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Le factice

Publié le par modimodi

Bigre ! Bigre ! Après que les grands mégalos dogmatiques et leurs charniers à ciel ouvert, nous aient convaincus de la tyrannie de l'utopie et du caractère terroriste de la vérité, nous vivons l'ère du vide, des crises économiques et de la faillite des idéologies des états providence.

Parallèlement dans la surabondance du mauvais goût, avec la recrudescence du faux et des apparences, par le désir d'éphémère et de sensationnel, sous l'emprise de la passion du factice, du simili et du simulacre, le trompe-l’œil nous fait des clins d’œil. Oh ! Même si nous savons bien que " Tout ce qui brille n'est pas or", nous nous illusionnons nous-mêmes en croyant donner l'illusion.

De tout temps fasciné par la magie de l'image et du verbe, l'homo mediaticus n'en finit pas de se prendre au miroir aux alouettes de la duplicité et de la duplication. Il copie ou il fait semblant. Tricheur et truqueur autant par son désir de se singulariser que d'appartenir par le look à un clan, il choisit les signes de reconnaissance de sa tribu.

La vogue et la vague du faux et du jeu déferlent d'ailleurs sur nos mièvreries publicitaires et rousseauistes qui prônent le retour à la nature. Nos lessives sont lavées plus blanc que blanc, sur fond de champ de blé ou de cascades aux chants d'oiseaux. Sur " Les quatre saisons " de Vivaldi, les changes nous font des risettes célébrant le printemps de la vie.

Avec " La truite " de Schubert dans son iPod, la nana qui connaît moins oncle Vania que sa périodicité féminine s'en tamponne sous forme d'activité sportive intense. Les dessous de bras et les aisselles qui ruissellent, sentent les embruns vanillés d'îles exotiques ! Vivre sur les dents mais toujours éclatantes et manger sain et bio sont les valeurs refuges de la bonne santé, vendues artificiellement sur fond de carton-pâte et de trompe-l’œil écolo.

Mais tout est déjà dans la nature. L'homme n'a rien inventé. Les oiseaux donnent la parade nuptiale ou amoureuse. Pour séduire, l'homme, ce drôle d'oiseau qui promet le paradis, joue comme il peut de son dimorphisme sexuel et glandulaire. Il met ses plus belles plumes colorées, gonfle son jabot ou sa crête au gel béton et se pavane devant l'oiselle sous les sunlights ! Il roucoule ses chants les plus mélodieux, pousse des cris les plus sonores et saute et danse en ondulant du croupion chatoyant et irisé.

Il déploie ses arguments et ses courbettes, il vibre en harmonie discrète ou se donne en spectacle, sous forme d'acrobaties ou d'affirmation de sa testostérone. Tout en s'offrant, il fait offrande pour mieux convaincre la douce et belle femelle. Il espère, il attend la prise de bec. Pour conclure, il ira même lui promettre un nid douillet.

Et moi ? Que fais-je d'autre que parader en écrivant et en agitant ma plume ? D'un battement d'aile, je crois vous emporter. Je joue de l'art du leurre et du factice. Que ne tentai-je pas à mon tour de vous séduire, d'attirer n'importe quel lecteur hermaphrodite de cette littérature con, plaisante. La preuve m'est souvent donnée, quand j'obtiens l'effet inverse par mon style trop gonflant ou trop ébouriffant.

Je suis mon propre faux semblant d'aimer, de partager et je fuis pas à pas. Ma création me nargue et m'échappe. Ce qui me paraît original n'est peut-être qu'une pâle copie. J'imite le talent sans jamais l'égaler. Je m'illusionne.

Poésie et philosophie sont souvent mes garde-fous pour éviter les pièges de moi-même et de mes semblables. Si je cherche à comprendre, Lévinas m'apporte sa réponse. Si la relation à autrui est asymétrique, la relation à l’œuvre que je contemple est donc un face à face entre l'être que je suis, vivant et animé et ce qui s'apparente au néant, une œuvre figée dans sa beauté intemporelle. Rien n'empêche que certaines créations que je contemple et scrute m'interpellent et dépassent mon simple regard.

Comme chaque visage rencontré et observé est offert dans son dénuement, aucun ne peut à lui seul faire sens en dehors de ma propre perception et de ma participation émotive. Chacun de mes textes est ainsi un visage d'encre offert à votre vue et à votre regard intérieur !

