Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Alimentaire, mon cher Watson ! 2/4

Publié le par modimodi

 

Suite des aventures d'Archibald...

Pris par surprise alors que j'étais en filature sur les docks, je me fais cuisiner par trois affreux marmitons qui veulent me faire cracher le morceau ! Ces mauvais cuistots ne le sont plus quand il s'agit d'appliquer les recettes raffinées des supplices gourmands de douleurs ! Je suis farci comme une tourte !

Je leur dis, tout de go :

- "Écoutez, les gars, on ne va pas se brouiller ! Vous n'allez pas en faire tout un plat et tuer dans l’œuf ma carrière de détective. J'ai les idées en omelette déliquescente, les lèvres baveuses et les yeux enfoncés dans le soufflé. J'ai autant de ressort qu'un vieux flan et autant de pep's qu'un lokoum ! J'ai la tête comme une meringue !

Voilà douze heures que vous me cuisinez. Je vous ai dit que je n'avais pas de complice. Je ne connais pas de Curnonsky et je ne suis jamais allé rue Brillat-Savarin. Je n'ai pas fait d'aller-retour Paris-Brest et je n'ai pas habité le faubourg Saint Honoré ! J'ai depuis une heure un mille-feuilles de mêmes réponses et mon compte de plaisirs ! Cessez de me faire pétrir la brioche par ce moule à gaufre et par ce gros bras en rouleau de pâtisserie. Je suis confit comme un clafoutis et en miettes comme un crumble.

Voyez, j'ai d'ailleurs pris plus de coups dans le buffet par cette armoire à glace qu'il n'y a de saints au calendrier. Je veux bien être bonne pâte mais vous me les brisez. Je suis dans le pétrin ! Je ne le sais que trop depuis que vous me malaxez les phalanges. J'ai la patte brisée. Arrêtez donc de me filer des macarons et des gros massepains. Je suis comme un pain perdu et je ressemble à un pudding trempé dans un tiramisu !

Constatez, j'ai déjà pris pas mal de tartes. J'ai les joues plus fouettées qu'une crème aux beurres et les os en compote. Si vous n'arrêtez pas de me claquer le beignet, je finirais par tomber dans les pommes. Alors, assez de bugnes et de coups fourrés, lâchez-moi les chaussons ! Je n'ai jamais rencontré cet Apfelstrudel ni ce Kouign amann qui se cacheraient en forêt noire dans la planque du prince Stroganov.

C'est sûrement bête comme chou, mais je me fais religieuse, si je sais qui a filé avec la recette du dernier casse. Alors arrêtez de me bassiner, je suis fatigué comme une salade lyonnaise et je n'ai plus un radis. Je suis raide, sans la moindre galette. Je suis plus fauché qu'un mendiant. J'ai flambé hier, mon dernier dollar au poker."

En un éclair, un de ces tranche-lard à l'air sadique me saisit à la gorge.

- "Non mais, qu'est-ce que tu nous sers ? C'est merveilleux, j'en suis baba ! Celle-là elle est pure sucre avec cerise sur le gâteau ! Ecoutez ce jésuite ! Monsieur joue les diplomates et essaye de nous rouler dans la farine."

- "Tu oses ramener encore ta fraise !" hurle le gnome à la tête en pain de sucre.

- "Tu nous prends pour des poires ?" rugit le troisième morfalou de bourdaloues...

 

Voir les commentaires

Coquette ! 1/2

Publié le par Modimodi

Tu recherches l'esthétique,

On dit qu't'as le ticket chic,

Égérie de ton époque

On dit qu't'as le ticket choc !

 

Du précieux, jamais de toc,

Ni de vulgaires breloques !

Du satin, jamais de loques,

Il est pure soie, ton smock !

 

Tu es smart et rien ne choque,

Tu n'fais pas dans la provoque.

T'as le style BCBG,

Sans être sophistiquée.

 

Mais il faut être friquée

Pour être super sapée

Et avoir l'air, raffinée,

Dans le cercle des huppés !

 

Dans ce monde qui minaude,

Tu te dois d'être à la mode

Pour faire faire des gorges chaudes,

A quelques bell' qui minaudent.

