et de son épée Ascalon pour terrasser le dragon ? Ne pouvais-tu faire preuve de démesure comme Siegfried, de force foudroyante comme Thor ? Pourquoi ne nous as-tu pas dotés de la flamboyance de ton épée comme un Séphiroth sur le sentier de l'énergie spirituelle ? Pourquoi ne pas avoir cherché à affronter les géants plutôt que de t'en prendre aux petits, à nous, les sans-défense ? Te sens-tu responsable de tant de manquements au code de l'honneur chevaleresque ?

Oh ! Si je le pouvais, je croiserais le fer, volontiers avec toi ! Car je redoute ta puissante malédiction, Damoclès ! Personne, même un preux et pieux croisé n'a encore su l'esquiver ! Alors si en plus, le ciel nous abandonne !...

Et puis, si la fatalité de ton épée conduisait à la sagesse, à la prudence, à la morale stoïcienne, passe encore ! A défaut d'accepter, nous pourrions en supporter le sort. Mais non, nous ne savons toujours pas admettre que des événements ne puissent pas dépendre de nous et nous ne pouvons nous détacher de tes menaces en l'air ! Tu es hautain de défi, point de noblesse !

Tu nous effares, tu esbrouffes et parades. Tu fais du chiqué pour mieux nous choquer. Pour tout dire, tu nous prends la tête en évitant le corps à corps ! Alors, je tente de me mettre à ta hauteur, je reste sur mes gardes, redoutant toujours hautement une de tes feintes sournoises !

Oui, nous avons compris ici-bas et bien évidemment, mal admis que nous ne vivons pas pour l'éternité. Mais faut-il pour autant renoncer aux plaisirs, sous prétexte qu'ils sont éphémères et que le bonheur est par nature fragile et précaire ? Faut-il vivre pour autant dans l'angoisse oppressante du prochain malheur, de l'imminence d'une catastrophe ? N'avons-nous pas droit à un moratoire ?

Faut-il vivre en redoutant la mort parce qu'elle est inéluctable ou profiter de la vie présente car en l'état, elle est sûre et acquise ? Faut-il prendre le vent favorable et serrer la voile ou rester en rade dans l'attente de vents contraires ? Faut-il aimer "Hélène" comme Ronsard ou la "Charogne" comme Baudelaire ?

"Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :

Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie."

ou

"Alors, ô ma beauté dites à la vermine

Qui vous mangera de baisers,

Que j'ai gardé la forme et l'essence divine

De mes amours décomposés !"

Vois-tu, Damoclès, sans être un bras cassé, j'ai du mal à dégainer les idées, à embrocher sur le vif les pensées. Mon imagination s'enferre à fond, jusqu’au pommeau. J'essuie des coups de revers de ma fantaisie débridée. J'écris à l'arme blanche de mes nuits. Certains jours, je suis tout près de rengainer. En littérature, même dans les romans de cape et d’épée, je reste un piètre mousquetaire, un mauvais spadassin, j'ai partout du mal à percer !

Je te le dis Damoclès, rien ne te rend sympathique à mes yeux ! Jamais, je ne t'adouberais ! Tu aurais mieux fait de raccrocher et de laisser l'épée au fourreau. Une seule chose me retient dans mes reproches et ma colère... C'est le risque que je prends à garder un espoir insensé, enfoncé jusqu'à la garde en moi ! Revêtir un jour l'habit vert et ceindre l'épée d'académicien ! Encore me faudrait-il en plus d'être sur le fil, être au moins à la pointe !

 

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Lettre sur le fil à Damoclès 2/3

Publié le par modimodi

Pourquoi as-tu agi ainsi Damoclès ?

Oui vraiment ! Tu as été imprévoyant car tu as infligé une bien mauvaise réputation à toute ta descendance ! Depuis, ton nom est comme ton épée, accroché au danger ! Chevalier qui fait peur, chevalier des reproches, après l'ennemi public, tu es devenu le danger public !