Il n'y a pas d'ambivalence dans cette conversation muette, uniquement parfois dans mes intentions. Il n'y a rien de possible dans la rencontre avec l'autre comme dans la contemplation d'une œuvre en dehors de ma propre volonté. J'en suis donc responsable, ma subjectivité ne peut m'en dédouaner. Le reste n'est qu'arrangement avec le ciel et soi-même. Mais le ciel ne saurait mentir...

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Casse-pieds 2/3

Publié le par modimodi

 

T'occup' le devant d'la scène,

Ta maman, c'est Madame Sans-Gêne.

Quand tu me vois très occupé,

T'hésites pas à me déranger.

 

Tu vas sans arrêt, insister.

Le seul problèm' qui m'est posé :

"Va-t-il finir par me laisser,

Vais-je pouvoir m'en débarrasser ?"

 

Car tu n'me quitt's pas d'un'semelle,

Mêm' quand je dors, toi, tu m'appelles.

Rien d'important, just' me parler.

"Je n't'ai quand mêm' pas réveillé ?"

 

Tu n'as vraiment pas ton pareil

Pour me casser pieds et oreilles,

Tu ne me laisses aucun répit

Que ce soit le jour ou la nuit.

 

T'es toujours à côté d'la plaque.

Tu crois qu'on t' fait du micmac,

Tu crois que c'est un coup d'Jarnac

Et tu te prends pour Ravaillac !

 

Oh ! Tu n'es pas vraiment méchant !

Mais t'es toujours à contretemps,

Tu m'agaces à longueur de temps

Et tu me fais perdre mon temps !

 

Tu vas au bluff et au culot,

Je t'ai sans arrêt sur le dos,

Tu m'inond' de mails, de textos,

Tu ne me laisses aucun repos !

 

J'vais devoir agir à huis clos,

Changer illico d'numéro,

Prendre un faux blase ou un pseudo

Pour moi passer incognito !

 

 

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Du coq à l'âne ! Lettre d'un écrivain aux critiques et aux censeurs.

Publié le par archibald_06

Jean de La fontaine, n'a pas écrit de fable sur le coq et l'âne. Sans doute avait-il l'esprit un peu plus flamboyant et la crête plus conquérante que votre homme de plumes ! Je peux donc, Messieurs, sans craindre aucune rivalité, user et muser, à ma guise, dans la basse cour ou les champs d'honneurs.

J'ai l'esprit empâté et je vis déjà comme un coq en pâte, mais pas assez toutefois en allure triomphante de Chantecler ! Mes cocoricos n'éveillent pas la curiosité du Landerneau littéraire ni n'empourprent mes écrits, du sang de la colère et de la révolte de mon inspiration cocardière.

Petits critiques ergoteurs, je peux donc à ma guise voler, dans vos plumes en bataille de pamphlétaires. Cessez de me reprocher d'être un rustique littéraire, un terrien terre à terre et de passer du coq à l'âne. Oh ! Mais non ! Je ne vais pas faire ma poule mouillée pour quelques gratte-papiers, à la plume ébouriffée et acérée.

Je ne suis pas en cour, qu'importe ! Je le sais ! Pour que je puisse passer dans la cour des grands de la littérature, il me faudrait atteindre la Cour des Miracles ou écrire avec une plume de paon.... Mes infirmités sont innées et tenaces, elles demeurent, car elles ne sont pas feintes. Je ne suis pas Victor Hugo, simplement le Quasimodo, à l'écriture ronde bosse, et encore moins Bertold Brecht, mes œuvres ne sont qu'Opéra de Quat' sous !

Dans la cour de ferme, je chante le réveil de l'inspiration et je décrête fièrement, du haut de mon perchoir. Je coquerique mes bêtises pour le bétail ou la volaille qui caquette ! Ah Dieu ! "Veaux, vaches, cochons, couvées".

L'étable fait la loi ! Vive le style en poulets, qui fait glousser les dindes ! Vive la grosse farce pour dindons, les choux gras pour pintades, le gavage pour les oies et la soupe bourrative pour que les critiques puissent cracher dedans !...  C'est l'amer constat ! Pas un cancan, dans le canard du bec en coin, pourtant parfumé aux navets campagnards ! Bon hi-han, mal an, il n'y a que l'âne pour me saluer de son bonnet, heureux de me voir passer du coq à l'âne.