 

Pas de flashy, c'est bashing !

Faut préserver son standing.

On ne va pas fair' les soldes,

Quand on brille, en perles et gold.

 

Pas de paillett's ni de strass,

Si on veut avoir la classe.

Faut des diam's dans les palaces

Pour fêter Mary Christmas !

 

Hier, c'était du New Age,

Aujourd'hui, place au Vintage !

Sans vouloir en fair' des tonnes,

Tu te dois d'être fashion !

 

Très élégante et coquette,

Tu sais porter la toilette,

Marcher sur des allumettes.

T'es sélect, en tout parfaite !

 

Sans la moindre affectation.

Tu as de la distinction.

Tu peaufines ton allure,

Tu es NAP dans ta parure !

 

Par la grâc' de Saint'-Suzette,

Tu ne mélanges pas, mazette !

Coups de chapeau et courbettes,

Torchons avec serviettes !

 

Par la trompe de Saint-Eustache,

Tu n'fréquent's pas les apaches.

Quand on a un tel panache,

Y'a que le style qui fait flash !

 

 

Voir les commentaires

Lettre d'un philosophe à sa libre amie : Liberté, chérie ! 4

Publié le par modimodi

Entends-tu chérie, je ne renoncerai jamais à ma liberté chérie !

Pour vivre en affranchis, la liberté exige délibérément de nous, de faire des vrais choix et de donner de la valeur, aux différentes possibilités. Nous posons ainsi des actes responsables que nous pouvons justifier.

Notre liberté est toujours l'expression de notre volonté et l'affirmation de nos principes, en fonction de nos désirs que nous avons, comme Spinoza, jugés raisonnables.

Notre liberté ne se confond pas, mon cœur, avec le détachement et l'indifférence. Non, la vigilance tenace et la lutte constante contre le laisser-aller ou la facilité sont indispensables. Mais heureusement, ô ma coupe de délices, que nous pouvons intimement goûter au repos, et qu'il est doux alors, en toute facilité de nous laisser aller, éperdument, l'un contre l'autre !

Mais être libres, ce n'est pas être exempts de contraintes et exemptés d'efforts. La dispense n'est un avantage que pour ceux dont la vie est une charge, pour ceux qui cherchent à secouer leur joug comme à se défausser des complications inhérentes à leur existence. Défendre la liberté, sa liberté, c'est défendre franchement l'émancipation de l'individu, parfois contre lui-même, quand il est en chute libre.

Toi et moi, nous essayons d'abord de nous changer avant de changer le monde. Notre amour est une force indestructible qui nous a emportés dans l'infini de la liberté d'aimer. Pour nous et notre prochain, nous n'avons jamais laissé le champ libre à l'indifférence, à la permissivité et au laxisme ! Nous ne subissons pas, nous agissons.

Nous sommes restés libres de manœuvres mais pas de manières, libres de propos mais sans outrances hardies, privautés ou familiarités. Nous nous sommes contraints à être relax mais pas relâchés, souvent anticonformistes mais pas anarchistes. Nous n'avons pas pris de libertés avec les autres, la décence, la morale, le droit et l'ordre public. Nous sommes restés libres sans prendre de libertés !

Mais, l'ai-je perdue, cette chère liberté, quand ayant perdu la tête, je t'ai donné mon cœur. Non bien sûr, car érigée en principe absolu, ma liberté est devenue une liberté inaliénable, comme pour les révolutionnaires de 1789 ! Même si je t'adore, je n'ai pas fait de toi, un être Suprême, afin de garder ma liberté de culte et de dévotion.

Toi, ma princesse, ma reine souveraine, il n'est nullement question de laisser entraver ma liberté, par ton pouvoir royal absolu ! De même, il ne saurait être, non plus question, selon le principe de citoyenneté et de la Déclaration des droits de l'homme d'empiéter sur la liberté d'autrui et de lui nuire. Ma ci-devant, ma délicieuse et charnelle sans-culotte, la contrainte sociétale et conjugale fait partie, du cadre et des limites de notre liberté individuelle. Notre amour n'est pas possessif !