Le poète s'est exclamé dans un soupir : "Ô temps, suspends ton vol !" Moi, je t'en conjure dans un cri : Ô Damoclès, décroche-la vite ! Oh oui ! Dépend et range sur le champ, ton épée ! Cette histoire de péril imminent m'assomme !

Je fais des fixations de peur bleue sur les éventuels coups du sort. Je m'agrippe à l'espoir mais je vois le danger partout. Je suis à un poil de m'arracher les cheveux pour aller renforcer le crin de la suspension ! Dis-moi, tu n'aurais quand même pas voulu que je casque à ta place !

Il suffit vraiment ! Car sans toi, la vie nous fait la leçon ! Tout petit déjà, chacun est mis dans le droit chemin par la morale. En cas d'écart de conduite, la menace du glaive de la justice, civile ou céleste est brandie ! Mais comme si ceci ne nous suffisait pas, à cause de toi désormais, chacun doit craindre en plus, le couperet du destin ! Je t'adjure haut et fort, raccroche et rengaine l’épée dans son fourreau !

Ta réputation est devenue si sinistre, mon décevant Damoclès qu'elle a entaillé ma confiance en l'avenir. Tu aurais mieux fait de trancher efficacement le fil de mes récits, dénouant le nœud gordien de mes pensées inextricables. Mais au final, sur le fil de l'épée, j'ai eu beaucoup trop à en découdre avec toi. En effilant la trame de mes histoires, tu as rendu mon style filandreux et rasoir.

Tu es pour moi comme pour l'humanité, un désastre généralisé. Tu as balafré l'optimisme, taillé d'estoc le moral des hommes d'action et pourfendu leur espérance ! Tu es un obstacle à l'assurance, tu menaces et fais chantage à l'échec permanent ! Tu mines de prudence défaitiste toute volonté d'entreprendre.

Depuis la nuit des temps, nous sommes tous menacés par ce qui pourrait nous tomber sur la tête. Une pluie de météores affola les Gaulois. Une tuile tua le grand Pyrrhus. Une tortue dans les serres d'un aigle, lâchée sur le crâne d'Eschyle fut fatale au tragédien.

Ton épée de parade de petit fier-à-bras est encore aujourd'hui l'image de notre tragi-comédie humaine ! Ah ! Coquin de sort ! L'incertitude est notre lot commun. Nous sommes tous des gagnants à la loterie du hasard de la vie ! Oui ! Si le destin a la faveur de ne pas nous laisser tomber, en la circonstance, c'est bien toi et toi seul, qui nous fais tomber de haut et nous prédispose à la chute libre.

Est-ce d'ailleurs, depuis toi que le plaisir est ainsi éphémère et que la contrainte de la peine ne tarde jamais à surgir ? Si un homme averti en vaut deux, l'humanité doit se tenir sans cesse sur ses gardes. Chaque événement est un présage qui nous provoque d'un "Vous ne perdez rien pour attendre." Alors, vous mes frères humains de passage, en garde ! Pas question de la baisser !

D'ailleurs, les va-t-en guerre, pessimistes ou extrémistes, à tout crin, comme toi, sinistre Damoclès, en usent et en abusent. Les aurais-tu influencés ? Quand toi, tu parodies peut-être, quand tu joues l'allégorie de l'imminence du danger en accrochant ton épée au-dessus de nos têtes affolées, les autres matamores t'imitent. Ils jouent l'intimidation en nous plaçant un couteau sous la gorge. Avec toi, comme avec eux, l'imminence du malheur est quasi certaine. Depuis toi, l'homme a une épée dans les reins et court aveuglément à sa perte. Un poignard dans le cœur, sa vie est un coupe-gorge.

Damoclès ! Prends garde ! Je te reproche à jamais, ta néfaste influence, cette malsaine attitude qui renforce encore aujourd'hui l'impact des semeurs de troubles, de ces Zorros masqués de la panique généralisée. Tu confortes ainsi tous les inquiets qui broient du noir dans un monde, sans cesse en alerte ! C'est à qui dégainera le premier pour attaquer ou se défendre !

