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Articles avec #chemin des ecoliers tag

Quand y'en a purin, y'en a bouseux !

Publié le par modimodi

Attention au titre de ce billet d'humeur ! Voilà du grand n'importe quoi ! Encore du sans queue ni tête que je pourrais dédicacer à mes bons vieux instits qui vont aussitôt me reconnaître ! Oui ! Je leur dois tout, même cet élan fiévreux de folle reconnaissance !

"Oignez vilain, il vous poindra ; poignez vilain, il vous oindra." Oyez manants, ruraux, champêtres, frustres agrestes, croquants glaiseux ! Arare humanum est ! Mais pour passer de l'art aratoire à l'art oratoire, au pis allez, rustauds rustiques ! Car labour âge et pâture âge sont encore et toujours les deux mamelles de la bonne vieille métairie de l’Éducation Nationale.

Vous m'avez bien nourri, ô maîtres fourragers ! Un vaste programme officiel de cultures assolées aux cycles des raisons vous avait recommandé d'atteler la charrue aux be-a-ba, aux bœufs à bâts, devant le troupeau des béats baba school, dont je faisais partie.

Nous étions tous du pays de Sully ! Dans les champs des sciences, des cambrousards pétaradaient sur leurs machines agricoles comme moi sur mes machines opératoires pour extraire des racines et exploiter domaines et propriétés mises en jauges.

Pour le troupeau des culs-terreux et peignes-culs, j'étais un élève quelconque, un produit de votre élevage. Envoyé paître avec les moutons de Panurge dans les verts paradis des amours enfantines, vous m'avez appris que les verbes, les liaisons et les terminaisons se déclinent, se conjuguent et s'effeuillent parmi les fleurs de rhétorique.

Mais vous seuls saviez que l'art de la règle alignait les bêtes de trait comme l'addition, les bêtes de sommes, qui toute leur vie durant, avec ou sans calcul, apprendraient à brouter et à ruminer sur des sujets terre à terre !

Aujourd'hui comme hier, parfois quelques agités font du foin au point d'être assez bêtes pour en manger à la fourche ou de se prendre une avoine. Mais à l'école de la férule, les coups fourrés créent parfois l'envie de l'école buissonnière.

C'est ainsi que battant la campagne, quelques ânes, sourds comme des mules et quelques baudets à l'esprit en jachère répètent et ânonnent : " La bouse ou la vie ! Hennis, soit qui mal y panse. " Pas de carottes qui vaillent, elles sont déjà cuites !

C'est bête comme chou mais à l'école des cours bouillons, l'écolier mijote dans la grande marmite des savoirs. La culture intensive comme la gastronomie scolaire s'emploient à produire et à transformer des navets et des betteraves, des cornichons et des patates qui feront les grosses légumes de demain ou qui vous mettront dans le potage.

En sa ruralité pédagogique, veillant sur ses pépinières avec le souci constant de la bonne graine et de la bonne souche, le bon instit tuteure et rame ses sauvageons, abreuve ses scions en rabâchant : " Fouillez, creusez, piochez, affinez, amendez, marnez, c'est le fond qui manque le moins ! " Mais moi, je sais que c'est le don qui manque le plus !

Au pire, les empotés et les sacrées couches qui se seront faits Binet échoueront au jardin d'acclimatation des classes d'adaptation. Oui ! A force de se creuser, les ploucs tombent dans les trous de mémoire dans lesquels ils se plantent ou bien finissent en buttes et tout naturellement repiquent.

Sur les champs de course aux diplômes et aux moissons de lauriers, les canassons de la lutte des classes, les pauvres bouseux, péquenots incultes se retrouvent sur la paille et chaument. Avec la bouche en cul de poule pondeuse de réformes nationales, "relisez la phrase et prononcez chôment." D'autres, bien sûr vont réussir à faire du blé dans les choux gras ou de l'oseille dans les radis.