Nous ne sommes pas en guerre, seulement en tendre guerre, aucune sécession et nulle amnistie n'est nécessaire ! Je n'appelle pas à la libération et je n'espère pas le défilé des libérateurs ! Ton amour m'a enrôlé mais je n'aspire pas à être libérable ou démobilisé ! Ton cœur est une prison dorée, je n'y suis pas otage et je ne demande pas à être délivré. J'ai tout loisir, à ma guise, d'y savourer la liberté d'aimer.

Pas de liberté à reprendre ! Jamais tu n'as pris trop de place, rien n'est à débarrasser ni à désencombrer. Pas de liens à rompre car en toi, rien n'est liberticide, nous nous sommes laissés libres ! Chacun a eu l'autonomie et les mains libres et ainsi toute facilité et faculté d'agir, sans devoir obtenir d'autorisations de l'autre. Fou d'amour, mais pas aliéné et obligé de sacrifier sa liberté ! Chacun a conservé sa liberté de jugement et respecté avec tolérance, les opinions de l'autre. Paradoxalement, c'est librement que nous nous appartenons.

Si, "Dieu est mort !", comme le dit Zarathoustra, le porte-parole de Nietzsche, le dieu de l'amour chez nous n'est pas mort, nous lui gardons un profond sentiment religieux. Penseurs libres, nous ne sommes pas ses libres penseurs, athées ou agnostiques. Nous n'avons pas à libérer ou soulager notre conscience. Nous sommes à cœurs ouverts, toujours en entrée libre et libres de plein gré !

Voir les commentaires

Amour aveugle 3/3

Publié le par modimodi

Toi, mon miroir aux alouettes,

L'amour n'est-il qu'à la sauvette ?

Ma voix restera-t-elle muette

Lorsque je t'exhorte à tue-tête ?

 

Suis-je condamné à perpète 

A garder fermées mes mirettes ?

Dois-je t'aimer à l'aveuglette

Ou porter une pair' de lunettes ?

 

Quand je t'ai connue mon oie blanche,

J'étais muet comme une tanche,

A présent, tu as ta revanche,

J'erre et je braille en canne blanche.

 

Je tâtonne, je m'accroche aux branches,

Mais quand je me penche, je flanche !

Je cherche ton regard pervenche.

Non ! Je n'ai plus de vision franche !

 

J'ai beau jeté les yeux au ciel,

Le chasseur Orion me constelle

De grandes gerbes d'étincelles !

A moi, les anges ! Par St Michel !

 

St-Gabriel et Raphaël,

Venez à moi à tire-d'ailes,

Mettez le feu à mes prunelles,

Donnez à mes yeux l'arc-en-ciel !

 

Pour en avoir le cœur bien net,

Dois-je monter dans la charrette,

Toiser, me décrocher la tête

Comm' l'a fait Marie Antoinette ?

 

Dois-j'prendre le bout d'la lorgnette

Pour voir entre deux planètes

Briller ma star, toute en paillettes

Qui m'a coûté les yeux d'la tête ?

 

Aurais-je droit aux viatiques 

Des aveugles et paralytiques ?

Ou vais-je demeurer en disgrâce,

Lire l'avenir dans la mélasse ?

 

Créon écoutait Tirésias,

Moi, je suis seul dans la brouillasse

Où je broie du noir comme Horace

Et, je crois bien que j'le surpasse !

 

De toi, faut-il faire mon deuil ?

M'as-tu donné le mauvais œil

Pour ne m'offrir que larme à l’œil

Et ton amour en trompe-l’œil ?

 

Mon petit trèfle à quatre feuilles,

Dois-j'garder mon compas dans l’œil,

Faut-il ravaler mon l'orgueil,

Et t'aimer au doigt et à l’œil ?

 

L'amour est-il la vue d'l'Esprit,

Concédée en catimini

A tous les anges du Paradis,

Pour leur faire croire à l'Infini ?

 

Suis-je donc fou d'y croire aussi ?

 

Voir les commentaires

Alimentaire, mon cher Watson ! 1/4

Publié le par modimodi

Résumé des épisodes précédents :

J'étais en filature sur les docks, où je faisais le poireau. Sacré Poirot, ce cher collègue !