Mon triste Damoclès, avant d'être à la dernière extrémité, nous sommes déjà tous dans une situation critique. Par ta faute, la vie n'est plus une grande aventure, c'est un piège ! Moi, dans l'arène de la vie, je suis un gladiateur. Je suis cramponné à ma lame, l'épée en mains, je suis tenace, acharné, accrocheur ! Je fais partie de la vieille garde qui espère la relève et je veille. Je suis sur le qui-vive, muet comme Bernardo, rusé comme un renard !  

Mais toi, tu n'en as cure, je vois bien que tu menaces de me fendre le crâne ! Tu vises la surprise en te payant ma tête. Penses-tu ainsi provoquer un choc salutaire ? Crois-tu que tu vas pouvoir m'ouvrir, d'un coup tranchant, les idées et le chemin de l'intuition illuminative ? Décapiteras-tu enfin le sort qui s'acharne sur moi et abrégeras-tu mes hésitations linguistiques ?

Tu sais, mon inspiration se taille déjà d'elle-même et mon style est châtré. Je suis à tout crin, d'aucuns diraient crin-crin... et ma plume est un archet pour le violon des âmes tourmentées ! Oreilles sensibles s'abstenir !

 

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Lettre sur le fil à Damoclès 1/3

Publié le par modimodi

Mon cher Damoclès, tu trouveras cette missive déposée dans la boite aux lettres des couloirs du temps.

Je ne sais pas si tu l'as appris, j'ai un vieux frère en éloquence, un homme politique athénien qui vivait au IVème siècle avant J.-C. Mince ! "Ça ne nous rajeunit pas tout ça !"

Mais ce qui t'intéressera sans doute, c'est qu'il s'appelait Damoclès, comme toi ! Un homonyme pour toi, un homologue pour moi.

C'était un orateur, disciple de Théophraste "le Divin Parleur", un ardent défenseur des enfants de Lycurgue. Si je m'identifie à son art rhétorique, je ne pérore pas pour autant et si j'ose t'envoyer cette bafouille, je ne bafouille pas pour autant.

Oh non ! J’affûte mes arguments et j'aiguise ma pensée à la taille de ma plume. Je les veux tranchants ! Si je fais fort dans l'expression, si j'ai l'exorde vigoureux, c'est dans l'espoir de valider l'opinion répandue que "la raison du plus fort est toujours la meilleure." Je me veux convaincant, j'ai l’orgueil du péché de chaire sans toutefois sermonner !

Je suis un écrivain pacifiste, plutôt du côté "Paix" que du côté "Guerre". Mais je sais à l'occasion, quand il le faut, engager et croiser le fer. Je ne suis peut-être pas une fine lame mais ma plume a la pointe acérée, même si de nature, je préfère bretter les esprits, à fleuret moucheté. Pas d'excès d'épéiste zélé ! Je ne cherche pas à laisser quiconque sur le flanc. Je m'escrime plutôt, par petites touches à atteindre mes lecteurs ! Il faut dire que je suis du bon côté du manche pour leur chatouiller les côtes !

Par contre, à l'inverse de toi, intrigant Damoclès, je ne suis ni flatteur, ni courtisan. Je ne recherche pas l'estime des puissants et des rois ! Ma noblesse est dans la distinction des actions, l'élégance des pensées et des écrits. Je fustige si nécessaire mes contemporains, mes amis, mes liseurs de passage. Je ne les pommade pas pour percer de reconnaissance, me faire un nom et devenir ainsi un écrivain à la pointe de la cime littéraire ! Je tente simplement qu'ils ne s'éloignent pas sur la pointe des pieds.

Brrr ! Sinon, je leur ferais plutôt tâter de la pointe de ma plume piquante comme d'une aiguille de curiosité... Vois-tu ! Mes coups de pointes sont des pointillés appliqués de plumitif pointilleux ! ...Mes pointes sont des pointes d'esprit et je sais aussi jouer de l'épée à deux talons envers tous ceux qui me les tournent !