Moi, aujourd'hui, j'ai pris les leçons de la vie et je pourrais être conseiller d'orientation en agri-culture. Je pourrais donner confiance à tous mes condisciples et dire à chaque écolier : " Si t'as touché le fond, si par malheur, t'as fait chou blanc, console-toi ! Petit pignouf, retourne vite à tes moutons. Ovins, Dieu ! C'est dépaysant ! "

Alors, merci à vous, maîtres et maîtresses d'école ! Holà, pédezouilles, maîtres es culture, grands épandeurs de théories, belles au terreau des hypothèses ! Graissez terriens, fumez vilains, c'est le saur qui vous est promis ! Jetez le sel aux esprits, entez génies et cerveaux, ensemencez les idées, car en vérité, c'est écrit, la culture rend fertile et fécond !

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A la tête de l'art

Publié le par modimodi

L'école de la République a la noble mission de sensibiliser nos chères têtes blondes à l'Art avec un grand A... Vaste, noble et belle ambition !

De quel art parlons-nous ? De l'art oratoire des poètes et des beaux parleurs, de l'art culinaire du latin de cuisine, de l'art dramatique des accidentés de la scolarité ?

Parlons-nous des 7 arts libéraux ? Trivium et quadrivium, des trucs en hics, en tics antiques ! Un cauchemar permanent et catastrophique pour certains écoliers, incertains en grammaire, dialectique, rhétorique, arithmétique, géométrie, histoire et musique.

Parlons-nous de l'art en tant que conceptions du Beau, d'esthétique éclatante et d'harmonie plastique des formes et des couleurs ? Parlons-nous, d’œuvres d'art dans l'élégant équilibre des proportions ? Mais encore ! …

Tout n'est-il pas, bien souvent, relatif et subjectif ? Voltaire nous l'a rappelé, "la beauté pour le crapaud, c'est sa crapaude." Mon beau-frère ou ma belle-sœur ont surtout de beaux yeux. "La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a" mais chacun sait que le plus beau réside dans ce qu'elle ne montre pas. Et chacun a une double chance. Soit à sa naissance : "Tout nouveau, tout beau", soit dans le mystère de sa beauté intérieure. Ceux que la vie n'a pas gâtés, dont on dit qu'ils ne sont pas finis ont même le secret espoir de finir dans la beauté schubertienne d'une symphonie inachevée.

D'ailleurs, l'homme, dans sa petitesse, cherche à se dépasser. Après avoir tenté en artiste de faire le beau, le voilà, en quête éternelle, d'absolu, d'excellence et de perfection. D'ordre esthétique et mystique, la divine proportion, présente dans le corps humain, avec sa section dorée et son nombre d'or, a donc inspiré, nombre de créations : dans la peinture (Dali), l'architecture (Le Corbusier, Ricardo Bofill), la musique (Y Xenakis).

Tous les styles, de toutes les époques, influences ou courants, tableaux et monuments ont une même référence, l'art de toucher, d'émouvoir, d'aiguiser les sens et de provoquer l'intuition et l’intelligence !

La tendance est aujourd'hui à la vulgarisation voire à la vulgarité d'un art autrefois impressionniste et qui s'expose faussement en techniques qualifiées de modernes. Cet art qui a détourné la richesse foisonnante du baroque s'en revendique et se dénomme gothique, avant-gardiste et parfois décadent.

L'art est partout, dans les musées, les auditoriums, les théâtres et dans la rue. Si depuis Platon, la politique est l'art de s’intéresser aux affaires de la cité, aujourd'hui, elle est même devenue un art du cirque où bateleurs harangueurs et jongleurs prévisionnistes amusent gradins, travées et amphithéâtre. Si depuis Socrate, la pédagogie est un art d'accoucher les connaissances par la découverte active de la réflexion et du dialogue, l'éducation nationale a inscrit la découverte des arts à ses programmes.

Au même titre, que la littérature ou les sciences, l'art s'est imposé comme objet d'enseignement. Il a fait école. Car l'exigence pédagogique est ainsi faite : pour faire d'une tête bien pleine, une tête bien faite, il convient de la jeter, aux fins de l'initier, à la tête de l'art !