Engoncé dans mon vieil Ulster, le regard affûté sous un feutre gris, je lissais ma moustache en trempant la soupe ! Depuis plus de trois heures d'une pluie fraîche et serrée, j'avais les pieds au bain marie dans mes church's préférés. Encore une heure de plus dans cette enquête qui piétinait et j'aurais les nougats glacés ! Ce qui serait pour le roi des détectives un ice cream de lèche-majesté !

J'attendais donc derrière un container un gros poisson que je ferrais depuis trois semaines. En fait, de gros poisson, ils m'ont cueilli comme un débutant. Des mâles à bar aux yeux de merlans frits. Sale temps pour Archibald !

- "Maintenant, crâne d’œuf, tu vas te mettre à table ! Crache le morceau ! On sait qu'il y a anguille sous roche. Dis-nous ce que tu mijotes, sinon on t'arrange aux petits oignons. On va te faire revenir comme tes souvenirs !"

Le patron, un vilain, spécialiste de l'étouffe-chrétien, entérine du chef. Le maître-queue de cette nouvelle cuisine, qui n'était pas des anges, je vous l'assure, fait scintiller la lame de son couteau dans l'intention de me larder. J'avais beau être paré, je n'aurais probablement pas le temps de faire des vieux os ou de m'encroûter.

Finies les poulettes et la bonne chère, finis les frissons du plaisir ! Pas de regrets, ni de chair de poule ! Ces gangsters épais, aux visages clos comme des Cocottes-Minute, allaient me mettre sous pression et me cuire au bain de vapeur ! Ce genre d'autocuiseurs aux regards de soupapes affolées n'allait pas argumenter ! Ma tête risquait d’exploser comme un couvercle !

Ah ! J'étais mal mes amis ! Avant minuit, j'allais boire le bouillon. C'en était fini du réseau Socrate ! Je n'étais plus dans mon assiette mais dans le potage. J'avais beau écumer, je serais probablement vidé et avalé en deux coups de cuillère à pot !

Sous couvert de rester muet comme une carpe, j'avais déjà les yeux au beurre noir. Je risquais bien de finir à l'étouffée ou en consommé. J'allais sûrement me faire travailler les côtelettes, embrocher ou hacher menu et périr écorché vif, en sauce bolognaise, dans l'arrière salle de cette pizzeria coupe-jarret.

Un dur aux yeux de braise avec une tronche piquetée comme une écumoire, me souffle de son haleine empuantie de mauvais alcool :

- "Tu ne vas pas une nouvelle fois, t'échapper comme une anguille ! C'en est fini de tes coups fumants et de tes propos fumeux ! Ne nous laisse pas mon salaud sur des charbons ardents ou on te fume comme un saumon !"

- "Si tu me cherches du suif, tu vas voir de quel bois je me chauffe !" me dit le troisième, un court des jambettes, genre nain au nez en pied-de-marmite, repoussant du goulot et plombé de la cassolette à vous tuer un escadron de mouches au vol.

Croyez-moi, je n'avais pas le moindre temps pour tenir salon comme Miss Marple ni pour boire mon thé en croquant des sandwichs au concombre et des scones....

 

Voir les commentaires

Maudits mots dits 2/2

Publié le par modimodi

Je te l'ai au moins cent fois dit,

Abstiens-toi de m'aimer, ma mie

Tu n'aimerais que les mots dits !

D'un poète mal dégourdi.

A l’inspiration affadie.

 

Mes poésies ont perdu pieds.

Tous mes mots sont des estropiés.

Casus belli à la grammaire,

Expressions pauvres et grossières,

Je passe mes saisons en enfer.

 

Banni Rimbaud, maudit Corbière !

Mais gloire et lauriers littéraires

Car dans leurs amours ou misères,

Tout n'est que voca-bulle-air,

Tout est bulle et tout éthère.

 

Pour moi, l'Olympe n'est pas si clair,

Ma langue fourche, mes mots errent,

Parés de faux airs de faussaires.

Pairs ou impairs que j'invente, errent

Dans des chants d'amour légendaires !