Je n'envie pas pour moi comme pour eux, d'autres richesses que celles de l'esprit et du cœur. Mon bonheur n'est pas dans l'admiration éphémère de mes proches mais dans les joies durables que je leur procure. Je veux être utile pour leur seul profit, celui d'une vie qualitative. Vivre, c'est donner de l'amour, pas des leçons.

Mais dis-moi ! Qu'est-ce qui t'a pris, Damoclès, toi, le roi des orfèvres, d'exciter ainsi le roi Denys l'Ancien, le tyran de Syracuse ? Pourquoi as-tu voulu rassurer cet inquiet, en maniant l'encensoir ? Pourquoi envier et louanger sa magnificence et son opulence, sinon pour espérer en tirer un profit secret ?

En homme avisé, lui, l'avait sans doute perspicacement perçu... Tu n'as rien ressenti. Il a habilement saisi ton désir profond de courtisan flatteur pour t'approcher des puissants et bénéficier de leur considération.

En monarque éclairé et faussement généreux, il ne s'est sûrement creusé qu'un court instant, la tête pour répondre à ton intrigante avidité ! Mais ne va pas te plaindre ! Il t'a ainsi permis d'apprécier ses splendeurs princières et t'a offert ses largesses. Hélas pour toi ! Que le temps dérisoire d'une unique et mémorable journée !

C'était bien, la preuve ironique de son cœur altier mais ô combien mesquin ! Derrière ton rictus, avoue qu'il t'a bien eu, "en beauté, de toute sa hauteur et dans les grandes largeurs". Ta joie et ta fierté sont restées en suspens !

Un instant, je peux me mettre à ta place et aisément concevoir ton orgueil de recevoir une invitation royale personnalisée ! Je te vois même y courir en grande pompe et même à toutes pompes, te prenant sur l'instant, pour le roi ! Mais j'aurais voulu aussi assister à la scène et voir ta mine stupéfaite et affolée quand, au milieu du festin, tu as levé la tête pour te rendre compte qu'un glaive était suspendu au-dessus d'elle.

J'imagine ta panique quand tu as réalisé que le support n'était qu'un simple crin de cheval ! Plus question pour toi de hausser le col et de t'enorgueillir ! Ta vie de petit crâneur ne tenait plus qu'à un cheveu, toi, le chevalier d'un jour ! Ah ! La triste figure devant cette menace en suspension !

Oh ! L'exquise dérision et le vertueux message symbolique de la part de ton maître ! Oh ! La cruelle mais judicieuse démonstration pour te signifier que le danger peut, d'un moment à l'autre, s'abattre sur chacun, autant sur toi, pseudo-monarque d'un jour que sur le roi lui-même. Oh ! La leçon de sagesse de l'existence, elle-même ! La jouissance et les plaisirs ne sont pas illusoires, ils sont aléatoires dans leur dispense et leur durée. Chacun est tributaire du destin ! Le bonheur est souvent à double tranchant.

Moi, je reste méfiant et prudent, mon vieux Damoclès ! Dans l'existence, tout peut arriver, le meilleur comme le pire. Personne n'est à l'abri du risque ni interdit de chance. Ne sois pas rabat-joie ! Il ne faut pas laisser tomber, ni les bras ni l'épée. Oh ! Surtout pas l'épée !

 

 

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Lettre au bourreau de travail

Publié le par modimodi

Regarde ! Est-ce que tu les vois, toi, le bourreau de travail ? Aperçois-tu tous ceux, comme moi, qui n'ont pas le temps de faire le joli cœur ! Non ! Absolument pas le temps !

Vois-tu ? Même s'ils en ont plein le dos, ils s'échinent pourtant à longueur de temps. Ils se tuent au travail. Ils se torturent le corps et l'esprit. Moi-même, je m'écorche sur mes trois pieux taillés comme des crayons, en soufflant comme un bœuf, comme autrefois, je suis un esclave sous le joug.

Oui ! De par ma libre volonté, je suis, à mon bureau, mon propre bourreau de travail ! Mais eux, n'ont pas d'autre choix que de se supplicier sur l'autel patronal du rendement, de la compétitivité et du profit ! Qui a le sort le plus enviable ? Ne me plaindrais-je point d'aise ?