Mais qui peut nous dire où commence l'art et qui l'a initié, exprimé, façonné, peint ou sculpté ? Sont-ce les peintures murales découvertes dans les cavernes ou les premières poteries, les os de mammouth et les silex taillés, les bijoux ciselés pour les belles primitives ?

Quel en est l'alpha et l'oméga et pour dire cool, y a-t-il un b-a ba de l'art, un b-a-ba-ba- school ? A le vulgariser, ne risque-t-on pas de le rendre vulgaire et de transformer ses face à face en terre à terre ? Quel cauchemar pour un tableau que de finir au tableau noir !

A quel art se vouer ? Pour ne pas compromettre les canons de la beauté, devrons-nous négliger l'art militaire pour les beaux-arts et répudier les neuf muses des arts libéraux pour les neuves nymphes du 7ème Art ? A quelle école, quelle période, quel génie se référer ? Le romantisme ou la Rome antique, l'art byzantin ou le pop'art, le douanier Rousseau ou le facteur Cheval, Manet ou Monet is money, en mille liarts, en dollars ou en roubles-art, c'est toujours de l'art, gens !

Et moi de tous, César, je préfère l'art Zèbre ! Faut vous dire que très tôt, j'ai affirmé de réelles dispositions, encrées en moi depuis toujours. Joyeux bonheurs de l'enfance ! Mes premiers essais grapho-barbouillés ont empâté mes cahiers que les taches, par mes petits doigts, appliquées, ont rendu originaux et camaïeux. Au CP, j'étais dernier en écriture mais premier à la compo de patato-gravure. J'avais là, sans nul doute, la révélation de mes dons précoces.

Dès l'adolescence, j'excellais encore à peindre pour ma douce et tendre, ma mie, quelques croûtes du plus bel effet. Tout à la fois zinzin, zazie, zazou, zozo, je fréquentais z'alors les musées et les zoos. Et c'est devant le zèbre que je connus z'ainsi mes z'ultimes z'émotions z'artistiques. Aucun doute, mon frère en peinture se trouvait là !

Aussi permettez-moi de dédicacer à ce virtuose du pinceau comme à ceux qui se reconnaîtront artistes, cette pochade, en clin d’œil intitulée : 

Le Zèbre

Drôle de zèbre à rayures,

Tu ne manques pas d'allure !

Mais pourquoi ces hachures

En forme d'épluchures ?

Et pourquoi ces ratures

Faites à la peinture ?

Serait-ce l'armature,

L'ébauche d'une armure ?

Sont-ce enjolivures

Que ces quelques zébrures ?

Crois-tu que ces marbrures

Te donnent de la carrure ?

Drôle d'architecture !

Bizarre créature !

Tes quelques éraflures

Manquent d'enluminures,

Ta grossière ossature,

Manque un peu de teinture.

Je te le dis, c'est sûr,

Laisse tomber la peinture !

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Petit porte-bonheur !

Publié le par modimodi

Toi, qui descends des cieux,

Petit' bête à Bon Dieu,

Serais-tu immortelle,

Ma douce coccinelle ?

D'où viennent tes aïeux ?

Quel esprit merveilleux,

T'a déposée sur terre,

En jolie bonbonnière ?

 

De quell' bonne fortune,

Te vient ta demi-lune,

Et tiendrais-tu des anges

Cette couleur orange ?

Est-ce pour nous amuser

Que tu t'es déguisée,

Te peignant sur le dos,

Un jeu de dominos ?

 

Est-ce pour japoniser

Que tu as enfilé

Ce charmant kimono,

Pure soie de Kyoto,

Petits pois au pinceau,

Rouges et noirs, rigolos,

Sept sacrés numéros,

Recopiés au tableau ?

 

Oh ! Combien d'écoliers,

Attentifs ou distraits,

Des premiers aux derniers

Ont appris à compter

Et à numéroter

Sur ton petit boulier !

 

Moi, si j'suis fort en maths,

En calcul, acrobate,

C'est grâce à toi, ma belle,

Céleste coccinelle,

Petit porte-bonheur,

Tatoué sur mon cœur !