 

De souffle épique, moi, je me pique

Mais je manque de veine poétique.

Mes rimes sont au point critique,

Vers hermétiques, psychédéliques,

Sans la rythmique académique !

 

Quand on rit de moi et qu'on glousse,

Quand tout rebrousse et tout s'émousse,

Toi, tu m'aimes, en vers, contre tous.

Césures et pauses se trémoussent,

L'harmonie se la coule douce !

 

Mais j'suis oublieux et perds vers.

Et tu m'dis : "Au diable, vos vers !

Peu me chaut tous vos hellénismes !"

Priserais-tu donc, mes barbarismes

Ou de Mallarmé l'hermétisme ?

 

Quand la mer m'invite à rêver,

L'émotion vient les recouvrer.

Vagues d’écume, larmes salées :

Ma poésie en est piquée.

Muse et beauté sont corrodées.

 

Mes rimes ont perdu leur âme,

Emmêlées dans des calligrammes.

Pourquoi donc t'imposer ce drame ?

Voudrais-tu souffrir de mes mots,

Ma Vénus de méli-mélos ?

 

Oublie l'affreux modimodi

Qui signe cette monodie !

Sa mélodie est maladie

Et de l'amour, la parodie

Du rimailleur qui psalmodie.

 

Alors, ne me rends pas mes chants

D'Orphée, aux enfers, gémissant.

Cesse donc ton procès verbal

Je ne veux pas de récital,

Je fais dans le subliminal.

 

Garde-toi des airs malicieux !

Malgré leurs hymnes délicieux,

Les poètes ne choient pas des cieux,

Les poètes ne sont pas des dieux,

Les poètes ont le cœur odieux.

 

Sitôt, tu tomberais des nues.

Tu resterais par trop déçue,

De chérir un poète déchu !

Il n'y a jamais de bonne heure

Pour échapper à ses malheurs.

 

Las ! Mes mots ont mésaventure

Ils se taillent au fur à mesure.

Les césures sont comme blessures.

Ma poésie n'est que morsure,

Seul, le poète est sa mort sûre.

Voir les commentaires

Lettre du berger à la bergère

Publié le par modimodi

Ah oui ! Tu me l'avais pourtant promise, l'heure du berger et de ses délices ! Tu me l'avais jurée ! J'attendais cette heure favorable à l'amour où le ciel et la mer moutonnent de milliers de petits nuages blancs de bonheur qui dansent avec les voiliers ! Ah non ! Ma petite ouaille, rien ne devait me manquer !

J'avais piqué, sur mon cœur l'étoile du berger que la belle Vénus avait constellée aux corps de ses nombreux amants. Tu étais si belle, ma bergère d'Aphrodite, que j'en étais troublé comme le bon Saint-Antoine de Flaubert.

Hier, ta beauté inspirait tendrement mes élans bucoliques. Toi, Chloé, moi, Daphnis, nous prenions le temps de nous aimer. La nature était notre livre d'images et chaque jour était apprentissage! Notre idylle champêtre était sans doute trop belle ! Il a fallu que tes amours transhument et que tu m'envoies paître !

J'étais doux comme un agneau, tu me voulais bélier, tu m'as pris pour un bouc ! Nous nous tenions par la barbichette, tu me tins par les cornes ! Ah! J'ai mis mon âme à nu, toi, tu as mis ton corps. J'eus beau te répéter : "Je t'aime à la folie bergère!", c'est moi qui fus de la revue ! Adieu troupeau, en route belle troupe ! Belles belles bêlent ! Avec ma plume de joli paon et toi, tes plumes, je ne pouvais lutter !

"Changement d'herbage réjouit les veaux !" Alors non ! Je ne vais pas pleurer même si je n'ai plus qu'à me faire vacher et à abandonner ma houlette pour un pieu !...

Oui ! Tu me joues du pipeau ! Mon Amaryllis, ma fleur incomparable, tu me chantonnes des pastourelles au son de ta musette et tu me contes des histoires à dormir debout ! Moi, j'en ai par-dessus la tête et toi, tu prends tout par-dessus la jambe !