J'ai tout confondu : travail et œuvre, technique et art. Je tisse les fils de l'écheveau de mon destin dans la toile ajourée du temps, dans le tissu effiloché de la morale sociale et parfois même dans le saint suaire de la religion ! ... Une apothéose mystique pour ma passion masochiste ! Je trame des récits cousus de fil blanc que j'étire et emmêle sur le métier d'écrivain.

Eux, j'en suis certain, connaissent davantage la souffrance que la joie rédemptrice du travail qui délivre ! Ils secouent leurs chaînes sans parvenir à les briser... Avec mes compagnons, mes frères humains, je crie souvent sans en comprendre toute la portée symbolique : "Gloire au travail ! Gloire au travail !"

Jamais désœuvré, éternel travailleur, je suis toujours à la bourre dans mon propre harnais ! J'ahane et je cravache ! C'est la vie qui me débourre quand l'activité me bourre. Heureusement, la littérature m'offre quelques chiquenaudes cérébrales tandis que l'existence me donne des bourrades. Pendant que l'environnement me fait du bourrage de crâne, moi, je bourre et bourre et ras le tam-tam comme le mou de mes lecteurs.

Oh ! Je ne veux pas la mort du petit cheval ! Mais j'agis hélas, comme un bourrin ! Je prends des coups de collier et des coups de fouet. De tant de coups de bourre, je suis même devenu un vieux canasson bourru, bougon et bouchonné, un ridicule bouffon bouffi, bouillonnant de boutades ! Et si, j'ai parfois l'esprit dans la ouate, c'est à force de me bourrer de tranquillisants. Oh oui ! Je préférerais mille fois être rembourré de petits et précieux bourrelets au portefeuille que bourré de tant de remords !

Il le sent bien d'ailleurs, lui, mon fidèle et rare lecteur que je lui bourre son crâne comme s'il était un bourre-couillon écervelé ! Si, en boute entrain, je mets du cœur à l'ouvrage comme au ventre, je le nourris pourtant mal de mes maigrichonnes prétentions d'écrivaillon.

D'ailleurs, mon pain posé sur la planche est un pain complet, mal levé et souvent trop bourratif ! Je lui en coupe de pleines tranches ! Oui, mais je m'étale trop et je tartine ! Je suis un boulimique de boulot, j'aérophage et je boursoufle, je suis gonflant, je le souffle et je l'époustoufle ! Mon style croûteux et pâteux l'épate et l'étouffe ! Je n'arrive plus à m'ôter le goût du pain. Il peut penser que je suis un bourreau de travail, en fait, je ne suis que son bourreau textuel !

A l'instar du penseur de Rodin, je n'ai pas vraiment de socle artistique. Je sculpte au ciseau et au burin les mots en ronde-bosse comme un écrivain bosseur. Je me tape sur les doigts. Non ! Je n'ai pas trop la bosse du commerce, je la roule, mais je me vends mal.

Je me donne pourtant beaucoup de mal pour réussir. Mais feuille à feuille, je sédimente et je bloque ma progression dans la veine du talent. Je voudrais donner un plaisir qui reste en suspension comme les yeux dans le gras du bouillon littéraire. Mais, allez savoir pourquoi, mon bouillon de culture ne s'avale que les jours maigres.

Je cours après l'inspiration, que j'appelle ma belle au bois dormant. Mais dans la forêt des arbres abattus pour quelques minables pages, destinées surtout à noircir le tableau des belles-lettres, moi, je divague et m'égare dans les laies de l'anonymat. Je m'écorche sur la hache des bons sentiments. Je suis un bûcheur souvent en plaies et bosses. J'opère en coupes réglées faute de n'avoir pas su faire des coupes sombres dans mes textes ou éviter les bûches et les embûches !