Je me sens stupide et balourd : Aliboron et Buridan, gentil Cadichon mais jamais, héros d'or d'Apulée ! Mes écrits vains d'écrivain décrié, font de moi, une bête de traits et de ratures. Je tourne en bourrique, gueule et brait mon infortune. Plus rien ne me retient de ruminer, ruer et piaffer, d'impatience contre tous les polémistes qui glosent et dénigrent, sans un pet de créativité !

Un jour, si j'ai l'occasion, je leur ferai moi aussi tâter de mon sabot, ils verront la force de mon coup de patte. La Fontaine a déjà rendu célèbre, mon coup de pied de l'âne et j'ai toujours en plus, du mordant en réserve. Ils peuvent sonner la charge, ma valeur n'attend pas le nombre des ânées !

Aujourd'hui, tous mes gribouillis sont offerts en pâture. Au lieu de me lancer des fleurs, je ne m'étonne pas qu'on dise que mon talent broute le ras des pâquerettes. Je reste abattu sur la litière du dépit... La curée et l'écurie, quelle vacherie !

Moi, qu'on dit bête à manger du foin à la fourche, je panse donc, j'essuie les revers, à tout crin, de tous les bêtes et méchants, qui m’étrillent, faute de savoir me passer la brosse à reluire. Ça fait un bail que ma prose ne trouve plus preneur et fait bâiller. Personne ne veut me louer, les lauriers sont coupés et déjà mis en couronne pour mon oraison funèbre !

La barbe, si je biche encore ! L'insuccès me fait tourner chèvre mais l'optimisme béat l'emporte malgré moi. Comme la chèvre de Monsieur Seguin, j'espère que la réussite viendra un jour me tirer par la barbichette. Je suis toujours prêt à me perdre en cabrioles, dans la montagne des illusions orgueilleuses.

Pas de jugements dithyrambiques, tant pis ! Je me console des avis dépréciateurs, en pensant que de leur vivant, tous les génies ont été incompris ! Je me réserve le luxe d'un dernier coup de corne d'abondance de ma déveine littéraire. Les dieux de la poésie sont des satyres et des faunes aux pieds de chèvre, ils m'ont pris pour leur bouc émissaire. Je suis Capra Ibex ! Bouquetin premier ! Tant pis ou tant mieux ! C'est sûrement kif-kif bourricot !

 

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Bois tendre

Publié le par modimodi

J'avais le cœur dur com' du bois,

Incapable du moindre émoi.

La belle qui dormait au bois

Pouvait dormir cent ans, ma foi !

Je n'étais ni prince, ni roi

Pas de sang bleu, que du sang froid.

 

Le loup pouvait sortir du bois,

Les fées pouvaient ôter leurs bas,

Pour mettre dans tous mes états

Mes sens, mon corps en branle-bas !

Je me vantais à pleine voix

De résister à leurs appâts.

 

J'évitais les hauts et les bas,

Et partais toujours du pied droit.

Ma vie glissait sans un faux pas

Prenant garde aux amours verglas,

Aux ballerines à pas de soie

Qui vous lient dans leurs entrechats.

 

Mais Cupidon est un matois,

Tout entier dévoué à toi !

Ton amour se tient aux abois.

Tu veux mon cœur à claire-voie

Et tu m'attends au coin du bois

Comme le loup attend sa proie.

 

Tu me désignes et patatras !

Cachée au fond de son carquois

Tu te fais flèche de tout bois.

Mon cœur se fend en mille éclats.

Je suis à genoux, bras en croix,

Cœur brisé comme un petit bois.

 

Puis je crépite entre tes bras,

Et me consume au feu de joies.

Près de l'âtre, sous le même toit,

La passion rougeoie et flamboie.

Du bout des lèvres, au bout des doigts

C'est moi qui fais feu, de tout bois !

 

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Sans début ni fin du monde ! 2/2

Publié le par modimodi

Dans un monde énigmatique, sans début ni fin, l'illusion suprême ose toutes les élucubrations... Plus d'ascendance ni de descendance, l'Homme n'a ainsi plus de naissance ou de mort, plus de généalogie, de lignée et de filiation.

Content de lui, il peut dormir comme une souche. Ô ma vieille branche, il n'y a plus de singe dans l'arbre généalogique et plus de berceau de l'humanité. Plus de natif ou d'orphelin, de question récurrente : qui de l’œuf et de la poule ?