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Le mille-pattes

Publié le par modimodi

C'est moi, mille-pattes,

Le traîne-savates !

J'suis acrobate

Des omoplates.

Quand ça me gratte,

Entre les pattes,

Je me déboîte

Et me remboîte !

 

C'est moi, mille-pattes,

J'cours comme une rate

A pleines-patates !

Je m'carapate 

Et ça m'éclate !

Mais zut ! Je boite,

J'perds mes savates 

Pour un croche-pattes !

 

Tu le constates

Et ça t'épate !

Ça t'coupe les pattes 

Comme au cul-de-jatte. 

T'as l'air primate, 

Un traîne-savates

Mais tu m'trouves bath !

J'suis fort en maths !

 

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Petits moutons

Publié le par modimodi

L'hiver fait des glaçons.

Le ciel est plein d'flocons,

Au chaud, sous l'édredon,

Serrant mon polochon,

Je compte les moutons.

 

Il y en a à toison,

Si doux et si mignons

Des marrons, blancs et blonds,

Des milliers, des millions

Qui jouent à saute-moutons.

 

En calcul, j'n'suis pas bon !

Dis-moi, comment peut-on

Compter tous ces moutons,

Qui en deux-trois rebonds,

Jouent à cache-tampon ?

 

J'sais compter les boutons,

Les marmottes, les mouflons

Et les yeux dans le bouillon.

Pourquoi s'presser le citron

A compter les moutons ?

 

J'suis plein d'inattention,

Je perds mon addition,

Je n'ai plus un compte rond !

J'dois reprendre mes moutons.

Cent par cent, en peloton.

 

Tête en ébullition,

Je rang' ces polissons.

Huit cents, neuf cents moutons !

Cett' fois, le compte est bon !

Le compte est rond, ronron !

 

Et Tontaine, Tonton !

Tout se fond, se confond...

La nuit met ses chaussons,

Le sommeil est de plomb.

Au dodo, les moutons !

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1-2-3-4-5-6-7

Publié le par modimodi

1-2-3-4-5-6-7

A maman, je fais risette.

 

1-2-3-4-5-6-7

Cette comptine m'embête,

Je n'ai plus que ça en tête.

 

1-2-3-4-5-6-7

Je préfère les devinettes !

Je veux fair' des galipettes,

J'ai un trou à mes chaussettes !

 

1-2-3-4-5-6-7

Je tir' les ch'veux des fillettes,

Des chipies et des mauviettes !

J'les tiens par la barbichette,

Je déteste les couettes !

 

1-2-3-4-5-6-7

Arrêtez les historiettes,

Pirouette, cacahuète,

Chevillette, bobinette,

Je n'aim' pas les alouettes,

C'est toi, qui perdras la tête !

 

1-2-3-4-5-6-7

Je préfère les sucettes,

Le chocolat en tablette,

Fair' des bêtises, en cachette,

Aller tirer les sonnettes,

Fair' des grimaces, à Babette,

Et embêter ma sœurette !

 

1-2-3-4-5-6-7

Assez des marionnettes !

J'veux souffler dans ma trompette,

J'veux fair' du patin-roulettes,

Du skate ou d'la bicyclette !

J'en ai par-dessus la tête !

Arrêtez la chansonnette,

J'ai déjà une calculette.

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Le robinet

Publié le par modimodi

Oh! J'en ai connu des soucis scolaires avec ces problèmes d'arithmétique!

Pourquoi fallait-il que les trains ne partent pas à la même heure? Pourquoi devaient-ils se croiser? J'aurais tant voulu détraquer l'aiguillage et les faire dérailler avant. Mais trop souvent, c'était moi qui me retrouvais sur la voie de garage sans avoir su accrocher les wagons.

Bien qu'aride d'esprit comme un désert, certains jours, j'étais noyé jusqu'au cou! Comme Mac Mahon, quand j'y repense, je m'écrie encore aujourd'hui: "Que d'eau, que d'eau!" J'étais transparent comme elle et emporté par l'agitation de son déluge.