Voilà bien l'hérésie ! Avec ce genre mal fagoté, je mets mon dernier lecteur à une torture que je m'inflige moi-même. Je nous crétinise. C'est atroce à penser mais j'aurais dû trancher depuis longtemps dans le vif de mes écrits, il n'aurait pas vu rouge !

Et moi ? Probablement que j'aurais eu plus de temps et de plaisir à bûcher sur les belles pucelles d'Orléans ou d'ailleurs. Plutôt que de faire de ma vie un enfer dans l'autodafé de mes lettres, j'aurais pu m'enflammer et jouer moi aussi, au petit bourreau, non pas de travail mais des jolis cœurs !

 

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Lettre d'un emprunté 2/2

Publié le par modimodi

 

T'en souviens-tu encore de notre bel été indien ? L'air était comme nous, aimable de douceur.

Mais j'étais foudroyé devant toi, ma vaillante et éblouissante squaw !  Par excès de pudeur et par fierté masculine, je me disais qu'il n'était pas question de perdre davantage ma face de visage pâle. Non ! Ne sachant pas sortir de ma réserve, je ne devais pas non plus te dévoiler mon seul côté sauvage, ma peau rouge d’hyper émotif ! 

Je m'étais cru un vaillant boutonneux sur le glorieux sentier de la guerre des amourettes adolescentes. Pourtant, je fus vite dépassé par l'appréhension et inapte à la moindre charge héroïque. J'étais cramoisi, bouche pincée, regard vague et lèvres mordues. Mes bras se tordaient, mes mains s'emmêlaient, ma tête dodelinait sur mes épaules affaissées.

J'étais un lierre chétif et accrocheur, à l'assaut de la haute muraille. Je bafouillais des sons, ébauchais quelques mots, je bredouillais des platitudes. Je ne pouvais me détacher ni me lâcher. Je restais planté devant toi, terne et sans expression, prêt à me défolier.

J'avais chaud, je suais sous ma veste. J'étais moite, perlant de bons sentiments, à l'image de ma tiédeur sentimentale. Mes verres de lunettes s'embuaient de ma transpiration, filtrant d'un voile ta lumineuse beauté. Je devais te paraître plus que timide et compassé, absolument ridicule et piteux.

J'étais maladroit, empêtré dans mes bonnes manières, empoté et emprunté. Toi, au contraire, tu rayonnais et irradiais devant moi comme dans l'espace de mon cœur. Tu t'épanouissais dans une fraîcheur impatiente, emplie de spontanéité et d'attentes ! Tu m'offrais ton naturel et ton aisance. J'étais troublé par ton mystère et interdit à ton contact, incapable de prendre ma chance et de recevoir ce simple et pur bonheur que ta jeune séduction m'offrait sans artifices.

Aucune audace ! J'ai frôlé peureusement ta main. Je n'ai pas su la prendre et la retenir. Tandis que tu imprimais en moi ta douceur, je t'effleurais de ma médiocre superficialité. Je te revois encore, tournicoter les doigts dans tes couettes et mâcher nerveusement ton chewing-gum. Devant cet emmanché, le temps a dû te paraître terriblement long !

Pauvre de moi ! Devant cette fulgurante révélation, prisonnier de mes émois, le trouble m'avait totalement envahi. Je n'ai pas su t'exprimer ma tendresse et mes désirs ni te formuler le moindre compliment sur ton élégance, ta splendeur et ses charmes. Oh oui ! Je me souviens parfaitement de ta distinction : ton jean rose et le charmant top blanc, ce foulard bleu-ciel noué sur le côté, flottant à ton cou en de furtives caresses et tes ballerines grises et fuchsia. Il flottait dans l'air comme un parfum, comme ton parfum... L'Heure Bleue de Guerlain !

Je n'ai même pas su soutenir ton regard tout aussi étonné qu'insistant, encore moins esquisser le moindre signe d'intérêt. J'ai préféré baisser la tête et me balancer d'un pied sur l'autre, sans oser faire le premier pas ! Un flamant rose au marécage !