Je te laisse volontiers à tes rêves de merle blanc ou de mouton à cinq pattes. Je suis prêt à t'envoyer sur les pâquerettes et t'expédier sur le champ fleuri pour te joindre aux stars du Lido ou du Moulin Rouge, comme toi, pailletées dans la constellation du Bélier ! Tu pourras devenir meneuse de revue et côtoyer la Goulue et Valentin le désossé.

Oh vains ovins, plaisirs à la Toulouse Lautrec ! Je ne veux pas tourner chèvre comme ces vieux biquets, bêlant d'une voix chevrotante, devant leurs cabrioles de music-hall, leur admiration impuissante ! Faute de paître, ils se repaissent de visions érotiques, croyant pour un soir, avoir le droit de vaine pâture, oubliant qu'ils y ont mis le prix. Tous repus avant même d'avoir pu !

Je ne vais pas à mon tour, friser le ridicule et chercher à conquérir ta sexy toison d'or et ta fleur d’edelweiss ! Ô ma bergère, s'il te venait le désir de quelques sensations lascives et impudiques, je ne me sacrifierais pas sur l'autel de ta propre luxure et de tes paillardises pour, sans le moindre miracle, devoir comme Isaac, t'y laisser ma peau ! Si je suis galant avec toi, je ne suis pas pour autant un débauché. Je peux supporter ton French cancan mais pas les cancans.

Et si tu crois que je vais t'aimer les yeux fermés, passer mes nuits à compter les moutons et laisser le loup rentrer dans la bergerie, tu t'égares ! Un berger est toujours sur ses gardes. Je veille, fidèle comme un chien !

Mon cœur n'est pas fait pour la pâture. Tu peux donc bêler ma belle, avec ces agnelles. Sur les airs d'Offenbach, tu as tout loisir de te vautrer sur des peaux de mouton avec quelques brebis, galantes ou galeuses, poulettes déplumées et mannequins aux plumets ! Moi, je ne fais pas partie de ce troupeau.

Non ! Moi, je n'ai pas l'instinct grégaire des moutons noirs des années folles qu'un sein dénudé affole. Je ne suis pas un moutonnier, je ne te suivrai pas comme un mouton de Panurge ! J'ai une haute opinion de l'amour, je reste avec mon cheptel d'idées qui défrisent dans mes alpages de la pensée ! Ma bergerie me suffit.

D'ailleurs, tu ne me connais pas, vraiment ! Oui ! Je peux ruminer ma rancœur. Ma romance d'hier, ma douce pastorale peut devenir un péan, un redoutable chant de guerre ! Ton pâtre peut troquer sa flûte pour une bombarde, le mouton peut devenir enragé ! Je ne vais pas me laisser tondre la laine sur le dos. J'ai la patience et l'endurance du mérinos ! Prends donc cette missive mâchée et remâchée comme la réponse ruminée du berger à la bergère !

Oh ! Je sais qu'on imagine toujours avoir un destin ! Mais pour avoir celui de Jeanne, la p'tite bergère de Domrémy, il ne suffit pas de garder les moutons, d'avoir une bonne oreille, il faut aussi être pucelle ! Pour toi, c'est grillé, comme l'a dit la rumeur d'Orléans ! Tu t'es trompé de noble cause, tu as filé un mauvais coton, ta petite vertu a filé à l'anglaise !

Le temps de l'amour, s'est dégradé ! Tu as déjà perdu la tête ! Tu ne peux pas comme Marie-Antoinette, la bergère à Louis, mener la vie de château à la ferme du Trianon, dans ta robe à la polonaise. Il est temps de revenir à tes moutons. Moi, j'ai par trop déchanté, je n'ai plus en tête qu'un p'tit air révolutionnaire. Je jette mon bonnet phrygien par-dessus le Moulin Rouge. Nom d'une crotte de bique, si je donne encore de la voix, c'est uniquement pour te prévenir : "Il pleut, il pleut bergère, rentre tes blancs moutons !"»

 

Voir les commentaires

Amour aveugle 2/3

Publié le par modimodi

L'amour m'a laissé son bandeau,

C'est ma couronne et mon cadeau.