Mes maîtres devaient avoir une imagination en crue pour m'inventer des problèmes de robinets qui coulaient et de baignoires qu'on remplissait. Moi, je n'étais jamais dans le bain et vous pouvez le constater, avant de découvrir une vocation d'écrivain, j'avais déjà des problèmes avec les volumes.

Oh oui! J'étais plutôt du côté des bassins qui fuyaient, des baignoires qui débordaient, des encriers qu'on renversait. Je stagnais dans leurs flaques. Ma scolarité peu à peu sombrait dans un bain de sang d'encre rouge professorale comme Marat sous les coups de Charlotte. Je me débattais, englouti tout aussitôt dans la moindre goutte d'eau des problèmes mathématiques. Je n'avais pas soif mais je buvais abondamment la tasse.

Incapable d'éponger, je prenais l'eau à plein débit et je coulais rapidement dans les profondeurs du classement. Je ne tardais pas à payer la facture. Mon bulletin s’alourdissait sans cesse d'une flopée de zéros. Plongé dans le fin fond de la fatalité scolaire et submergé, avec de l'eau plein les oreilles, je n'écoutais pas les leçons. Non! Je perturbais la classe. Je glougloutais! J'étais un moulin à eau. Je parlais d'abondance à mes condisciples en me déversant, intarissable comme un robinet d'eau tiède.

J'étais un réservoir à bêtises duquel fuyaient à pleines vannes mille et une sottises. Mon institutrice, sûrement meilleure ménagère que pédagogue ou psychologue, me reprochait bien sûr de ne pas avoir inventé l'eau chaude mais c'était un avis mitigé! Qu'importe d'ailleurs la pluie glacée de ses rebuffades ou les vapeurs de ses brûlants reproches, j'étais thermo-statique! D'ailleurs, il y en avait tant que je n'aurais pu calculer la quantité de la trombe ni le débit du torrent de moqueries et de remontrances. 

J'avais des zéros de conduite. Je passais pour une buse et un siphonné mais je savais faire barrage à ceux qui m'inondaient de leurs flots de critiques. Soit mes neurones étaient mal branchés, soit le robinet de mon cerveau était sûrement bloqué. Ainsi, je ne leur laissais aucune prise. Je feignais même l'indifférence dans l'espoir de leur fermer le clapet. Ils pouvaient tous bien se faire mousser.

Aujourd'hui, de l'eau a coulé sous les ponts. J'ai appris à nager et je me tiens au courant. Je fuis les bains de foule et les belles évaporées, toujours promptes à me promettre des bains de jouvence. Je garde la tête et les pieds au sec, sans jamais tremper dans quelques juteuses malversations. Pas de goutte d'eau qui ferait déborder la vase.

Je baigne dans la culture et je ne taris jamais d'éloges devant les puits de sciences. Mes bains préférés sont toujours linguistiques et j'ai en permanence un goutte à goutte de connaissances qui s'infusent. Que mes maîtres se rassurent, je ne risque pas de déborder par le trop-plein! Je transvase simplement à mes petits-enfants. Qui le voudrait pourrait toujours soutirer ce secret de ma vie, en venant boire à ma fontaine.

Moi, je sais bien qu'il me faudra un jour murmurer ces beaux vers de Guillaume Apollinaire à Paul Léautaud dans: "La chanson du mal aimé" << Mon beau navire ô ma mémoire / Avons-nous assez navigué / Dans une onde mauvaise à boire / Avons-nous assez divagué / De la belle aube au triste soir. >>

Mais aujourd'hui, mon existence baigne dans la tranquillité des eaux bleu-vert de la Méditerranée. Les plaisirs m'ont mis l'eau à la bouche, une eau-de-vie d'ivresse et d'amour, pas à l'eau de rose!

Oh! J'ai encore parfois quelques ennuis domestiques sous la forme d'un problème de robinet. Ce n'est qu'une goutte d'eau dans la mer. Je sais qu'il me suffit alors de trouver le joint et le plombier pour le résoudre. Je ne crains plus jamais de prendre la douche froide ou la fuite.