Je n'ai pas su te faire rire par le moindre trait d'humour, même avec une mauvaise blague de potache ! J'avais peur d'être nul, je le fus ! Je te suis apparu ridicule et sans esprit. Qu'avais-je besoin d'évoquer cette plaisanterie vaseuse à la blague carambar !

Furtivement, j'ai cru ressentir ta déception. Allons, ne me dis pas que ton instinct n'a pas saisi mon émotion, l'affolement du regard, mon extrême inhibition et la tension qui se révélait entre nous. Pourquoi ai-je ainsi tout gâché en perdant mes quelques moyens ?

Mais pourquoi, n'as-tu pas réagi devant ma tétanie amoureuse et ne m'as-tu pas encouragé à vaincre ma timidité ? Pourquoi, quelques temps après, ne m'as-tu pas donné une seconde chance, accordé un nouveau tête-à-tête ? Pourquoi, tout à mon dépit et à mon échec, n'ai-je pas moi-même insisté et donné suite ?

L'amour dans sa tendre guerre est un parcours pour combattant. Je n'étais visiblement pas doué pour l'offensive. J'étais ma propre force de dissuasion, mon seul ennemi. Mais aujourd'hui, je te préviens, je me sens prêt pour la bataille ! J'ai acquis la confiance qui va de paire avec l'expérience. Je suis debout, ferme dans mes intentions et résolu dans mes convictions. Me voilà, vaillant de déterminations, prêt pour la tendre guerre où il n'y aura pas de vaincus. J'ose enfin, je viens à ta rencontre ! Je suis léger comme la flèche qui te va droit au cœur.

Un torrent d'émotions me submerge encore un peu mais je me sens d'attaque pour affronter le choc de te revoir. Oh oui ! Bouleverse-moi !... Renverse-moi ! ...C'est décidé ! Je sors de l'enclos du renoncement et mets fin à l'exil. Je suis prêt à passer autant de temps et même plus que je n'en ai perdu.

Je frémis d'un lent vertige sensuel. Sans la moindre frustration envahissante, je vibre déjà d'agréables sensations dans l'intuition de jouissances promises. Je rêve de notre étreinte dans la légèreté du corps et l'extase de la chair. Avec une effervescente vigueur et dans une délicieuse fraîcheur, je vais t'offrir la pleine fleur de mon âge.

Je ne suis plus ce cœur ruiné, vidé d'espoir, rempli de manques. Je ne suis plus un emprunté. J'ai retrouvé de l'intérêt à aimer. Il ne tient qu'à toi de m'accorder crédit pour partager un projet d'avenir.

Ouvre vite ma lettre. Moi, je t'ouvre mon cœur hublot, sur la ligne de partage des eaux de nos amours adolescentes.

 

 

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Lettre d'un emprunté 1/2

Publié le par modimodi

A toi, ma lointaine, mon espérée et jamais oubliée, j'adresse ce discret bouquet de pensées entre les feuillets de ma lettre.

Dans ce demi-jour d'hiver crachin, je viens de feuilleter lentement l'album joyeux de ma jeunesse adolescente. Des silhouettes, des paysages, des décors, des ombres en groupes, des photos de nous et de nos camarades fluent et refluent par vagues mélancoliques à la mémoire de mon cœur qui se balance au large de la nostalgie.

Je nous revois au soleil insouciant de l'amitié, dans de bruyants éclats de rire jubilatoires, au milieu de nos jeux, de nos singeries, de nos acrobaties, dans les temps de défis et d'allégresse de notre adolescence. Toutes nos images de plaisirs resurgissent instantanément, en gerbes fraîches de gouttelettes jaillissantes et irisées dans l'arc-en-ciel de mes souvenirs.

Un kaléidoscope projette des flashes et imprime en moi des lieux, des visages, des prénoms, comme autant de fleurs épanouies au printemps de notre âge. Des instants éclatent sans bruit, des éclairs d'un bonheur trop vite enfui sont aussitôt ressuscités comme par magie. Des initiales aux cœurs entrecroisés demeurent incrustées dans l'écorce de l'arbre de ma vie.