Dans cette alternative conceptuelle et subjective, tout est concevable ou absurde, symbolique ou ésotérique. S'il n'y a plus de source sûre, il n'y a plus de retour aux sources. Sans racines et sans germes, nous ne devrions plus jamais avoir peur de nous planter.

Plus d'actions à justifier, plus de motifs, que des prétextes ! Plus de mobiles, le crime serait toujours parfait ! La justice peut rester aveugle ! Pas le plus petit début de preuve, dans un tribunal sans ouverture de séance, ni clôture de dossiers. Des problèmes toujours sans solutions !

Chacun à l'instar d'un démiurge est le métaphysicien créationniste qui lui convient. Chacun est à lui-même son propre monde, c'est en lui que se fonde le sens inhérent de sa propre vie et sa raison d'exister. Selon chacun, l'horizon sans limites est ainsi plus ou moins ouvert et dégagé, ou bouché et borné. Il le découvre en avançant quand la ligne recule au fur et à mesure qu'il progresse.

Ainsi découvre-t-il l'altérité en découvrant qu'il n'est pas seul. L'autre, son frère ou son ennemi est semblable à lui. Sa rencontre est un choc, qui produit opposition ou association, harmonisation en vue d'union et d'unité, effusion, fusion ou confusion en fonction de leur atomes plus ou moins crochus et à condition que l'autre ne se prenne pas en plus pour le nombril du monde.

Mais la vie viendra bien assez tôt leur rappeler qu'ils ne sont l'un et l'autre qu'un point perdu sur le globe terrestre et une poussière d'étoile, filante vers l'inconnu jusqu'à son point final. Il n'y a que Monsieur Univers ou Miss Monde pour croire à l'éphémère de l'instant et à l'infini de la durée dans un monde pailleté.

Jusqu'à présent, personne n'a pu vivre sans la certitude d'un début et d'un terme. Si le monde garde l'énigme du commencement et de sa fin, l'Homme s'inscrit forcément dans l'intervalle de sa naissance et de sa mort. Les joies et les peines, les événements et leurs célébrations l'inscrivent de dates en dates dans une histoire de vie.

Si le monde est un mystère, lui ne l'est pas, il est programmé. Il ne lui reste qu'à négocier sa vie durant les incertitudes du destin. Ces repères temporels douloureux ou festifs bornent sa raison et lui permettent d'échapper à un désespoir d'aberration voire de folie.

Finalement, il nous faudrait donc savoir vivre dans le présent, sans avenir ni passé ! Mais si nous y réfléchissons, le constat apparaît impossible ! Sans une étude géologique avérée des cœurs de pierre, il y a toujours un début et une fin à tout, à la vie comme à l'amour !

Si le monde est en expansion, l'amour l'est aussi. Il trouve toujours l'espace qui lui convient et repousse à l'infini les limites de chacun, lui faisant trouver des possibilités insoupçonnées.

"Mais toi, t'es le dernier, Mais toi, t'es le premier ! Avant toi, y'avait rien, Avec toi, je suis bien !" (A quoi ça sert l'amour, Édith Piaf). C'est ainsi, que l'émotion aide à vivre sans penser que les meilleures choses ont une fin. Car allez savoir pourquoi, sans raison et sans but, "les histoires d'amour finissent mal en général"... surtout quand elles sont, sans queue ni tête...

... Comme ce texte, qui raisonne par l'absurde, qui se présente à vous sans limite et qui est donc sans épilogue, ni point final ! En définitive, c'est au lecteur de l'achever ou de m'achever ! Par principe, son immense talent est soit indéfini, soit illimité, il est donc l'ultime recours à toutes ces idées, sans début ni fin !

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Casse-pieds 1/3

Publié le par modimodi

Y'en a qui saut' les garde-fous,

Qui n'ont pas peur du loup garou

Et qui se prennent pour des casse-cou,

Avant de prendr' le coup d'bambou !

 

Y'en a qui tissent leur linceul,

Qui auront droit com' leur aïeul

A la dernièr' gerb' de glaïeuls

Pour être allé trop au casse-gueule !

 

Toi, t'es plutôt du genr' casse-pieds !

Tu ne veux vraiment pas m'lâcher !

A mes basques, tu restes collé

Comme un caramel au papier !

 

Si je cause, tu m'interromps

Avec ta voix de gros clairon.

Tu suis ton idée, tu rumines,

Tu n'peux pas la mettre en sourdine.

 

Tu interviens un peu partout,

T'es un fouille-merde et un mêle-tout.