J'alterne les plaisirs de la vie tantôt dans ses jaillissements dionysiaques tantôt en petites retenues de filets d'eau épicuriens. Il m'arrive encore de lâcher les vannes mais j'ai appris à l'ouvrir et à la fermer. Digne fils d'Archimède, si je roule des mécaniques, c'est désormais celle des fluides des saisons qui s'écoulent.

Car oui, mes amis! De cette période scolaire où je trempais dans le bain d'innocence de mon enfance, j'ai conservé cette belle eau de vie toujours claire et limpide. Je lui tends la main pour boire au creux de ma paume. J'évite de la laisser fuir trop vite...

L'amour qui m'est donné est un amour sourcier. Je laisse aux autres l'eau saumâtre des crues de leur prétentions qui fera déborder la vase de leur bassin de rétention. Moi, je suis l'éclusier du bonheur et du temps qui passe.

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Bulletin de santé 3/3

Publié le par modimodi

Dans mes humanités, j'ai quelquefois fait des poussées inflammatoires de flemmingite aiguë. Pour la préservation de l'espèce, je me convainquais de ménager mes neurones.

Mes professeurs ont d'ailleurs dit que je présentais la maladie caractéristique du cancre las de ses échecs. C'est un fait qu'à force de me creuser les méninges, je sombrais peu à peu dans les profondeurs du classement.

J'étais atypique, mes résultats étaient dévitaminés. Mon bulletin trimestriel n'avait pas la santé. J'incubais les déceptions et bien que je fisse ce que je pus, je m'infectai en des accès éruptifs de copies blanches qui envenimaient ma confiance et accumulaient mes pertes. Mon tableau était de déshonneur. D'examen en examen, on avait beau m'ausculter périodiquement les connaissances, je les perdais.

En histoire, par exemple, j'étais impérial. je retenais fort bien les royautés successives des Henri et des Charles mais je bloquais sur les Louis. J'aurais pourtant donné ma tête à couper ou ma langue au Shah pour y parvenir. Ma mémoire était anémiée.

Je savais fort bien que je n'étais pas sorti de la cuisse de Jupiter, d'un poulet sacré ou d'une grenouille savante, mais le jour où, en pleine adolescence, je confondis reproduction et reprographie, cela fit mauvaise impression. Était-ce ma faute si, à mon corps défendant, mon étourderie me faisait à cet instant, un enfant dans le dos ?

Trop souvent distrait, ma scolarité fut en tout point douloureuse. Je n'étais pourtant pas bouché car ce qui entrait par une oreille sortait aussitôt par l'autre. Je n'en faisais qu'à ma tête mais dure fut sa traversée.

En littérature aussi, j'accumulais les lourdeurs. Combien de fois ai-je perdu la face devant mes figures de style boursouflées. Ma prétention était emphatique, mon imagination étique. En dissertation, je mis pourtant du cœur au ventre pour progresser mais ce fut une sale guerre intestine et dialectique entre la thèse et l'antithèse. Souvent mes idées amputées ne trouvèrent que des prothèses.

Je me décourageais, je m'en mordis les doigts. Je me rongeais les sangs, je devins encore plus faible. J'étais sur les dents, je grimaçais d'infortune. Ma vie scolaire était un martyre, une insupportable torture mentale, une douleur lancinante qui me tiraillait l'estomac. J'avais beau avoir la tripe et me chercher un maître à panser, la philosophie demeurait indigeste. J'avais beau me fouler la rate, j'étais estomaqué de tant de mots et mes parents, ulcérés de tous mes maux.

Il fallait rester stoïque. Dans un état critique, je procédais alors à des analyses car logiquement mon avenir avait Descartes en mains et je pouvais rester sur mon Kant à moi. Avec Darwin, je trouvais même une raison à l'évolution de mes symptômes, mais l'existentialisme me donnait la nausée.

Je n'en compris les charmes que dans la beauté éphémère d'un oui, clos sur les lèvres offertes d'une fraîche étudiante. Moi, qui n'avais pas le don des langues, elle me la délia. Je lui cueillis les plus belles fleurs de rhétorique.