Aujourd'hui, la morosité est en pause. Dans ce temps capturé et serein, les regrets ne sont pas de mise. Au contraire, je perçois nettement ta présence. Sa trace est intacte et préservée au milieu de la douce anarchie de mes pensées. J'ai même conservé les plus agréables, parmi mille et un de tes sillages. Je suis comme Guillevic, le poète : "Il suffit de tremper les pieds dans le ruisseau pour être regardé par le soleil." Tu m'éclabousses de ta lumière.

Simplement, sans que je le provoque, tu t'en viens battre avec insistance à la porte de mon cœur. Tu en seras certainement surprise... Après toutes ces années, oui ! Je pense encore à toi ! Comme c'est bête et inattendu !... Pourquoi maintenant ? Pourquoi surgir comme le mot, du terreau du poème et faire irruption en moi, dans cet afflux d'évocations ? Je suis comme Lamartine : "Non, tu n'as pas quitté mes yeux. " Mais pourquoi remonterions-nous le cours du temps perdu ? Pourquoi ce besoin subit de me confier à toi, de te parler dans l'ombre, toi qui es ma clarté ?

La sagesse me suggère qu'il n'est peut-être, jamais trop tard pour bien faire ce que l'on n'espérait plus ! D'ailleurs, je ne sais pas pourquoi mais depuis toutes ces années, j'ai gardé ton adresse. Sans doute, pas par hasard mais par un signe capricieux et tenace du destin qui nous guide par la main !...

J'ai donc eu envie de t'envoyer enfin, la lettre que je voulais t'écrire, il y a quelques années... Bien sûr, le temps a passé et jaunit le papier. Nous voilà pâlis et dispersés par les flots du temps qui ont emporté et ballotté nos émois et nos élans dans les bouteilles lancées à la mer !

Je ne cherche d'ailleurs aucune excuse. Je n'ai rien à me faire pardonner. Je te devais simplement cette sincérité avec des mots qui m'ont alors, cruellement manqué mais qui restent gravés dans le marbre coloré de mes primes émotions.

Je me souviens. C'était, t'en souviens-tu aussi, à notre premier rendez-vous ? J'avais mis tous les atouts de mon côté : veste de bonne coupe cintrée, un peu trop peut-être, un déluge de parfum d'eau de Cologne, sur mes trois poils de barbe et de moustaches naissants. Oh ! Beaucoup trop assurément !

J'étais, il est vrai, un jeunot réservé, mal dans sa peau boutonneuse. Je n'avais aucune expérience amoureuse. J'étais un tendre gringalet, vert de sève tentant de paraître sec et noueux comme un sarment de vigne des vendanges de la vie et de l'amour. Je me tortillais comme un liseron dégingandé, poussé trop vite entre deux pierres de mon chemin d'enfance. J'étais tremblant sur mes deux jambes mal bâties, comme une cabane en kit, posée sur pilotis.

Timide, rougissant, mon cœur s'est emballé. J'hésitais à te regarder, encore plus à te parler. Je n'ai su t'offrir qu'une pâle et dérisoire risette. J'étais crispé, gêné et regrettait de ne pas être à la place du bouquet de pensées et de violettes que je te tendais. Empressé, impressionné, j'ai bégayé, à peine audible un : "Bonjour, ça va, toi ? Tiens, c'est pour toi !" Je t'ai souri bêtement, niais, timide, à fleur de peau !

J'avais tant espéré, attendu ce moment, et là, à cet instant, j'aurais tant voulu être ailleurs ! J'étais gauche, quasi-paralysé de trouille. Pourtant, je croyais m'être psychologiquement bien préparé à notre rencontre. J'avais interrogé mon entourage et parcouru les rubriques de conseils aux débutants : Comment maîtriser sa peur et avoir assurance et prestance pour être remarquable et inoubliable dès les premiers contacts.

C'était au siècle dernier... Nous ignorions les s.m.s. et ce que les progrès techniques allaient faciliter pour la communication et les échanges.

Nous étions en octobre, il faisait doux, presque chaud, c'était l'été indien...

 

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