Mêm' quand on ne t'a pas sonné,

T'as ton grain d'sel à rajouter.

 

Dans tous les plats, tu mets tes pieds,

Tu as toujours à commenter.

Inutile de te présenter

Un projet, une nouveauté !

 

Rien ne saurait t'impressionner,

Même quand tu dis, bouche-bée,

Qu'il y'a longtemps que tu l'as fait,

Que tu y es déjà allé !

 

Tu me dis qu't'as une combine

Pour toi aller gratos en Chine,

Mais tu n'as pas quitté Malines !

Tous les voyages t'enquiquinent.

 

 

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Train de vie ! Lettre à mon estivante !

Publié le par modimodi

" Ma douce, mon estivante ! Tu as pris le petit train touristique : les plages, la vieille ville, le port, la mer ! Tes yeux ont la flamme du soleil, tu es harmonie et lumière dans l'azur brûlant de la Riviera. Le temps est suspendu aux battements de ton cœur.

C'est l'été, tu te reposes pour reprendre des forces. Jouis, ma tendre amie, de la douceur méditerranéenne. Ô mon héliotrope, fais le plein de plein ciel, de clair bonheur et de douce énergie ! Sois à jamais le ruban bleu ciel accroché à l'écharpe des nuages qui voilent parfois mon cœur, dans la saison d'hiver.

Depuis tant d'années, nos routes se sont croisées et nous nous sommes accordés. Je t'ai déjà célébrée et je t'exhorte encore. Toi, qui marches à mes côtés, à pas comptés, à marche forcée, pèlerin de la vie, ma compagne de route, tiens bon le rythme et la cadence !

Il n'y a qu'une semaine que tu es partie. Tu ne reviendras qu'à la fin du mois et tu me manques. J'ai hâte de te serrer dans mes bras sur ce quai de gare...

Nous n'avons pas souvent l'occasion de nous écrire. Je profite que tu sois, ces quelques jours loin de moi à profiter de vacances bien méritées pour me livrer et t'exprimer mon amour. Je ne connais pas ton passé, aussi je l'imagine ! Je sais seulement que ta personnalité compose notre bonheur et donne une importance essentielle à ta présence à mes côtés.

Tu es une météorite tombée du ciel de lit, un grain de sable d'éternité, un tout petit caillou roulant sur le chemin de l'existence. Par tes confidences chuchotées sur l'oreiller, je n'en n'ignore plus grand chose !...

Ta famille t'a ouvert la voie, celle de maman était lactée. L'école t'a fait faire tes classes et la vie donné des leçons... Sur la voie, très tôt, tu étais ferrée ! Mais l'important du circuit ferroviaire, c'est toujours le bon aiguillage ! Tu as eu cette chance ! A la croisée des rails, au carrefour, de tes expériences sociales ou amoureuses, c'est plein d'entrain et d'espérances que tu as cherché ta destination. Ta route est ainsi faite de destins aux rails parallèles. Par la vitre du compartiment panoramique, tes rêves filent encore vers la lumière et les étoiles.

Descendue du marchepied, tu as cherché le sentier de la gloire et arpenté les allées de la réussite. Tu as pris le chemin des amours printanières, au vert tendre des noisetiers. Tu as suivi, entre deux mirages, la piste des caravanes et couru à perdre haleine, le marathon des jours. Tu t'es tracé un itinéraire, souvent sans carte ni boussole, en évitant, perte de trajectoire et sortie de route, voie sans issue, voie de garage ou déraillement. 

Je t'imagine fort bien hier, active et entreprenante, moderne, curieuse et ouverte à ton environnement ! D'ailleurs, à l'époque, je suis certain qu'il n'y a pas de train-train dans ton existence ! Dans l'agitation de ton esprit, tu ne connais pas la routine. L'actualité te file le train : autoroute de l'information, T.G.V. du quotidien, activités sans arrêt, ni salle d'attente. Chaque étape de ta vie, chaque station est un passage à niveau.

Comme tes semblables, tu as été poussée à monter dans le train de la mode, aux wagons de pubs pour citadins et de réclames pour banlieusards, aux rames bourrées d'indispensables futilités. Mais tu leur as laissé, j'en suis sûr, cette course au paraître !  Tu en as perçu les risques et périls dans ses fallacieux et périlleux aspects ! Tantôt sur circuit de formule 1, comme une dangereuse compétition au chrono ou tantôt comme une course au standing, en première classe exigée, en mode express, dans le train de luxe de la vie...