Elle m'avait tapé dans l’œil, je n'avais d'yeux que pour elle. Elle m'aveuglait et m'enflammait. Les troubles s'accentuèrent. Mon cœur s'emballa tandis qu'elle m'emballait. Elle me trouvait beau, me pommadait, me dorait la pilule. J'étais emporté, amoureux fou, congestionné d'amour. Elle m'initia à la marelle, à ses jeux de plein ciel et de paradis.

De ce jour, je ne voulus plus guérir. J'appris avec elle l'art d'aimer et je trouvai enfin agréable de faire studieusement et assidûment mes classes.

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Bulletin de santé 2/3

Publié le par modimodi

 

Quand je remue mes souvenirs d'âge scolaire, je suis fier. J'avais quelques dons artistiques. Mes parents, à cette époque, se gargarisaient, prétendant que j'avais une voix d'or. Pourtant, le jour du concours de chant, je ne pus que miauler, ayant à cet instant, un chat dans la gorge. J'eus beau m’époumoner. En vain ! Je déchantai et je me souviens très bien, le soir même, de m'être fait souffler dans les bronches.

J'excellais encore en musique. Je connaissais le solfège sur le bout des doigts mais dans l'apprentissage de la flûte, et pan! Je tombais sur un bec. Pour moi, qui aurais préféré faire du piano, le cours, autant qu'en emporte le vent, c'était du pipeau !

J'étais considéré par tous les enseignants comme agité et espiègle. Je leur en fis souvent voir de toutes les couleurs. Ils me le rendirent bien en pluie de reproches et me firent passer par les couleurs de l'arc-en-ciel. Je fus souvent rouge de confusion, vert de trouille, bleu et ultra violet de rage, blanc de peur, j'en aurais même fait une jaunisse à force de me presser le citron et l'orange. Je passais pour un bleu, un dingo indigo ! En cours de peinture, je me suis même un jour foulé le poignet à force de m'emmêler les pinceaux. J'étais alors aplati, au bout du rouleau. J'avais vraiment une sacrée couche !

Progressivement, je devenais une victime scolaire, le souffre-douleur d'un enfer que je pavais pourtant de toutes mes bonnes intentions. Hélas, là où il y a de la géhenne, il n'y a pas de plaisir et bien que brûlant d'impatience de m'améliorer, j'allais douloureusement de complication en complication.

On me croyait définitivement incurable. J'étais contaminé par les mauvaises notes, envahi de défauts scolaires pathogènes. J'avais la contagion acnéique des zéros pointés comme des bubons de varicelle.

Mon triste sort d'écolier ne fut jamais récompensé des efforts chroniques que je déployais pour enrayer l'infection. Éternel insatisfait, dans un doute permanent, quasi métaphysique, quand on m'interrogeait, j'avais les jambes en coton et il n'a tenu souvent qu'à un fil que je ne perde mon avant-dernière place !

Pendant que mes parents se saignaient aux quatre veines pour me faire faire des études, je me faisais un sang d'encre pour apprendre Horace. Ô désespoir, j'écrivais sérum : c'est " Rome, l'unique objet de mon ressentiment ! " J'y serais même mort à la tâche.

En arithmétique, j'avais beau m'éreinter chaque soir, couché sur ma table d'opérations, je ne faisais que de mauvais calculs. Les erreurs s’additionnaient dans les colonnes de mes étourderies. Je multipliais les mauvais alignements et je portais ma croix. Poussé dans mes derniers retranchements et bien que je n'eusse point la bosse des maths, j'en avais pourtant plein le dos. Je comptais toujours faire mes preuves de bonne volonté mais j'étais loin du compte. La malchance divisait mes probabilités de réussite et au total, j'avais enfin mon compte. Je me ramassais alors sans demander mon reste.

Je pris des fortifiants qui coûtaient un fortune mais seuls, les comptes de mon apothicaire retrouvèrent leur tonus. Pour poser les fondements de la mathématique et parce que j'étais la prunelle de leurs yeux, il en coûta à mes parents la peau des fesses.