Dans mon royaume, y'a que les borgnes

Qui la convoitent et qui me lorgnent !

 

Ils m'envient de leurs gros yeux ronds,

Tels que des caméléons.

Moi, sous la flèche de Cupidon,

J'ai perdu vision et raison.

 

Comme un hibou, j'ai la berlue

J'ressemble à un hurluberlu !

Il m'est impossible d'être en vue,

Je n'ai plus le moindre point de vue.

 

Je t'ai aimée à première vue

Et je t'ai portée jusqu'aux nues,

T'imaginant offerte et nue

Dans l'abandon des ingénues !

 

Yeux dans les yeux, de prime abord,

Je t'ai fait don de tout mon corps !

Oui, je t'ai tout donné hier

Enfin, presque tout ! Oh ! Misère !

 

Qu'avais-je à garder mes œillères ?

Pourquoi t'avoir dit, convaincu

Que j'étais ferme et résolu,

Qu' j'taimais à perte de vue !

 

À présent, tout en maladresse,

Je veux prodiguer mes caresses,

Que toute à moi, tu te dévoiles,

Tout en tutoyant les étoiles !...

 

Mais quand moi, j't'aime les yeux fermés,

Tu tournoies, hors de ma portée

Comme Amélia au bal masqué.

Je n'ai que ton ombre à happer.

 

Mystérieuse jusqu'à l'ultime,

Tu te donnes à moi, en énigmes.

Il me faudrait des yeux de lynx

Pour percer l'énigme du Sphinx !

 

 

Voir les commentaires

Quand y'en a purin, y'en a bouseux !

Publié le par modimodi

Attention au titre de ce billet d'humeur ! Voilà du grand n'importe quoi ! Encore du sans queue ni tête que je pourrais dédicacer à mes bons vieux instits qui vont aussitôt me reconnaître ! Oui ! Je leur dois tout, même cet élan fiévreux de folle reconnaissance !

"Oignez vilain, il vous poindra ; poignez vilain, il vous oindra." Oyez manants, ruraux, champêtres, frustres agrestes, croquants glaiseux ! Arare humanum est ! Mais pour passer de l'art aratoire à l'art oratoire, au pis allez, rustauds rustiques ! Car labour âge et pâture âge sont encore et toujours les deux mamelles de la bonne vieille métairie de l’Éducation Nationale.

Vous m'avez bien nourri, ô maîtres fourragers ! Un vaste programme officiel de cultures assolées aux cycles des raisons vous avait recommandé d'atteler la charrue aux be-a-ba, aux bœufs à bâts, devant le troupeau des béats baba school, dont je faisais partie.

Nous étions tous du pays de Sully ! Dans les champs des sciences, des cambrousards pétaradaient sur leurs machines agricoles comme moi sur mes machines opératoires pour extraire des racines et exploiter domaines et propriétés mises en jauges.

Pour le troupeau des culs-terreux et peignes-culs, j'étais un élève quelconque, un produit de votre élevage. Envoyé paître avec les moutons de Panurge dans les verts paradis des amours enfantines, vous m'avez appris que les verbes, les liaisons et les terminaisons se déclinent, se conjuguent et s'effeuillent parmi les fleurs de rhétorique.

Mais vous seuls saviez que l'art de la règle alignait les bêtes de trait comme l'addition, les bêtes de sommes, qui toute leur vie durant, avec ou sans calcul, apprendraient à brouter et à ruminer sur des sujets terre à terre !

Aujourd'hui comme hier, parfois quelques agités font du foin au point d'être assez bêtes pour en manger à la fourche ou de se prendre une avoine. Mais à l'école de la férule, les coups fourrés créent parfois l'envie de l'école buissonnière.

C'est ainsi que battant la campagne, quelques ânes, sourds comme des mules et quelques baudets à l'esprit en jachère répètent et ânonnent : " La bouse ou la vie ! Hennis, soit qui mal y panse. " Pas de carottes qui vaillent, elles sont déjà cuites !

C'est bête comme chou mais à l'école des cours bouillons, l'écolier mijote dans la grande marmite des savoirs. La culture intensive comme la gastronomie scolaire s'emploient à produire et à transformer des navets et des betteraves, des cornichons et des patates qui feront les grosses légumes de demain ou qui vous mettront dans le potage.