Tu es prudente comme moi et c'est sans manière, qu'aujourd'hui, tous les deux, nous savons qu'un jour, au dernier cri, nous serons passés de mode. Car si un train peut en cacher un autre, le train de la vie cache hélas, le dernier convoi qu'on ne voit pas arriver à train d'enfer et qui nous débarque, au terminus, sans crier gare !

Qu'importe cette menace et cette angoisse existentielle ! Nous cherchons tous deux, le bonheur et l'amour et nous désirons, sans repos ni répit, leurs bons de transports. C'est pour cela que toi et moi impatientons, sans nous soucier, sur le quai, plein à craquer, avec un billet, aller simple.

Course contre la montre du temps, tyrannie des horaires ! Jour après jour, nous prenons l'omnibus, voyageurs sans bagages. Nous empruntons le train de vie, le train de notre vie, dans la lumière des sémaphores qui balisent notre parcours et les cloches électriques qui nous tiennent en éveil. Nous roulons vers notre destin, le malheur est à la consigne ! En voiture, la vie et l'amour ! Amour, reviens-moi, plein d'entrain !"

 

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Sans début ni fin du monde ! 1/2

Publié le par modimodi

L'interrogation peut devenir obsédante. Un monde sans début, ni fin, est-il possible ? Du bing au bang, la question retentit.

Peut-être, n'y aurait-il pas d'ailleurs, de quoi en faire tout un monde ? Peut-être !... Mais déjà, il faudrait s'entendre sur le mot lui-même !

Depuis que le monde est monde, parle-t-on de l'ensemble de l'univers, de la planète terre avec ses astres dans l'espace ? Parle-t-on de tout ce qui existe, du visible, du connu comme de l'inconnu ? Ne sont-ils pas loin l'ancien et le nouveau monde ?

Ce monde indiscernable est-il intelligible à Monsieur tout le monde ? Ne l'appréhende-t-il pas qu'en fonction des milieux dans lesquels il s'insère ? Comment percera-t-il les secrets de la Matière ? Ses sens, sa raison, son expérience le lui permettent-ils ou reste-t-il limité à son environnement ?

Peut-on dans l'absolu, concevoir simplement ce qui semble organisé et en corolaire, imaginer le désordre primitif et chaotique ? Si nous ignorons l'origine comment en affabuler la fin sinon qu'en rêves ?

S'agit-il donc de discuter ici, de l'ensemble de l'humanité civilisée ou d'un milieu particulier comme la société ou le monde végétal ? Comment intégrer dans le cosmos, ce vaste globe où des gens, en tout genre, partagent l'espace public en cherchant, en ce bas monde, à s'approprier l'espace privé ? Y a-t-il eu un début et une fin à la bêtise et à l'avidité ?

Je crains qu'à cette question, sans fin, nous recevions une fin de non-recevoir. D'ailleurs, ce serait bien normal car, si la fin justifie les moyens, sans une fin réelle, il ne reste pas d'autre espoir que de faire avec les moyens du bord ! Et vogue la galère et va le Juif errant ! Rien à donner, rien à expédier, plus de provenance ni de destination. La lettre en Vérité reste morte de l'aleph au tav.

Dans ce mélange des notions, du grand Tout et du vaste monde, de l'infiniment grand et de l'infiniment petit, du macrocosmique au microcosmique, l'Homme est-il assez grand ou déjà trop petit pour lever tous les doutes ?

Prend-il lui-même conscience de son unité ? Arrivera-t-il à régler la question récurrente des paradoxes : du début et de la fin, du sans queue ni tête, du sans début, sans fin ? Sans méthode certifiée, il n'y a pas de sens ni de vérité absolue, aucune logique sinon celle du doute ! Alors, doit-il se faire tout petit ou faire tout, tout seul, comme un grand ?

Nul n'est contraint à régler l’obsédante question de l'énigme du monde. Alors, pour qui le veut bien, fini le casse-tête ! Il suffit de le décider et de renoncer à triturer ses méninges pour mettre en ébullition ses derniers neurones. Il n'y a pas de quoi chercher, ce qu'il y avait avant l'étincelle du Bing Bang, plus de commencement que de l'imprévisible !