En géométrie, le prof me traumatisait avec son théorème de Thalès et me menaçait d'une tête au carré de l’hypoténuse, si je ne filais pas droit! Je pris souvent la tangente, pourtant encore aujourd'hui ça crève les yeux que j'ai le compas dans l’œil. Rien que d'y songer, je vois rouge encore et toujours !

En poésie, je me pris démesurément et souvent, sans rime, ni raison les pieds dans les alexandrins. Mal armé, je courus même les iambes à mon cou alors qu'on tentait de me tirer les vers du nez. Rosse tant soit peu, c'était épique et j'étais tragique. Ma belle Roxane se tirait entre deux tirades. J'avais beau croiser le vers comme un gascon l'épée, je manquais de cape et je versais dans le rejet de stances sans constance. J'étais ce rimailleur de dialecte patoisant, un ch'ti félibre juste bon à garder ses vers à soi !

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Bulletin de santé 1/3

Publié le par modimodi

A l'heure des examens, des bulletins trimestriels, qu'il me soit permis d'avoir une pensée particulière pour les écoliers et les étudiants en évoquant ma scolarité et ses souvenirs. Ma mémoire infidèle et mon imagination feront le reste ! Sans doute, y ai-je fait l'apprentissage de la vie !

S'il est vrai, brave Jean de La Fontaine, qu'il y a des animaux malades de la peste, il est vrai aussi, braves gens qui me faites l'honneur de me lire, qu'il y a des écoliers malades de l'école. J'ai fait moi-même partie de ce troupeau. A l'école des arts et lettres et de la vie, j'en suis encore à faire le bébête aujourd'hui mais je me soigne !

Régulièrement, l'Education Nationale prescrit aux enseignants quelques ordonnances et leur administre un léger traitement, qui justifie, à lui seul, leur sale air quand ils le reçoivent. Ils font souvent grise mine mais c'est normal pour des enseignants dont le talent est Conté !

Je dois vous avouer que tout petit déjà, j'ai accumulé les boulettes qui m'ont donné cette mine de papier mâché. Haut comme trois pommes, mes parents me trouvaient trognon mais mes premiers camarades en me voyant se fendirent la pêche et la poire, sauf ma belle Hélène, si belle à croquer !

J'avais aussi le menton en galoche, seule ma marraine, une brave Lorraine, trouvait ça beau ! Mais qu'importe, même avec la vue basse, j'allais gonflé d'espoir familial pouvoir m'envoler comme une baudruche vers les hauteurs de la scolarité.

Hélas, je ne pouvais me délester d'une gaucherie atavique. J'étais lourd, empâté et pataud, logique ! Sur mes pages d'écriture, je n'arrivais pas à faire les boucles et mes lettres b avaient bizarrement un coup dans l'aile.

Je m'appliquais fiévreusement mais croyant à de la mauvaise volonté, l'institutrice me prit en grippe. Moi, trop timide, je rougissais à la moindre remontrance. Ma mère poule croyait que je couvais une maladie. Heureusement, une rougeole et une scarlatine m'offrirent le répit de me faire porter pâle.

Bien mieux, avec la varicelle, ma pesteuse d'instit à qui je filais de l'urticaire pouvait aller se gratter. Moi, la mauvaise gale, moi, le microbe qui n'avait pas le virus de l'école, j'allais pouvoir répandre l'épidémie et décimer les troupes.

Ah ! Quelle plaie ! Ma scolarité fut une longue suite de petits bobos. D'un naturel plutôt casse-cou et acrobate, en gymnastique, je marchais sur la tête et je me jetais tête baissée dans l'espoir d'être le premier. Je fus souvent au tapis. J'avais beau faire des pieds et des mains, je sortais du cours sur les rotules !

Il m'arriva plus d'une fois, de voir trente-six chandelles. On m'encouragea pourtant sous le prétexte que c'était un progrès prometteur pour quelqu'un qu'on estimait ne pas être une lumière. Mais un jour, quelqu'un sauta bien plus haut que moi. Je tombai de haut avec une entorse en prime. Je l'aurais volontiers emplâtré !

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