En sa ruralité pédagogique, veillant sur ses pépinières avec le souci constant de la bonne graine et de la bonne souche, le bon instit tuteure et rame ses sauvageons, abreuve ses scions en rabâchant : " Fouillez, creusez, piochez, affinez, amendez, marnez, c'est le fond qui manque le moins ! " Mais moi, je sais que c'est le don qui manque le plus !

Au pire, les empotés et les sacrées couches qui se seront faits Binet échoueront au jardin d'acclimatation des classes d'adaptation. Oui ! A force de se creuser, les ploucs tombent dans les trous de mémoire dans lesquels ils se plantent ou bien finissent en buttes et tout naturellement repiquent.

Sur les champs de course aux diplômes et aux moissons de lauriers, les canassons de la lutte des classes, les pauvres bouseux, péquenots incultes se retrouvent sur la paille et chaument. Avec la bouche en cul de poule pondeuse de réformes nationales, "relisez la phrase et prononcez chôment." D'autres, bien sûr vont réussir à faire du blé dans les choux gras ou de l'oseille dans les radis.

Moi, aujourd'hui, j'ai pris les leçons de la vie et je pourrais être conseiller d'orientation en agri-culture. Je pourrais donner confiance à tous mes condisciples et dire à chaque écolier : " Si t'as touché le fond, si par malheur, t'as fait chou blanc, console-toi ! Petit pignouf, retourne vite à tes moutons. Ovins, Dieu ! C'est dépaysant ! "

Alors, merci à vous, maîtres et maîtresses d'école ! Holà, pédezouilles, maîtres es culture, grands épandeurs de théories, belles au terreau des hypothèses ! Graissez terriens, fumez vilains, c'est le saur qui vous est promis ! Jetez le sel aux esprits, entez génies et cerveaux, ensemencez les idées, car en vérité, c'est écrit, la culture rend fertile et fécond !

Voir les commentaires

Maudits mots dits 1/2

Publié le par modimodi

 

 

 

 

Ma chérie, ma muse, ma mie,

Abstiens-toi d'aimer les poètes,

Tu n'aimerais que les maudits.

Le bel Apollon musagète

M'a délaissé, m'a éconduit,

Ma poésie est en miettes.

 

Qu'as-tu donc à te mettre en tête

Ces maudits de la tragédie,

Ces p'tits faiseurs de mélos ? Dis !

Moi, qu'on dit prince des nuées,

Je partirai sous les huées,

Dénué de tout arme, Honni !

 

Qu'aurai-je dû donc accoupler

Comme rimes à mes couplets ?

Pour avoir un droit au chapitre,

Devrais-je à présent fair' l'épître

Comme fit Nicolas Boileau

Et le badin, Clément Marot ?

 

Suis-je beaucoup trop disgracieux

Pour parler le langage des dieux ?

Serait-il devenu, dit vain ?

Dois-je garder mon style chauvin,

Ou aller croiser l'fer ailleurs,

Pour y trouver des rimes ailleurs ?

 

Toi, tu désires m'embrasser,

Moi, je ne veux que te croiser !

Pourquoi lécher de la tête aux pieds,

Des vers d'amour et de papier ?

Pourquoi t'accrocher à mes iambes,

Quand au fond d'moi, la colère flambe.

 

Tu me parles de mon âme,

A chaque nouvel épithalame.

N'entends-tu pas qu'je t'apostrophe

Dans mes refrains et dans mes strophes ?

Ma poésie est déclassée,

Tous mes versets sont renversés.

 

Aux anciens jeux de Rome antique,

J'étais un Héroï-Comique !

Pour mener le chant et la danse,

Il fallait prendre ma cadence !

Mais un poète qui versifie,

Serait bien folle qui s'y fie !

 

Ne va pas aimer les mots dits

Du maladroit Modimodi.

Aim' les auteurs, lis les génies

Mais pas lui. Oh ! Nenni, nenni !

Boude ces petits vers de gris

Et n'fais pas cett' mine rabougrie.

 

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>