Il n'y a donc plus de Genèse ni d'Apocalypse, plus de création ni de lumineuse, éclatante ou obscure révélation finale. Il n'y a plus rien qu'un mythe biblique ! Réglée la question surnaturelle et religieuse du divin ! Il n'y a plus à prouver l'existence de Dieu, à partir de l'existence du monde. Plus de Jugement Dernier ! Plus d'aurore ni de crépuscule des dieux ! Si le Père existe, il est éternel !

Comme par miracle ou par déréalisation, rien ne se crée et tout se transforme ! L'esprit crée son propre monde idéal, le meilleur des mondes possibles, à la vitesse de la pensée en la confondant avec la lumière. Tout est dynamisme, action et tout est force !

Sans début, rien n'est à parachever, pas de finition, que des interruptions ! Pas de conclusions ni de terminaisons, d'initiales ou de désinences aux mots et aux verbes, de terminus ou de terminaux, mais plus que des escales dans les ports et les aéroports ! Il n'y a plus que les retards qui sont in extremis !

Sans début ni fin, et sans en avoir l'R, l'amour fait la moue ! L'austère minus lui-même, porte définitivement l'atavisme du pas fini ! Sa patience n'est jamais à bout ! Et les histoires sont interminables, elles se répètent indéfiniment en sempiternelles ritournelles. Perpetuum mobile ! Rien ne cesse !

Plus d'alpha ni d'oméga, plus que des bêtas dans leur course contre la montre. Il n'y a plus de tableau de Courbet dans le placard de chez Lacan, plus de recherche de paternité, plus de crainte millénariste de fin du monde. Il n'y a plus d'origine, ni de péché originel, plus de date de formation de la matière, plus d'existence matérielle. Plus d'homme primitif, ni abouti.

Il n'y a plus de sens déterminé aux directions et, sans repères dans l'espace, définitivement infini, plus d'hémisphères, de milieu, ni de loi du milieu. Plus de questions existentielles, plus d'études scientifiques, plus de recherches de causes antérieures à la cause, plus de loi des contraires, plus que des conséquences du Hasard !

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Le moustique

Publié le par modimodi

Bzz, Bzz, Bzz, Bzz, c'est le cantique du moustique !

Tu entends dans le noir son Bzz, Bzz fatidique,

Tu le guettes, il approche, tu te raidis, stoïque,

Il s'éloigne, il revient, le Bzz, Bzz satanique.

Tu te tiens éveillé, tu te fais héroïque,

Il attend, te survole, son plan est stratégique.

On ne peut échapper au complot du moustique !

 

Bzz, Bzz, Bzz, Bzz, c'est la musique du moustique !

Tu tombes de sommeil, son Bzz est narcotique,

Tu luttes, tu t'agites de sursauts frénétiques.

Il tourne autour de toi, le Bzz soporifique.

Il est à ton oreille, tu cognes, Clac et Clic,

Tu allumes confiant, la lumière électrique,

Tu restes médusé, pas le moindre moustique !

 

Si tu dors, je te pique, c'est la tactique du moustique !

De ses pattes et ses ailes, il brique et il astique,

Pour aspirer ton sang, son dard télescopique.

Il se pose et enfonce l'aiguille maléfique:

Le bras, le cou, le pied, le plan est méthodique

Et à chaque piqûre, il prend soin, il s'applique.

Tu dors, sans te soucier, c'est mieux qu'à la clinique,

Chaque ponction nouvelle est un anesthésique.

 

Si tu dors, je te pique, c'est la technique du moustique !

Les instants du réveil sont un moment critique,

Bizarrement partout, ça démange et ça pique.

Tu cours devant la glace et là, c'est la panique,

Tu fais une éruption de fièvre bubonique !

Tu grattes, tu t'écorches, le tableau est épique,

Tu sembles agité d'une crise hystérique.

 

C'est trop tard et injuste, la vie est pathétique !

Elle n'épargne personne, mêm' pas les porcs-épics.

On ne peut échapper aux impôts, aux moustiques !

Mort aux aiguillonneurs ! Vive la République !

 

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Boîte aux oubliettes : lettre en absence 2/2

Publié le par modimodi

 

Pourquoi veux-tu me délaisser et laisser au mauvais vent d'oubli ma boîte aux lettres ?

Quel gaspillage de temps et d'écriture, d'élans et d'expressions spontanées ! Autrefois, nous laissions parler nos sentiments, tous deux exaltés et intarissables d'éloquence. Pourquoi supprimer ou laisser tarir les preuves matérielles de nos cœurs en correspondances ?

Nous étions en symbiose épistolaire. Toujours de l'authentique, jamais de vulgaires copies ou d'emprunts dans la prose de quelques romans de gare. Notre amour véritable pouvait se lire entre les lignes. Ma boîte aux lettres était comme une salle d'attente pour mon cœur en consigne. Je n'imaginais pas t'attendre un jour, au terminus.

Notre passion avait ses lettres de noblesse et toutes les majuscules de l'AMOUR. Nous pouvions y puiser toutes les combinaisons inspirées pour décliner nos sentiments en lettres de feu de joie ! Nous avions l'humeur fantaisiste et vagabonde, notre boîte était débordante d'imagination.

Aujourd'hui, le clavier noir de mon ordinateur ou de ma tablette les a figées. Plus de belle écriture. Elles attendent mon doigt ou mes pouces pour marteler les mots d'une passion virtuelle.

Hier, ma main imposait sa pression à la plume choisie, grasse, légère, épaisse. La trace était sonore et visuelle, je te faisais signe. La conception de mes désirs se transposait sur chaque page. Le froissement, l'effleurement ou la griffure sur le papier étaient un prélude à notre sensuelle expression physique, à nos prochains et soyeux touchers. En gravant, toi et moi, nous apprenions à nous aimer.

Nous prenions notre pied au pied de la lettre et nos lettres comme nos corps étaient liées et déliées, penchées et entrelacées dans les jambages. Nous en possédions l'élégance. Notre sincérité avait un accent grave, nos cris, de petits accents aigus, notre étonnement, un joyeux accent circonflexe. Aucune faute de grammaire pour exprimer l'intensité des émotions.

Au plus profond de nous-mêmes, nous allions puiser l'essence de nos sentiments dans l'étymologie de l'amour ! Tous nos mots étaient consacrés. De la racine de nos vibrations phonétiques à la terminaison de nos vocables, nous en exprimions toutes les nuances à chaque missive échangée. Chaque pli cacheté frémissait de la puissance de notre sensibilité et du bruissement de nos écritures, caresse impatiente et fiévreuse de la plume sur le papier. La boite aux lettres de nos désirs, porte de rêves et d'évasion en frissonne encore.

Chaque écrit était sans équivoque, expressif, pittoresque, lyrique ! Nous nous aimions au sens propre, le sens figuré n'était que stylistique. Notre langage était clair comme la lumière en nos pensées et la clarté dans nos désirs.

Mais aujourd'hui tout a changé. Pas besoin de me l'envoyer dire. La boîte aux lettres vide est le symbole de ton amnésie. Plus d'autre envoi désormais que moi-même sur les roses et quelques inutiles dépliants publicitaires !

Je vois bien que tu manques à ton serment par négligence ou reniement. Tu me jettes aux oubliettes de notre histoire comme un manuscrit à l'oubli des esprits. J'ai tout le temps de méditer dans ma cellule de réclusion et de chercher si nos écrits avaient quelques lacunes.

Je ne les ai pas chiffonnés de colère ! Je les regarde, ému de constater que les couleurs sont défraîchies, laissant un sentiment d'estompe et de flou... Il est paraît-il possible aujourd'hui de restaurer les teintes et les images... Pourrais-je retrouver l'état d'origine de notre amour, au moins son apparence lustrée et ses reflets moirés ? Je te promets alors de n'en retoucher aucun détail.

Je les relis attentivement un à un. Je ne trouve pas de troubles graphiques, de lettres géminées dans une écriture bâclée, par trop abrégée. Pas de caractères mal formés, ambigus, pas de lapsus calami. Pas de lettres empâtées par excès de taches d'encre dans des épanchements exaltés. Pas de trous de plume agressive par élans impulsifs ou de ratures par hésitations affectives.

Pas de lettres illisibles ! Non ! De la calligraphie en toutes circonstances et des adresses bien rédigées. Pas de grimoire, de texte torchonné, pas d'enveloppes déchirées. Pas de manque de franchise ou d'affranchissement, un amour plein de cachet comme une lettre à la poste !

Je t'envoie sans répit des lettres, des télégrammes, des S.O.S. Aucune réponse à mes dépêches, pas un signe, pas le moindre courrier ! Pas même une lettre de condoléances ! Mes lettres recommandées me reviennent avec la mention : "Retour à l'envoyeur". Je me fais taxer par toi, d'indifférence. Dois-je encore attendre devant ma boîte aux lettres, le fameux facteur chance ?

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